Lire des livres sur les Balkans

  

Pour proposer une bonne lecture :

  Avril 2008

Bashkim Iseni : "La question nationale en Europe du Sud-Est. Genèse, émergence et développement de l'identité nationale albanaise au Kosovo et en Macédoine", Éditons Peter Lang, Bern, 2008", ISBN 978-3-03911-320-0

 

 

 

 

 

"Le piège du Kosovo", éditions Non lieu, 2008

de Jean Arnault Dérens

 

"Itinéraire d'un pacifiste dans les Balkans", à commander directement à la Fondation littéraire Fleur de Lys, 2005

"Yougoslavie, de la décomposition aux enjeux européens", Catherine Samary,  Éditions du Cygne, Paris

 

"L'agonie yougoslave (1986-2003), les États Unis et l'Europe face aux guerres balkaniques", de Renéo Lukic,  les Presses de l'Université Laval Québec (Canada), 2003.

 

 

"Sécurité humaine et culture de la paix", Patrick Simon, éditions de la Fondation Fleur de Lys, 2007

Et quelques critiques de livres

Ainsi que le choix de lecture du site du Mouvement de la paix dédié aux Balkans

 

 

Liste intégrale de nos suggestions : 

Choisir une lettre... (à noter que les revues sont à "R")

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A

Gilbert Achcar
  • Nouvelle guerre froide. Le monde après le Kosovo (La) - Édition PUF, 1999
Ivo Andric
  • Contes de la solitude", Éditions L'esprit des péninsules, ISBN : 2-84636-015-4
  • Signes au bord du chemin, Éditions L'Âge d'homme", 1997
  • La chronique de Travnik, Éditions L'Âge d'homme", 1981
  • Le pont sur la Drina, Éditions Le livre de poche, 1999
  • Au temps d'Anika, Éditions L'Âge d'homme,1992, ISBN : 2825100587

B

Etienne Balibar
  • Europe, constitution, frontières, Éditions du Passant, 2005
Jean Barbe
  • Comment devenir un monstre, Éditions Leméac, Montréal, 2004, ISBN 2-7609-3262-1, Prix des libraires québécois 2005
Svetislav Basara
  •  Le Miroir fêlé, Traduit du serbe par Gabriel Iaculli et Gojko Lukic, éditions Les Allusifs, 2005.
Dusan T. Batakovic
  • Histoire du peuple serbe, (sous la direction de); Editons l'Age d'Homme, 2005
Jelena Bjelica
  •  Prostitution : les esclaves de l’est, Courrier des Balkans / Paris Méditerrannée, 2005, 192 pages, 15 euros
Robert Bussière (collectif)
  • Europe et la prévention des crises et des conflits (L'), Édition L'Harmattan, 2000
Slavy Boyanov
  • L’humanisme - La grande espérance, Éditions L’Age d’Homme
Svetlana Broz
  • Des gens de bien au temps du mal. Témoignages sur le conflit bosniaque (1992-1995), Lavauzelle, 2005

C

Georges Castellan
  • Histoire des peuples de l'Europe centrale, Édition Fayard
  • Histoire des Balkans XIVe-XXe , Édition Fayard
Radu Ciobotea
  • Une guerre sans vainqueur, Éditions Paris Méditerranée, 2003, traduit du roumain par M.Gheorghiu et M.Parau
Guy-Pierre Chomette
  • Lisières d’Europe, Éditions Autrement : Collection Frontières ; 2004 ; Isbn : 2-7467-0501-x - 428 pages ; 23,75 euros
Collectif
  • « Kosovo : un voyage pour rompre cinq ans de silence », le rapport est édité par le Comité de Surveillance OTAN (CSO, 31 rue de Dublin, 1050 Bruxelles, Belgique, en collaboration avec le Comité pour la paix en ex-Yougoslavie (CPY, Genève) et l'Union des Roms d'ex-Yougoslavie en Diaspora / Fleuve Ibar (Troyes, France).
Collectif
  • "Šta Ima ? Ex-Yougoslavie, d’un Etat à d’autres", L’oeil électrique éditions/Guernica ADPE, 2005

Pour en savoir plus

D

Charles-Philippe David 
  • Vision constructiviste et réaliste de la consolidation de la paix en Bosnie - Groupe de recherche sur les interventions de paix et les conflits intraétatiques - GRIPCI, Note de recherche, no. 9 (1999)
Jean Arnaud Derens
  •  Kosovo, année zéro, Éditions Paris - Méditerranée, 2006
Jean Arnaud Dérens et Catherine Samary
  • Les conflits yougoslaves de A à Z, Paris, éditions de l’Atelier, 2000, 428 pages, 24,39 €
Jean Michel De Waele (dir.)
  • Les clivages politiques en Europe centrale et orientale, Editions de l’Université de Bruxelles, 2004
Ksenija Djordjevic
  • Configurations sociolinguistiques, nationalisme et politique linguistique. Le cas de la Voïvodine, hier et aujourd’hui, Paris, L’Harmattan, 2004
Pierre Dufour
  • On a marché sur la paix -  Éditions Thélès, 2007
Evguénia Draganova-Madelaine
  • La Bulgarie face à l'Europe - De la transition à l'intégration, Éditions Lharmattan, 2004, ISBN: 2-7475-6929-2, prix 21 euros.
Marie-Elizabeth Ducreux 
  • Enjeux de l'histoire en Europe centrale - (et Antoine Marès -sous la direction de), L’Harmattan, Paris, 2002.

E

Jürgen Elsässer
  • Comment le Djihad est arrivé en Europe, éditions Xenia, 2006, ISBN 2-88892-004-2

F

G

Sylviane Gangloff
  • La perception de l’héritage ottoman dans les Balkans, L'Harmattan,   2005
Paul Garde
  •  "Le discours balkanique. Des mots et des hommes", Paris, Fayard, 2004, 479 pages.
Christian Geiser et Mark Parant
  • Considérations théoriques et pratiques sur les conflits ethniques et les réfugiés: le cas bosniaque - Groupe de recherche sur les interventions de paix dans les conflits intraétatiques - GRIPCI, Note de recherche, no 8 (1999)
Olivier Gillet
  • Les Balkans. Religions et nationalismes
    Éditions Ousia, Bruxelle, 2001
Jean-François Gossiaux
  • Pouvoirs ethniques dans les Balkans, PUF, Paris, 2002
Claude Guillon
  •  Dommages de guerre (Paris-Pristina-Belgrade-1999), Éditions L'Insomniaque, 2000

H

Serge Halimi et Dominique Vidal
  • Opinion, ça se travaille. Les médias, l'OTAN et la guerre du Kosovo (L') - Éditions Agone, avril 2000
Florence Hartmann
  • "Paix et châtiment Les Guerres secrètes de la politique et de la justice internationale" - , Éditions Flammarion, 2007

Jean-Paul Hébert et Jean Hamiot (Sous la direction de )
  •  Histoire de la coopération européenne dans l'armement", Éditions CNRS, 23 euros
Joël Hubrecht
  • "Kosovo 1981-1989-199-2001 : Établir les faits", Éditions Esprit, Paris, 2001

I

Almir Imširević
Si c’était un spectacle.../ Le diable des Balkans/ Le cirque Inferno, Éditions  Espace d’un Instant,15euros, ISBN 2-915037-12-4
Bashkim Iseni "La question nationale en Europe du Sud-Est. Genèse, émergence et développement de l'identité nationale albanaise au Kosovo et en Macédoine", Éditons Peter Lang, Bern, 2008, ISBN 978-3-03911-320-0

J

Drago Jancar
  • "Aurore boréale", Traduit du slovène par Andrée Lück Gaye, Paris, L’Esprit des péninsules, 2005.
  • L'élève de Joyce", Éditions L'esprit de la péninsule, Paris, 2003 - ISBN : 2-84636-037-5

K

 

Nikos Kalampalikis "Les Grecs et le mythe d’Alexandre" - Éditions L'Harmattan, 2007 - :ISBN : 978-2-296-03558-4
Jerzy Kloczowski (sous la direction de) :  Histoire de l’Europe du centre-est, Paris, PUF, 2005
Olivier Ladislav Kubli Du nationalisme yougoslave aux nationalismes post-yougoslaves, Paris, L'Harmattan, 1998

L

Louise Lambrisch
  •  Nous ne verrons jamais Vukovar, Éditions Philippe Rey, ISBN 2848760273
A.M. Le Gloannec, A. Smolar
  • Entre Kant et Kosovo - Presses de Sciences - Po, 2003
François Léotard
  • La vie mélancolique des méduses, Éditions Grasset, 2005, Code ISBN : 2246666619
Renéo Lukic
  • L'agonie yougoslave (1986-2003), les États-Unis et l'Europe face aux guerres balkaniques". les Presses de l'Université Laval Québec (Canada), en 2003.  Pour en savoir plus
  • La politique étrangère du la Croatie : de son indépendance à nos jours (1991 - 2006) ISBN : 2763783864 - Pour en savoir plus

 M

Rusmir Mahmutcehajic
  • Une réponse bosniaque : Modernité et tradition, Zagreb Francfort : Durieux, Textor 2005 et Paris Méditerranée
Diane Masson
  •  L'utilisation de la guerre dans la construction des systèmes politiques en Serbie et en Croatie, 1989-1995 - Éditions L'Harmattan, 2002, ISBN : 2-7475-3154-6
Predrag Matvejevitch 
  • La Méditerranée et l’Europe.Fayard, Paris, 2005

Andrée Michel
  • Justice et vérité pour la Bosnie-Herzégovine, Éditions Harmattan, 2001,  ISBN : 2-7475-1753-5
Patrick Michel (sous la direction de) Europe centrale, la mélancolie du réel, Paris, CERI / Autrement, 2004
Nicolas Miletitch
  • Trafics et crimes dans les Balkans, Éditons PUF, 1998, ISBN 2130494374
Charles-Albert Morand (Sous la direction de)
  • La crise des Balkans de 1999, Éditions Bruylant, Collection Axes, ISBN 2 - 8027 - 1382 - 5
Thierry Mudry
  • Guerre de religions dans les Balkans", Paris, Ellipses, 2005

N

 

O

P

Pierre Pascallon (sous la direction de) "Les zones grises dans le monde d’aujourd’hui", L’Harmattan, Paris, 2006
Xavier Pauly ONG islamiques au Kosovo, L’Âge d’Homme, Lausanne, 2005, 14,25 euros

R

 

Natasha Radojcic-Kane
  • Retour, Éditions Éditions L'esprit des péninsules,,2005, ISBN : 2-84636-084-7.
Revue Balkanologie
  • Kosovo et diplomatie internationale, sortie de guerre et de violence ; deux dossiers, Volume VIII - Numéro 1 - Juin 2004- ISSN 1279-7952, 12,5 €
Revue Géopolitique
  • 1er trimestre 2005 : Les Balkans, la Russie et l'Occident
Politique internationale
  •  n°108 - été 2005 (trois articles directement consacrés aux Balkans)
Revue géographique de l’est 
  • Numéro XLV / 1, mars 2005 : Nettoyages ethniques, violences politiques et peuplement
Revue Manière de voir (Le Monde diplomatique)
  • Les génocides dans l'histoire.(août - septembre 2005)
Revue Outre-terre (revue française de géopolitique)
  • Enseigner la nation. Géopolitique des manuels
    numéro 12, éditions Erès, 2005

 

Vincent Ramelot et Eric Remacle
  • O.S.C.E. et les conflits en Europe (L'), Éditions GRIP, Bruxelles, 1995
Bernard Ravenel
  • Kosovo, pour la paix à travers le droit, Éditions Golias, décembre 1999
François Rigaux
  • Guerres et interventions dans le Sud-Est européen, Editions A. Pedone Prix : 29 € ISBN 2-233-00458-2
Marie-José Rinaldi-Larribe
  • L’élargissement de l’Union économique et monétaire européenne à l’Est et l’Euro, .Éditions L’ Harmattan, 2004
Stéphane Rosière
  • Le nettoyage ethnique. Terreur et peuplement, Ellipses, Paris, 2006

S

 

Catherine Samary
  • Déchirure yougoslave (La), Éditions L’ Harmattan, 1994
  • Yougoslavie, de la décomposition aux enjeux européens Éditions du Cygne, Paris
Jasna Samic

 

  • Le pavillon bosniaque, Éditions Dorval, 2005

 

Stefani Sen Senar
  • Le firman, Dorval Editions, 2006

Pour en savoir plus

 

Patrick Simon
Christophe Solioz et  Svebor André Dizdarevic (sous la direction de)
  • Bosnie-Herzégovine. Enjeux de la transition, Éditions L’ Harmattan, 2003
Cecilia Stefanescu
  • "Liaisons morbides" Traduit du roumain par Laure Hinckel, édition Phébus, Paris 2006

T

Wojciech Tochman
  • "Mordre dans la pierre", Les Editions Noir sur Blanc, 2004, traduit du polonais par Margot Carlier
Léon Trotski
  •  Les Guerres balkaniques 1912-1913, éditions Science marxiste, Paris, 2002

 

U

V

Christian Vandermotten et Julien Vandeburie
  • Territorialités et politique" Éditions de l’Université de Bruxelles, 2005
Jacques Vergès et Pierre-Marie Gallois
  • L’apartheid judiciaire : Le TPI, arme de guerre, Édition L’âge d’homme, 2002, 13,01 €

W

Alexandre Wattin
  • La coopération franco-allemande en matière de défense et de sécurité, Édition L'Harmattan, ISBN : 2-7475-6223-9 • juillet 2004
Ernest Weibel
  • Histoire et géopolitique de l'Europe centrale de l'Antiquité à l'Union européenne, Édition Ellipses 2004
  • Histoire et géopolitique des Balkans de 1800 à nos jours, Édition Ellipses 2001

Y

 

Stéphane Yérasimos (sous la direction de)
  • Le retour des Balkans : 1991 - 2001 , Éditions Autrement, collection Mémoires, n° 78, 19,95 € - ISBN 2-7467-0189-8

 

Critiques de livres :

Catherine Samary Yougoslavie, de la décomposition aux enjeux européens Éditions du Cygne, Paris, 192 pages, 18,05 euros

 Mise en ligne : jeudi 20 décembre 2007 

Dans la défunte Yougoslavie comme dans la plupart des pays de l’ancien « bloc communiste », l’entrée dans la décennie 1990 fut une bifurcation historique majeure. Les nouveaux régimes en pleine mutation issus des premières élections pluralistes, en Europe de l’Est comme dans les républiques yougoslaves, devaient trouver leur place dans l’ordre mondial lui-même en recomposition.

La crise yougoslave marque en Europe une transition d’une rare violence, d’une ère à une autre. Quelle mémoire, quelle compréhension en gardera-t-on ? Comment en sortir ? La stabilisation politique d’après-guerre dépend d’une certaine « vérité » historique et d’une capacité à reconstruire des solidarités socio-économiques. Sur tous ces plans, l’Union européenne élargie a et aura des responsabilités majeures. Voici plus de vingt-cinq ans que Catherine Samary sillonne la région pour en donner des clés de compréhension essentielles. Ce recueil regroupe des articles tels qu’ils ont été écrits au long de cette période d’éclatement de la fédération de 1991 à 2006, toujours à l’oeuvre aujourd’hui, avec leurs questionnements en temps réel...

Ils ont en commun d’avoir cherché à mettre en évidence des interprétations du passé et du présent ouvertes sur d’autres possibles, rendant compte de points de vue et de résistances qui ont été étouffés au sein des sociétés concernées.

Ce livre nous dit qu’il n’y a pas plus de fatalisme balkanique que d’impossibilité d’imaginer une autre Europe permettant à ses peuples de vivre mieux ensemble...

Collaboratrice du « MondeDiplomatique »,Catherine SAMARYest maître de conférence à ParisDauphine, associée à l’Institut d’Études européennes de Paris 8. Chercheur à l’IRISES/Dauphine, elle est également l’auteure de plusieurs ouvrages sur l’ex-Yougoslavie, dont « Les conflits yougoslaves de A à Z », avec Jean-Arnaut Dérens aux éditions de l’Atelier.

Postface d’Edgar MORIN 192 pages au format 14 x 21 broché ISBN : 978-2-84924-048-9

 

 

Lukic, Renéo, L'agonie yougoslave (1986-2003) / Les États-Unis et l'Europe face aux guerres balkaniques, Québec, Les Presses de l'Université Laval, 2003.

«Après la chute du Mur et la disparition de l'URSS, les pays communistes de l'Europe se tournèrent pacifiquement vers l'Occident. Sauf la Yougoslavie! Pour expliquer cette exception, le professeur Renéo Lukic expose et décrit les causes, internes et externes, du drame des "Balkans occidentaux", leurs apparitions, leurs enchaînements et leur interactions. Ce long travelling, conduit avec autorité et conviction, montre quel degré de complexité peut atteindre la "courte durée" en Histoire.» Georges-Marie Chenu, ancien ambassadeur de France en Croatie.

«Avant le livre de Renéo Lukic, on ne pouvait trouver dans aucune langue un ouvrage embrassant aussi largement toute l'histoire des crises yougoslaves sur l'ensemble de leur durée, et centré aussi résolument sur la recherche rigoureuse et impartiale de la causalité politique.» Paul Garde, professeur émérite, Université de Provence, Aix-en-Provence.

Renéo Lukic est professeur titulaire de relations internationales au Département d'histoire de l'Université Laval. Il a été professeur invité à l'Institut d'études politiques de Paris et à l'Université de Virginie aux États-Unis.

 

Stefani Sen Senar

Stefani Sen Senar, qui est née et vit en France, est d’origine macédonienne par sa mère. Son premier roman publié en France (elle a déjà été éditée à Skopje) est aussi superbe que déroutant.

On retiendra de magnifiques évocations du lac d’Ohrid, au fil du changement des saisons, mais aussi une juste et touchante évocation de la sociabilité et d’un « mode de vie balkanique », dans la description des relations entre la narratrice, ses « grands-parents adoptifs », dedo Jane et baba Mare, et ses amis d’Ohrid, Jésus-la-philo, Voitché ou Miro-la-lenteur. C’est peut-être dans ses descriptions des choses toutes simples de la vie quotidienne que l’auteure trouve le ton le plus juste.

L’intrigue, complexe, mêle le rêve et le mythe, une intrigue policière et l’évocation de thèmes aussi complexes que le terrorisme, la violence et l’intolérance. Au risque parfois de perdre un peu le lecteur.

Péla, une jeune française, étudiante en balkanologie à Paris, part pour Istanbul à la recherche de l’assassin de ses parents (son père était un diplomate français réputé). Mais le train, en raison d’abondantes chutes de neige, l’emmène en Macédoine. La jeune femme se retrouve alors dans un pays où elle découvre ses propres racines et les évènements qui ont marqué l’histoire des Balkans.

En effet, elle possède un mystérieux firman, roulé dans un étui, qui se transmet, de génération en génération, dans sa famille depuis l’arrivée en France, au début du 20ème siècle, de sa trisaïeule macédonienne, Frossa Bélakoulakovska. Péla ignore que ce document a un pouvoir magique qui intéresse Djézéli, le diplomate turc qui a tué ses parents et qui rêve de rendre sa gloire à l’Empire ottoman...

Dans sa préface, Predrag Matvejevic évoque une « Françoise Sagan des Balkans », et note que « cette oeuvre apporte bien plus qu’une surprise dans notre littérature européenne de plus en plus commune : un certain espoir ».

La luxuriance de ce roman laisse parfois un petit sentiment d’insatisfaction, comme si le train allait trop vite pour que l’on puisse tout comprendre du trajet, mais il est certain que Stefani Sen Senar a beaucoup de choses à dire, et qu’elle saura les dire, en France comme en Macédoine. À découvrir !

Découvrez le site officiel de Stefani Sen Senar

 

 

Ouvrage collectif

Šta Ima ? Ex-Yougoslavie, d’un Etat à d’autres

L’oeil électrique éditions/Guernica ADPE, 2005, 260 pages, 30 euros

Mise en ligne : mardi 22 novembre 2005

Une coédition œil électrique éditions/Guernica ADPE, 2005, 260 pages, 30 euros.

Guernica ADPE et l’œil électrique éditions présentent Šta Ima ? Ex-Yougoslavie, d’un Etat à d’autres. Une coédition œil électrique éditions/Guernica ADPE, 2005, 260 pages, 30 euros.

ŠTA IMA ? : " quoi de neuf ? ", " qu’est-ce qui se passe ? " (Salutation en Bosnie-Herzégovine), 260 pages qui sont le reflet de 12 années d’engagement politique et artistique en ex-Yougoslavie. Destiné tant aux personnes concernées par la question yougoslave qu’aux néophytes désireux d’en savoir plus, Šta Ima ? rassemble une quarantaine de contributions d’auteurs issus de différents pays (Sonja Biserko, Paul Garde, Renéo Lukic, Jovan Divjak, Michel Roux, Milomir Kovačević, Aleksandar Zograf, ...).
Coups de projecteurs, états des lieux, cet ouvrage revient sur le passé et le présent de l’ex-Yougoslavie par le biais d’articles mais aussi d’entretiens, de poèmes, d’essais, de bandes dessinées, de peintures et de photographies. En explorant également la vie quotidienne et les initiatives citoyennes, Šta Ima ? offre une vision singulière de ces nouvelles républiques.

Sommaire détaillé

Préface, de Guernica ADPE (2)
Photographies de Krista Sené (6)
Les années de vie dangereuse, bande dessinée de Zoran Letać (12)
Langues et nations dans l’espace balkanique, de Paul Garde (16)
Mleko, bande dessinée de Damjan Brkić (22)

Slovénie, carte et données (24)
Première de la classe, de Cécile Plunet (26)
Bandes dessinées de l’autre Europe, de Ivan Mitrevski (30)
Autour d’un café, avec Darko à Ljubljana (38)

Nouvelles voix balkaniques, de Anne Madelain (42)

Croatie, carte et données (48)
Vers l’intégration euro-Atlantique, de Diane Masson (50)
Autour d’un café, avec Marijan à Zagreb (54)
Lieu culturel : Moćvara, de Marko Thomaš (58)
Extrait de roman : Noir, de Titjana Gromača, traduit et proposé par Mireille Robin (60)
L’histoire de Bore Lee, de Mario Kovać (64)

Tito in war, photographies de Milomir Kovačević (68)
Les larmes d’Erdemović. Le TPIY, de Joël Hubrecht (72)
Moi, je le fais comme ça !, la préparation du café par Morskipuzz (79)
Chroniques de jours incertains en Bosnie, de Devrim Boy (80)
Poésie, de Marko Tomaš (86)

Bosnie-Herzégovine, carte et données (88)
Cet après-guerre qui n’en finit pas, de Srđan Dizdarević (90)
Lieu culturel : OKC Abrašević de Kristina Ćorić (96)
Photographies d’Andrej Djerković (100)
Srebrenica : responsabilité, justice & réparations, de Agnès Casero (104)
Photographies de Lionel Bonaventure (108)
Radislav Krstić : le mensonge et les larmes, de Aline Cateux (112)
Les Nations unies à Mostar, de Julien Berthoud (116)
Nous sommes tous Bruce Lee, de Veselin Gatalo (120)
L’éducation en Bosnie-Herzégovine, de Jovan Divjak (124)
Autour d’un café, avec Slavojka à Stipi Han (128)

La guerre et la scène, de Miloš Lazin (132)
Poésie, deux poèmes tirés de la revue Kolaps (138)

Serbie-Monténégro, carte et données (140)
Le cercle vicieux, de Sonja Biserko (143)
Photographies de Ljubiša Danilović (148)
La société civile et les changements démocratiques, de Miljenko Dereta (150)
Autour d’un café, avec Sandra et Marijana à Kotor (156)
Lieu culturel : le CZKD à Belgrade (160)
Un pithécanthrope serbe à Londres, bande dessinée de Aleksandar Zograf (162)

Peintures de Mark Požlep (164)
Peintures de Biljana Djurdjević (168)
Affiche du Rex : travaux graphiques du centre culturel belgradois (170)
Photographies de Irena Paskali (172)

Kosovo, carte et données (174)
Le Kosovo dans la Yougoslavie, de Michel Roux (176)
Photos de Ferdi Limani (181)
Un futur à inventer, de Jeta Xhara (184)
Autour d’un café, avec Dhurim à Prishtina & Budimir à Craglavica (190)
Poésie, poèmes tirés des revues Kolaps et Album (194)

Macédoine, carte et données (196)
Une paix fragile, de Bashkim Iseni (198)
Autour d’un café, avec Dimitrija à Skopje (204)
Nouvelle : la fille de l’Oncle From, de Zivko Cingo (208)

Just another crazy cop, bande dessinée de Kiza (212)

L’espace yougoslave, une histoire de fractures, de Sylvain Courrèges (216)
Dubrovnik à la fin du Moyen-Âge, de Emmanuel Courrèges (226)
Du royaume des Serbes, Croates et Slovènes à la fédération yougoslave, de Jean-François Morel (230)
Le démembrement de la fédération yougoslave, de Renéo Lukic (236)
Petit résumé du conflit, bande dessinée de Nylso et Laurent Richard (244)

 

Présentation du livre "Les Grecs et le mythe d’Alexandre" - Nikos Kalampalikis  - Éditions L'Harmattan, 2007 - :ISBN : 978-2-296-03558-4

« Si Alexandre était skopjien... » Retour sur le conflit nominal entre la Grèce et la République de Macédoine 

Par Nicolas Trifon

Mise en ligne : mardi 17 juillet 2007 

Quelle idée se faisait-on à la fin des années 1990 sur les manifestations monstres de Thessalonique ou Athènes au début de la même décennie contre le nom constitutionnel de son voisin septentrional qui venait de proclamer l’indépendance ? La parution du livre de Nikos Kalampalikis intitulé Les Grecs et le mythe d’Alexandre : étude psychosociale d’un conflit symbolique à propos de la Macédoine permet de porter un regard quelque peu différent sur ce que l’on appelle en Grèce l’« affaire macédonienne » [1].

L’« affaire » commence au lendemain du référendum de septembre 1991 entérinant l’indépendance de la République de Macédoine avec les protestations émises par les autorités grecques appuyées par la quasi-totalité de la classe politique (à l’exception de l’extrême-gauche) et de l’opinion publique contre la présence du mot Macédoine dans l’intitulé du nouvel État. Ce mot désigne aussi une province de la Grèce et fait partie de l’héritage culturel et historique grec, expliquait-on du côté grec. Pourtant, le mot figurait également dans l’intitulé de l’ancienne république fédérée de Yougoslavie depuis 1945, date à laquelle il fut officiellement introduit pour désigner la nationalité et la langue (slave) de la majorité des habitants de ce territoire. Le nouvel État est admis à l’ONU sous le nom, provisoire, de « Former Yugoslav Republic of Macedonia » en avril 1993. En février 1994, la Grèce décrète un embargo contre son voisin septentrional, ce qui conduit la Commission européenne à porter plainte contre elle. L’embargo ne sera levé qu’à la suite de l’accord intérimaire signé à New York entre les deux pays en septembre 1995. A cette occasion, la République de Macédoine s’engage à supprimer l’article 49 de sa Constitution, selon lequel « la République veille à la situation et aux droits des citoyens des pays voisins d’origine macédonienne » et à abandonner le symbole adopté en août 1992 sur son drapeau national, le « soleil de Vergina » à seize branches (emblème présumé de la prestigieuse dynastie macédonienne, découvert seulement en 1977). En retour, elle est reconnue sous l’acronyme FYROM par la Grèce. A partir de cette date, on assiste à une normalisation des rapports entre les deux pays sur le plan politique et à un accroissement vertigineux des liens économiques. En revanche, le principal point qui a provoqué et entretenu pendant quatre ans une mobilisation tous azimuts poussée à son paroxysme demeure en suspens : l’État grec a beau s’en tenir à l’acronyme FYROM et éviter de prononcer le mot Macédoine, il est presque le seul dans le monde à prendre une telle précaution et, surtout, cet acronyme n’a toujours pas la faveur des Grecs qui continuent à appeler ce pays et ses habitants par le nom de sa capitale : Skopje, Skopjiens [Skupiani]. Mais le cœur n’y est plus, les hommes politiques évitent d’en parler, les médias traitent d’autres sujets...

« Dans dix ans, l’« affaire » skopjienne sera oubliée », s’était exclamé en 1993 le Premier ministre grec à la veille de la chute de son gouvernement. En effet, on n’en parle plus, mais elle a laissé des traces. L’enquête psychosociale réalisée par N. Kalampalikis entre 1997 et 2000 nous permet d’y voir plus clair. Elle a porté sur quelque 150 personnes constituant un ensemble assez homogène tant par la classe d’âge (de vingt à trente ans) que par le milieu socioculturel (p. 51 et 244). La moitié d’entre eux vivent à Thessalonique, ils sont présentés par l’auteur comme des Grecs macédoniens et les autres eux sont à Athènes. Les réponses aux diverses questions posées oralement ou par écrit et les propos recueillis lors d’entretiens individuels ou en groupe permettent de se faire une idée assez précise sur leur participation, alors qu’ils étaient pour la plupart d’entre eux encore élèves, à la mobilisation de la période 1992-1995 comme sur l’idée qu’ils s’en font rétrospectivement. Le tableau qui en résulte est édifiant.

À plusieurs reprises, l’auteur met l’accent sur les différences entre les deux sous-groupes, celui des Grecs macédoniens, davantage concerné par l’« affaire », étant plus radical dans ses jugements, tout en estimant que ces différences sont minimes. Par exemple, dans l’appréciation des pays voisins et de leurs habitants, les jeunes de Thessalonique manifestent une attitude plus contrastée que ceux de la capitale. Cependant, chez les uns comme chez les autres la République de Macédoine et la Bulgarie occupent une place intermédiaire, plus proche du pôle positif (l’Italie) que du pôle négatif (la Turquie et l’Albanie) (p. 88-95). On peut se demander si, dans ce cas, le marqueur religieux n’y est pas pour quelque chose. Mais le plus important est ailleurs : les jeunes interrogés connaissent mal leurs voisins continentaux, rares sont ceux qui en ont visité un ou qui souhaitent le faire. L’auteur rappelle à ce propos que, selon diverses statistiques réalisées à l’échelle européenne sur des échantillons représentatifs, la Grèce compte un nombre très élevé de jeunes n’ayant jamais voyagé à l’étranger (83%) (p. 95) et que, s’ils se montrent pleins d’espoir envers l’Europe, la plupart sont aussi très ethnocentriques et xénophobes (p. 104). De ce point de vue, on observe des traits communs avec les jeunes (et moins jeunes) des autres pays de la région qui viennent d’intégrer ou qui vont intégrer l’Union européenne - dont la Grèce fait partie depuis 1981. Cet isolement de fait peut expliquer la difficulté des jeunes interrogés à définir leurs voisins du Nord : les uns avouent « ne pas savoir », d’autres les appellent « non-Grecs », d’autres encore se rabattent sur le nom de la capitale, « Skopjiens » (p. 133). « Je les vois un peu comme des extraterrestres, comme des Martiens, tu vois, qui comme dans les films, veulent prendre possession et gouverner la terre, ça m’évoque quelque chose comme ça », avoue une jeune Athénienne (p. 136).

Le rejet de ces êtres étranges qui ont occasionné tant de troubles identitaires est le plus souvent sans appel aussi bien à l’époque des manifestations massives autour du slogan « Il n’y a qu’une Macédoine et elle est grecque » (p. 35) qu’au moment des entretiens, même si certains ont fini par se poser des questions. Cette quasi-unanimité est d’autant plus consternante que de l’aveu de la plupart des jeunes interrogés l’initiative de participer à ces manifestations ne leur appartenait pas. Voici un témoignage assez exemplaire parce qu’il contient les éléments qui reviennent sans cesse dans les autres témoignages cités, à ceci près que son auteur adopte un ton critique, ce qui demeure exceptionnel : « J’allais à l’école, je me souviens que tous nos profs nous invitaient à participer aux manifs, car on était jeune et il fallait montrer l’exemple (...) Les profs étaient même prêts à nous effacer les absences (...) C’était comme une excursion, on passait un peu par la manif pour voir ce qui se passait, je me souviens que c’était la panique, la foule, on criait « la Macédoine est grecque », on était fanatisé, au sens négatif du terme, car, même si aujourd’hui je ne sais toujours pas ce qui se passe, je ne suis pas du tout sûre que je referai les mêmes choses qu’avant. À l’époque, j’avoue que j’étais prête à « manger un Skopjien », comme dirait l’autre. Je me souviens aussi de la télé, où ils présentaient les choses comme bon leur semblait (...) Personne ne nous avait dit que les choses ne sont pas comme ça, qu’il y avait plusieurs aspects, car je crois qu’ils voulaient qu’on les voie ainsi, surtout les hommes politiques. Si quelqu’un disait que peut-être les autres avaient aussi raison, ils étaient prêts à le massacrer, ils avaient peur. » (p. 181.)

La plupart des jeunes, à l’instar de l’ensemble de la société grecque, ne reprochent pas à l’État de les avoir entraînés dans une aventure douteuse. Cette aventure fait d’ailleurs souvent figure d’épisode romantique dont on se souvient avec émotion. Ils leur reprochent de ne pas avoir atteint les buts fixés, de les avoir déçus, abandonnés, trahis. Dans le même temps, ils ne semblent guère prêts à continuer sur la même lancée si l’on considère le silence qui entoure l’« affaire » depuis 1995.

Dans sa reconstitution de la mobilisation du début des années 1990 et des traces qu’elle a laissées à la fin de la décennie chez ceux qui y ont participé, N. Kalampalikis se garde bien non seulement d’intervenir et de prendre position par rapport à l’« affaire » mais aussi d’interpréter les événements qui s’en sont suivis. Les résultats de son enquête, auxquels s’ajoutent un volet d’analyse des discours étatique et médiatique et un autre sur les « narrations » de la nation, indiquent assez clairement la responsabilité de l’école (publique), de l’administration, des médias (souvent privés), de nombre d’intellectuels et de la classe politique (malgré ses déconvenues en fin de parcours). On reste en revanche sur sa faim à propos du pourquoi de l’attitude de la population (dont l’auteur décrit dans le détail les mécanismes qui sous-tendent les prises de position le souvenir qu’elle en conserve, etc.). Sans doute, indépendamment même des intentions de ceux qui l’ont choisi, l’emblème national (onomastique et iconographique) du nouvel État avait-il de quoi choquer la société grecque car il représente à ses yeux un affront sinon une menace. La dureté, la durée et l’intensité de sa réaction, disproportionnées à tous points de vue, posent en revanche problème, à tel point que la faiblesse et la naïveté de l’argumentation des « Skopjiens » sont passées au second plan aux yeux des observateurs [2].

Alexandre le Grand ne saurait nous être d’un grand secours. Annoncé dans le titre du livre, et omniprésent dans le discours savant des experts ou dans les manuels scolaires, sans parler des enseignes commerciales et des bâtiments publics, il n’apparaît que rarement dans les propos des jeunes, et encore de manière anecdotique si l’on pense au slogan crié lors d’une manifestation : « Si Alexandre était skopjien, son cheval Bucéphale était une Zastava [marque de voiture yougoslave bon marché] » (p. 183). Je pense qu’il joue un rôle secondaire dans l’« affaire » tant du côté grec que macédonien slave et, par conséquent, l’affirmation de l’auteure de la préface me semble déplacée : « Vous apprendrez que l’appel au mythe [d’Alexandre] n’a pas seulement été orchestré par l’État grec : il a traduit une adhésion à la croyance dans une identité fondée par l’histoire antique, croyance profondément enracinée dans la sensibilité populaire même si elle s’est trouvé renforcée par le système éducatif. » (p. 9).

Si elles sont plus récentes, les croyances des Macédoniens à propos de leur « macédonité » ne sont pas moins bien enracinées, et, comme en Grèce, elles ont été inculquées puis renforcées pour l’essentiel par l’école (depuis 1945). Dans ce domaine, quelques générations garantissent le succès de l’opération.

Dans les trois régions administratives de Grèce comportant le mot Macédoine dans leur intitulé, l’histoire nationale telle qu’on l’apprend de nos jours ne remonte pas beaucoup plus loin dans le temps, puisqu’elles ont été intégrées dans ce pays en 1913. Le profil des Grecs macédoniens évoqué par N. Kalampalikis a beaucoup changé au cours du siècle qui vient de s’écouler si l’on en juge par la variété des politiques coercitives de peuplement mises en œuvre depuis cette date. L’un dans l’autre, les Grecs ne constituaient qu’une majorité relative dans ce territoire lorsqu’il est entré dans la composition de l’État grec, suite à la défaite des armées bulgares pendant la seconde guerre balkanique (1913). Des poches importantes de population macédonienne slave (appelée bulgare en ce temps) et aroumaine y subsistaient, sans parler des communautés turques et juives notamment en milieu urbain. Il faudra attendre l’échange des populations entre la Grèce et la Bulgarie en 1919 et surtout avec la Turquie quatre ans plus tard, suite à la défaite des armées grecques en Asie mineure, pour que l’équilibre démographique soit bouleversé dans la région. Une partie considérable du million et demi de réfugiés chrétiens, parfois turcophones, y a été installée à la place des musulmans. La Seconde Guerre mondiale se traduira par la déportation et l’assassinat d’une partie de la communauté juive par les nazis, tandis que la guerre civile (1945-1949) entraînera l’exode d’une partie de la population macédonienne slave qui s’était retrouvée du côté de la résistance communiste. Ces faits ne sont pas ignorés dans la région, mais le désaccord portant sur les points sensibles est presque total entre les historiens « nationaux » de ces pays. Par exemple, la Grèce a toujours fait l’impasse sur le partage de la Turquie d’Europe de 1913. Cela dès le lendemain de la signature du traité de Bucarest qui l’entérinait et jusqu’à nos jours, vraisemblablement en raison aussi du traumatisme durable causé par la Grande Catastrophe de 1922. Pendant son enquête, N. Kalampalikis a distribué une carte présentant le partage des trois vilayets ottomans formant la Macédoine « historique » entre la Bulgarie (10%), la Serbie (39%), l’Albanie (1%) et la Grèce 50%). Pour 95% des jeunes, c’était la première fois qu’ils la voyaient. Décidément, il y aurait encore beaucoup à faire pour qu’ils réalisent qu’il existe encore d’« autres » Macédoine [3].

Pour prendre la mesure des choses, il est indispensable de faire entrer en ligne de compte une particularité de la configuration institutionnelle de l’État grec : sa Constitution ne reconnaît pas l’existence des minorités nationales sur son sol. On peut par exemple être non seulement chrétien orthodoxe (la Sainte Trinité figure dans la Constitution) mais aussi musulman alors que le fait de se dire turc constitue un délit. Dans un tel contexte, peu d’individus seraient disposés à subir l’opprobre public et les rigueurs de la loi parce qu’elles se sentent de près ou de loin, d’une manière ou d’une autre macédoniens slaves, aroumains ou albanais.

Du point de vue du but recherché, à savoir consolider l’homogénéité nationale et empêcher toute velléité centrifuge, on peut dire que la méthode a porté ses fruits. L’unanimité des réactions observée pendant le litige nominal l’indique sans ambages. Les surenchères nationalistes des natifs de la Macédoine grecque, qui semblent parfois destinées à exorciser un passé trouble, le suggèrent également. Par la même occasion, les revers de cette politique apparaissent au grand jour : l’ignorance par la population grecque de pans entiers de l’histoire récente des Balkans, son incapacité à comprendre les changements en cours dans cette région du monde après l’écroulement des régimes communistes et son auto-isolement sur le plan international.

La stupeur, l’hostilité et le rejet manifestés par la société grecque pendant la période 1991-1995, puis le sentiment de frustration, de déception et le désarroi qui s’en est suivi sont l’aboutissement quasi inévitable d’un processus historique et d’une configuration institutionnelle sui generis assez faciles à reconstituer. En tout cas, pourrait-on dire en guise de conclusion, c’est du côté de la Macédoine de Grèce plutôt que du côté de l’ancienne république yougoslave qu’il faut chercher les raisons du psychodrame qui s’est joué à Thessalonique et à Athènes pendant cette période à la faveur du conflit nominal qui a opposé les deux pays. Le fait que, malgré les traces qu’il a laissées, ce conflit s’est révélé bien bénin comparé à ceux qui ont ensanglanté les Balkans pendant la même période mérite d’être mentionné.

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[1] http://archives.univ-lyon2.fr/252/01/2002_CIPS_Noms_%26_RS.pdf] Maître de conférences à l’Institut de psychologie de Lyon II, l’auteur de ce livre dispense au lecteur un véritable cours de psychologie sociale. Son exposé est fort instructif pour ceux qui étudient cette discipline mais pas toujours pertinent pour ceux qui veulent en savoir plus sur le sujet traité, sujet qui constitue un cas d’école en la matière et qui se prête donc aux interprétations psychologiques les plus diverses. On ne comprend pas à quoi bon recourir à des références savantes et à des techniques d’analyse sophistiquées pour aboutir à des explications du même ordre que celles que le lecteur de ce genre d’ouvrage peut trouver tout seul au simple énoncé des faits. En fin de compte, on a un peu le sentiment que, si l’« affaire macédonienne » confirme avec brio le bien-fondé de tel ou tel aspect des théories ou des observations d’un Maurice Halbwachs, d’un Serge Moscovici et de tant d’autres auteurs cités par N. Kalampalikis, ces théories et ces observations n’apportent pas d’éclairage particulier sur l’« affaire ». Ces réserves mises à part, le livre est passionnant comme j’essaierai de le montrer ici avant de formuler quelques observations.

[2] Cette chronique, comme l’ouvrage dont elle se fait l’écho, porte uniquement sur la Grèce. Pour une évaluation du conflit il faudrait prendre en compte des enquêtes et des études fouillées portant sur la mobilisation à la même époque en République de Macédoine et sur ses formes, parfois non moins paroxystiques que celles qu’elles ont revêtues en Grèce. À noter que depuis une bonne vingtaine d’années les analyses les plus pertinentes et les critiques les plus poussées du nationalisme en Grèce que j’ai été amené à consulter sont le plus souvent l’œuvre d’auteurs grecs.

[3] À noter que les actions des Macédoniens slaves contre le pouvoir ottoman pendant les dernières décennies de la Turquie européenne sont souvent passées sous silence, lorsqu’elles ne sont pas associées au simple banditisme et il n’est presque jamais question des initiatives politiques allant dans le sens d’une Macédoine fédérale. Or ces actions et ces initiatives, déformées ou occultées en Grèce, constituent les références historiques centrales du corpus national macédonien slave. Malgré les exagérations qu’elles véhiculent, ces références ont plus de fondement que les spéculations portant sur l’ethnogenèse des habitants du territoire de l’actuelle République de Macédoine.

 

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Depuis les évènements de 2001, la situation internationale a changé, tout autant qu’avec ce qui s’est passé en 1989 lors de la chute du mur de Berlin.

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A travers les expériences dans les Balkans mais aussi dans les différentes rencontres avec les sociétés civiles, et en tant que militant pacifiste, j’ai eu à me poser ces questions.

C’est cela que vous trouverez ici, dans cet ouvrage. Mais c’est aussi pour partager avec vous une recherche d’une culture de la paix qui remplacerait la culture de la guerre qui a montré toute son incompétence pour résoudre les problèmes qui se posaient aux humanités.

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