presse Albanie
| Panorama
Albanie : 6 à 14 000 mineurs victimes des trafics d’enfants Traduit par Mandi Gueguen Publié dans la presse : 30 août 2006 Les trafics d’enfants ne cessent de se développer en Albanie. « La majorité des enfants trafiqués sont destinés au marché du sexe, les mineurs albanais sont dirigés principalement vers la Grèce et à l’Italie, où ils sont contraints à se prostituer ou à mendier », affirme un rapport de l’UNICEF. Le gouvernement tarde à pendre des mesures efficaces. Le gouvernement albanais traîne à prendre à bras le corps la question de la prévention du trafic des enfants, qui augmente de manière évidente. L’ONU vient de publier un rapport sur la Protection de l’Enfance, dans lequel l’UNICEF classe l’Albanie dans la liste des pays qui ont le moins agi dans la prévention du trafic des enfants. L’Albanie y rejoint le Kosovo, la Moldavie et la Roumanie : tous ces pays connaissent un développement croissant du trafic des enfants. L’UNICEF mentionne aussi l’échec de la guerre contre ce type de trafics, et l’engagement minimal des gouvernements pour y mettre fin. « Le système de sécurité des enfants qui existe dans ces pays actuellement, doit s’améliorer de manière urgente, pour éviter le passage des enfants dans les frontières sans le moindre contrôle », souligne le rapport. Les chiffres du rapport dessinent une situation alarmante, le nombre d’enfants trafiqués par ces pays atteint le nombre de 6 à 14 000 par an. « La majorité des enfants trafiqués sont destinés au marché du sexe, les mineurs albanais sont dirigés principalement vers la Grèce et à l’Italie, où ils sont contraints à se prostituer ou à mendier », affirme le rapport de l’UNICEF. Intitulé « Action pour la prévention du trafic des enfants dans l’Europe de l’Est », le rapport met l’accent sur la nécessité de combattre en profondeur les racines du problème pour faire disparaître le phénomène du trafic des enfants. Son auteur, Mike Dottrige, soulève aussi le problème de l’insuffisante campagne de sensibilisation menée en Albanie ou d’autres pays concernés par la question. La campagne d’information en effet, s’appuie seulement sur quelques images d’hommes qui sont cachés par des ombres, elle ne montre pas les vrais responsables, qui sont les familles proches des mineurs. L’auteur affirme que l’enfant doit être informé et savoir se protéger ou demander de l’aide s’il se trouve menacé de près ou de loin par un quelconque trafic. « Les enfants ont besoin d’apprendre ce genre de choses de manière à ne pas tomber dans le piège du trafic, mais malheureusement en Albanie et dans les autres pays concernés, rien n’est fait dans ce sens », assure l’auteur. Après avoir critiqué l’action du gouvernement albanais, il attire aussi son attention sur le besoin d’intensifier les mesures de prévention contre cette nouvelle forme d’esclavage des enfants. Selon un autre représentant de l’UNICEF, la directrice chargée de l’Europe de l’Est, Maria Calivis, l’Albanie doit élaborer de nouvelles lois contre les trafiquants, centrées sur la prévention du phénomène des trafics et non seulement sur leur punition légale. Maria Calivis compare le trafic des mineurs à l’Hydre de Lerne de la mythologie grecque. Elle souligne l’importance de la scolarisation des enfants et leur éducation réussie. |
| Shekulli
L’Albanie et l’Union européenne signent un accord de Stabilisation Traduit par Mandi Gueguen Publié dans la presse : 13 juin 2006 L’Albanie et l’Union européenne ont conclu un accord de Stabilisation, lundi 12 juin, au Luxembourg. L’Union Européenne espère ainsi encourager l’Albanie à poursuivre ses réformes et lutter contre la corruption... Par Nevila Perndoj L’accord a été signé par le Premier ministre albanais, Sali Berisha, la présidente du Conseil des Ministres des Affaires étrangères, le ministre des Affaires Etrangères de l’Autriche, Ursula Plassnik, par Olli Rehn, le commissionnaire à l’élargissement auprès de la Commission Européenne, ainsi que par tous les ministres des Affaires Etrangères des pays membres. C’est un moment historique pour l’’Albanie, à laquelle l’UE demande d’exploiter cet accord en vue de pousser plus loin les réformes. L’UE souligne le besoin d’ammener à l’Albanie les améliorations nécessaires, comme le retour des propriétés, les droits des minorités, la liberté de la presse et du gouvernement, sans oublier les mesures supplémentaires prises par le gouvernement contre la corruption et le crime organisé. Le Premier ministre, Sali Berisha a affirmé le 12 juin que la signature de cet accord marque la fin d’une longe et pénible transition qui a duré 15 ans. « La signature de l’accord de Stabilisation est une reconnaissance de la transformation pacifique de mon pays pendant ces quatorze années. Il est passé d’un communisme totalitaire, caractérisé par l’athéisme imposé, l’hyper-collectivisme, la destruction de la libre initiative, en un pays où le pluralisme politique est consolidé, la liberté de la croyance et la tolérance religieuse garanties, le secteur privé en pleine croissance et développement, contribuant à plus de 80% dans le PIB : un pays où les revenus par personnes ont été multiplié par 11. », soulignait le Premier ministre albanais. La collaboration Le Premier ministre, Sali Berisha a assuré que le gouvernement reste ouvert à toute collaboration avec toutes les forces politiques, les groupes d’intérêt et les citoyens albanais. Dans ces conditions il a promis que l’Albanie entreprendra tous les efforts nécessaires de réformes afin que l’accord de Stabilisation - la totalité des normes, standards et critères qu’il stipule - le partenariat européen et les critères de Copenhague « puissent se transformer en des fondations solides de la démocratie basée sur le marché libre, la garantie des libertés et des droits des citoyens et minorités, l’état de droit, la séparation des pouvoirs et le fonctionnement des institutions indépendantes, l’indépendance des médias, la tolérance zéro envers le crime organisé et la corruption. » Le Premier ministre albanais s’est voulu rassurant. Il a tenu à rappeller aux pays membres que malgré les mauvais souvenirs que l’Albanie pouvait rappeler à certains, « le crime organisé albanais et le réseau de corruption sont en train d’être démontés rapidement et l’Albanie deviendra un des pays les plus sûrs de la région. » Réactions Le ministre de l’Intérieur, Sokol Olldashi a quant à lui garanti que : « les prochaines élections électorales satisferont les standards de l’Union Européenne. » Il était aussi présent à la cérémonie de signature à Luxembourg. Après la clôture de la cérémonie, Olldashi a précisé que « malgré les bons résultats du Ministère de l’Intérieur dans la lutte contre le crime organisé, elle poursuivra ses efforts et renforcera ses actions dans ce sens pour compléter les engagements du gouvernement contre la criminalité, la corruption et les trafics. » Le ministre des Affaires Etrangères, Besnik Mustafaj, a salué la signature de l’accord entre l’UE et l’Albanie, dont les négociations ont duré longtemps. Il a rappelé les nombreuses réformes complexes que le pays doit effectuer. Le ministre a aussi souligné sa confiance en l’engagement des institutions albanaises et la bonne progression de ces réformes. Effets immédiats La ministre de l’Intégration, Arenca Trashani a expliqué les effets de la signature de l’accord de Stabilisation et les nouvelles tâches qu’incombent à l’Albanie. « Après l’entrée en vigueur de l’accord Provisoire jusqu’à la ratification finale de l’accord de Stabilisation par les 25 pays de l’Union Européenne, une nouvelle étape de son application entre en jeu. Le ministère de l’Intégration sera le coordinateur, le moniteur et le rapporteur du processus d’intégration. Elle œuvre principalement à conformer la législation albanaise à celle de l’Union, à élaborer et proposer, avec les autres institutions centrales du Conseil des Ministres, des initiatives légales et des politiques sectorielles contribuant à l’application de cet accord. », affirmait la ministre albanaise de l’Intégration. Le ministère de l’Intégration peaufine actuellement le plan de rapprochement de la législation nationale à celle européenne, et cela impose à tous les ministères et autres institutions officielles de rapporter les résultats et les réformes législatives et applicatives. L’accord Provisoire prévoit la création d’une zone de libre échange entre deux pays pour une période transitoire, ainsi que l’ouverture du marché local aux exportations vers l’UE. Les tarifs douaniers entre l’UE et l’Albanie seront par conséquent réduits graduellement. L’accord Provisoire est asymétrique et favorise le commerce albanais en ouvrant les exportations des produits albanais vers l’UE : un plus grand échange de marchandises entre les deux signataires, une croissance de la production, une baisse des prix et du chômage, une amélioration de la situation macroéconomique... « Ces effets se feront rapidement sentir en Albanie » : a précisé Arenca Trashani. |
Tirana
attirée par le gaz russe
Traduit par Mandi Gueguen Publié dans la presse : 8 mai 2006 L’Albanie pourrait devenir un carrefour important pour l’énergie européenne. Un projet colossal est prévu pour se raccorder au réseau international du gaz et se rapprocher du géant russe Gazprom. Silence, en revanche, sur l’impact environnemental... Par Indrit Maraku Le gouvernement de centre droit de Tirana se prépare à une vraie révolution énergétique en s’ouvrant au gaz provenant de la Russie. Selon l’ambassadrice américaine à Tirana, Marcie Ries, le projet ferait de l’Albanie, seul état des Balkans à ne pas être relié au réseau international du gaz, « un pillier important du domaine de l’énergie en Europe. » Pour cela, les autorités albanaises ont souscrit un « pacte de collaboration » sur la réalisation d’un terminal de regazéification destiné à satisfaire les besoins du pays. Ce projet serait aussi bénéfique à l’Italie et devrait mobiliser un investissement important s’élevant à 1.9 milliards de dollars. Le gouvernement albanais a entammé des pourparlers avec la société russe Gazprom, le principal fournisseur de gaz en Europe, afin de raccorder l’Albanie au réseau russe. Toutefois, ces discussions devraient se faire au détriment d’un autre projet important, appelé « Ambo ». Ce dernier prévoit la réalisation d’un oléoduc reliant le port bulgare de Burgas à l’Adriatique, en passant par la Macédoine et l’Albanie mais il ne semble pas convaincre le Premier ministre albanais, Sali Berisha. « Ambo » : un projet condamné ? En mars dernier, le projet « Ambo » est présenté par le vice-ministre de l’Énergie, Gjergj Bojaxhi qui le définit comme « un simple projet de construction d’un oléoduc qui relierait la Mer Noire à l’Adriatique ». Il a suscité ainsi une vive réaction des médias et des experts, conscients que le projet « Ambo » représente bien plus de choses qu’un simple oléoduc. En effet, la consctruction d’une telle installation permetterait le transport du brut américain, argument qui suffit à priori pour faire plier les autorités albanaises. Par ailleurs, la consctruction de cet oléoduc qui devait réunir divers pays des Balkans est attendue depuis plusieurs années. Ces derniers ont déjà tout préparé pour commencer les travaux et l’ancien gouvernement socialiste albanais de Fatos Nano avait donné son plein accord au projet. La construction de l’oléoduc était sur le point de commencer. Elle avait suscité un investissement de 1.2 milliards de dollars. Selon certaines estimations, 35 millions de tonnes de brut passeraient par an entre le port de Burgas en Bulgarie et celui de Vlora en Albanie. Et c’est là que le bas blesse. Le gouvernement précédent avait pensé construire un parc énergétique colossal (dont « Ambo » devait faire partie) près de la ville côtière. Cependant, lors de sa campagne électorale, Sali Berisha avait promis qu’une fois au pouvoir, il metterait un terme au projet pour préserver la zone, qui devient un des points forts du tourisme albanais. Aussitôt dit, aussitôt fait. Il y a quelques semaines, les autorités albanaises ont demandé aux réalisateurs du projet de trouver un autre endroit pour l’embouchure du terminal, ce qui pose de gros problèmes à ces derniers. En effet, le port de Vlora, est le seul de la zone à posséder les caractéristiques adéquates selon les experts. Sa profondeur exceptionnelle permettrait aux bateaux de s’ancrer plus facilement. Go Est... la chasse au gaz Peu de temps après avoir écarté le projet « Ambo », Gjergj Bojaxhi a révélé les intentions de Tirana, expliquant que : « Le gouvernement considère comme un désavantage historique le fait que l’Albanie soit le seul pays des Balkans à ne pas être raccordé au réseau de gaz. Etant donné que le principal fournisseur de l’Europe et des Balkans est Gazprom, le gouvernement albanais est en train de mettre en place des contacts pour réaliser un réseau aussi en Albanie ». Les autorités semblent pressées par le temps. Le 21 avril dernier, le gouvernement de Tirana a signé un « pacte de collaboration » qui prévoit la construction d’un terminal de regazéification et d’une centrale thermoélectique à Fier. Le projet pour lequel 1.9 milliards de dollars seront investis devra être réalisé par la société italienne « Saipem », la société américaines « Black & Veatch » et la société suisse « ASG ». « Il s’agit du plus gros investissement jamais réalisé dans les Balkans et qui fera de l’Albanie un pillier important dans le domaine énergétique en Europe », affirmait l’ambassadrice américaine Marcie Ries. Le Premier ministre, Sali Berisha, en revanche, a assuré que son gouvernement « soutiendra de toutes ses forces la réalisation du projet ». Le terminal de regazéification sera capable de transformer 10 milliards de mètres cubes de gaz par an. Quant à la centrale thermoélectrique, elle sera conçue en trois blocs de 400 mégawatt chacun. La structure entière sera construite près de l’embouchure du fleuve Seman sur un espace de 120 hectares. Elle sera ensuite reliée à l’Italie grâce à un conduit souterrain. Et l’environnement ? Le changement des plans de Tirana dans sa politique énergétique a été suivi avec la plus grande attention par les médias locaux. Comme à leur habiture, les médias ont suscité de nombreuses réactions et les commentaires sont venus de tout bords. Toutefois, la question environnementale n’a pas attisé de débats. Ni les responsables politiques, ni les associations de protection de l’environnement ne se sont donné la peine d’expliquer quelles seraient les répercussions sur l’environnement d’un projet de telle envergure. Concernant le projet « Ambo », les associations et le gouvernement se sont mis d’accord pour revendiquer l’éloignement de l’oléoduc de Vlora. Mais quand il est question du terminal de regazéification de Fier, les deux partis restent terrés dans le silence, un silence inexpliqué car les deux villes ne sont séparées que par une trentaine de kilomètres. Si la question de l’énergie a trouvé des interlocteurs passionnés dans les diplomaties, la capitale albanaise ne semble pas vraiment s’en occuper et ce malgré la visite de plusieurs pays des Balkans de la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice. Les 24 et 25 avril dernier, Condoleezza Rice aurait demandé à Athènes et à Ankara de refuser l’offre émannant de la société russe Gazprom qui se propose de participer à la construction en cours du gazoduc reliant les deux pays. Elle a surtout demandé aux deux capitales de diminuer leur dépendance au gaz russe. Après avoir rencontré son homologue grecque, la secrétaire d’Etat américaine a clairement mentionné le « danger » que puisse se créer « un monopole de provision d’une seule source, la Russie ». Or, les sonnettes d’alarme tirées par Condoleezza Rice n’ont pas trouvé d’écho à Tirana. Les gouvernements albanais et macédoniens continuent pour le moment à montrer leur intérêt au géant russe du gaz, avec un nombre toujours croissant de lettres de sympathie, signées par les ministres de l’Energie des deux pays. Le danger de se trouver un jour en plein milieu d’un combat de titans est pour l’instant ignoré. |
Le torchon brûle entre Tirana et le
FMI Publié dans la presse : 1er décembre 2005 Temps orageux entre le FMI et Tirana. Le Premier ministre Sali Berisha voit ses propositions désavouées par l’institution internationale. Une situation qui reproduit les rapports de force de son mandat de président dans les années 1990. A l’époque, la mission permanente du FMI avait quitté l’Albanie. Par Indrit Maraku C’est par un dilemme que se conclut la visite de la délégation du Fonds Monétaire International (FMI) en Albanie. Le message adressé au nouveau gouvernement de Sali Berisha est clair : « Si vous ne faites pas ce que nous disons, nous nous en allons ! » Revenu au pouvoir avec la promesse de réduire fortement les taxes, le Premier ministre s’est heurté à un « non » radical du FMI et a dû battre en retraite. Il a annoncé que dans le budget 2006, actuellement examiné par le Parlement, il n’y aura aucune réduction fiscale. De son côté, la presse n’a manifestement pas apprécié ce qu’elle a appelé les « menaces du FMI ». Un exemple de rébellion vis-à-vis des conseils du FMI avait déjà été donné par les journaux roumains et bulgares. Sali Berisha avait promis une réforme fiscale qui devait se concrétiser dès le budget 2006. Il entendait réduire la TVA en adaptant son taux selon une classification des produits, en fixant une imposition minimale aux produits les plus courants. Autre désir renié : baisser l’impôt sur le revenu, en favorisant particulièrement les petites entreprises. Selon le gouvernement, cette décision les aurait aidées à respirer mieux, et peut-être à créer de nouveaux emplois. Mais le FMI ne partage pas ce point de vue. Selon Istvan Szekely, à la tête de la délégation qui s’est rendue à Tirana il y a quelques jours, l’économie albanaise, trop fragile et touchée par un niveau d’évasion fiscale élevé, ne peut se permettre de réduire des « rentrées d’argent sûres et propres » telles que la TVA et l’impôt sur le revenu. Décidé à ne laisser personne toucher à la TVA, Szekely a expliqué aux journalistes que dans aucun pays en voie de développement une réduction de la TVA n’a généré de création d’emplois. Retour d’une situation connueComme si cela ne suffisait pas, la délégation du FMI a mis le Premier ministre dans une seconde situation délicate. Pendant la campagne électorale de juin dernier, le leader du Parti démocratique avait promis de ne pas réaliser le « parc énergétique » de la baie de Vlora. Un projet qui a par contre les faveurs de la Banque Mondiale (BM) et du FMI, a tel point qu’ils étaient parvenus à convaincre l’ancien gouvernement socialiste de Fatos Nano. Mais vu la grave crise énergétique qui frappe le pays depuis deux mois, le FMI a fait pression afin que le projet soit réalisé. Un accord a été trouvé avec le gouvernement à la fin des rencontres. Berisha a dû expliquer publiquement que « à Vlora, nous construirons seulement une centrale thermique, pas un parc énergétique ». Mais malgré sa tentative de réduire la portée du projet, aux yeux des citoyens albanais, le Premier ministre a fait un pas en arrière en cédant aux pressions. « Ni l’Albanie ni le FMI ne désirent que se répète la situation de 1996, quand le FMI avait rappelé du pays sa mission permanente. Mais si les autorités albanaises désirent réellement collaborer, nous devons nous écouter mutuellement. » C’est ce qu’ainsi qu’Istvan Szekely, le chef de la délégation, a répondu à un journaliste qui lui demandait si la supervision de l’économie albanaise signifiait un diktat sur des décisions qu’un pays souverain doit être libre de prendre seul. Tous les médias ont parlé de menaces ouvertes adressées au gouvernement de droite de Berisha. Cette évocation de 1996 renvoyait aux précédentes tensions entre le FMI et Berisha, alors Président de la République. La mission permanente du FMI avait alors quitté l’Albanie. Le motif officiel portait sur les combines financières que le gouvernement de droite avait tolérées. Avant de quitter la capitale albanaise, au cas où le message n’aurait pas encore été clair, la délégation du FMI a déclaré avoir posé 76 conditions au gouvernement avant de pouvoir passer au renouvellement de l’accord de collaboration entre l’institution et le pays. Un accord qui devrait officiellement durer trois ans, mais qui en réalité sera revu tous les six mois. Il s’agit là d’un pas en arrière dans les rapports entre le FMI et Tirana. Les observateurs locaux voient cela comme une mise à l’épreuve permanente, comme un manque de confiance vis-à-vis du gouvernement de droite : quand les socialistes étaient au pouvoir, l’accord était renouvelé tous les trois ans. Violente réaction des médias« Diktat », « pressions », « menaces », « défiance ». Ce sont les mots les plus utilisés par les journaux, qui ont suivi l’affaire complète avec beaucoup d’attention. Pour l’analyste Feti Zeneli, l’un de ceux qui ont eu les réactions les plus dures, le « violent contrôle du FMI de ces quatorze dernières années » doit être réduit à présent que l’économie du pays donne des signes de stabilité depuis six ans, avec une inflation sous contrôle et une croissance économique de 6%. Zeneli parle d’une « jalousie insensée envers un nouveau gouvernement, causée par de vieilles histoires de désaccord. » Il ajoute que « le fait le plus significatif de l’insuccès de la mission économique et sociale du FMI en Albanie est l’échec d’une réduction de la pauvreté grâce à la croissance économique. [...] Aujourd’hui, 65 à 70% de la population albanaise est pauvre. » Les nombreuses références à la Roumanie et la Bulgarie, qui ont dit « non merci » aux conseils du FMI, révèlent de la part des médias albanais une volonté d’« indépendance économique ». Ils montrent ne pas tolérer qu’on s’en vienne commander chez les autres. Malgré les poignées de main, les sourires en public et les déclarations du genre « nous sommes d’accord sur beaucoup de points », les derniers développements laissent penser à des préférences politiques de la part du FMI. Les vieux problèmes entre l’organisme international et le « rebelle » Berisha sont connus de tous, mais selon divers observateurs, ils ne sont pas seulement à imputer aux affaires financières de 1996. Le vrai motif de la crise qui porta alors au départ de la mission semble être la requête (en 1995) du FMI au Premier ministre de l’époque, Aleksander Meksi, d’augmenter la TVA de 12,5% à 18% et d’augmenter les salaires de 10%. Les représentants de l’Etat, y compris le Président Berisha, avaient insisté pour conserver le même taux de TVA, mais en augmentant les salaires de 25%. Les rapports du FMI avec les socialistes semblent par contre avoir été excellents à partir du 17 juillet 1997, jour de la création du Pacte de Stabilité pour l’Albanie, sous le patronage du FMI, de l’Union Européenne et de la BM. Le but de cet accord était de stabiliser les paramètres macro-économiques du pays. Pour atteindre cet objectif, le FMI et les socialistes prirent ensemble trois mesures radicales : augmenter la TVA de 12,5% à 20% ; bloquer les crédits-entreprise des banques de second niveau ; et augmenter le paiement progressif des salaires. Selon les observateurs, l’assentiment des gouvernements socialistes d’après 1997 transforma la mission du FMI en un allié fidèle de l’équipe dirigeante de gauche. Un allié « qui les protégea de manière fanatique et souvent injustement », cite l’un des analystes. A présent, c’est à Berisha qu’il revient de choisir : soit il marchera seul, soit il se fera prendre par la main. Pour poser ce choix, il a les « six mois de mise à l’essai » qui lui ont été concédés. |
| Komiteti
i Pajtimit Mbarëkombëtar Crimes de sang en Albanie : un appel au nouveau gouvernement Traduit par Jacqueline Dérens Publié dans la presse : 27 juillet 2005 Le Comité national de réconciliation lance un appel au nouveau gouvernement albanais. Pour sortir enfin du cycle des dramatiques vengeances de sang, souvent conséquence de la traite des êtres humains, une attitude résolue est nécessaire. Le Comité entend mettre les ressources de la tradition au service du renforcement de l’État de droit, mais les autorités publiques vont-elles faire leur part du travail ? Du 20 mai au 8 juillet dernier, avant les élections parlementaires, le Comité national de réconciliation a organisé une mission volontaire de 45 jours dans tous les villages et toutes les villes d’Albanie. Le but était de rencontrer les familles ennemies et d’éviter de nouveaux conflits pendant la campagne électorale. Cette mission, dirigée par 160 militants et chefs de groupe, comprenait 2680 missionnaires répartis sur tout le territoire de l’Albanie. La mission tient à exprimer ses plus vifs remerciements à la direction générale de la police d’État et aux employés des districts pour leur disponibilité et leur coopération professionnelle dans la résolution de nombreuses situations conflictuelles, et l’aide apportée aux missionnaires pour leurs déplacements. La mission n’a pu malheureusement éviter le meurtre de trois personnes, dont un jeune garçon de 13 ans de la famille Gjokejaj à Durrës, dans une reprise de sang, et le conflit survenu à l’école Basan Prishtina de Tirana, au cours duquel un observateur du Parti Républicain a été assassiné. La mission n’a pas perçu non plus les dangers qui menaçaient la vie du président de district de Basi, du Parti Démocratique, Behar Kastrati. Dans ce cas précis, les missionnaires ont exprimé leur disponibilité à offrir leur aide pour la résolution de ce conflit, si on le leur demandait. Pendant ces 45 jours, la mission a constaté que les conflits les plus durs sont ceux qui ont commencé par un meurtre et, dans la plupart des cas, ces meurtres remontent à une longue période et n’ont pas été vengés. Pour ce motif, 1460 familles sont en conflit, 738 se cachent et 722 se sont dites prêtes à abandonner la vengeance de sang si le meurtrier est puni d’une manière impartiale par l’État. On compte environ 4500 familles touchées par des violations des droits familiaux, traite de femmes ou violation de la dignité de la personne, ce qui s’ajoute aux autres conflits. Dans la région de Shkodra et les villages de Zadrima, 1600 familles sont en conflit pour des questions de droits de propriété. Ces familles sont liées entre elles par des liens d’alliance, mais à chaque moment, ces conflits peuvent faire couler le sang. Si les missionnaires de la réconciliation ont été souvent seuls et sans soutien dans leurs efforts pour empêcher les meurtres, ils ont obtenu des succès sans discontinuer. Grâce à leur travail, 430 familles de femmes victimes de trafic sont en cours de discussions pour éviter le bain de sang et, sans le rendre public, acceptent le retour de la fille dans la famille. À ce jour, près de 280 filles abusées sont retournées dans leurs familles, 23 d’entre elles sont mariées avec leurs protecteurs et vivent une vie normale dans le pays. Le Comité national de réconciliation a formé dans chaque village des groupes avec le directeur de l’école, le chef de village et un représentant de la communauté qui veillent à mettre la tradition au service de l’état de droit contre les actes criminels. Après le second Congrès national de réconciliation qui s’est tenu le 17 septembre 2004, le Comité a réussi à obtenir l’asile à l’étranger pour 611 familles menacées de reprise de sang. Les pays qui ont offert cet asile sont des pays d’Europe occidentale, le Canada et les USA. Malheureusement, le gouvernement albanais a signé des accords avec les pays d’Europe occidentale pour le retour des immigrants albanais qui n’ont pas de permis de séjour. Étant donné la situation d’extrême pauvreté et les conflits qui menacent la vie de ces citoyens albanais et leurs familles, ces accords sont inhumains et en opposition avec la Charte internationale des Droits de l’Homme. Le Comité national de réconciliation demande instamment au nouveau Parlement et au nouveau gouvernement de s’efforcer d’obtenir la révision de ces accords. La communauté internationale a, à plusieurs reprises, fait des contributions au gouvernement et aux institutions pour aider les familles victimes de conflits de reprise de sang ou de traite des êtres humains. Malheureusement, la mission a constaté que de nombreuses familles ne savent rien des projets de réhabilitation du gouvernement ou des donateurs. Le Comité national de réconciliation demande au nouveau Parlement albanais, au nouveau gouvernement, au Procureur général, à la Haute Inspection de l’État de vérifier où se trouvent les 40 millions de dollars que la communauté internationale et les contribuables albanais ont donné au gouvernement et aux institutions pour ces projets. La traite des femmes albanaises est la cause de meurtres sanglants, impliquant parfois même la destruction de la famille entière du trafiquant. Le Comité avait établi que la pauvreté et le crime organisé avaient forcé à la prostitution dans et hors de leurs pays plus de 30 000 femmes d’Albanie, du Kosovo, du Monténegro et de Macédoine. Ces femmes sont sous le contrôle total des trafiquants qui sont impliqués dans d’autres activités criminelles. Toutes les trois heures, ces trafiquants engrangent plus de 2 milliards de dollars. Cette situation est la cause principale des meurtres de reprise de sang et de vengeance. Il est regrettable que les projets des donateurs internationaux soient élaborés selon leurs propres méthodes sans connaissance du terrain et en ignorant la mentalité et la psychologie du peuple albanais. Plus de 90% de ces projets ne sont pas appliqués sur le terrain et sont ignorés des groupes qui en auraient le plus besoin. Cette situation perdure pour les projets concernant les reprises de sang, la corruption, la traite des êtres humains et l’égalité entre hommes et femmes, même si le public est sensibilisé à ces questions. La communauté internationale, le nouveau gouvernement et le nouveau Parlement devraient affronter ces questions avec plus de responsabilité. La stratégie du Comité national de réconciliation qui consiste à mettre la tradition au service de l’État de droit, contre les phénomènes négatifs de la société, a reçu le soutien populaire parce que le Comité affronte chaque problème concrètement sur le terrain, discute avec les gens et demande au conseil de la communauté d’apporter sa résolution au conflit. La coopération de l’État albanais et des institutions internationales avec le Comité national de réconciliation serait un pas positif vers le renforcement du respect de la loi chez les Albanais. |
| Shekulli Les armes albanaises tuent en Afrique Traduit par Mandi Gueguen Publié dans la presse : 8 juillet 2005 Un rapport récent d’Amnesty
International jette la lumière sur des exportations régulières depuis
2002 de munitions, de grenades et d’explosifs de l’Albanie vers
l’Afrique. Des millions de munitions albanaises sont vendues aux pays
africains au mépris de l’embargo décrété par l’ONU. Une affaire
qui embarrasse le Ministère de la Défense albanais. Par Florian Papadhimitri Le Ministère albanais de la Défense a
vendu une quantité considérable d’armes et de munitions à quelques
pays africains, enfreignant ainsi les conditions de l’embargo et la paix
imposés par l’ONU. Une récente note officielle d’Amnesty
International souligne que plusieurs conflits armés se déroulant dans la
région des Grands Lacs, en Afrique, ont régulièrement été alimentés
avec des armes et des munitions en provenance des Balkans et notamment
d’Albanie,et ce malgré un embargo international et la signature d’un
accord de paix. Amnesty International répétait la
semaine dernière que les pays ayant vendu des armes et des munitions,
ainsi que les compagnies contractuelles impliquées dans ce commerce, sont
allés à l’encontre de l’embargo et de la paix et ont facilité
l’assassinat de millions de personnes au Congo, au Rwanda et dans
d’autres pays africains. Les armes vendues, principalement issues de
l’ex-bloc communiste, ont été acheminées par bateau et par avion et
directement livrées aux groupes armés. Elles ont servi à perpétrer au
cours des 6 dernières années de nombreux crimes, notamment en République
Démocratique du Congo, causant la mort de millions de personnes. De plus,
leur vente a été décidée au mépris de l’embargo décrété par l’ONU.
Pour l’Albanie, cela constitue donc une violation caractérisée d’un
des articles de la réglementation du commerce des armes du Ministère de
la Défense. Le trafic Plus de 400 tonnes de munitions et
d’armes automatiques ont été transportées par bateau et par avion
d’Albanie et de Serbie vers le Rwanda. Selon Amnesty International,
plusieurs compagnies du Rwanda, d’Afrique du Sud et d’Angleterre
auraient joué le rôle d’intermédiaire dans ce commerce. Le trafic
d’armes depuis l’Albanie se serait déroulé entre fin 2002 et début
2003, les convois aériens quant à eux auraient continué jusqu’au
milieu de l’année 2004. Le rapport d’Amnesty International
mentionne également d’autres commandes. 130 tonnes d’armes et de
munitions auraient été livrées depuis la Bosnie. Les groupes armés implantés dans la région
des Grands Lacs et approvisionnés avec des armes albanaises, sont connus
pour avoir allègrement transgressé les droits de l’homme et pour avoir
perturbé le processus de paix engagé depuis 2002 entre la République Démocratique
de Congo, le Rwanda et l’Ouganda. Le trafic d’armes s’est mis en
place pendant l’embargo décidé le 18 avril 2003 par le Conseil de Sécurité
de l’ONU. Pour l’ONU, il s’agissait d’empêcher
les armes d’arriver au Congo, où certains groupes se battent contre les
gouvernements rwandais et ougandais. Amnesty International se dit très préoccupé
pour la situation dans cette région, et insiste sur le danger que représentent
les armes en provenance d’Albanie. La dernière déclaration de
l’organisation affirme que le Rwanda a importé d’Albanie des millions
de munitions ainsi que des grenades et des lance-grenades. La réglementation
du Ministère de la Défense albanais stipule pourtant que la vente
d’armes ou de munitions est interdite aux état sous embargo, mesure qui
est restée semble-t-il totalement ignorée. Le transport des
armes Depuis la signature d’un accord de paix
en République Démocratique du Congo au deuxième semestre 2002, de
grandes quantités d’armes ont été transportées par avion de Tirana
vers Kigali. Selon le rapport d’Amnesty International, les vols ont
commencé à la fin du mois de juin 2003. Si le gouvernement rwandais a
toujours nié ces faits, des données européennes confirment pourtant le
transport de plus de 400 tonnes de munitions par des compagnies
albanaises, israéliennes, rwandaises, anglaises et sud-africaines. Des
documents provenant de Tirana soulignent également que six vols remplis
d’armes ont été organisé par le MEICO [1] entre Tirana et
Kigali. Selon Amnesty International, chacun de ces vols, entre octobre et
novembre 2002, transportait près de 40 tonnes d’armes et de munitions.
On y trouvait entre autres des millions de balles d’armes automatiques
ainsi que des grenades et des lance-grenades. Pourtant, selon Amnesty International, le
Ministère de la Défense nie avoir vendu des armes aux compagnies concernées
par l’embargo de l’ONU. Selon de hauts fonctionnaires albanais, au
moins 4 avions ont volé de Tirana vers Kigali entre avril et juin 2003,
pour transporter au moins 3 590 000 balles de 7.62 mm (balles d’armes
automatiques) et près de 85 000 balles de 9 mm (balles de pistolets). De
plus, au moins un vol a transporté des explosifs. Un certificat de
livraison, traduit en albanais par « certificat de vérification de
livraison » a été délivré le 24 juin 2003 par le Ministère de
la Défense rwandais, pour la livraison de 3.590.160 balles de 9 mm par
l’Albanie. Les fonctionnaires albanais ont annoncé qu’une quantité
considérable de balles a été retournée par le Rwanda. Pandeli Majko, ministre de la Défense
depuis août 2002 a déclaré qu’une compagnie siégeant en Israël a
joué le rôle d’intermédiaire pour transporter les armes vers le
Rwanda. Selon le Ministère de la Défense, l’ambassade albanaise à
Tel-Aviv a confirmé le fait que cette compagnie possède une licence de
commerce d’armes délivré par le gouvernement israélien. Amnesty
International ne sait pas qui a payé et ne connaît pas les sommes versées
pour les armes achetées en Albanie. Les fonctionnaires du Ministère de la Défense
ont confié aux experts d’Amnesty International que le gouvernement
albanais tente de moderniser l’armée en vendant au rabais des équipements
militaires obsolètes et de petites quantités d’armes fabriquées entre
1950 et 1960. Le Ministère de la Défense nie avoir vendu des armes aux
pays sous embargo de l’ONU ou impliqués dans des conflits régionaux.
Pourtant, les faits prouvent le contraire, des armes albanaises ont bien
été vendues au Rwanda. Le MEICO « MEICO » (Military Export
Import Company) est une entreprise d’Etat sous tutelle du Ministère de
la Défense d’Albanie. Elle a été créée en 1991 par décision du
Conseil des Ministres, nr. 366, datant du 05.10.1991, intitulé « Pour
la création de l’Entreprise de l’Import-Export, sous la tutelle du
Ministère de la Défense ». Elle exerce son activité pour
satisfaire aux besoins des Forces Armées Albanaises. Elle exporte du matériel
militaire issu des stocks de l’Armée Albanaise. La réglementation du
commerce d’articles à caractère militaire dans la République d’Albanie Les conditions pour importer ou exporter
des armements, des munitions ou du matériel à caractère militaire
depuis/vers la République de l’Albanie par le MEICO sont les suivantes : a. Etre un sujet commercial enregistré
dans un état non soumis à un embargo des Nations Unies, état où
l’importation et l’exportation des armements, des munitions et
d’autres marchandises est interdite. Des doutes sur les
revenus des ventes de munitions Les données officielles des exportations
albanaises entre 2002-2004 montrent que l’exportation des armes et des
munitions ne dégage que peu de revenus. L’ACIT, (Centre Albanais pour
le Commerce International) confirme que les revenus provenant de
l’exportation des armes et des munitions pour 2002, 2003 et 2004, ne dépassent
pas 700 mille dollars. Amnesty International s’interroge donc sur le prix de vente et le mode de paiement des exportations albanaises. Ou est parti l’argent des ventes de 2002 ? Aucune donnée n’a été trouvée sur le prix unitaire d’une balle, d’une grenade ou d’une lance-grenade vendues en Afrique.
[1] Compagnie d’Import-export militaire, filiale du
Ministère albanais de la Défense qui possède une licence de vente
d’armes
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| Gazeta
Ballkan Albanie : les femmes rrom revendiquent le droit à l’instruction Traduit par Mandi Gueguen Publié dans la presse : 15 avril 2005 Ils survivent dans la pauvreté la plus extrême, les maladies et l’ignorance ne les ont jamais quittées. La population rrom vivant dans les territoires albanais ne jouit d’aucune reconnaissance de la part de l’État albanais, comme s’ils n’existaient pas, d’autant plus que la majorité d’entre eux n’est pas inscrit dans les registres d’état civil. Confrontées à la pauvreté, de nombreuses femmes de cette population sont contraintes d’avorter, ne pouvant pas assumer les enfants à naître. Malgré tous leurs problèmes quotidiens, les femmes rrom expriment un intérêt pour l’instruction et l’éducation. Elles en parlent ouvertement dans le Centre « Le cœur de la Mère », où 150 femmes d’âges divers se rendent chaque jour pour apprendre à lire et à écrire l’albanais, car elles ne veulent pas rester dans l’obscurité de l’analphabétisme. L’enseignante des élèves Rrom, Maliqe Rrenja, raconte à quel point ces femmes sont désireuses d’apprendre et leur persévérance. Elles savent combien il est difficile de nos jours d’affronter le monde quotidien sans savoir lire et écrire, et la difficulté de leur vie spécifique ne les détourne pas du désir d’apprendre. Une des femmes de la communauté affirme que les femmes rrom sont comme toutes les autres, et qu’elles ont envie d’avoir une vie meilleure et de jouir des droits accordés à tous les autres citoyens. Elles ont entre 15 et 60 ans et s’appliquent toutes avec de la patience à apprendre à lire et à écrire la langue albanaise. L’enseignante les félicite de leur attention en classe et du soin avec lequel elles font leurs devoirs. Bien sûr, les plus âgées ont plus de difficultés que les jeunes, mais elles font le maximum pour suivre et ne pas rester à la traîne. |
| Panorama
L’économie albanaise prise au piège
de la mondialisation Publié dans la presse : 4 janvier 2005 Pour une économie sous-développée comme celle de l’Albanie, la globalisation peut avoir des conséquences catastrophiques. Le rapport des importation et des exportation est de 6 pour 1, il atteint même 11 pour 1 pour les produits agricoles. Nos exportations « Made in Albanie » couvrent à peine 20% des importations. Le gouvernement est en panne de politique économique. Par Feti Zeneli Les crises économiques sont partie intégrante de la vie des pays développés aussi bien que de ceux qui sont en développement. Le progrès se voit à travers la solution des diverses crises économiques, la pauvreté et le chômage étant la conséquence de la prolongation de ces crises. Selon le développement économico-social du pays, on peut distinguer globalement les crises dues la surproduction et celles causées par l’absence de production. Les pays développés, par exemple les États-Unis, connaissent une crise due à la surproduction. En revanche, la crise actuelle en l’Albanie ou d’autres pays sous-développés, est due à l’absence de production. D’un autre côté, la solution d’une crise dans un pays développé peut entraîner une série d’autres troubles dans ces pays ou d’autres, comme c’est le cas avec la baisse du dollar. Les pays développés oscillent, en fonction de leurs politiques de droite ou de gauche, entre incitation à l’augmentation de l’offre et de la production à travers la baisse des taxes, ou incitation à la consommation à travers la hausse des salaires, etc. Crise de développementContrairement aux pays développés marqués par la surproduction, l’Albanie connaît, elle, une crise de développement, qui s’est intensifiée depuis la transition à une société démocratique. Ainsi, lorsque la droite était au pouvoir, jusqu’à la fin de 1996, les taxes et les prix étaient de 2 à 3 fois plus bas et le nombre de chômeurs 4 fois moindre qu’aujourd’hui. Ce furent des débuts difficiles mais prometteurs. En 1991-1992, aucun expert international n’avait prévu un rythme aussi soutenu de développement de la part d’une société enfermée pendant 45 ans dans une dictature. En 1994-1995, selon les experts, il aurait fallu au moins une décennie à l’Albanie pour atteindre le niveau des autres pays de l’ex-bloc communiste de l’Est. A l’arrivée de la gauche au pouvoir, et après le collapsus économique tragique provoqué par la faillite des sociétés pyramidales en 1997, obéissant au principe « un pas en avant, deux en arrière », l’écart avec les autres pays en transition s’est creusé. Dans la situation actuelle, notre pays souffre non seulement des conséquences de son recul, mais aussi de l’essor des autres pays, dont ceux de l’Europe de l’Est. L’effet néfaste des crises économiques de production se fait sentir sur tous les pays, dans la perspective de la mondialisation, les pays pauvres se voyant cantonnés à importer le surplus des pays riches en stoppant ainsi leur production. L’Albanie subit particulièrement la surproduction de ses voisins, puisqu’elle a abandonné entièrement la production locale et privilégie l’importation. Par conséquent, le rapport des importation et des exportation est de 6 pour 1, il atteint même 11 pour 1 pour les produits agricoles. Nos exportations « Made in Albanie » couvrent à peine 20% des importations. Le secteur agricole sacrifiéDe plus, nous importons en majorité des produits ou marchandises, jadis produits sur place et même exportés dans les conditions de l’économie centralisée et en absence de technologies modernes. Ainsi, des quantités considérables de nourriture, de produits agricoles, de boissons, de tabac, jusqu’au foin pour le bétail, viennent de l’étranger, alors que nous avons les conditions et l’expérience pour les produire. Le poids de la production agricole dans le PNB a chuté à près de 24%, soit environ deux fois moins qu’au début de la transition, et les perspectives de croissances sont sombres. Cette baisse du secteur agricole et la réduction de sa diversité ont entraîné la baisse des exportations et l’augmentation des importations de ces produits. Autrefois, nous exportions près de 100 000 tonnes de légumes par an et rien que l’exportation du tabac rapportait au budget plus de 50 millions de dollars, alors qu’aujourd’hui tous ces articles sont importés. De même, l’industrie de la bière, de l’huile végétale et des œufs, les trois principaux produits du commerce agricole, importent leur matière première. Une telle situation économique montre la position de la gauche albanaise au pouvoir, qui permet un tel déclin de la production locale et ne réfléchit pas à développer les secteurs de production et leurs infrastructures. Ce gouvernement ne soutient pas la production locale, mais privilégie la production étrangère qui tend à s’accroître et à s’exporter de plus en plus dans le cadre de l’économie mondialisée. Dans ces conditions il faut commencer sans perdre plus de temps à construire et à appliquer des stratégies tendant à réduire au minimum indispensable les importation de produits de consommation au profit de machines et équipements pouvant ouvrir la voie à la production locale. D’un autre côté, de tels investissements doivent être stimulés à travers des aides fiscales, comme partout ailleurs dans le monde. Les accords successifs de libre échange avec les pays de la région, la perspective de création d’une zone commerciale balkanique franche, l’association et ensuite l’intégration à l’Union Européenne, et d’autres développements de cette nature représentent une croissance des opportunités du développement du commerce et de l’activité économique en général, mais ils peuvent aussi constituer un risque si les retards s’accumulent. À part l’amélioration de ces indices, les experts internationaux pensent que l’Albanie peut réaliser son rêve d’intégrer l’Europe seulement si dans les années à venir son rythme de croissance économique annuel ne baisse jamais en dessous de 13-14%. Actuellement, cet indice est 2 à 3 fois moins élevé. |
| SHEKULLI Industrie pétrolière : monopole exorbitant pour une société italienne en Albanie TRADUIT PAR MANDI GUEGUEN Publié dans la presse : 28 avril 2004 Un projet de concession pour la construction et l’exploitation du terminal pétrolier de Vlora à à la société « La Petrolifera Italo Rumena » suscite la polémique. La société italienne obtiendrait pas un monopole contraire aux lois et aux règles de la concurrence. Les députés veulent que le gouvernement revoit sa copie. Par Anila Rama La Commission Parlementaire de l’Économie a rejeté le projet de loi du gouvernement qui accordait, sous forme de concession « BOO », la construction et l’exploitation du terminal côtier de Vlora à à la société « La Petrolifera Italo Rumena », pour le stockage du pétrole et de ses dérivés. Selon le projet d’accord négocié par le gouvernement et la société étrangère, celle-ci avait de droit le monopole du contrôle du pétrole et de ses dérivés dans la région de Vlora. Or, pendant l’élaboration du premier projet d’accord, un deuxième projet était planifié qui cédait une concession de forme « BOT », « Pour la construction et l’exploitation de l’infrastructure portuaire au service du terminal côtier dans la baie de Vlora », qui a aussi été rejeté. Tous les députés ont objecté que l’octroi de concession à la société italienne, en lui laissant le monopole du stockage du pétrole pour toute la région, allait à l’encontre de la loi sur la concurrence et celle sur les monopoles, et ils ont demandé que le projet soit retourné au Conseil des Ministres pour être reconsidéré. Le président de la Commission de l’Économie, Ylli Bufi, a affirmé hier que les deux projets d’accords qui ont été examinés transgressaient ouvertement les deux lois fondamentales adoptées par le Parlement et qui régissent actuellement l’économie albanaise. « Le gouvernement doit renégocier les deux projets en établissant de nouvelles conditions. La création d’un monopole en faveur de cette compagnie va à l’encontre des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce et de la concurrence, en lui laissant l’exclusivité entière du contrôle des produits pétroliers dans toute la zone de Vlora ». Entre temps, le député de l’opposition Dashamir Shehi a déclaré qu’il était inacceptable qu’une compagnie privée soit ainsi favorisée, pour une commerce jouissant d’un monopole sur le domaine public, enfreignant ainsi la loi sur la concurrence. Que prévoient les accords ?La société « La Petrolifera Italo Rumena », à part le monopole du stockage du pétrole et de ses dérivés, serait exonérée de toutes les obligations fiscales et douanières pendant les deux années où elle importera la matière première et les équipements divers utilisés pour la construction du terminal et de l’infrastructure portuaire, deux mois après s’être munie des permis et d’autres documents nécessaires. Dans leur rapport, des experts légaux expliquent que l’objet de la concession sur l’exploitation du terminal côtier pour le stockage du pétrole et de ses dérivés, serait construit par l’entrepreneur, la société italienne, qui pourra l’exploiter pendant les trente prochaines années, grâce à un contrat renouvelable et un investissement de près de 30 millions d’euros. Le délai en question débutera dès la clôture du projet final qui sera élaboré dans les 9 mois à venir, et seulement alors pourront commencer les travaux de construction du terminal, qui devraient durer deux ans. La surface où s’étendra le projet est de 183 000 mètres carrés, et la société concessionnaire en sera propriétaire, en compensation de l’infrastructure portuaire qu’elle construira dans la baie de Vlora. Selon le gouvernement, le passage de propriété en faveur du concessionnaire sera régi par un contrat de vente, à la valeur d’un euro symbolique. Le prix de la surface est étroitement lié à la valeur de l’investissement, dont l’État sera propriétaire à la fin du contrat, c’est-à-dire dans trente ans. Malgré l’exclusivité de l’opérateur en question, la compagnie nationale pétrolière « Armo » et le projet AMBO, exclus du projet, continueront leur activité dans la zone de Vlora. |
![]() Albanie : les tensions sociales inquiètent les investisseurs TRADUIT PAR PIERRE DÉRENS Publié dans la presse : 5 mars 2004 Les manifestations de l’opposition inquiètent les investisseurs, alors que la situation économique de l’Albanie avait tendance à s’améliorer ces deux dernières années. Plusieurs grands projets d’investissement seraient suspendus. Par Dalina Buzi. Une semaine après les premières manifestations de rue violentes, le 7 février, le plus célèbre chanteur albanais priait le ciel pour qu’apparaisse son orchestre italien afin que son concert puisse se dérouler sans problème. Ardit Gjebrea a eu des difficultés pour convaincre son orchestre que la vague de manifestations organisées par l’opposition de droite ne mettait pas en cause la sécurité du pays. La première manifestation s’est achevée, violemment quand la police a arrêté des milliers de manifestants qui cherchaient à se diriger vers les bâtiments du gouvernement et demandaient la démission du Premier ministre Fatos Nano. Le 20 février, une autre manifestation de 20000 personnes s’est terminée dans le calme. La stabilité politique demeurant incertaine, il n’y a pas que les musiciens italiens qui menacent de ne pas venir. Les investisseurs potentiels dans le plus pauvrepays balkanique disent aussi que leur patience s’effiloche. Luan Bregasi, Président de la Chambre de Commerce d’Albanie, explique que les investissements étrangers se sentent menacés par « la répétition possible des actes violents du 7 février ». Luan Bregasi parlait ainsi le 17 février, trois jours avant la seconde manifestation, plus importante que la précédente et qui s’est bien terminée. Mais aussi longtemps que l’atmosphère demeure tendue - le dirigeant de l’opposition, Sali Berisha, a promis de nouvelles manifestations pour le 20 mar -, les investisseurs étrangers restent méfiants. L’économie albanaise se remettait doucement de l’état anarchique des années 1990. Les rapports des investisseurs appréciaient l’Albanie mieux en 2003 qu’en 2002. Par exemple, la banque américaine Exim augmentait d’un point le taux de profit du pays dans son bilan annuel. Les plus grandes injections d’argent dans le domaine économique viennent encore des donneurs étrangers et des prêteurs plutôt que des investisseurs commerciaux. La Banque Mondiale, l’UE, l’Italie et l’Allemagne montrent le chemin, visant en priorité la reconstruction des infrastructures détruites. La plupart des financements étrangers vont dans les télécommunications, la banque et l’industrie manufacturière, même si le manque d’électricité et l’approvisionnement en eau sont des freins réels pour beaucoup d’investisseurs potentiels dans ce dernier domaine. Récemment, l’Albanie s’est mis à attirer plus d’intérêt de la part des pays d’Europe occidentale et des USA. À la fin 2003, la banque centrale autrichienne Raiffeisen a acheté la plus grande banque albanaise, la Banque des dépôts, pour 126 millions de dollars américains. L’an dernier, deux corporations américaines, General Electric et Lockheed Martin, ont négocié des accords pour intervenir dans le secteur de l’énergie et celui des ports albanais. Le gouvernement a accordé une concession à un consortium américano-germanique, Airport Partners, pour un investissement de 80 millions de dollars pour construire un nouvel aéroport international d’ici trois ans Il est vrai que la récente agitation politique ainsi qu’un sens plus général d’instabilité posent question à certains investisseurs. Zenel Hoxha, Président de la Chambre de Commerce Britannique en Albanie, affirme que les investisseurs britanniques se sentent « asphyxiés » par l’impasse politique en cours. S’ils devaient rencontrer d’autres difficultés, ils n’hésiteront pas à se retirer. Floreta Faber, Présidente de la Chambre Américaine de Commerce, nous a confié qu’au moins un investisseur important des USA avait mis un investissement majeur en attente, même si elle ne veut pas divulguer le nom de la firme en question. Pour Floreta Faber, « les manifestations sont déstabilisatrices, et cela n’est pas bon ». Il n’est pourtant pas certain que ces manifestations portent toute la responsabilité du manque de confiance des investisseurs. Tout concourt à démontrer que les problèmes sous-jacents qui vont avec la façon dont sont traités les investisseurs par le gouvernement y participent aussi. Artan Hoxha, économiste indépendant et vice-Président de l’Institut des études contemporaines (ICS) explique que le gouvernement se sert des manifestations pour cacher ses propres faiblesses. « Il y a des manifestations dans tous les pays, et les investissements continuent avec un autre gouvernement », explique-t-il. D’après Artan Hoxha, le vrai problème se trouve au niveau de l’excessive centralisation gouvernementale, par laquelle aucune décision ne peut être prise sans l’aval ministériel. « L’administration ne peut pas agir ni décider quoi que ce soit sans l’approbation d’un ministre du gouvernement ». Un rapport de 2003 du ministère allemand des Affaires étrangères va dans le sens d’Artan Hoxha, en affirmant que les investisseurs « ont de la peine à trouver les gens responsables dans l’administration » pour leur accorder les autorisations dont ils ont besoin. Même après la signature des contrats, les accords sont dépendants de chaque ministre concerné, au point que les investisseurs sont dans la crainte d’un changement ministériel. « Ils se soucient d’avoir tout à recommencer si le gouvernement change de visage », explique Artan Hoxha. Comme l’explique Floreta Faber, « quand un ministre ou bien le gouvernement change, chaque directeur et chaque chef de bureau de chaque ministère est remplacé par quelqu’un qui veut tout recommencer à partir de zéro ». |
| KOHA JONE
Émigration : les
contradictions de la société albanaise Publié dans la presse : 17 janvier 2003 Ce second volet de l’analyse d’Artan Fuga s’intéresse à la perception des Albanais sur le double phénomène de l’exode, de la campagne à la ville et de l’Albanie vers l’étranger. Le sociologue se penche notamment sur le discours contradictoire des responsables albanais, qui condamnent le trafic de clandestins mais se réjouissent des injections massives d’argent de cette nouvelle diaspora dans l’économie nationale. Par Artan Fuga
Nous vivons grâce aux émigrants. Devons-nous les en féliciter, ou les empêcher de partir ? Il n’y a guère de doutes à ce sujet, et l’affirmation précédente ne veut pas dire que ceux qui travaillent dans le pays n’ont aucune capacité professionnelle, aucune envie de travailler ou de se donner de la peine dans toutes les sphères de l’économie et de la culture nationale. Bien au contraire, leur travail et leur activité sont fondamentaux pour le pays. Selon les statistiques officielles, qui confirment les chiffres publiés par les institutions économiques internationales, il apparaît que pour chaque unité de valeur exportée, nous en importons plus ou moins quatre ou cinq. Selon ces mêmes statistiques, pendant l’année 2003, cet écart s’est accru. Ce qui signifie que pour leur survie, les Albanais ont le choix, soit de s’endetter encore plus à l’étranger, soit de bénéficier de l’aide en marchandises de consommation par des donateurs puissants, soit de poursuivre une géopolitique internationale en fonction de l’assurance de moyens matériels de survie, soit de consentir à des trafics illégaux pour permettre aux citoyens de profiter d’un important flux financier marginal pour acheter de la marchandise venue de l’étranger ou du marché intérieur. Le modèle économique albanais actuel s’appuie essentiellement sur deux flux qui font circuler des valeurs, donc des marchandises et de la main d’œuvre, dans deux sens opposés. Le premier flux de valeurs se constitue de valeurs matérielles et monétaires provenant de l’intérieur et de l’extérieur du pays. Le deuxième flux va à l’opposé du premier en s’orientant vers l’étranger. Les deux flux de valeurs à polarités opposées se complètent et s’entretiennent pour exister [...]. Le fait est qu’économiquement parlant, le pays s’intègre à l’économie mondiale en se livrant surtout à ce grand échange : obtention de marchandise et d’argent contre livraison de main d’œuvre, d’émigrants et de clandestins. Il est de notoriété publique que l’émigration et sa nature clandestine oeuvre spontanément et officieusement entre notre pays et les autres. L’émigration clandestine et ses conséquences pénibles, comme celles que nous venons juste de vivre [1], sont traumatisantes et douloureuses, ce sont des drames lourds et brutaux pour les familles et les amis des victimes. C’est certain. Sur le plan macro-social, admettons sans hypocrisie que la société, dans sa situation actuelle, est pleinement consciente du phénomène, dans toutes ses dimensions, et celui-ci est officialisé d’une façon ou d’une autre en assurant ainsi considérablement sa survie. L’émigration clandestine n’est donc pas un événement imprévu, occasionnel, isolé, qui nous « arrive » lorsqu’on découvre des embarcations de fortune par ci - par là. Elle participe du modèle économique et social par lequel le pays se définit actuellement. Récemment, la presse a publié les déclarations de divers fonctionnaires se félicitant de l’entrée de tant de fonds monétaires provenant des épargnes des émigrants, envoyés à leurs familles. Ils ont été jusqu’à nous affirmer que dans notre système bancaire, contrairement aux anciennes pyramides financières, une certaine quantité de moyens financiers appartenant à nos émigrants circule et est administrée. Laissons de côté la discussion sur l’influence de cet argent sur notre économie nationale, et intéressons-nous à cette fierté de l’administration au sujet des revenus des émigrants et de la gestion qui en est faite, et là toute discussion tourne court, alors qu’on sait que cette émigration repose aujourd’hui comme hier sur la clandestinité, et la faute n’incombe pas aux émigrants. L’administration se prend ainsi dans une contradiction. Elle se vante et se félicite du flux financier provenant aussi par l’émigration clandestine, et elle s’endeuille et pleure, en criant qu’elle va l’arrêter, cette même émigration clandestine quand elle apporte malheur et mort. La situation morale est plus que difficile et doit être résolue une fois pour toutes. L’émigration est un phénomène social qui a sa propre place au sein de l’économie mondiale actuelle. Certes, la tendance à l’émigration ne dépend pas entièrement de la volonté d’un gouvernement ou d’un fonctionnaire particulier. Il y a des facteurs internationaux structurels qui dépassent totalement les pouvoirs de l’administration d’un petit Etat pour les contrôler et qui pèsent sur les flux migratoires internationaux traversant le monde de long en large. Ce n’est pas tant l’émigration en tant que phénomène social, qui pose problème mais l’échelle et l’intensité qu’elle prend. Pour notre pays, l’émigration des Albanais est devenue un « boulet lourd pour l’économie nationale ». Avant de s’en vanter, il nous faut nous demander sérieusement : Allons-nous continuer à avoir un modèle économique fondé sur l’émigration, ou allons-nous changer les choses ? Nos administrateurs auraient du mal à répondre à cette question librement, ce qui se comprend. Mais, qu’ils puissent au moins la poser à qui de droit, comme une question posée par la société civile. L’attitude morale contradictoire, dont nous avons parlé, sans viser les responsabilités de tel ou tel fonctionnaire, et sans chercher à culpabiliser telle ou telle force politique, devient une certaine « balance » nationale. Il s’agit de comprendre qu’il est encore temps pour réfléchir sans démagogies ni politisation, mais pragmatiquement et collectivement à la question : où allons-nous ? Soyons raisonnables au moins pour une fois et sans nous disputer, comme il se doit dans des jours de drames et de douleur collective, comme ceux que nous sommes en train de vivre. Laissons de côté les égoïsmes, et réfléchissons à la vie et à l’avenir, comme ceux qui reviennent d’un enterrement, en signe de respect à ceux qui sont partis. La terre qui ne retient pas ses filsIl ne s’agit pas de la terre ancestrale, mais de la terre agricole, moyen fondamental de production et première richesse nationale du pays. Ce n’est pas un hasard si l’exode massif des années ‘90, est parti essentiellement des zones rurales du pays, dont une majorité écrasante de la population rurale et paysanne a quitté coûte que coûte la terre des ancêtres pour les villes à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Le poids de la population rurale touchée par l’exode de ces dernières années semble plus grand, car les trois-quarts de la population du pays vivaient dans ces zones. D’autant plus qu’après plusieurs décennies d’isolation dans les zones agricoles et rurales, cette population - et surtout sa jeunesse - tend naturellement à partir là où la vie lui semble meilleure, plus prospère et lumineuse, plus intense. Toutes ces circonstances, comme d’autres, ont peut-être une nature objective marquée par le passé. Nous pouvons la gérer intelligemment, mais pas la rayer du jour au lendemain. Le vrai problème est ailleurs et n’a pas tant à faire au passé qu’au présent, aux facteurs actuels, en somme. La configuration du point de vue foncier, économique et financer, de notre terre agricole, principale richesse du pays, ne lui permet pas de garder, ni de motiver la main d’œuvre de jadis, pour éviter les déplacements des populations. Le paradoxe économique et social se manifeste de manière acerbe. Malgré une constitution chimique naturelle très satisfaisante, un contexte climatique méditerranéen à faire envie, dans les conditions actuelles et à cause de conjonctures économiques inadaptées, notre terre agricole s’est malheureusement « rétrécie », pour pouvoir garder le contingent démographique des zones rurales ou des campagnes et leur servir de source de nourriture. Je crains que le niveau d’émigration atteint par l’exode rural ne soit guère moindre que le taux d’augmentation de la population des zones rurales et des campagnes. Cela signifie que les générations grandissant dans ces zones alimentent, et le feront aussi dans l’avenir si rien ne change, tout cet exode rural qui « frappe » aux portes des villes albanaises et des métropoles occidentales. Ni la terre, ni sa gestion ne sont en cause. Son émiettement en propriétés microscopiques qui vont de 0.3 ha à 2-3 ha, dans le meilleur des cas, suivi de la parcellisation de chaque micro-propriété en 5 à 6 parcelles éparpillées, ne permet pas aujourd’hui à l’agriculteur de construire une stratégie économique de mise au marché et de croître financièrement. Selon des données fiables, issues d’études sur le terrain, il ressort que l’agriculteur albanais commercialise en moyenne et dans le meilleur des cas, seulement 10 à 15 % de la valeur de ses produits, le reste est consommé par sa famille vivant dans les conditions d’une économie naturelle et autarcique. Semer, entretenir, récolter, consommer et survivre ! On sait aussi que les revenus annuels de bien nombreuses économies agricoles lorgnent de loin ceux) de deux jeunes paysans émigrés. Alors, la famille rurale trouve plus d’intérêt à envoyer ses enfants à l’étranger qu’à les encourager à travailler dans la propriété agricole familiale, dont l’économie est la base de notre économie agricole. Elle s’appuie sur le travail commun de tous les membres de la famille, comme c’est le cas pour beaucoup de ses consoeurs dans le monde. Elle se distingue fondamentalement d’elles dans les relations économico-financières entre les membres de la famille. Chez nous, à l’inverse d’autres pays développés, le père ne rétribue pas les enfants qui travaillent avec lui. Que peut-il leur donner, pris qu’il est dans une économie rurale monétairement dévalorisée ! Dans ces conditions, parents et enfants semblent se cramponner à l’idée de la richesse commune dont les enfants hériteront un jour. Le droit à l’héritage devient ainsi un moyen de paiement symbolique pour le jeune contribuant à son économie familiale. On ne demande pas de salaire, c’est la tradition. Dans ces conditions, afin de construire des stratégies indépendantes de vie, les jeunes des zones rurales et des campagnes se tournent vers l’émigration, pour pouvoir envoyer de l’argent, unité économique, à leurs familles, auxquelles le mécanisme du crédit fait totalement défaut. La faiblesse de l’économie rurale vient aussi du fait que le marché agricole citadin est inondé de produits agricoles très élaborés de provenance étrangère. La perversité de cette situation provenant de l’adoption très spécifique des principes prestigieux du marché libre, pousse de nombreux agriculteurs et paysans à aller vendre des marchandises agricoles étrangères, dans les rues des principales villes du pays ou au bord des nationales. L’agriculteur (le fermier) devenu commerçant rural, au lieu de développer sa propre économie familiale, commercialise, avec un faible taux de profit, des produits agricoles provenant des pays voisins. Au début de la période de la transition, bien des journalistes et des chercheurs avaient prévu, à part les bons côtés de la privatisation des économies agricoles, des inconvénients toutefois surmontables. Ainsi, pensions-nous, la charge des travaux agricoles pourrait inciter les jeunes à abandonner les études surtout celles agricoles. Nos prévisions étaient bien loin de cette réalité-ci ! Une étude collective étendue sur quelques années dans les zones rurales du pays, a mis en évidences deux erreurs que nous avions commises dans deux directions principales : Il n’est point vrai que la charge des travaux agricoles détourne la jeunesse rurale des études agro-économiques. En premier lieu, la situation même où se trouve l’agriculture albanaise, affaiblit la nécessité de l’engagement des jeunes dans l’agriculture. La jeunesse des campagnes est presque complètement détachée de l’agriculture et de l’élevage. Notre enquête a montré que seulement 10 % de ces jeunes se considèrent sérieusement engagés dans les travaux agricoles de leurs familles, où en fait il n’y a pas grand-chose à faire. Deuxièmement, ce n’est pas vrai que l’enseignement agro-économique ne motive pas les jeunes des zones rurales, car en effet les écoles agricoles ont massivement fermé leurs portes ! La majeure partie de la jeunesse rurale se retrouve ainsi devant un bien lourd dilemme pour ce jeune âge : rester végéter dans le village ou partir au plus vite, le plus loin, dans les villes du pays ou à l’étranger ? Allons-nous réussir à donner un choix sérieux à ce dilemme ? Toute cette situation amène à dire que l’émigration clandestine se développe aussi en tant que partie constituante de l’exode rural, dans des conditions où notre terre, fort mal gérée et non pas à cause de ses propriétaires, n’est pas en état de retenir ses fils qui l’abandonnent, happés par la mer. La distribution des terres arables du pays, source d’inégalités entre le Sud et le NordNous parlons surtout de la loi sur la terre qui a permis la nouvelle réforme agraire et structuré les relations de propriété dans les villages. Pour écarter tout malentendu, il ne s’agit pas ici de demander que les paysans soient privés de leur terre récupérée dans le cadre de la nouvelle réforme agraire de priver les paysans de terre, ni de nier le droit des ex-propriétaires légaux sur les biens immeubles qui leur reviennent légalement et incontestablement de l’héritage inaliénable de leurs familles. En effet, l’Albanie a suffisamment de terres, de richesses et de possibilités pour satisfaire harmonieusement les intérêts de ceux qui héritent et de ceux qui n’héritent pas de biens immeubles sous formes de terres et de terrains. Cette question a été compliquée artificiellement et traîne éternellement dans les couloirs de la machine bureaucratique de l’Etat. Mais ceci est un autre problème. Ce qui nous intéresse ici concerne le fait que la nouvelle réforme agraire, fondée sur la partition égalitaire de la terre, selon le nombre des membres adultes des familles paysannes et sur la base du fond de terre agricole de chaque village, a produit des inégalités économiques et matérielles entre diverses parties du territoire national. Cela n’a pas aidé à préserver l’unité économique du pays, ni le développement harmonieux de toutes les parties du territoire, ni la distribution proportionnelle de la population dans toutes les zones géographiques du territoire national. Aujourd’hui, plus de dix ans après le début de l’application de cette loi inspirée par le prestigieux principe d’égalité, nous pouvons constater sans peine combien d’inégalités abyssales elle a engendré. Elle a rendu la zone des collines et des montagnes, le Nord et le Nord-Est bien plus pauvres que la zone plate du pays, au Sud et au Sud-Ouest. Les chiffres confirmant cela, remplissent les cahiers des statistiques nationales de l’ancienne époque et de la contemporaine, et les statistiques à utilisation interne ou celles pour le large public, du ministère de l’Agriculture, le prouvent aussi. La zone des montagnes et celles du Nord et de l’Est se sont retrouvées en une nuit dans les conditions d’une inégalité qui s’approfondit de plus en plus par rapport aux autres parties du territoire. Tout cela tient, principalement, à la manière dont le fond de terre agricole a été distribué. Du temps de la société collectiviste, l’état investissait principalement dans les zones des plaines de l’Albanie centrale et septentrionale. Idéologiquement, toutefois, on soutenait formellement que cette richesse appartenait d’une certaine façon à toute la nation, car l’économie se fondait sur des principes collectivistes. La terre qui s’enrichissait, bien entretenue et qui aspirait des investissements dans le Sud, était considéré comme étant propriété de tout le monde. Alors que la nouvelle réforme agraire rendait la terre agricole de chaque région et de chaque partie du territoire, propriété des habitants de ces contrées. De cette manière, le Nord-Ouest et les zones des montages et des collines du pays, ont hérité sur la base d’un principe d’égalité, d’une moindre quantité de biens immeubles par rapport aux autres parties du territoire. Dans ces zones essentiellement montagneuses, la qualité de la terre est plus inadaptée, à cause de sa constitution rocheuse. Le climat rude ne favorise pas non plus la production agricole. Cette terre est bien plus sèche et non irrigable que les terres des plaines. A cause du relief géographiquement escarpé, la parcellisation de chaque petite propriété agricole est deux à trois fois plus grande et éparpillée que dans l’autre partie du pays. Les zones montagneuses et mi-montagneuses ont bien moins de terres agricoles exploitables en pourcentage que les autres parties du pays. Chaque village qui s’y trouve, a beaucoup moins de terres à l’intérieur de la limite définissant son territoire que les villages dans des régions de plaines. Sans parler des autres désavantages liés à l’éloignement de la terre des marchés des villes, des difficultés du transport des marchandises agricoles à cause des routes dangereuses et mal entretenues, et des obstacles naturels à l’introduction de la technique agricole dans la pratique. Il n’est guère difficile de comprendre pourquoi les habitants du Nord ou des zones de collines et de montagnes du pays, dans le Sud et dans le Nord, sont entrés plus rapidement, plus vigoureusement et plus massivement dans le tourbillon de l’exode rural en commençant la difficile vie des bidonvilles périphériques des principales villes du pays, ou des rues des gigantesques métropoles étrangères, en payant le premier lourd tribut, souvent au prix de leur vies, de la traversée des montagnes par jour de tempête et de neige, des mers par jour de brouillard et de houle, à l’intérieur de fourgons ou de camions, serrés dans l’obscurité d’un moyen de transport en marche les emmenant vers l’inconnu. [1] Le décès de 21 clandestins sur l’Adriatique, en route vers les côtes italiennes.
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| KOHA JONE Albanie : bombe sociale en 2004 TRADUIT PAR MANDI GUEGUEN Publié dans la presse : 5 janvier 2004 Corruption de la classe politique, poids des monopoles sur l’économie nationale, faillites des politiques de réforme... L’Albanie va mal, la population survit de plus en plus difficilement, mais le Premier ministre Nano ne semble se préoccuper que des bisbilles politiciennes internes au Parti socialiste. Une véritable bombe sociale menace le pays. Par Kreshnik Spahiu « En tant que Premier Ministre, je n’ai pas l’intention de m’occuper du prix du persil », a déclaré Fatos Nano devant les députés, immédiatement après le vote de confiance accordé par ces derniers à son nouveau cabinet. Après avoir recyclé plusieurs fois de suite les mêmes bureaucrates discrédités de son Parti, Fatos Nano a préféré piétiner les efforts de deux mois de quelques institutions non gouvernementales cherchant à limiter les abus des compagnies qui jouissent de monopoles dans l’économie albanaise, comme Alb Telekom ou la Compagnie nationale d’électricité KESH, etc. Le sarcasme du Premier Ministre succédait au mécontentement à la hausse du peuple à propos des réformes économiques infructueuses du gouvernement. Toutefois, les mouvements populaires ne retiennent guère l’attention du Premier Ministre, du moins pas autant que l’intérêt que représente pour lui la bureaucratie de son propre Parti. Le niveau extrême de la pauvreté en Albanie a fait baisser sensiblement la confiance des citoyens envers le pouvoir et, parallèlement, l’autorité de ce dernier sur la population. Fatigués et déçus par des promesses jamais réalisées, la majeure partie des Albanais commence à ressentir l’absence réelle de représentation de la volonté politique du peuple. Les faillites, ces dernières années, des tentatives d’auto-purification de la classe politique de la fange de la corruption n’ont pas laissé indifférents la plupart des citoyens. L’Albanie a fait son entrée dans le nouveau siècle en régressant dans les réformes économiques et dans les réformes politiques. Le contrôle de la classe politique sur les institutions, la loi, les médias, la société civile ainsi que l’orientation du marché et de l’économie vers des tendances au monopoles ou au blanchiment d’argent sale, a obscurci les perspectives, en jetant le doute sur la possibilité de n’importe quelle réforme et sur l’avenir de l’Albanie en général et celui de sa classe politique en particulier. La hausse des prix des télécommunications, de l’énergie et de tous les services contrôlés par l’Etat, ainsi que la décision du gouvernement albanais de ne pas rendre aux citoyens l’argent récupéré par la vente du patrimoine des fondations et des sociétés pyramidales, ont provoqué un front de réaction citoyenne pour manifester la révolte contre les politiques abusives et arbitraires du gouvernement albanais. Sous le poids des responsabilités exécutives et légales, l’administration albanaise a ignoré toute tentative de transparence et d’égalité. Même si le gouvernement albanais est l’unique autorité légale à avoir défini les règles, les termes et la méthodologie des politiques sur l’énergie, les télécommunications, le remboursement de l’argent perdu dans les sociétés pyramidales etc., à travers son chef de file, Fatos Nano, il a refusé toute communication avec l’opinion. Il est clair que les fonctionnaires albanais, motivés par les profits que peuvent leur apporter leur poste et l’administration de la propriété publique, sont en train de remuer ciel et terre pour garder leurs fauteuils, où les bureaucrates du Parti Socialiste rêvent de vieillir. Ils sont décidés à utiliser leur pouvoir politique pour réaliser leurs objectifs personnels. Personne ne peut leur imposer de renoncer à leurs ambitions personnelles, mais le mépris des intérêts publics a créé un fossé qui, dans les conditions d’une démocratie digne de ce nom, délégitimerait leur pouvoir. S’ils continuent à prendre leurs décisions au grand dam des intérêts publics et de notre bien commun, cela manifeste clairement la volonté autoritaire de ce pouvoir. Les besoins élémentaires, tels que l’eau, l’éclairage, la nourriture, reconnus comme des besoins de base dans la « Théorie de la hiérarchie des besoins », d’Abraham Masllow, doivent être satisfaits à tout prix, et cela ne peut pas être freiné par une mauvaise administration ou une ignorance des intérêts de la population. Priver les citoyens du droit de se nourrir, de se chauffer, de s’éclairer, de communiquer, signifie ne pas leur permettre de combler d’autres besoins, situés à d’autres échelles hiérarchiques, telles que la sécurité, la réflexion intellectuelle, politique, etc. La tendance à tolérer une tutelle des monopoles dans divers secteurs de l’économie aux dépens des éléments vitaux de la population, reflète l’esprit satanique de la politique albanaise. En fin de compte, tout ce qui se fait est régi par la domination et le contrôle du pouvoir. La philosophie de la soumission de son propre peuple, de manière à ne pas lui permettre d’interférer dans des processus électoraux et politiques, est le signe du manque de respect que les hauts fonctionnaires albanais réservent à leurs électeurs et aux autres citoyens. Des milliers de citoyens signent des pétitions demandant plus de transparence et d’égalité dans les prises de décisions, tandis que le Premier Ministre, lui, se contente de lancer des phrases choc sur le prix du « persil ». L’exhibitionnisme et l’arrogance de ces personnes ne peuvent durer éternellement, d’autant plus que la situation politique qu’ils traversent n’est pas à leur avantage. Les conditions économiques, politiques et sociales que traverse l’Albanie, dépassent tout ce qu’on a connu ces dernières années. L’individu, la famille et la société sont plongés dans un des drames les plus lourds de ces dernières décennies. Des parents vendent leurs enfants, des époux trafiquent leurs épouses, on ne compte plus les affaires d’incestes et d’assassinats au sein même des familles, des centaines de milliers de familles sans moyens financiers suffisants refusent massivement de régler les factures des divers services publics. Les caisses de l’État sont vides, puisque les taxes douanières et les impôts ne rapportent presque rien, ce qui se répercute quotidiennement sur les factures des Albanais, qui augmentent du simple au double. Finalement, ce tableau est symptomatique d’une bombe sociale qui n’attend qu’à exploser en 2004, et qui nous touchera tous, sans épargner ni le pouvoir, ni la classe politique albanaise qui se tait en tentant de prolonger ses jours. Il n’en reste pas moins que, tous ensemble, nous en payerons le prix, mais ce ne sont pas tant la pauvreté ou le misérabilisme qui sont inquiétants. En vérité, ce qui nous est pénible, c’est le silence digne de tombale de cette classe politique immonde. Que faire, sinon espérer " donner un gros coup de poing sur ce pouvoir qui ne dit mot "? |
| KOHA JONE Émigration : les causes de l’exode albanais (1/2) TRADUIT PAR MANDI GUEGUEN Publié dans la presse : 16 janvier 2004 Le dernier drame survenu en Adriatique a rappelé que les Albanais continuent en masse à vouloir quitter leur pays, même quand le gouvernement prétend que les trafics de clandestins ont cessé. Mais pourquoi veulent-ils partir ? Premier volet de l’analyse du sociologue Artan Fuga. Par Artan Fuga Après le tragique événement du 9 janvier 2004 où des émigrants ont trouvé la mort en cherchant à traverser la mer dans un zodiaque, la douleur et le deuil collectif sont naturels. Personne ne mérite un tel sort. Après le premier choc psychologique et la terreur ressentie au vu des scènes de ramassage des corps sans vie, transmises par les télévisions européennes, vient le temps des analyses sur la base de raisonnements et de données publiquement admises. Les trois dernières secondesDepuis 14 ans, la société albanaise « produit » des émigrants qui sans autre voie de passage vers les pays qui offrent du travail, tentent de traverser les mers la nuit ou par temps de tempête au risque de leurs vies. Leur espoir d’une vie meilleure est ainsi parfois payé par leur propre vie. Entre 1990 et 2000, des dizaines de milliers de jeunes, d’hommes, de femmes, de familles, ont quitté le pays, plus de 500 000 selon certaines estimations. Les zones rurales du pays sont les premières touchées par cet exode, surtout celles de l’Albanie du Nord, les habitants des régions montagneuses se déplacent vers les autres parties du territoire, et ceux de toutes les autres régions, villes ou villages vers l’étranger. C’est justement pendant ces grands déplacements démographiques, qui se réalisent dans le danger et la clandestinité, que de tels drames arrivent. Les accidents tragiques peuvent arriver à n’importe quel moment et à n’importe qui, mais ce « hasard » est « inscrit »yy dans une tendance sociale qui produit ces drames à l’infini. Lors d’une enquête réalisée il y a quelques années, pour une étude intitulée « Les trois dernières secondes avant le départ », sur les dilemmes et les motivations des clandestins, nous avions longuement discuté avec certains d’entre eux, peu de temps avant leur départ. Je n’ai jamais pu oublier l’affirmation teintée d’ironie et d’un douloureux sarcasme d’un jeune homme du Nord : « Cette nuit, de toute manière, je change de monde, soit je passe de l’autre côté, soit je reste au fond de la mer ». Lorsqu’on nous signalait récemment la fin des trafics maritimes et le blocage définitif des zodiaques et des pneumatiques, on a cru à un rêve. Or, même si l’optimisme tient lieu de déclaration officielle, il serait cynique de contester sans prouver le contraire. En effet, la vie est têtue et n’accepte pas que les processus profondément ancrés dans la société s’interrompent uniquement par une simple action administrative, comme la destruction des kiosques sans permis. Les conditions pour lutter contre le traficL’annonce officielle de la fin des trafics côtiers d’émigration clandestine a oublié au moins deux grands problèmes sociologiques et économiques non résolus. L’aspect financier en premier. La traite des êtres humains est légalement et moralement condamnable, or elle engendre des sommes colossales d’argent sale et facile, ce qui est très nuisible pour toute la population. De plus, paradoxalement, cet argent retombe en miettes sur une masse de gens qui peut-être ignorent, ou sont indifférents, à la source première de cet argent qui sert les payer. Il est inutile et même nuisible d’élargir la responsabilité morale à ces gens, au risque de ne plus faire de distinction entre la société et les individus à blâmer, en mettant dans le même sac le juge et la victime. La fin des trafics signifie l’arrêt de ce flux financier qui de fait, rentre partiellement dans les sphères de l’économie formelle et la nourrit. Pour cela, le choix d’une politique plus sévère contre le trafic doit absolument tenir compte de ces circonstances et imaginer en conséquence les mesures économiques, sociales et financières à mettre en œuvre, pour faire en sorte que l’arrêt et la réduction des flux financiers de source illégale et moralement condamnable ne pénalise pas les gens simples, l’économie légale globale, et n’alourdisse pas le poids économique supporté par la population. Sans la prise d’aucune de ces mesures, l’optimisme officiel sur la fin des trafics maritimes est une illusion et cela est apparu au grand jour. Le deuxième problème implique paradoxalement aussi bien la motivation de l’argent facile par une activité illégale des trafiquants, que le désir d’émigration de dizaines de milliers de jeunes, chômeurs et insatisfaits des conditions de vie dans le pays, et ne pouvant pas combler leurs besoins vitaux et ceux de leurs familles, qui demandent à partir pour travailler et vivre dans des conditions qu’ils jugent plus adaptées. Les mécanismes économiques sociaux et financiers qui attachent normalement les gens à leur pays nous font aujourd’hui gravement défaut, et cela mérite une sérieuse réflexion. Il existe un besoin social et collectif d’émigration aux raisons multiples, qui alimente le trafic. Celui-ci peut s’affaiblir par moments, mais ne s’éteindra jamais tant que les individus n’estimeront pas massivement que la vie est meilleure dans leur pays. La récente opération de blocage des petites embarcations, appelée le « Travail », sonnait ironiquement alors que le vrai « travail » serait de trouver de vrais emplois pour détourner le regard des gens, surtout ceux de l’arrière pays, de la côte, où ils projettent leur avenir dans d’autres pays. Un jeune sur trois est prêt à émigrerDu point de vue sociologique, il était clair que les flux migratoires n’étaient pas taris, ni dans ses sources d’alimentation, ni dans la quantité de l’apport des candidats à l’émigration clandestine. Or, comme tout autre processus social, les flux migratoires fluctuent en fonction de circonstances et de facteurs divers. Nous avons remarqué sur le terrain que le désir d’émigration est plus prégnant chez les jeunes de 18 à 20 ans, et moins dans les âges en dessous de ce seuil. Ceci signifie qu’après chaque vague importante d’émigration, il faut attendre deux à trois ans pour que la pression des jeunes arrivant à la majorité se fasse sentir. Si le projet d’émigration ne se réalise pas, la tension sociale est en constante hausse, faisant réapparaître le problème social sous d’autres formes de substitution. On remarque une augmentation de l’agressivité verbale dans les familles, une hausse considérable de la criminalité ou de ses formes latentes, ainsi qu’une diffusion du pessimisme collectif parmi les jeunes qui ne peuvent trouver leur chemin de vie dans le pays. Des études ont montré que les candidats à l’émigration se désintéressent de la vie politique du pays, ce qui témoigne d’une forte corrélation entre le haut niveau d’abstention politique parmi les jeunes et leur tendance à émigrer. (...) Nous avons constaté, au cours d’enquêtes surtout dans les zones rurales du pays, qu’un jeune sur trois, surtout les garçons, est psychologiquement prêt à émigrer. De même, une étude sur la réforme et la situation politico-sociale des zones rurales de l’Albanie en transition, a montré que la structure de la propriété et de la production constitue le terrain général macroéconomique du phénomène de l’émigration massive et virulente des jeunes. J’ai consacré un livre à tous ces hommes, femmes et enfants qui ont fini au fond de la mer dans des tentatives surhumaines pour passer sur l’autre côte [1]. On peut naturellement se demander pourquoi les structures du ministère du Travail n’ont publié aucune étude complète et publique concernant les problèmes de l’emploi à l’intérieur et à l’extérieur de l’Albanie. Et on ne peut guère s’attendre à ce qu’ils fassent des études approfondies et publiques sur la situation du marché du travail dans notre pays et sur les possibilités pour notre main d’œuvre de s’y intégrer harmonieusement. On ne peut continuer à diriger à vue le navire de l’administration en attendant l’explosion spontanée des processus sociaux. Nous signalons depuis des années l’isolement du système de recherche scientifique publique, représenté par l’Académie des Sciences, dépourvu d’instituts de sociologie, de sciences de la communication, pour pouvoir élaborer des stratégies et des pronostics sur le développement de la société. Cela ne suscite aucune réaction des pouvoirs publics, comme si la société n’était pas un objet pour la science albanaise. Même les livres et les études publiés par les chercheurs albanais, souvent auto-financés, touchent plus les lecteurs qu’ils ne heurtent la « sourde oreille » des responsables administratifs du travail et de la protection sociale, régulièrement remplacés. Faillite de l’État socialUne société fondée sur l’économie de marché crée des inégalités de revenus et de conditions de vie dans les groupes sociaux. Dans ces circonstances, l’aide sociale de l’État aux familles, aux couches sociales et aux individus dans la précarité, la marginalité et la pauvreté est indispensable. Toute cette politique de soutien social donne à l’État une dimension “d’État social”, et les statistiques étalent la part de budget allouée aux œuvres sociales, que nous n’examinons pas, ni contredisons ici. Le problème est qu’elles sont insuffisantes pour mener une politique sociale digne de ce nom. En tout cas, en arrivant à l’échelle de l’individu, les moyens financiers de la protection sociale ne sont plus que des miettes qui ne lui permettent pas de s’intégrer à la société. Une politique économique qui n’encourage pas l’élargissement du marché du travail, donc les embauches, ne distribue pas de titres de propriété en masse pour attacher le simple citoyen à la propriété, n’incite pas la production locale, laisse l’agriculteur au stade d’une économique autarcique, ne pousse pas les jeunes vers les métiers pratiques, le travail et l’intégration professionnelle. Enfin, pour pallier tristement à ces lacunes et atténuer, tant que faire se peut, la pauvreté, un État qui distribue des moyens financiers dérisoires propose une politique de protection sociale dépassée et nullement efficace. Il faut soutenir en premier l’égalité des chances d’accès à la propriété et à la création d’entreprises privées, de manière à donner un sens à l’aide sociale, en dehors du processus de production dans la redistribution, autrement l’aide sociale n’est qu’une aumône de charité. Ce genre de formules produit une richesse colossale pour une poignée de personnes, en ne laissant que des miettes aux larges couches de ceux qui se trouvent dans la misère qui bouchent les “trous” du budget sans rien laisser pour une vie normale. De l’autre côté, l’individu semble recevoir la charité de l’État en se trouvant malgré lui dans un état contraint de parasitisme. Il n’y a pas de travail. En échange, il faut accepter quelques dizaines de milliers de leks pour survivre. Devant cette politique d’un “État social” vieilli, l’individu risque de devenir un citoyen passif, de perdre les liens avec la société, le flair et la capacité du travail, de devenir la proie de la criminalité, de ne plus avoir de formation professionnelle, de tomber dans l’apathie et le pessimisme en perdant peu à peu tous ses espoirs de réintégration dans la société. Dans cette situation désespérée, il reste une lueur d’espoir vacillant entre l’illusion et l’audace extrême, le dernier espoir : pars à tout prix ! La hausse récente du prix de l’électricité fournit un exemple concret. Le quotidien du parti au pouvoir, commentant cette hausse annonçait qu’en contrepartie, 192 000 familles (soit 800 000 individus), allaient percevoir une compensation de l’État pour y faire face. 800 000 âmes qui souffleront ainsi grâce aux aides publiques représentent à peu près un tiers de la population du pays, qui a donc besoin de protection sociale pour survivre. La société produit et distribue des biens matériels et des services, comme l’énergie, que la population n’est plus en état de payer. C’est là le paradoxe d’aujourd’hui attesté par l’administration même qui « admet » qu’un Albanais sur trois a besoin d’être « aidé » pour faire face à la hausse des prix. Mais ce n’est pas tout, le problème va plus loin. La hausse des prix ne dépend naturellement pas de la volonté de nos dirigeants. Partout dans les pays de l’Est, dans les conditions des réformes économiques, la hausse du prix de l’électricité a été l’une des conditions de l’intégration globale de ces économies dans l’économie européenne. Ce phénomène est donc inévitable, mais il frappe le citoyen albanais dans un état de pauvreté massive et l’appauvrit encore plus, non pas tant à cause d’une facture d’électricité plus élevée qui n’est que la partie visible du problème. La hausse du prix de l’énergie électrique a lieu dans des conditions d’évolution très lente des autres réformes économiques. Une famille pourrait sûrement payer un prix plus élevé, si mettons, un de ses membres était embauché dans une branche de l’économie dynamique. Mais cela n’arrive pas. Le problème réside donc dans les dynamiques tièdes du progrès de l’économie dans sa globalité. La question va plus loin que l’état du porte-monnaie du consommateur. Débâcle de l’économie« Dans les conditions actuelles de l’Albanie, cette hausse des prix est-elle susceptible d’aider le progrès de notre économie nationale ? ». Il est difficile de donner une réponse positive, malgré l’envie que l’on en aurait. Les retombées de la hausse du prix de l’électricité, toute inévitable qu’elle soit, doivent être définies. Les prix de toute la structure des biens de consommation augmenteront inévitablement, comme le coût de nouveaux postes de travail, comme le chômage, suivi de la baisse ultérieure de la distribution des marchandises albanaises dans le marché international. La même chose arrive à propos de la valeur du lek, dont on vante souvent le maintien par rapport au dollar, en affirmant contrôler ainsi l’inflation, alors qu’on sait que la hausse de la valeur de la monnaie locale par rapport au dollar diminue l’attrait concurrentiel des marchandises de tout pays dans le marché mondial et a tendance à diminuer encore le poids spécifique des exportations par rapport des importations. Le déséquilibre de la valeur des exportations et des importations en faveur de ces dernières est très perceptible dans des pays avec un petit marché intérieur comme l’Albanie, et il est moins problématique pour des pays dont le marché est relativement large comme la Russie, l’Inde ou la Chine. Tout ce contexte économique peut se traduire encore plus simplement du point de vue des ressources humaines : nous sommes dans une situation où l’économie, telle qu’elle fonctionne actuellement, indépendamment des indices statistiques, bloque le travail, produit toujours plus de chômage et laisse la main-d’oeuvre de côté. Devons-nous nous étonner alors, de voir ces gens, à qui rien n’est proposé, chercher sur la côte la première solution possible pour atteindre l’autre côté de la mer ? Bien sûr que non ! [1] Artan Fuga, Identités périphériques en Albanie, la recomposition du milieu rural et les nouveaux types de rationalité politique, Paris, L’Harmattan, 2000.
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| KOHA JONE L’agriculture, le maillon faible de l’économie albanaise TRADUIT PAR MANDI GUEGUEN Publié dans la presse : 27 novembre 2003 Charges trop élevées, absence de crédits bancaires, faiblesse des soutiens gouvernementaux : à l’heure où l’Albanie s’engage dans des accords de libre-échange avec les États voisins, la situation de l’agriculture albanaise est peu reluisante. Par Feti Zeneli L’agriculture est traditionnellement l’un des domaines prioritaires de l’économie albanaise. En 1913, le Premier ministre Ismail Qemali demandait à deux figures connues de l’agriculture autrichienne de faire une étude pour le développement de ce secteur de l’économie albanaise, une étude qui allait conclure que l’Albanie était « éminemment agricole ». A l’époque du socialisme, le gouvernement a essayé de développer en priorité l’agriculture, avec des possibilités limitées, en partie à cause de la politique d’isolation. A l’ère de la démocratie, la politique d’ouverture n’arrive toujours pas à fournir des moyens techniques et organisationnels à l’agriculture albanaise, ce qui dévalorise non seulement les conditions climatériques favorables, mais aussi la tradition agricole transmise depuis des millénaires. La production agricole chute chaque annéeEn comparaison avec l’année 1990, 60 % des terres agricoles sont en friche, la surface cultivée de vignes et d’arbres fruitiers est trois fois moindre et les crédits bancaires manquent totalement. Dans ces conditions, l’année dernière, l’agriculture n’a contribué qu’à 28 % du PIB, alors que deux ou trois ans plus tôt, cet indice était de 45-50 %. En 2003, ce chiffre sera encore plus faible, à cause des charges fiscales élevées et de la diminution des investissements dans ce secteur. Le rythme des importations de produits agricoles des pays voisins n’a pas baissé cette année, ni pendant la saison estivale qui constitue normalement le pic de cette production. Le consommateur albanais en paie le prix. Cette situation avait été prévue par les analystes depuis l’année dernière, au moment de l’adoption du budget 2 |