Presse Bosnie Herzégovine 2006 - 2007 - 2008

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Carte de la Bosnie-Herzégovine

Guerre de Bosnie Herzégovine

 
Vendredi 30 mai 2008, 20h17 - SARAJEVO (Reuters)

Trois Serbes de Bosnie condamnés pour crimes de guerre

Trois Serbes de Bosnie ont été condamnés à un total de 63 années de prison pour leur implication dans la mort d'une centaine de Musulmans dans deux camps de prisonniers du nord-ouest du pays pendant la guerre civile de 1992-1995.

Zeljko Mejakic a été condamné à 21 ans de prison, Momcilo Gruban également à 21 ans et Dusko Knezevic à 31 ans, a annoncé le juge Saban Maksumic, au tribunal spécial de Sarajevo chargé des crimes de guerre.

Les trois hommes ont également été reconnus coupables de séquestration, de torture, d'agressions sexuelles, de persécution et d'autres crimes contre l'humanité.

Les Serbes de Bosnie avaient installé en 1992 trois camps de détention - Omarska, Keraterm et Trnopolje - près de la ville de Prijedor.

Environ 7.000 Musulmans bosniaques, ainsi que des Croates de Bosnie, avaient été rassemblés dans ces camps.

Daria Sito-Sucic, version française Guy Kerivel

 

 

Le réalisateur de "No Man's Land" fonde un parti en Bosnie

 Par Maja Zuvela - Reuters - Samedi 5 avril, 18h19

SARAJEVO- Le réalisateur bosniaque Danis Tanovic, lauréat de l'Oscar du meilleur film étranger pour "No Man's Land" en 2001, a lancé samedi un nouveau parti politique ouvert à la société civile avec l'espoir d'éloigner le pays du nationalisme.

"C'est une tentative pour faire avancer les choses et sortir de l'impasse actuelle. Nous pouvons offrir un nouveau choix aux Bosniaques qui se plaignent depuis des années de n'avoir personne pour qui voter", a expliqué Tanovic, 38 ans, qui espère que sa formation attirera une moitié des abstentionnistes.

Une partie importante des électeurs bosniaques boude les urnes depuis plusieurs années, déçue par des programmes de partis aux accents nationalistes dans un pays divisé entre deux régions autonomes, la Fédération croato-musulmane et la République serbe de Bosnie.

Célèbre depuis son Oscar, Tanovic a encore gagné en popularité dans son pays depuis qu'il a décidé l'an dernier de quitter Paris pour s'installer avec sa famille à Sarajevo, après plusieurs années passées en Europe de l'Ouest.

Il a déclaré que son mouvement, baptisé "Notre Parti", se doterait de dirigeants issus de la société civile, économistes, écrivains, réalisateurs, metteurs en scène, militants des droits civiques, et des trois grandes ethnies du pays. Tanovic est lui-même un Musulman bosniaque.

Lors de la convention inaugurale du parti, il a précisé qu'il présiderait la formation aux côtés de trois autres personnes représentant les Croates et les Serbes. Le président du parti est Bojan Bajic, un militant serbe des droits civiques originaire de l'est de la Bosnie.

Le premier test de "Notre Parti" surviendra lors des élections locales d'octobre prochain.

"Nous sommes conscients du défi", a dit Tanovic. "Ce qui nous attend, ce n'est pas un 100 mètres, c'est un marathon."

Tanovic prépare actuellement "Triage", un film adapté d'un scénario de Scott Anderson, qui parle des dilemmes auxquels est confronté un correspondant de guerre. Le rôle principal a été attribué à l'acteur irlandais Colin Farrell, qui est arrivé vendredi en Bosnie.

Version française Jean-Stéphane Brosse

 

 

Bosnie-Herzégovine : pas de guerre... mais pas de paix non plus ! 

Traduit par Mariama Cottrant Publié dans la presse : 17 novembre 2007

La crise politique bosnienne, qui a débuté en octobre 2007 quand les dirigeants des partis n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur la réforme de la police, et s’est amplifiée avec la démission du Premier ministre Nikola Špiric début novembre, plonge le pays dans l’inquiétude. Les politiciens rejettent les comparaisons avec la situation qui prévalait à la veille de la guerre, mais l’EUFOR est en état d’alerte.

Par Nidžara Ahmetaševic

Politiciens et commentateurs cherchent à calmer les peurs et la crainte que le système politique de la Bosnie-Herzégovine puisse s’effondrer. Ils rejettent les comparaisons avec la situation qui avait précédé la guerre de 1992-95.

« J’espère que nous n’aurons pas à subir une autre guerre », a dit Azemina S., vendeuse de journaux à Sarajevo, à Balkan Insight. « J’ai très peur pour mes enfants. Moi, je pourrais peut-être le vivre encore une fois, mais que devrais-je faire de mes enfants ? ».

Jasna H, qui travaille avec Azemina, a aussi eu peur quand le mot « guerre » a été mentionné en sa présence, et s’est mise à pleurer : « Ca me fait mal au ventre quand vous me demandez une chose pareille », a-t-elle dit, en se tournant pour cacher ses larmes.

« J’espère que le monde ne nous laissera pas mourir encore une fois », nous a dit Ibrahim Kumric, retraité.

Preque tous les dirigeants politiques en Bosnie ont rapidement écarté la possibilité d’une crise sécuritaire en conséquence de la crise politique.

La crise économique est plus probable que la guerre

Martin Raguz, de l’Union Démocratique Croate - 1990 (HDZ-1990), affirme que la situation est « très dangereuse », et appelle ses collègues parlementaires à trouver des moyens de calmer le jeu, mais dans une interview avec Balkan Insight, il a écarté la possibilité d’un retour à la guerre.

« Je pense que la guerre n’est pas une option possible. Ce serait trop risqué, pas seulement pour la Bosnie mais pour toute la région et pour l’Europe elle-même. Le pire scénario possible, c’est l’isolation et le status quo. »

L’opinion de Raguz est partagée par d’autres membres du Parlement, comme Lazar Prodanovic du parti des Sociaux-Démocrates Indépendants (SNSD), qui ne comprend pas le fait même qu’on parle de guerre en Bosnie.

« Je vois bien que les gens ont peur. Ce qui m’inquiète le plus, c’est cette pauvreté qui est visible partout. Mon plus grand souci, c’est cette situation tragique de ne pas être en mesure de signer l’Accord de Stabilisation et d’Association (ASA) », dit-il.

Un accord sur la réforme de la police aurait ouvert la voie à la Bosnie dans l’initiation de l’ASA avec l’Union européenne. Après que la Serbie a initié cet accord récemment, la Bosnie est maintenant le seul pays de la région sans relation formelle, contractuelle, avec l’Union européenne.

« Je lis différentes analyses et déclarations, et tout ce que je peux dire, c’est que nous sommes une région exotique du monde, et que cela amuse les étrangers de prédire ce qui va se passer », a dit Mladen Ivanic, dirigeant du Parti du Progès Démocratique (PDP). « Mais en fait la solution à la crise actuelle réside dans la communauté locale. De notre point de vue, une solution est de continuer à parler des changements constitutionnels qui aideront à résoudre tous les problèmes concernés. »

Mladen Ivanic estime que même s’il n’y a pas de danger de retour à la violence, la peur d’une détérioration de la situation actuelle pourrait causer une crise économique. « Ce qui peut se passer, c’est que certains investisseurs auront des réticences à faire du business en Bosnie. »

Le dirigeant du parti Social-Démocrate (SDP), Zlatko Lagumdžija, pense qu’il existe beaucoup de raisons pour lesquelles une guerre en Bosnie n’est pas possible, et tout d’abord l’opinion internationale.

« Le monde a appris une leçon de la guerre précédente. En même temps, le monde a investi beaucoup dans cette région, beaucoup d’efforts qui prouvent que la démocratie est possible dans une société multinationale. Risquer tout ça donnerait une mauvaise image de la communauté internationale. Rien que ça, c’est déjà une bonne garantie de la paix en Bosnie. »

Le dirigeant du Parti des Bosniens Patriotes (BPS), Šefer Halilovic, ancien haut-placé de l’armée bosnienne (Armija BiH) [1], pense que les décisions concernant la guerre et la paix en Bosnie ne sont pas prises par les responsables locaux, mais internationaux.

« La communauté internationale ici est à la fois garante de la stabilité et de l’instabilité », dit-il, « on verra bien laquelle des deux prendra l’avantage ».

EUFOR : la Bosnie demeure calme et stable

Un porte-parole du déploiement militaire de l’UE en Bosnie, l’EUFOR, a dit qu’il n’y avait pas de détérioration visible de la situation sécuritaire. « L’environnement est encore sécurisé et sans danger », a dit le porte-parole britannique de l’EUFOR, le Major David Fielder, à Balkan Insight. « La paix est là depuis 1995 ; l’EUFOR est là pour assurer que cette paix reste en place ».

L’EUFOR a actuellement 2.500 troupes en Bosnie-Herzégovine et la capacité d’appeler un nombre important de troupes supplémentaires d’autres endroits de la région.

L’EUFOR a dit à Balkan Insight qu’elle a « une capabilité très crédible de réaction aux situations de crise lorsqu’elles émergent. L’EUFOR prévoit aussi de permettre aux renforts d’arriver très rapidement si besoin est. Ces forces, tout comme celles de Bosnie-Herzégovine, seront bien entraînées, équipées et motivées. Nous souhaitons fortement assurer tout le monde en Bosnie que nous sommes préparés à agir si c’est nécessaire, dans n’importe quelles circonstances. Neanmoins, nous souhaitons aussi réaffirmer qu’il n’y a pas de changement dans la situation sécuritaire. La Bosnie-Herzégovine demeure calme et stable ».

Le mandat actuel de l’EUFOR expire à la fin de cette année. Le Conseil de Sécurité a discuté d’un prolongement de ce mandat le 21 novembre. Le Bureau du Haut Représentant (OHR) et l’UE soutiennent le prolongement, mais la Russie semble depuis récemment être quelque peu ambivalente.

Dans son briefing semi-annuel au Conseil de Sécurité de l’ONU le 15 novembre, Miroslav Lajcak, le Représentant Spécial de l’Union Européenne en Bosnie et le Haut Représentant de la communauté internationale, a fait remarquer que « prolonger le mandat de l’EUFOR est une garantie majeure que les problèmes politiques (...) peuvent être résolus dans un environnement sécurisé et sans danger ».

Miroslav Lajcak a souligné que le pays avait maintenant deux options bien définies : l’escalade de la crise, ou la « descalade » qui permettra aux partis de travailler sur les problèmes qui affectent la vie des gens.

« Les acteurs locaux peuvent continuer à agir de mauvaise foi et continuer à faire escalader la situation, ou alors il peuvent agir de bonne foi, et rediriger la Bosnie-Herzégovine vers le chemin de l’Europe », a déclaré Miroslav Lajcak.

La semaine dernière, l’adjoint de Lajcak, Raffi Gregorian, diplomate américain, a dit à des membres du Comité Helsinki des Etats-Unis que la Bosnie avait atteint un « moment vital » de son histoire et que « sa survie-même pourrait être déterminée dans les mois à venir, si ce n’est les semaines à venir ».

« La communauté internationale ne peut se permettre de voir ses efforts post-conflit en Bosnie transformés en une défaite humiliante », a remarqué Gregorian dans son discours au Comité Helsinki. « Elle ne peut pas se permettre non plus de laisser arriver des images de gens en train de fuir des régions où ils sont des minorités ethniques, de peur que le pire n’arrive encore dans l’espace de la même génération », a-t-il ajouté.

Arrêtons de semer la panique !

Alexandra Stiglmayer, journaliste et expert des Balkans ayant passé beaucoup d’années, pendant et après la guerre, à travailler en Bosnie, est d’avis qu’il n’y a aucune chance que la situation actuelle ne prenne la forme d’une guerre.

« Les gens de Bosnie ont une expérience toute récente de la guerre, et c’est la dernière chose qu’ils veulent. Il est irresponsable d’évoquer la possibilité d’un conflit armé parce que cela créé de l’insécurité et fait fuir les investisseurs dont le pays a tant besoin. Même les préconditions matérielles n’existent plus : la Bosnie est largement désarmée et les forces de défense ont été intégrées », déclare Alexandra Stiglmayer, analyste de l’European Stability Initiative (ESI).

Alexandra Stiglmayer, comme d’autres, souligne qu’amplifier l’importance de cette crise pourrait avoir des conséquences économiques graves.

« Je pense que vous devriez avoir peur de cette mauvaise image de la Bosnie créée par quelques politiciens locaux, mais aussi, et c’est peut-être plus important, par quelques officiels internationaux. La Bosnie n’est guère proche d’une nouvelle guerre. Elle n’est pas infestée de Wahabbites et de sympathisant d’Al-Qaeda ! Ce n’est pas un foyer de corruption et de crime organisé ! La Bosnie a accompli avec succès de nombreuses réformes difficiles, de la défense à la justice et l’économie. Il y a des choses sur lesquelles les hommes politiques bosniens et les ambassadeurs, ainsi que les officiels étrangers, devraient mettre l’accent. »

Le directeur de la communication de l’OHR, Frane Maroevic, prévient aussi des conséquences économiques du bloquage politique. « On voit une énorme hausse des prix ces jours-ci. Avec une telle situation politique, ça n’aidera pas l’économie à s’améliorer », a-t-il dit.

L’OHR cite incessamment le chemin européen comme unique solution à la crise actuelle.

La guerre est-elle vraiment terminée ?

Aleksandar Trifunovic, éditeur de BUKA, une publication online à Banja Luka, pense que les tensions sont plus présentes qu’au début des années 1990, mais il affirme, lui aussi, qu’il n’existe pas de possibilité d’une nouvelle guerre grâce à la présence de la communauté internationale en Bosnie-Herzégovine. Cependant, il pose une autre question importante : « la guerre est-elle vraiment terminée ? »

« Mon impression personnelle est qu’après Dayton la guerre a continué, mais que tout simplement, d’autres types d’armes sont utilisés - medias, culture, sport, religion... A mon avis, toutes ces négociations entre politiciens locaux sont comme des cessez-le-feu pendant une guerre. Après un cessez-le-feu, en général, les combats reprennent. »

Nerzuk Curak, professeur à Sarajevo, est proche de cette manière de penser. Il ne pense pas que la guerre est possible maintenant ou dans un futur proche, mais il demande également si on peut vraiment qualifier la situation actuelle de « paix ».

« Durant ces 12 dernières années depuis Dayton, nous n’avons pas eu la paix en Bosnie, mais la guerre est présente par son absence. La façon dont laquelle l’Etat est organisé ne peut offrir une paix stable mais seulement ajouter à son instabilité. Cela ne peut pas mener à la guerre un jour, parce que ce n’est pas une paix au sens propre du terme. »

Nerzuk Curak conclut ironiquement : « Dormez en paix. Nous n’aurons pas de nouvelle guerre. Pour la simple raison qu’il n’est pas possible d’avoir ce que nous avons déjà. Ce n’est pas officiellement une guerre, mais ce n’est rien d’autre que la guerre. Oh mon Dieu, quel pays ! »

 

 

Quand on reparle de « guerre » en Bosnie-Herzégovine... 

Traduit par Mariama Cottrant Publié dans la presse : 2 novembre 2007

La crise politique se poursuit en Bosnie-Herzégovine, après la démission du Premier ministre, le Serbe Nikola Spiric. Alors que les troupes de l’EUFOR se disent prêtes à faire face à toute éventualité, on reparle beaucoup de « guerre », un mot tabou en Bosnie depuis douze ans. La crise bosnienne s’inscrit aussi dans un dangereux contexte régional, dominé par la question du Kosovo. Les citoyens sont inquiets : micro-trottoir à Sarajevo, Mostar et Banja Luka.

Par Ensar Zgodic

L’EUFOR en état d’alerte Les citoyens de Bosnie-Herzégovine se retrouvent dans la même situation que durant la campagne électorale de l’année dernière, avec la rhétorique incendiaire et agressive des hommes politiques et le discours autoritaire de la communauté internationale. Les propos de Milorad Dodik, la façon dont lui a répondu Haris Silajdžic, et ce que disent aussi les Croates... Tout cela remue le couteau dans les plaies encore vives et les silences de la vie réelle des Bosniens et Herzégoviniens. On pourrait parfois croire que nous avons tous oublié la valeur de la paix...

Les menaces d’un référendum pour la séparation de la Republika Srpska de la Bosnie-Herzégovine, l’incertitude sur le résultat des négociations sur le statut du Kosovo sont autant d’éléments de troubles. Le membre croate de la présidence collégiale Željko Komšic (Parti social-démocrate, SDP) a déclaré que certains politiciens de Bosnie travaillaient en complète coordination avec Belgrade et « ramenaient » en Bosnie la question du Kosovo pour que les problèmes bosniens soient placés dans un contexte régional, ajoutant que le Premier ministre de Serbie Vojislav Koštunica « recevra des coups sur le nez et sur les doigts », si mêlait aux problèmes intérieurs de la Bosnie des thèmes qui rappellent aux citoyens les guerres des années 1990.

Dormez en paix, l’EUFOR veille ! Le commandant de l’EUFOR, la mission militaire européenne en Bosnie-Herzégovine, le contre-amiral Hans Jochen Witthauer, a déclaré que « l’instabilité n’est pas visible qu’en Bosnie, mais dans tout les Balkans occidentaux », et il a décidé que « l’EUFOR maintiendrait un nombre minimal de troupes prêtes à intervenir si une nouvelle guerre éclatait ».

En utilisant le mot de guerre, Hans Jochen Witthauer a confirmé le fait que sur tout le territoire des Balkans régnaient encore « de fortes tensions ethniques », et que « la communauté internationale devait être très attentive aux problèmes de la région ». De plus, ce mot de « guerre » confirme que la résolution du statut du Kosovo « crée des problèmes qui se reflètent dans tous les Balkans occidentaux », rendant plus plausible la menace des représentants de la RS de retirer tous leurs fonctionnaires des institutions gouvernementales bosniennes, parce que le Haut-Représentant a décidé d’imposer des sanctions.

Qui interviendra si le conflit montait en puissance ? Chaque jour, la télé diffuse des clips vidéo de la EUFOR qui rappellent que la force internationale a commencé son mandat en Bosnie avec 66 000 soldats, et ne compte plus aujourd’hui qu’environ 2 500 hommes. Les membres de l’EUFOR nous ont confirmé que leurs forces étaient prêtes à intervenir, en première ligne du front, dans n’importe quelle situation qui correspondrait au mot de « guerre ».

Le porte-parole de l’EUFOR, le major David Fielder, nous a confirmé qu’il existait des forces prêtes à intervenir dans le pays, notamment un bataillon de manoeuvre multinational, qui dispose d’un arsenal et d’équipements militaires suffisants pour repondre à tout ce qui pourrait menacer la paix, et que les citoyens bosniens peuvent être certains que les troupes internationales seront à la hauteur de leur mission de protection.

Derrière l’horizon, nema problema Face à une éventuelle escalade du conflit, des forces supplémentaires pourraient être appelées de « derrière l’horizon ». Certains pays de l’Union européenne, notamment le Royaume-Uni et l’Allemagne pourraient fournir des troupes en temps record. Cependant, le major Fielder a refusé de donner des chiffres et de parler de l’équipement de ces forces, arguant que « tout dépendra de la situation ». Il a aussi ajouté que les forces de l’EUFOR devraient être capables d’assurer un cercle de protection autour du pays.

En plaisantant, il a ajouté en bosnien que « nema problema » (« il n’y a pas de problème »). Il n’a pas écarté la possibilité que, si les hautes instances politiques le décidaient, les foces de l’EUFOR interviennent aussi en dehors du pays, bien que leur mandat existant soit limité à la Bosnie.

Depuis des mois, les forces armées de Bosnie-Herzégovine suivent un entraînement pour une mission de paix hors du pays dans la base militaire de l’EUFOR à Butmir, dans la périphérie de Sarajevo,

Puisque les soldats bosniens s’entraînent aussi, quelque part en Afrique de l’Ouest, à répondre aux questions désagréables des journalistes à propos d’incidents dans leurs zones de responsabilité, nous avons demandé au major Fielder si les soldats de l’EUFOR suivaient aussi des cours spéciaux. Il nous a répondu qu’il ne pouvait pas parler du type d’entraînement suivi par les soldats de l’EUFOR...

Les forces armées de Bosnie-Herzégovine comptent 12 000 soldats professionnels, 4000 en RS et 8000 dans la Fédération. Ces forces sont divisées en trois régiments « ethniques » - serbe, croate et bosniaque, selon l’héritage militaire de la tradition héritée des années 1990, l’armée de la RS (Vojske Republike Srpske), le Conseil de Défense Croate (HVO) et l’Armée de la République de Bosnie-Herzégovine (Armija RBiH).

Le commandement suprême, nous vous le rappelons, revient à la Présidence collégial, puis au ministère de la Défense et aux différents quartiers généraux. Une chose peut être rassurante : ces régiments sont parfaitement incapables d’entreprendre la moindre action militaire.

Trois régiments symboliques Les responsabilités des régiments sont de gérer le musée du régiment, de contrôler les fonds et le budget du régiment, de s’occuper de la préparation, de la recherche et de l’entretien de l’historique du régiment, de publier les bulletins du régiment, de prendre soin de l’héritage culturo-historique du régiment, de donner des conseils pour les célébrations particulières et les règles de comportement du régiment, de diriger les officiers, les sous-officiers et les clubs militaires. De plus, aucun mouvement de quelle partie que ce soit des forces armées n’est possible sans l’EUFOR, depuis le décollage des avions et des hélicoptères jusqu’aux mouvements d’artillerie. Autre fait important : les armes des régiments ne sont pas déposées au même endroit que les munitions...

Sarajevo : « Bien sûr qu’on a peur ! »

Sarajevo : la caršija a peur Sulejman Bajraktarevic (agent de sécurité) : « Je n’ai pas peur d’une nouvelle guerre. Je ne crois pas que ça puisse en arriver à ce point. Je pense et j’espère que le monde ne laissera pas une fois de plus se développer une telle tragédie dans les Balkans. »

Bisera Rašidovic (femme au foyer) : « Je ne suis pas vraiment informée de ce qui se passe dans le pays, mais je ne crois pas qu’il soit possible que ça en vienne encore à la guerre. »

Ljubica Pejcic (ouvrière) : « Bien sûr que j’ai peur, mais j’espère que ça n’arrivera pas. Qui a vécu ça une fois... Mais vu les grosses têtes de nos politiciens, rien n’est exclu. »

Sabina Handžar (fonctionaire) : « J’ai peur qu’il y ait encore une guerre. Je suis sûre que tous ceux qui ont vécu la guerre précédente ont peur. Mais je ne me prépare pas à ça. Je vis au fil des jours comme chaque citoyen. »

Hajro Mulic (fonctionnaire retraité) : « Vu la situation dans ce pays, si quelque chose d’intelligent ne se produit pas et si les passions ne se calment pas, on pourrait bien arriver à la guerre. La seule solution serait que la Bosnie soit unie. Mais, comme les choses vont maintenant, il n’y a pas d’unité. »

Sanela Tomšic (employée d’administration) : « Je ne crois pas que ça pourrait en venir à la guerre. Le monde a tellement investi dans ce pays, je ne pense pas que l’on permettrait que quelque chose comme cela se produise une nouvelle fois. »

Mostar : « chez nous, la guerre n’est pas finie » Selma Kasum : « Je n’ai pas peur qu’une nouvelle guerre éclate. Ce que je regarde à la télé ou ce que je lis dans les journaux n’est rien d’autres que des débats politiques ridicules qui font peur aux citoyens, la même histoire qui se répète depuis des années... »

Alija Biljavica : « Je n’ai pas peur de la guerre. Pourquoi aurais-je peur d’elle ? La guerre ne s’est jamais achevé chez nous, la Croatie et la Serbie entretiennent toujours leur appétit pour notre pays. »

Asmer Periz : « Il s’agit d’effrayer les citoyens, mais ils ne sont plus naïfs comme ils l’étaient il y a 15 ans, c’est pourquoi je n’ai pas peur de la guerre. »

Ramiz Pandur : « Tous ces événements politiques sont trop gonflés et trop amplifiés. Celui qui est compréhensif ne devrait pas avoir peur de quoi que ce soit. Ca a toujours été comme ça et ce sera toujours comme ça. »

Banja Luka : « tout est possible » Biljana Popovic (cadre du privé) : « Oui, j’ai peur de la possibilité d’une nouvelle guerre. J’en ai déjà vécu une et je n’ai pas de bons souvenirs de cette guerre. Mon mari et moi avons un petit bébé, et ce serait difficile pour nous tous si une nouvelle guerre survenait. »

Lujo Maric (étudiant) : « Ces derniers temps on a beaucoup parlé d’une telle possibilité. La situation politique n’est vraiment pas satisfaisante. Les querelles de nos politiciens n’amènent nulle part. Je crois que chez nous tous est possible. »

Saša Kasalovic (musicien) : « Sincèrement, j’ai peur de cette possibilité, parce que la crise politique actuelle n’est pas du tout anodine. Ca me fait mal à la tête rien que d’imaginer que de nouveaux conflits armés pourraient se produire. J’espère que la communauté internationale ne laissera pas une telle chose se produire. »

Liljana Nikolic (étudiante en psychologie) : « Moi, je ne crois pas que cette possibilité existe. Je pense que tous les citoyens de Bosnie-Herzégovine ressentent encore les énormes conséquences de la dernière guerre et que la conscience des hommes est différente aujourd’hui de celle des années 1990. »

Marko Acic (étudiant) : « Chez nous, tout est possible. Honnêtement, j’espère que ça n’arrivera pas, parce que les blessures de la dernière guerre ne sont pas encore cicatrisées. Les jeunes ne veulent pas la guerre, mais ils souhaitent la prospérité et un avenir plus radieux. »

 

 

Bosnie-Herzégovine : Tuzla engloutie sous les déchets de sa centrale thermique 

Traduit par Nihad Hasanovic Publié dans la presse : 26 septembre 2007

La rupture unilatérale d’un contrat entre deux compagnies puissantes a provoqué une catastrophe écologique dans les environs de Tuzla. La vie des gens résidant à proximité des décharges de la centrale thermique est en danger. Ils ont déposé des plaintes contre Électricité de Bosnie-Herzégovine, coupable d’une pollution implacable : pluies jaunes, scories, vase, et même substances radio-actives.

Un grand lac aux eaux troubles et noires, pleines de scories [1], de cendre et de vase, voilà le paysage apocalyptique que présente Šicki Brod, près de la ville de Tuzla. C’est une véritable bombe écologique, presque inconnue du public. Les décharges ouvertes, où l’on dépose des scories et de la cendre, déchets de la centrale thermique de Tuzla, sont un grave danger non seulement pour ceux qui vivent à proximité et sont habitués à la poussière et aux pluies jaunes, mais aussi pour la ville de Tuzla.

Les habitants disent que pendant l’été, quand le lac se tarit, des nuages de poussière assaillent les lieux alentours et parviennent même jusqu’au centre de Tuzla. Pour cette raison, la région entière est une zone dangereuse pour la vie. Malheureusement, ce qui se passe à Šicki Brod n’inquiète pas beaucoup les politiciens reponsables, car une pollution implacable de l’environnement dure depuis des années sans que les coupables soient punis.

Les problèmes des habitants de Šicki Brod ont augmenté depuis deux ans, après que la société Électricité de Bosnie-Herzégovine (Elektroprivreda BiH) a unilatéralement rompu le contrat sur la coopération à long terme avec l’usine de ciment de Lukavac dans le domaine de la livraison des scories et des cendres. En violant le contrat, Électricité de Bosnie-Herzégovine a doublé les prix sans l’approbation de l’acheteur. Cette société a ainsi chassé les propriétaires autrichiens de la cimenterie vers la Republika Srpska, où il se procurent maintenant les déchets nécessaires pour la production de ciment.

Des déchets à n’en plus finir

Au lieu d’être traités dans la cimenterie, les déchets s’entassent à présent à Šicki Brod. Mélangés avec de l’eau, ils sont distribués à travers une tuyauterie et au moyen de pompes spéciales jusqu’aux décharges qui deviennent chaque jour de plus en plus vastes. Le manque de professionalisme au sein du management d’Électricité de Bosnie-Herzégovine coûte cher. Tout d’abord, la cimenterie de Lukavac essuie des pertes puisqu’elle doit se priver d’une arrivée d’argent supplémentaire pour se procurer les déchets de la centrale thermique d’Ugljevik. Deuxièmement, la centrale thermique de Tuzla subit des pertes elle aussi : son déficit annuel à cause de la cessation des livraisons est estimé à 1,5 million de marks (environ 775.000 euros). Mais les plus gros dégâts provoqués par ce comportement sont visibles sur le terrain : les déchets s’accumulent beaucoup plus vite qu’avant en transformant les environs de la centrale en une grande zone de pollution.

Les décharges de Drežnik et Jezero sont remplies. Seule la décharge de Divkovici est toujours « en activité ». Bien que sa capacité soit évaluée à 1,5 million de mètres cubes, la vase dangereuse en déborde déjà sans contrôle. Le jour où nous avons visité ce dépôt de scories, nous nous sommes aperçus des machines qui, comme c’était officiellement annoncé, travaillaient sur la deuxième phase de la décharge de Jezero, par quoi sa capacité sera augmentée de 12,5 millions de mètres cubes de vase. Quand on y pompe des déchets de la centrale thermique, le niveau des eaux résiduelles de la décharge de Jezero s’élevera de quinze mètres ! Cela veut dire que beaucoup de biens vont disparaître. La chose la plus triste, des scories et de la vase vont engloutir des maisons et des propriétés.

Franjo Jagic, qui habite depuis quinze ans le quartier de Bukinje, à proximité de la décharge, dit que ses problèmes avec les déchets de la centrale thermique sont quotidiens. « Récemment, on m’a comblé la source d’eau avec des scories. Quand le niveau du dépôt de scories se sera élevé, je ne pourrai même pas m’approcher de ma propre maison », dit Franjo Jagic, âgé de 55 ans. Il ajoute qu’il est obligé de vivre sur cette parcelle qui appartenait à sa mère, parce qu’il n’a pas d’autre choix. Dans sa maison il n’y a pas d’électricité, et chaque jour la vie de ce quinquagénaire devient de plus en plus difficile à cause des problèmes de déchets. Bien que de nombreux citoyens aient déjà déposé des plaintes contre la centrale thermique et contre Électricité de Bosnie-Herzégovine, Franjo Jagic dit qu’il n’est pas en état d’entreprende un tel procès parce qu’il n’a pas d’argent.

Un mauvais voisin

Des analystes spécialistes des eaux résiduelles montrent très bien quels sont les dangers produits par la décharge. Ratko Banovic, le président de l’association écologique Pokret Eko Zeleni, située à Tuzla, affirme que le pH des eaux de la décharge s’élève à 12 (la valeur normale est 7,5). Cela signifie qu’aucun organisme vivant ne peut survivre dans les eaux qui affluent dans la rivière Jala. D’après une analyse, la poussière est phytotoxique et change la composition du sol. À cause de cela, les gens qui habitent les environs ne peuvent pas utiliser leurs champs, potagers, vergers, etc.

On a aussi détecté la présence de substances radioactives. Leur quantité atteint le seuil critique, de sorte que les gens qui demeurent longtemps près de la décharge courent un danger.

« En raison de ce problème, nous ne sommes pas en bons termes avec les responsables de la centrale thermique et Électricité de Bosnie-Herzégovine. Nous n’avons pas donné notre approbation écrite au plan de construction de la deuxième phase de la décharge Jezero 2 », affirme le chef de l’association Eko Zeleni. « En déposant des déchets là, ajoute-t-il, on détruit des dizaines de milliers de mètres carrés de terres arables. Le problème est aussi que les décharges ne sont pas récyclées après leur emploi. Ainsi, elles restent une source de danger pendant des années. »

Les citoyens qui souffrent des caprices de ce mauvais voisin, la centrale thermique, se demandent si quelqu’un peut mettre fin à la pollution impitoyable de l’environnement. Les déchets engloutissent déjà des maisons. Tôt ou tard, ce sont les êtres humains qui vont être engloutis. N’est-il pas urgent de faire, enfin, quelque chose ?

[1] Résidus solides (fusion de minerais).

 

 

Dnevni Avaz

Echec de la réforme de la police en Bosnie : Lajcak accuse les politiciens de Republika Srpska 

Traduit par Haris Hadzic Publié dans la presse : 15 octobre 2007

Après l’échec des négociations sur la réforme de la police, le Haut Représentant international en Bosnie-Herzégovine Miroslav Lajcak a clairement accusé les hommes politiques de Republika Srpska de manquer de sérieux. Visiblement déçu, il appelle à un changement de partenaires politiques pour que cette réforme-clé, qui permettra d’assurer l’avenir européen de la Bosnie-Herzégovine, puisse enfin se faire.

Milorad Dodik, premier ministre de Republika Srpska Après avoir parlé durant la journée, à Bruxelles, avec les représentants du groupe de contact sur la faillite des négociations consacrées à la réforme de la police en Bosnie-Herzégovine, Miroslav Lajcak a déclaré que la responsabilité d’un tel état de fait était à attribuer aux hommes politiques de la Republika Srpska (RS), communique un correspondant de BHT (chaîne télévisée de l’Etat).

« Je voulais que mon rôle principal en Bosnie-Herzégovine soit le rapprochement de ce pays avec l’Union européenne. En ce moment, nous n’avons pas de partenaires qui nous permettraient d’arriver à ce but. Il faut que nous nous occupions de cela, pour ne pas nous retrouver dans la même situation que la semaine dernière » (négociations échouées), a dit Lajcak.

Quand on lui a demandé qui était tenu responsable par la Communauté internationale de l’actuelle crise politique du pays, il a déclaré que c’était les représentants de la Republika Srpska, qui « n’ont pour la plupart pas tenu les promesses qu’ils avaient faites auparavant ». « C’est un fait, et ils le savent bien », a ajouté le diplomate slovaque en ajoutant que, toutefois, « ce n’est pas qu’eux qui en portent la responsabilité ».

« Je m’attendais à un peu plus de sérieux, vraiment ! », a tonné Miroslav Lajcak, en remarquant que les acteurs des négociations autour de la réforme de la police se comportaient comme s’ils avaient du temps à gaspiller.

L’accord sur la réforme de la police était la condition principale que la Bosnie-Herzégovine devait remplir avant de signer l’Accord de stabilisation et d’association (ASA) avec l’Union européenne.

Les négociations à ce sujet ont échoué parce que les hommes politiques de la Republika Srpska n’ont pas accepté que la police de cette entité soit supprimée, ni qu’elle soit placée sous l’autorité d’institutions étatiques.

 

 

Douze ans après : retour à Srebrenica

Traduit par Mandi Gueguen Mise en ligne : jeudi 23 août 2007 

Douze ans après la tragédie de l’été 1995, l’écrivain Predrag Matvejevic revient à Srebrenica, alors que les survivants bosniaques de l’enclave réclament un statut spécial et le détachement de la ville de la Republika Srpska. L’occasion d’une réflexion sur l’état de la Bosnie-Herzégovine, mais aussi sur la guerre, la justice et les responsabilités collectives et individuelles.

Par Predrag Matvejevic

Le deuil perdure encore en cet été 2007, douze ans après le génocide à Srebrenica. Plus de huit mille musulmans bosniaques, âgés de 14 à 85 ans, furent tués en juillet 1995 dans cette petite région, près de la frontière séparant la Bosnie et la Serbie.

« Le plus grand génocide en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », comme l’ont appelé les Bosniaques - mais pas seulement eux - est peut-être aujourd’hui ancore plus présent qu’au moment où il fut commis. Il a pris racine dans les sentiments, dans la mémoire, dans les consciences. Les habitants de Srebrenica et des environs qui, après tout ce qui leur est arrivé, sont restés vivre dans leur pays, mais aussi ceux qui s’en sont enfuis pour s’installer ailleurs, ne croient plus en personne, pas même dans leurs représentants élus de Sarajevo.

Ils se sentent trahis - d’abord par le général français Morillon, qui avait pathétiquement proclamé que cette zone serait « protégée ». Tous les autres les ont trahis : les soldats hollandais présents sous les drapeaux des Nations Unies et le général Janvier, qui les ont laissés à la merci des assassins, le Secrétaire général des Nations Unies Boutros Boutros Boutros-Gali et même le quartier général de la petite armée bosniaque qui, bien que faible et mal armée, aurait dû aller à leur secours. Tant d’hommes politiques ont trahis ceux-là mêmes qui avaient contribué à leur élection... Les médias internationaux les ont trahis qui ont consacré si peu d’attention aux victimes. Les habitants de Srebrenica n’ont plus rien à perdre. Il ne faut donc pas s’étonner s’ils réclament ce qu’ils ne peuvent pas obtenir : la séparation de leur région de la zone appelée « Republika Srpska de Bosnie-Herzégovine ». Une nouvelle séparation balkanique avec les conséquences que l’on peut imaginer...

Il n’est guère facile de se représenter la dimension historique des faits ni leur dimension politique. Celle-ci est toujours déterminée et imposée par les autres, ainsi que par divers intérêts et exigences, qui ne tiennent jamais assez compte de ceux qui sont confrontés à la réalité des choses.

Nombreux sont ceux qui continuent à parler de la nécessité d’aider Srebrenica. Bien peu, en revanche, sont ceux qui le font. À certains moments, il est vraiment difficile de comprendre ce qu’il serait nécessaire de faire et la manière dont il faudrait s’y prendre.

Il y a aussi, parmi tout ceci, une erreur incontestable des pays occidentaux, déjà commise par le passé. Les musulmans bosniaques, slaves, tardivement islamisés, ont peut-être été les musulmans les plus modérés du monde. Un grand écrivain de leur nation, Mehmed Mesa Selimovic, a écrit un livre extraordinaire, intitulé Le Derviche et la mort, traduit dans quasiment toutes les langues européennes : « Nous avons trop peu nombreux pour devenir un lac, et trop nombreux pour être engloutis par la terre » (Retrouvez la fiche du livre). Les nationalistes serbes de Bosnie et les nationalistes croates d’Herzégovine voulaient faire engloutir tous les musulmans par leur terre natale.

L’Europe a écouté, complice, la propagande tendencieuse des disciples de Slobodan Milosevic et de Franjo Tudjman, qui présentaient les musulmans bosniaques comme une « plateforme » ou un coin pouvant servir de plaque tournante à la pénétration de l’Islam en Europe. L’Europe ne les a jamais regardé tels qu’ils sont : l’Islam européen est peut-être le plus laïque du monde, un modèle qui pouvait être opposé très utilement aux vrais fondamentalistes islamiques, un modèle d’Islam européen.

Désormais, blessés à mort et recueillis autour des cercueils de leurs frères, ces musulmans ont peut-être perdu une partie de leur laïcité. À qui la faute ? Pas uniquement aux criminels Mladic et Karadzic.

Je suis arrivé en juillet à Srebrenica, sans pour autant participer d’aucune manière aux manifestations et aux rituels commémoratifs. J’ai vu le nouveau cimetière musulman de Potocari, où a eu lieu la plus grande partie de la tragédie, j’ai été dans la ville et dans les alentours. J’ai pu voir une longue, si longue colonne de femmes, créatures malheureuses qui ont perdu leurs maris, leurs pères, leurs fils, leurs frères, leurs amants - il s’agit peut-être même de plus de huit mille hommes, - dans le plus horrible pogrom survenu en Europe depuis Hitler et Staline.

Même les « femmes en noir » serbes sont venues pour s’associer aux veuves musulmanes. Il est difficile de contrôler ses sentiments en présence de scènes de ce genre. Je ne sais si j’ai pu le faire. Je me sens encore mal de retour à Rome.

« Un nombre de victimes presque quatre fois supérieur à celui des Tours Jumelles de New York ! » C’est ce qu’on dit et cela semble être exact. Malgré cela, l’article consacré à Srebrenica était dès le début cantonné dans un coin de page, parmi les événements relevant de l’ordinaire. La tragédie ne passionna pas les écrans du monde extérieur. Et nous-mêmes, ex-citoyens de l’ex-Yougoslavie, nous nous demandions à premier abord si cela avait vraiment été possible. Mais oui, l’impossible avait eu lieu. Ratko Mladic et Radovan Karadzic, les principaux mais pas les seuls coupables du massacre, qualifié par le Tribunal de La Haye de « crime contre l’humanité », sont toujours en liberté. Peut-être le resteront-ils.

Récemment j’ai lu dans un numéro de l’hebdomadaire monténégrin Monitor que la police locale avait entre ses mains Karadzic en 1996, mais qu’elle reçut d’une instance supérieure l’ordre de ne pas le toucher. Ils eurent aussi Mladic entre leurs mains, un an plus tard, quand le grotesque personnage vint prendre le soleil sur la côte monténégrine, avec sa garde du corps constituée de quinze acolytes armés jusqu’aux dents. Lui aussi on le laissa aller : l’encercler et le désarmer eut été dangereux, personne ne s’en sentait capable.

J’ai séjourné récemment en Grèce, à Thessalonique, à l’occasion d’une manifestation littéraire. Le guide qui nous faisait visiter la ville me conduisit vers une villa fastueuse, résidence royale à l’occasion des visites du souverain. « Radovan Karadzic a habité dans cette maison », me dit-il, en se vantant presque de la référence. Hélas ! Nous sommes dans la partie orthodoxe de l’Union Européenne... Désormais, Karadzic se trouve peut-être en Russie. On dit qu’il pourrait aussi se cacher sur la Montagne Sainte, le Mont Athos.

J’ai pu lire en Bosnie une déclaration, aussi cynique que honteuse, faite par un des coryphées ultranationalistes de l’appareil politique du duo Milosevic - Seselj. Il soutient que les musulmans bosniaques auraient amassé autour de Srebrenica des cadavres provenant de n’importe où, et pas seulement de des cadavres bosniaques, mais aussi ceux de victimes appartenant à d’autres communautés. C’est une histoire que nous avons déjà pu entendre quand furent massacré tant d’innocents qui cherchaient un peu de pain au marché de Markale à Sarajevo : « Ils se tuent entre eux pour attirer l’attention mondiale », disait le communiqué des nationalistes serbes de Pale.

Je n’ai jamais songé à accuser le peuple serbe de crimes de ce genre, je l’aime et le considère comme un frère, autant que je m’oppose à l’identification de tous les Croates aux Oustachis de la Seconde Guerre mondiale ou au cercle proche de Tudjman. Mais il ne suffit pas de rechercher des excuses générales : les criminels doivent être nommément identifiés, ils doivent être condamnés et punis. C’est l’unique moyen qui rendra sa dignité au peuple. Et qui libérera les consciences. Autrement, les Balkans peuvent s’enflammer de nouveau. Dieu sait quand, où, comment...

Après tout ce que j’ai rappelé, on s’étonnera peut-être de voir que les survivants ayant supporté l’impossible recherchent plus que ce qu’il est possible d’obtenir. Si la Bosnie-Herzégovine actuelle avait réussi à sortir de l’étau où l’ont coincée les accords de Dayton, si l’Etat de Bosnie-Herzégovine était devenu un véritable État, entendu comme la communauté de tous les citoyens, sans divisions internes conséquences d’une guerre absurde, ce genre de demande ne serait pas extraordinaire, mais le fruit de l’état naturel des choses.

En revanche, nous ne savons pas combien de temps nous devrons attendre pour voir les choses changer.

 

 

Bosnie : les traumatismes de guerre, des blessures qui ne guérissent pas

Traduit Nihad Hasanovic Publié dans la presse : 28 mai 2007

Les psychiatres évoquent des désordres psychiques graves, conséquences directes de la dernière guerre. La moitié des habitants des villes de Bosnie-Herzégovine assiégées durant la guerre présenteraient tous les symptômes des syndromes post-traumatiques. La santé mentale de toute la nation se trouve sérieusement mise en danger, mais le système de santé est débordé, et la plupart des gens ne sont même pas conscients de leur état !

Des études-pilotes conduites ces années dernières dans notre pays démontrent, selon les mots du docteur Senadin Ljubovic de la Clinique psychiatrique du Centre clinique de l’Université de Sarajevo, que la moitié de la population qui habitait les villes assiégées pendant la guerre, comme Sarajevo, Gorazde ou Zepa, présentent tous les symptômes du désordre post-traumatique. Malheureusement, ajoute-t-il, beaucoup d’entre eux n’en sont même pas conscients !

Irascibilité et insomnie

« Les traumatismes de guerre ainsi que la « re-traumatisation » d’après-guerre ont produit de terribles conséquences. Un grand nombre de citoyens de Bosnie-Herzégovine souffrent aujourd’hui d’une trop grande sensibilité, d’irascibilité, d’insomnie... Sont évidentes aussi la baisse d’énergie, l’incapacité à jouir de la vie, la perte de confiance et d’intimité entre les êtres humains, tandis que le registre émotionnel est très limité », explique le docteur Ljubovic.

Ce qui inquiète surtout Senadin Ljubovic et d’autres médecins, c’est le fait que l’on ne prête, dans notre pays, qu’une attention minimale aux maladies psychiques. Et la situation ne devrait pourtant pas être ainsi négligée : au moment de notre entretien, les cent lits de la Clinique psychiatrique étaient tous occupés. C’est ainsi depuis des années, et les lits manquent souvent. De surcroît, des scientifiques soulignent que les répercussions des désordres post-traumatiques de guerre seront éprouvées par les trois prochaines générations !

« Les maladies apparues au cours de la guerre deviennent maintenant chroniques, se compliquent et se multiplient. Nous sommes témoins d’une pathologie complexe et massive, qui se reflète dans la santé physique. Les personnes souffrant de troubles psychiques contractent plus facilement le cancer ou des maladies cardiaques. Ils souffrent aussi des complications de l’appareil digestif et d’hypertension. Et le comble, ils meurent beaucoup plus jeunes comparativement à la moyenne d’autrefois ! Le nombre de suicides est constamment en hausse. Heureusement pour nous, ce chiffre reste encore considérablement inférieur à celui qu’on pourrait attendre en tenant compte de tout ce que nous avons éprouvé en luttant pour survivre », estime le docteur Ljubovic.

Reconstruire un environnement social

Les difficultés des patients, confirment les médecins à l’unisson, seraient beaucoup moindres si la société s’occupait d’eux d’une manière appropriée. Aujourd’hui encore, il n’est pas trop tard. Il suffirait d’assurer à ces patients un environnement où ils pourraient sauvegarder leur dignité presque perdue.

« La nature humaine, affirme docteur Senadin Ljubovic, dispose de possibilité de rétablissement juqu’à un certain degré, mais seulement si certaines conditions sont satisfaites. Tout d’abord, un patient doit décider par lui-même s’il veut se remettre. Je le souligne parce que chez nous, malheureusement, la situation a été différente : nos patients pensaient qu’ils ne devaient pas aller mieux, étant donné qu’ils avaient tout perdu, notamment leurs conditions normales de vie, leurs maisons, leurs emplois... Au niveau subconscient, ils ne voulaient pas guérir. C’est pourquoi il est important d’aider ces gens à résoudre leurs problèmes, ce qui les aiderait beaucoup à recouvrer la santé ».

En plus des maladies mentales courantes, présentes dans tous les coins du monde, les carnets de registre des hôpitaux psychiatriques bosniens évoquent beaucoup de désordres qui sont, pour la plupart, liés à des expériences traumatiques de guerre. Les patients sont divisés en cinq catégories : anciens combattants, invalides, membres de familles de soldats péris, ex-déportés et victimes de viol. Pendant les années d’après-guerre, ils ont demandé de l’aide médicale selon cet ordre de priorité. À la surprise des médecins, ce sont désormais les hommes violés pendant la guerre qui se rendent en grand nombre aux cabinets de consultation psychiatriques.

 

 

Jovan Divjak : l’éducation construit la Bosnie-Herzégovine 

Mise en ligne : lundi 9 juillet 2007

Le général Jovan Divjak, ancien membre de l’Armée de Bosnie-Herzégovine, a toujours été reconnu comme une grande figure de l’humanisme dans son pays. Aujourd’hui, avec son association « L’Éducation construit la Bosnie-Herzégovine », il tente de créer un environnement favorable pour les jeunes et leur éducation. Jovan Divjak est également membre de la présidence d’honneur du Courrier des Balkans.

Propos recueillis par Haris Hadzic

Quelle expérience retirez-vous de votre service en tant que général des Forces armées de la République de Bosnie-Herzégovine ?

Au départ, je voulais faire mes études soit en pédagogie soit en psychologie, mais je n’en avais pas la possibilité. Alors, j’ai pensé que l’école militaire serait le meilleur choix, et en effet cela m’a permis d’apprendre beaucoup sur tout ce qui porte sur l’âme, les êtres humains... Pendant mes études, j’y ai mis du mien pour acquérir le plus de connaissances possible, et aider les autres tant que je pouvais.

Il en était de même durant la guerre, puisque je n’étais pas vraiment en position de participer à la planification ni à la mise en œuvre d’opérations militaires. J’ai toujours aimé travailler avec les gens. Le contact humain est une chose qui reste gravée dans la mémoire, qui ne disparaît jamais. L’action la plus altruiste que j’aie jamais entreprise, c’est d’avoir été du côté de ceux qu’on a menacés. Conscient du fait qu’un soldat a besoin d’un supérieur dans les moments les plus durs, j’ai décidé d’être là pour ce soldat. Citoyens, médecins, comédiens, boulangers..., on a tous besoin de soutien. C’est pourquoi je me suis engagé dans ce sens-là.

En premier lieu, je m’aidais moi-même. L’homme ne peut aider autrui avant de s’aider lui-même. Même aujourd’hui, quand je me promène dans la rue, on m’arrête pour me dire bonjour, me demander si je me souviens « de cette nuit d’orage, où vous nous avez ramené des cigarettes »... Voilà donc mes souvenirs. Or, si je me mets à raconter ma vie, je dois mentionner les trois moments les plus heureux de ma vie. Le premier, c’est celui où ma femme et moi sommes allés chez le gynécologue, et qu’il a constaté qu’elle était enceinte ; le deuxième, c’est la période 1992-1995, où, à mon avis, j’ai réalisé le meilleur de ma vie tant professionnelle que privée. Le troisième, bien sûr, c’est le jour où je me suis mis à aider les enfants sinistrés par la guerre, qui, plus que n’importe qui d’autre, ont besoin d’une main et d’un mot de soutien.

Je dirais que tout ce que j’ai fait de bien dans ma vie me revient maintenant, les gens qui me connaissent, quand ils me voient dans la rue, m’abordent pour me dire bonjour. Ils me rappellent toujours quelque chose de grand et d’humain. Et c’est exactement cela que j’ai appris au cours de mes 18 ans de formation militaire et à travers le travail avec mes élèves de l’école militaire. À l’Académie, on nous a fait découvrir la pédagogie et la psychologie. J’ai beaucoup réfléchi sur la formation des jeunes soldats. J’ai toujours insisté beaucoup sur cet aspect car l’acquisition de compétences, c’est le contact avec les humains, l’ouverture et l’enthousiasme envers l’acquisition de nouvelles connaissances.

L’homme a besoin de conversation. Tout être humain veut bien s’exprimer et échanger ses expériences avec autrui. Vous savez, beaucoup de boursiers ne viennent ici que pour récupérer leurs mensualités. Et dès que vous leur demandez de faire quelque chose pour l’Association, ou de participer à quelque activité que nous organisons, ils hésitent. Rien que parler aux gens, cela ouvre des possibilités. Il est possible de faire sortir d’un enfant des capacités dont il n’est même pas conscient. C’est pourquoi le travail philanthrope est le plus difficile, mais, en même temps, il donne le plus de plaisir.

Vous venez de répondre, dans une certaine mesure, à la question que je voulais vous poser. D’où viennent votre enthousiasme, votre volonté inépuisable d’aider les enfants ?

Cela vient sans doute du temps où j’étais gamin moi-même. J’ai grandi dans une famille incomplète. Mes parents ont divorcé, de sorte que nous, les trois enfants, étions livrés à nous-mêmes et devions nous débrouiller seuls dans la vie. Quelques-uns de mes camarades ont grandi dans des orphelinats, et moi, je me suis lié d’amitié avec eux. Quelques-uns parmi eux ont très bien réussi dans la vie, notamment Milan Galic, footballeur de l’ex-Yougoslavie. Un autre est devenu homme de lettres. Donc, je connais bien ces jeunes hommes, et je sais bien ce dont ils avaient besoin.

Je suppose qu’il en est de même aujourd’hui, puisque ce sont toujours les enfants qui souffrent le plus. Beaucoup d’enfants ont perdu leurs parents ou sont morts. Cela fait qu’il y a beaucoup de jeunes gens qui ont besoin de soutien et de compréhension. Parfois, j’essaie d’expliquer aux enfants que la vie est impitoyable. Je veux leur montrer la bonne voie, même sans être sûr qu’ils sauront l’apprécier. Je sais que je ne peux tout faire, et, si j’arrive à mener 5 enfants sur 1000 sur la bonne voie, je serai plus que content.

J’ai une attitude très positive dans la vie, envers tout ce qui m’entoure. Je puise mon énergie dans la sagesse des philosophes. Je note celles qui me plaisent. « Agis chaque jour comme si c’était le dernier ; l’un de ces jours tu auras raison », dit Goebbels. « Je pense donc je suis », dit Descartes. Je suis marié depuis 48 ans. Mon épouse se plaint chaque matin de sa migraine. Moi, par contre, tout en étant moi aussi à l’âge où l’on a souvent mal quelque part, je ne me permets pas d’y penser. Dès le moment où j’ouvre les yeux le matin, je regarde quel temps il fait, je réfléchis à ce que je vais mettre, à qui je vais rencontrer en me promenant dans l’allée. Souvent je fais de longues promenades, jusqu’à Kozja Cuprija, ce qui fait environ 5 km de marche. J’aime boire un coup, mais jamais trop. Je ne fume pas. Tout cela me remplit d’énergie, et contribue à ce que je veuille toujours améliorer les choses.

Comment vous est venue l’idée de fonder cette association ?

Chaque pays en paix voit l’importance de l’éducation. Considérons un peu le cas de l’Irlande, qui, après la Seconde Guerre mondiale était une communauté pauvre, avec un pourcentage effroyable de gens illettrés. C’est grâce à ses ministres qui ont vu très clairement l’importance de l’éducation dans le développement du pays que l’Irlande est devenue ce qu’elle est aujourd’hui.

Voilà pourquoi, lors de l’assemblée fondatrice de l’association, le 28 juin 1994, nous avons choisi le nom « L’Éducation construit la Bosnie ». Nous étions environ 60 au Kamerni Teatar, et nous avions tous préparé les pièces, les sceaux, nécessaires à la fondation de l’association. Alors, la mère de M. Lagumdzija nous a rappelé d’y rajouter le nom d’Herzégovine, de sorte que, finalement, nous étions arrivés au nom de « L’Éducation construit la Bosnie-Herzégovine » (Obrazovanje gradi BiH) [1]. L’idée de base de notre association était « les enfants des victimes de la guerre - notre souci permanent ».

Tout au départ, mes amis de France m’ont aidé à publier un livre. En fait, c’est mon journal de guerre et de la période post-guerre dont je n’avais jamais songé pouvoir faire un vrai livre. Or, en mars 2004, avec l’aide de Madame Florence La Bruyère, le livre intitulé Sarajevo mon amour est finalement paru. Les revenus de cette publication ont été entièrement consacrés aux enfants de victimes de la guerre.

Aujourd’hui, les gens disent les enfants ne souffrent plus des conséquences de la guerre. Ce n’est pas vrai. Étant donné que la guerre a fini en 1995, les enfants de victimes de la guerre ont aujourd’hui environ 12 ans, et ils ont besoin d’aide. Quand nous en avons les moyens, nous fournissons une aide aux enfants doués. Tout simplement, dans ce pays où il y a 20% d’analphabètes, nous n’avons pas d’autre solution que l’éducation.

Mais la fonction de président de l’association « L’Éducation construit la Bosnie-Herzégovine » est loin d’être le seul poste que vous ayez occupé après-guerre. Il y a peu de temps, nous sommes tombés sur votre CV, qui est conséquent. Pourriez vous nous expliquer de quoi il s’agit exactement ?

Il y a une mauvaise administration dans l’État, et, par ailleurs, du sport. En de telles circonstances, il est nécessaire d’attribuer les postes de responsabilité à des gens d’une grande habileté, notamment dans les domaines de la culture et du sport. C’est pourquoi j’ai été très honoré d’être admis dans l’association « Conseil d’intellectuels Cercle 99 ». Pendant la guerre, j’étais président de l’association de basketball. J’étais aussi le président de l’Association sportive de tir à l’arc pendant un an et demi. On m’a offert le poste, et je l’ai accepté. J’espérais pouvoir user de mon autorité afin de trouver des fonds pour l’association, parce que, tout compte fait, cela fait partie intégrante du travail de président. Or, le jour où je me suis rendu compte que je ne pouvais contribuer à l’association de cette manière, j’ai démissionné. Alors, j’ai compris que mon engagement dans l’association « L’Éducation construit la Bosnie-Herzégovine » me suffisait pleinement. Des étrangers me posent souvent la question de savoir de quel parti politique je suis ; je leur dit tout simplement que je suis du parti des enfants, c’est ma seule opinion politique.

Quelles sont les associations de l’étranger avec qui « L’Éducation construit la Bosnie-Herzégovine » a réalisé des échanges ? Comment ces échanges se sont-ils produits ?

C’était encore pendant la guerre que de nombreux journalistes du monde entier se sont mis à nous fréquenter régulièrement. J’ai même une liste ici, cela fait environ 800 journalistes qui sont venus m’interviewer jusqu’aujourd’hui. Bien sûr, les nouvelles relatives aux activités de notre association se sont vite répandues grâce à eux à travers toute l’Europe, même jusqu’aux États-Unis. Nous sommes un pilier de la vie associative pour de nombreuses personnes et organisations. L’une de ces organisations est « Pour que vive Sarajevo » d’Albertville. C’est avec un profond regret que nous avons appris que cette association a été dissoute. Leurs bénévoles ont été les premiers à nous apporter leur soutien en 1993. Ensuite, il y a Georges Brun, qui est venu à Sarajevo 35 fois pendant la guerre. C’est d’ailleurs grâce à notre association qu’il a reçu la Croix de la Ligue internationale des humanistes de Sarajevo. Il y en a, bien sûr, d’autres, par exemple le « Forum pour la démocratie dans les Balkans » de Grenoble, « Meses per Bosnia » d’Espagne, « Mirsad » de Lyon, et de nombreuses ONG de Nantes, Toulouse, et même dans d’autres pays d’Europe ; Belgique, Norvège, Suède, Danemark, Italie, Pays-Bas... Nous entretenons toujours de bonnes relations avec eux. Il y en a qui viennent nous rendre visite chaque année et qui participent au régulièrement à la marche « Nezruk-Srebrenica » depuis 5 ans déjà.

De quel type d’aide les enfants de victimes de la guerre ont le plus besoin ?

D’après les données de l’Organisation mondiale de la Santé, à présent, en Bosnie-Herzégovine, les gens en état de stress post-traumatique sont au nombre d’un million et demi. Ces conséquences ne peuvent jamais être complètement éradiquées. Dans ce contexte, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) nous aide à mettre en place des ateliers psycho-sociaux. L’argent n’est pas le seul moyen de fournir une aide à quelqu’un. Ces enfants grandissent, se marient, fondent des familles, tout en étant remplis d’amertume et de colère. Malheureusement, ces enfants qui ont de très grandes attentes dans la vie finissent souvent par tomber dans une déception profonde. Donc, pour concrétiser, le type d’aide dont nos protégés ont le plus besoin, c’est une aide psycho-sociale.

Y a-t-il quelque chose d’autre que vous aimeriez partager avec notre public ?

L’éducation, l’éducation, rien que l’éducation. Tout cela est écrit dans les livres religieux. « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que les autres te fassent ». Soyons tolérants. Il faut savoir aimer, aimer les autres, les livres, son entourage. Le patriotisme, c’est de la propagande. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour moi-même. Aucun soldat ne luttait pour la patrie, sinon pour soi et sa famille. Il ne faut jamais céder à des idéologies.

[1] cf. le site Internet de l’association : www.ogbh.com.ba/fr/ 

 

 

Constitution de Bosnie-Herzégovine : le district de Brcko sur la touche

Traduit par Benoît Frogerais Publié dans la presse : 8 juillet 2007

Alors que les esprits s’échauffent autour des discussions sur l’avenir des deux entités de Bosnie-Herzégovine, le futur de Brcko reste incertain. Cette ville, avec son statut spécial et son administration propre, est totalement exclue du dialogue sur la Constitution, qui dure depuis 18 mois.

Par Saida Mustajbegovic

Brcko se situe dans le Nord-Est de la Bosnie, sur la rive droite de la Sava. La surface du district administré par la ville représente seulement 1% du territoire du pays.

Plus précisément, Brcko est une carrefour stratégique entre les routes principales reliant l’Est à l’Ouest et le Nord au Sud, situé à 200 km de Sarajevo et Belgrade et à 300 km de Zagreb.

La position stratégique de la ville avait failli torpiller les accords de Dayton en 1995, car ni les Serbes, ni les Croates et les Bosniaques, n’avaient réussi à tomber d’accord sur l’entité à laquelle la ville dvait appartenir.

Le médiateur américain, Roberts Owen, s’assura qu’elle n’irait ni à l’une ni à l’autre. Il fût donc décidé de mettre Brcko sous surveillance internationale, de la démilitariser, d’y créer un cadre légal particulier, d’organiser un système d’enseignement multi-ethnique et d’y conduire des élections quatre ans après la formation de ce district.

Depuis lors, Brcko est devenue la région la plus prospère de Bosnie. En effet, les autorités locales y travaillent selon des principes civils et non pas nationaux, comme c’est le cas dans le reste du pays.

« Le pronostic initial prévoyait que le district tiendrait trois mois au maximum », rappelle Mirsad Djapo, maire de Brcko.

Le scepticisme à propos de l’avenir du district de Brcko était dû à l’échec d’un sytème similaire installé à Mostar. La capitale de l’Herzégovine est toujours divisée entre Bosniaques et Croates, l’héritage de la division ethnique y a encore de beaux jours devant lui.

« Ce n’est pas sans raisons que nous disons que Brcko est un exemple pour le reste du pays », déclare Asim Mujkic, expert du district de Brcko. « Mais si on appliquait ce modèle au reste du pays, on marcherait sur les plate-bandes des élites politico-ethniques de Banja Luka, de Sarajevo et de l’ouest de Mostar, qui justifient leur existence en provoquant des crises ».

Les négociations sur la nouvelle Constitution, qui n’ont pas reçues l’approbation des hommes politiques bosniens en avril dernier, mentionnaient à peine cette région, qui est certes petite, mais dont l’importance ne peut être négligée.

Au lieu de cela, les négociations se sont axées sur le statut et les relations futures entre les deux entités. Un an après, alors que la communauté internationale tente de relancer les négociations avortées, Brcko est à nouveau laissée sur la touche.

Les experts locaux et internationaux ont suggéré que le district soit intégré aux institutions nationales ou qu’il soit défini par l’article 1 de la Constitution comme une localité spécifique auto-administrée.

Lors de notre passage à Brcko, la brigade locale de l’armée de Bosnie-Herzégovine fêtait son quinzième anniversaire, presque aussitôt suivi par celui de la brigade de l’armée de Republika Srpska. Les cérémonies solennelles de chacun des anciens adversaires se sont déroulées sans incidents.

Les divisions ethniques n’ont pas totalement disparues de Brcko. Certains restaurants et cafés de la ville ne sont fréquentés que par un seul groupe ethnique. Mais ces divisions ne sont pas omniprésentes dans la vie institutionelle du district, que ce soit dans la police, l’enseignement ou le gouvernement.

Le maire pense que le système en vigueur à Brcko a créé un meilleur environnement que celui qui prévaut dans le reste du pays. « Dans les deux entités, les institutions gouvernementales agissent dans un environnement où une ou deux nationalités sont majoritaires », déclare Mirsad Djapo. « Ici, les membres des trois nationalités sont avant tout des citoyens. Cette façon de concevoir les choses a permis de créer un environnement bien plus pacifique et elle devrait être institutionnalisée par la Constitution ».

Mais l’avenir de la ville dépend du résultat des négociations sur la Constitution, qui sont supervisées par la communauté internationale. « Nous voudrions avoir un aperçu de la future Constitution de Bosnie-Herzégovine, avant de poursuivre les négociations concernant le district de Brcko », explique Raffi Gregorian.

Étant donné que la Constitution actuelle, déterminée par les accords de paix de Dayton, a été rédigée avant la création du district de Brcko ; elle ne dit rien de son statut.

Raffi Gregorian pense qu’à présent, il reste à formuler les relations constitutionnelles entre le district de Brcko et l’État. Si les politiciens locaux s’accordaient pour abolir les deux entités, le district de Brcko n’aurait plus de raison d’être. Mais si le principe d’une fédération ethno-territoriale remporte la bataille constitutionnelle, « Brcko deviendra un problème », reconnaît Asim Mujkic. « Brcko ne représente qu’un pour cent du territoire de la Bosnie-Herzégovine. Mais en même temps, c’est la seule partie du pays qui ne soit pas organisée sur l’ethnie, mais sur des principes civiques ».

La communauté internationale sait que la plupart des habitants sont satisfaits de cet arrangement. « Le district est une exemple d’administration locale réussie, les gens aiment y vivre et les autorités locales se satisfont de l’état actuel des choses », déclare Gregorian.

De plus, si son statut est modifié ou compromis, la ville tombera sans doute sous le coup d’une menace économique. Les institutions du district emploient plus de 2 000 personnes et si la ville devient une simple municipalité, ces emplois seront perdus.

C’est la raison pour laquelle certaines personnes veulent que Brcko reste en dehors des négociations sur la Constitution, arguant que le plus petit changement ne pourrait qu’empirer la situation actuelle.

« Pourquoi changer quelque chose qui fonctionne à merveille ? », demande Zarko Papic, un analyste politique local. « Inclure ce sujet dans les négociations sur la Constitution ne ferait qu’ouvrir une nouvelle boîte de Pandore ».

 

 

 

Slobodna Bosna 

Comment s’organise le pillage des ressources énergétiques de Bosnie-Herzégovine 

Traduit par Nihad Hasanovic Publié dans la presse : 28 juin 2007

Trois magnats serbes - Vuk Hamovic, Branko Montenegro, Vojin Lazarevic - sont engagés dans la course pour le contrôle des ressources naturelles les plus précieuses de Bosnie-Herzégovine, le potentiel énergétique. L’hebdomadaire Slobodna Bosna passe au crible leurs carrières professionnelles, l’origine de leurs immenses fortunes ainsi que leurs ambitions en Bosnie-Herzégovine. Derrière eux, se dresse aussi l’ombre de leur partenaire albanais Bexhet Pacolli. « Fraternité et unité » pour le pillage de la Bosnie.

Il y a quelques jours, des quotidiens bosnien ont publié un article accusant la société Électricité de Bosnie-Herzégovine (Elektroprivreda BiH) d’avoir trompé le gouvernement de la Fédération de Bosnie-Herzégovine. L’affaire concerne la construction d’un complexe de la Centrale thermique de Tuzla, un chantier estimé à plus de 40 millions de marks convertibles (20 milions d’euros), qui n’a pas été attribué à la compagnie hongroise Transelektro, mais à la compagnie Minel de Belgrade, qui n’avait même pas participé à l’offre publique, mais qui a racheté après coup l’affaire aux Hongrois.

La nouvelle des opérations de Minel en Bosnie-Herzégovine ne serait pas très intéressante si, derrière cette compagnie belgradoise, ne se cachait pas le très controversé businessman serbe Vojin Lazarevic, l’un des fondateurs et co-propriétaires de la compagnie londonienne EFT, dont le président est Vuk Hamovic, « le roi de l’électricité » balkanique.

Aux basques du régime Milosevic

L’irrésistible ascension de Vojin Lazarevic débute dans les années 1990, à l’époque de la désintégration de la Yougoslavie, du temps où le régime de Slobodan Milosevic effectuait le gros de ses affaires par l’intermédiaire d’entreprises chypriotes offshore et de banques nouvellement fondées en Russie. Ainsi, il se servait de la Veksim banka de Moscou, dont les futurs marchands d’électricité Vojin Lazarevic et Vuk Hamovic possédaient une part importante. De plus, Vojin Lazarevic et Vuk Hamovic étaient aussi co-propriétaires de la Caisse d’épargne nationale [Nacionalna stedionica], avec une participation de 37 %. Veksim banka de Moscou était le théâtre des manœuvres financières de Slobodan Milosevic, surtout durant l’embargo international contre la Serbie.

C’est dans cette banque que Slobodan Milosevic a mis de côté la plus grande partie des réserves de changes de l’ex-Yougoslavie. Les transactions les plus considérables liées à l’acquisition de pétrole et d’autres marchandises stratégiques se sont déroulées par le truchement de Veksim banka.

Jusqu’à la fin de l’année 2000, parallèlement à son business, Vojin Lazarevic était également actif en politique. Il fut député du Parlement monténégrin pendant deux législatures, puis ministre sans portefeuille dans le gouvernement de Filip Vujanovic, et enfin conseiller économique de celui-ci. À la fin de l’année 2000, lorsqu’il fonde la compagnie EFT avec Vuk Hamovic, il se retire complètement de la vie politique afin de se consacrer au secteur privé.

L’opinion publique a appris les activités économiques antérieures de Vojin Lazarevic quelques années plus tard, quand une affaire de corruption au sein de la compagnie d’Électricité de la Republika Srpska (Elektroprivreda RS) a éclaté au grand jour. Une enquête internationale sur les trois compagnies d’électricité a révélé des malversations financières dans la revente d’électricité, dans lesquelles la compagnie londonienne EFT, propriété de Vojin Lazarevic et de Vuk Hamovic, jouait le rôle principal.

Par ailleurs, en plus d’une enquête menée en Bosnie-Herzégovine par le procureur international Jonathan Ratel, leur entreprise s’est aussi trouvée sous l’oeil des organes d’enquête de Serbie. Le Parlement de Serbie s’est aussi engagé dans cette action judiciaire, étant donné le rôle d’EFT, en formant une commission d’enquête spéciale, qui a interrogé à plusieures reprises les propriétaires d’EFT, y compris Vojin Lazarevic. L’enquête a été élargie pour englober non seulement la période du commerce d’électricité mais aussi le début de la carrière du propriétaire d’EFT, laquelle est sans aucun doute beaucoup plus intéressante.

Pendant l’enquête, Vojin Lazarevic a avoué avoir fait de la contrebande de pétrole au début de la guerre et avoir eu des liens de coopération très proches avec le criminel de guerre Zeljko Raznatovic Arkan.

Après une coopération de quatre ans avec Vuk Hamovic à EFT, Vojin Lazarevic est devenu indépendant. Avec l’argent gagné grâce à des transactions illégales, il a commencé à acheter des entreprises énergétiques serbes. Ainsi, dans son portefeuille figure notamment Minel kotlogradnja, compagnie belgradoise spécialisée dans la réparation de centrales thermiques.

Des affaires avec Arkan

Peu de temps auparavant, Vojin Lazarevic avaient également participé à l’offre publique pour la vente d’Energoinvest à Sarajevo, ce qui lui permit de s’assurer une excellente position sur le marché, avant la construction d’une dizaine de grandes centrales thermiques et hydroélectriques et de quelques centaines de petites usines électriques.

Des notes sténographiques prises au cours de l’nquête du Parlement de Serbie offre le témoignage le plus éclairant des activités de Vojin Lazarevic au début de sa carrière dans les affaires. Le député Aleksandar Vucic, secrétaire du Parti radical de Vojislav Seselj, était le président du conseil d’enquête. Nous reproduisons ici un fragment de la sténographie que nous avons réussi à obtenir auprès du Parlement de Serbie.

« Vucic : Depuis quand faites-vous le commerce de denrées énergétiques ? Lazarevic : Depuis 1991. Vucic : Connaissiez-vous le défunt Zeljko Raznatovic ? Lazarevic : Oui. Vucic : Faisiez-vous du commerce avec lui ? Lazarevic : Par l’intermédiaire d’une des ses entreprises, je ne me rappelle plus laquelle, Monsieur Raznatovic achetait des dérivés du pétrole de mon entreprise Pima Beograd. Vucic : Par quels moyens la circulation financière se déroulait-elle ? Je vous demande si cela s’effectuait par des factures ou en cash ? Lazarevic : Cela s’effectuait d’après les règles prévues par la loi. »

Le roi de l’électricité balkanique

Le fils du héros populaire Rade Hamovic, Vuk Hamovic, président de l’entreprise londonienne EFT, est classé parmi le plus riches businessmen serbes. Sa fortune est estimée à environ 300 millions d’euros et le magazine polonais Wprost l’a classé parmi les cent personnes les plus riches d’Europe post-communiste.

Le fameux premier million de Hamovic a été gagné au début de la désintégration de l’ex-Yougoslavie, lorsqu’il s’est associé à Slobodan Drakulic (alors directeur adjoint de Genex), avec qui il a fondé, à Chypre, la compagnie offshore Yu point, filiale d’East Point de Belgrade. Leur coopération n’a pas duré longtemps, mais elle a apporté aux deux hommes un capital solide qui leur permit plus tard de se lancer dans les affaires.

Après Chypre, Vuk Hamovic a déménagé à Londres, où, selon ses propres mots, il a fondé « une petite boutique d’investissements bancaires » sous le nom GLM International, qui était en fait le précurseur d’une compagnie aujourd’hui beaucoup plus connue : Energy Financing Team (EFT). Grâce à ses liens avec le régime serbe de cette époque, la « petite boutique d’investissements bancaires » de Vuk Hamovic a conclu des projets d’affaires avec de nombreuses banques, que le régime de Slobodan Milosevic avaient fondé à Chypre et en Russie pour accomplir la plupart des transactions d’import-export de l’ancienne République fédérale de Yougoslavie. Plus tard, on a découvert que Vuk Hamovic était non seulement leur client, mais aussi un de leurs actionnaires majoritaires. Entre autres, on estime que ses part dans Trust banka, Eksim banka et à la Caisse d’épargne nationale atteignent quelques dizaines de millions d’euros.

Excédent d’électricité - déficit d’argent

C’est en Republika Srpska que Vuk Hamovic entreprit ses premières opérations d’affaires dans le domaine d’électricité, début 2000. Son associé Svetozar Acimovic dirigeait Électricité de Republika Srpska (EPRS), dont un autre ami, Bosko Lemez, présidait le conseil d’administration. Ces deux hommes ont été ultérieurement destitués par un arrêt du Haut Représentant Paddy Ashdown. Ils ont été accusés d’avoir soustrait plus de 166 millions de marks convertibles (83 millions d’euros) à EPRS par une série de contrats préjudiciables, dont celui signé avec EFT.

Dans le rapport du réviseur spécial, on constate que « la totalité de l’excédent de courant électrique était vendu à la compagnie londonienne EFT, souvent au-dessous du prix le plus bas du marché et au-dessous du tarif. Par une manipulation de l’offre publique, EFT a obtenu, en tant que seul offrant ’valide’, un contrat sur l’échange de l’énergie avec la Republika Srpska. Ce contrat a permis à EFT d’execer un contrôle total sur les capacités de transmission en Republika Srpska ». C’est ce qui est écrit, entre autres, dans le rapport du réviseur spécial du Bureau du Haut Représentant pour la Bosnie-Herzégovine [OHR], dont la publication, début 2003, a provoqué un coup de tonnerre sur la scène politique de la Republika Srpska. L’enquête sur les affaires de Vuk Hamovic s’est bientôt élargie à la Serbie, plus tard à Londres, mais sans apporter de faits tangibles ni de preuves matérielles. C’est pourquoi Vuk Hamovic a porté plainte, demandant à l’OHR la compensation du dommage matériel produit par de « fausses accusations ». En très peu de temps, l’OHR a renoncé à ses accusations et cette affaire a été bientôt oubliée.

Entre-temps, la compagnie EFT de Vuk Hamovic a réussi à mener à terme la première phase du projet titanesque Gornji horizonti, qui prévoit le détournement des eaux de pluie de deux plaines, Fatnicko et Dabarsko, vers le lac de Bilecko, dans le but d’augmenter la production d’électricité de 140 mégawatts. Cet excédent de mégawatts, créé par le détournement des eaux, appartient à la compagnie de Vuk Hamovic pour une période de cinq ans. De plus, entre temps, Vuk Hamovic a réussi à devenir actionnaire majoritaire de la mine de charbon de Stanari, où il est en train de finir la préparation de la construction d’une grande centrale thermique d’une capacité de 370 mégawatts.

Fraternité et unité au Kazakhstan

Le représentant général de l’entreprise KazTransGas du Kazakhstan, le docteur Branko Montenegro, est l’intermédiaire principal entre le ministre fédéral de l’Énergie Vahid Heco et KazTransGas dans l’objectif de conclure une affaire d’environ deux milliards de dollars. Selon les affirmations de Branko Montenegro, cette coopération a été lancée au milieu de l’année dernière, quand son « parrain », Bexhet Pacolli, businessman controversé originaire du Kosovo et considéré comme l’homme le plus riche des Balkans, lui avait téléphoné. « Il m’a dit que le Kazakhstan voulait pénétrer dans le marché énergétique européen et que toutes les voies passaient par la Bosnie, étant donné que le Kosovo n’était pas encore officiellement indépendant », explique Branko Montenegro. Il est ensuite entré en contact avec Vahid Heco, avant que KazTransGas ne présente une offre officielle d’investissement et de reconstruction des centrales thermiques déjà existantes en Bosnie-Herzégovine, ainsi que de la construction de nouvelles usines électriques.

« Pour être sincère, lorsque j’ai visité le Kazakhstan l’année dernière, j’y suis allé par courtoisie, sans m’attendre à quoi que ce soit. Mais après avoir découvert leur potentiel, leurs richesses et leurs investissements, ayant compris l’ampleur et la diversité des possibilités du Kazakhstan ainsi que le profit que l’économie de Bosnie-Herzégovine pourrait tirer d’une coopération future dans le secteur énergétique, j’ai changé d’avis », explique Vahid Heco. C’est ainsi que l’histoire de la coopération économique entre la Bosnie-Herzégovine et le Kazakhstan a commencé, une coopération dont le cadre a été clarifié après une visite récente de notre délégation économique dans ce pays éloigné de l’Asie Centrale. Alors qu’il y a six mois, le ministre Vahid Heco ne savait que bien peu de choses sur le Kazakhstan, comment aurait-il pu en savoir sur le directeur de KazTransGas pour l’Europe, Branko Montenegro ? Pour être plus précis, il s’agit en fait de Branko Crnogorac, businessman controversé originaire du Monténégro.

En fait, ce Branko Crnogorac, qui a changé son nom en « Montenegro », est né dans la ville de Brcko, où ses parents avaient déménagé du Monténégro pour une courte période. Actuellement, il vit et travaille en Suisse et, dans le monde des affaires, il est apparu en tant que propriétaire de l’entreprise d’import-export, BC Pacifik, qui faisait du commerce de pétrole et de ses dérivés pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine et au cours des sanctions contre la Serbie et le Monténégro. Branko Crnogorac est censé avoir possédé quelques stations d’essence, qu’il a revendues plus tard à Momcilo Mandic, l’aide de Radovan Karadzic et propriétaire de l’entreprise Manco, contre lequel un procès pour des crimes économiques en Bosnie-Herzégovine a été ouvert. Avec le capital provenu de cette vente, Branko Crnogorac a fondé BC Eksport kredit banka.

Cependant, en août 2001, cette banque a perdu son permis de travail. Le problème essentiel résidait dans le fait que BC banka affirmait qu’elle possédait à peu près 12 millions de marks allemands déposés à la Montenegro banka de Podgorica, laquelle subissait à cette époque un processus de liquidation des biens. Mais il s’est avéré que BC banka avait, au total, 3,43 millions de marks allemands sur ce compte. Un formulaire de Montenegro banka, selon lequel BC banka disposait d’un revenu de 17 millions de marks, avait été falsifié. Selon des données de l’ancienne Banque nationale de Yougoslavie (NBJ), les revenus de BC banka provenaient pour l’essentiel de deux compagnies des îles Caïmans. Il faut souligner que BC banka n’avait jamais eu de permission pour entreprendre des affaires à l’étranger.

Aux dires de Mladjan Dinkic, l’ancien ministre des Finances du gouvernement de Serbie, qui remplissait la fonction du gouverneur de la Banque nationale de Yougoslavie à cette époque, une accusation pénale a été portée contre Branko Crnogorac, mais rien ne s’est passé car celui-ci était très lié avec l’establishment politique au pouvoir en Serbie. Enfin, en 2005, le nom de Branko Crnogorac s’est trouvé de nouveau à la une des journaux serbes et monténégrins. En effet, Branko Crnogorac est apparu en tant qu’intermédiaire pendant la cession d’édifices militaires en échange de la construction de 400 appartements. À cette époque, Branko Crnogorac avait annoncé que l’entreprise américaine Merdian Homes, dont il était conseiller, poursuivrait en justice le ministère de la Défense de Serbie et Monténégro auprès de la cour de Washington pour dédommagement de la rupture d’un contrat. Ce contrat envisageait que Merdian House construise 400 appartements et qu’on leur cède, en échange, le bâtiment de l’Institut technique militaire au centre de Belgrade.

Les amis de Bexhet Pacolli

En plus de Branko Montenegro, Bexhet Pacolli, ami intime du président à vie du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbayev, s’est aussi engagé dans les affaires avec ce pays. Selon les dires de Bexhet Pacolli, grâce à son aide au début des années 1990, l’un des premiers grands crédits a été assuré au Kazakhstan, à une époque où personne ne savait rien de ce pays ni sur ses richesses. Grâce à cela, les portes du Kazakhstan sont ouvertes à Bexhet Pacolli et à ses entreprises pour toujours, y compris la porte de la résidence présidentielle de Noursoultan Nazarbayev, dont l’approbation est indispensable pour la réalisation de toutes les affaires importantes au Kazakhstan.

Par exemple, Bexhet Pacolli, de retour du Kazakhstan, nous a dit qu’on lui avait proposé d’acheter des champs de pétrole. Il ajoute qu’il ne s’y intéressait pas mais a confirmé que ses entreprises construiraient « une toute nouvelle ville » sur la côte de la mer Caspienne. C’est pourquoi personne n’a été surpris lorsque Daniyar A. Berlibaïev, vice-président de la compagnie nationale kazakhstanienne KazTransGas, a déclaré que son entreprise travaillait en collaboration avec l’entreprise suisse BMG, possédée par Bexhet Pacolli. Selon les termes de Daniyar Berlibaïev, KazTransGas veut signer un contrat de partenariat stratégique avec le gouvernement de la Fédération de Bosnie-Herzégovine avant la fin du mois de juin. « KazTransGas voudrait investir dans les centrales thermiques de Kakanj et de Tuzla, ainsi que pour la construction d’une centrale thermique dans la ville de Bugojno. Nous sommes prêts à investir tout de suite près de deux milliards de dollars dans ces projets », déclare Daniyar Berlibaïev en ajoutant qu’il connaissait les problèmes auxquels notre pays faisait face en ce qui concerne l’exportateur russe du gaz naturel Gasprom. « Ce sont des partenaires avec qui nous sommes en bons termes d’affaires. Si une coopération entre la Bosnie-Herzégovine et le Kazakhstan se crée dans le domaine énergétique, je suis sûr que ces problèmes seront résolus », affirme Daniyar Berlibaïev.

Le Kazakhstan, partenaire stratégique

De retour du Kazakhstan, le ministre Vahid Heco a déclaré que KazTransGas serait choisi, par décision du gouvernement de la Fédération de Bosnie-Herzégovine, comme partenaire stratégique. Il a aussi annoncé que KazTransGas était le candidat le plus sérieux pour la construction des édifices à Kakanj. En plus de KazTransGas, Vahid Heco a annoncé que son ministère allait établir des rapports de partenariat avec l’entreprise allemande ENBW, le consortium autrichien APET et la compagnie tchèque CEZ.

« Mon intention est d’offrir à chacun de ces quatre partenaires stratégiques deux sites pour qu’ils y réalisent leurs investissements : l’un sera très attractif et l’autre le sera beacoup moins. Nous offririons ainsi Kakanj, site très attractif, au Kazakhstan et puis Bugojno, une site moins attractif pour la construction d’une centrale thermique », déclare Vahid Heco. Cependant, le choix de ce partenaire stratégique a détérioré les relations entre le ministre Vahid Heco et le PDG de l’Électricité de Bosnie-Herzégovine Enver Kreso, qui avait demandé au ministre de signer un contrat avec Karaden, un fonds des îles Caïmans, aux avoirs estimés à 100 millions d’euros. Vahid Heco a refusé. De même, Enver Kreso a refusé l’invitation de KazTransGas et n’est pas parti pour le Kazakhstan. Mais après la première visite rendue à ce pays par Vahid Heco et son retour en Bosnie-Herzégovine, Enver Kreso a demandé d’avoir une entrevue avec Branko Montenegro. Selon ses propres termes, Branko Montenegro a refusé de joindre Enver Kreso, après avoir reçu l’information que celui-ci accusait, pendant des rencontres informelles, Vahid Heco « d’avoir obtenu des mallettes pleines d’argent de la part de Branko Montenegro au Kazakhstan ».

« Ayant entendu de telles histoires, j’ai refusé de rencontrer Monsieur Kreso. Je travaille pour une entreprise nationale du Kazakhstan où je touche mon salaire. Les histoires sur des mallettes pleines d’argent n’ont rien à voir avec la réalité », déclare Branko Montenegro. Quoi qu’il en soit, la visite d’une délégation du Kazakhstan en Bosnie-Herzégovine a été planifiée pour le 28 juin. Cette réunion devrait écarter tous les dilemmes concernant les modalités de coopération et de partenariat stratégique entre la Fédération de Bosnie-Herzégovine et KazTransGas. Si une telle coopération voit le jour après toutes ces péripéties.

 

 

jeudi 28 juin 2007, 12h04

Un ancien "chef de guerre" musulman abattu à Sarajevo

SARAJEVO (Reuters) - Ramiz Delalic, dit "Celo", l'un des chefs de guerre musulmans les plus célèbres de Bosnie, a été abattu devant l'entrée de son immeuble, dans le centre de Sarajevo, a annoncé jeudi la police bosniaque, en précisant que son assassinat remontait à la veille au soir.

Delalic était en cours de jugement devant un tribunal de la capitale pour le meurtre d'un convive lors d'un mariage serbe dans le Vieux Sarajevo, en mars 1992, un épisode dans lequel de nombreux Serbes voient l'étincelle qui a déclenché la guerre d'indépendance de 1992-95.

Delalic, qui était âgé de 44 ans, était l'une des nombreuses figures du milieu qui ont contribué à défendre la capitale bosniaque durant son long siège par l'armée yougoslave et les séparatistes serbo-bosniaque, tout en se livrant au racket et à des exactions contre des civils serbes.

 

 

 

Bosnie : Srebrenica veut un statut spécial hors de la Republika Srpska 

Traduit par Asja Hadzismajlovic Publié dans la presse : 7 mars 2007

La petite ville de Srebrenica fait partie de la Republika Srpska. Ses habitants bosniaques veulent être soustraits à l’autorité de cette « entité » et réclament un statut de « district ». Ils ont posé un ultimatum : si leurs revendications ne sont pas satisfaites sous dix jours, ils quitteront en masse la ville où ils sont peu à peu revenus vivre depuis la fin de la guerre.

Par J. Sarac

Le maire de Srebrenica Abdurahman Malkic soutient les demandes du Comité d’Initiation pour le déménagement collectif de Srebrenica, qui réclame que cette municipalité soit soustraite à l’autorité de la Republika Srpska et la revitalisation de la ville.

Pendant la réunion avec les représentants du Comité, Abdurahman Malkic a également soutenu la création d’un « district de Srebrenica ». Il y a cinq ans, la municipalité avait déjà adopté une résolution à ce sujet.

Sadik Ahmetovic, un des membres du Comité, a déclaré que celui-ci était satisfait des réactions du maire à ses demandes. Par contre, Abdurahman Malkic n’a pas soutenu l’ultimatum prévoyant un déménagement collectif des habitants de Srebrenica, si les revendications du comité ne sont pas satisfaites, et il a proposé que le Comité change de nom, afin que les citadins de Srebrenica d’origine ethnique serbe puissent se sentir libres d’y rester.

« Ils doivent changer de nom puisqu’il porte des connotations de ‘nettoyage ethnique’, et j’ai proposé qu’il devienne un Comité pour assurer une meilleure vie à Srebrenica, sans référence à l’appartenance ethnique », a déclaré Abdurahman Malkic.

Sadik Ahmetovic a souligné qu’il n’était pas contre la cohabitation à Srebrenica, et que leur initiative avait été entreprise pour montrer que la vie dans cette petite ville était insupportable et sans perspectives d’avenir.

« Nous sommes conscient que dix jours, l’ultimatum que nous avons posé, ne peuvent réparer toute l’injustice qui dure depuis quinze ans, mais nous attendons de la part des politiciens quelques dates limites raisonnables, et des garanties sur leur volonté de s’occuper de Srebrenica », explique Sadik Ahmetovic.

Abdurahman Malkic a annoncé un prochain rendez-vous, au cours duquel les membres de la Présidence de Bosnie-Herzégovine, les représentants du Conseil des ministres et des gouvernements des deux entités pourraient se prononcer au sujet de la demande des citadins de Srebrenica.

Belzic Belkic, député à la Chambre des représentants du Parlement de Bosnie-Herzégovine, Haris Silajdzic, membre de la Présidence de Bosnie-Herzégovine, et l’ambassadeur américain à Sarajevo, Douglas McHelhaney, ont confirmé leur participation à cette réunion. Une séance extraordinaire du Conseil municipal de Srebrenica a également été convoquée.

 

 

Le Courrier de la Bosnie-Herzégovine 

Sentence de la CIJ : satisfaction en Republika Srpska 

Publié dans la presse : 27 février 2007

 Faisant contraste avec la consternation qui prévaut à Sarajevo ou parmi les survivants de Srebrenica, les dirigeants de la Republika Srpska se sont réjouis de la sentence de la Cour internationale de Justice. Pour Milorad Dodik, le Premier ministre de l’entité serbe de Bosnie, seuls des individus peuvent être reconnus coupables de génocide, « pas des peuples ou des États ».

Par Haris Hadzic

La Cour internationale de Justice de La Haye a défini le massacre de Srebrenica en 1995 comme un génocide, mais pas les autres événements de la guerre, estimant qu’il n’y avait pas assez de preuves pour conclure à un génocide sur tout le territoire de la Bosnie-Herzégovine. Cependant, la Cour a considéré que la partie accusée, la Serbie, n’avait pas rempli ses obligations pour prévenir et réprimer le génocide. Les réactions dans l’opinion bosnienne vont de l’approbation à la consternation.

D’après les Nezavisne Novine, quotidien de Banja Luka, les habitants de Srebrenica et des villes de la vallée de Drina, où le génocide a eu lieu, sont les plus choqués par cette sentence. « Cependant, tout en étant blessés par ces nouvelles, les habitants de Srebrenica et de Bratunac n’ont pas perdu leur calme », note le journal. Le maire de Srebrenica, Abdurahman Malkic, trouve que cette sentence n’est en fait qu’un compromis entre le droit international et la politique internationale, compromis qui se pratique toujours au détriment du plus faible.

« Toutefois, la Cour internationale de Justice a bien noté que la Serbie-et-Monténégro de l’époque a manqué à son obligation d’empêcher et réprimer le génocide, ce qui va sans doute conduire à l’arrestation et à la livraison des coupables devant le TPI de La Haye », a conclu Abdurahman Malkic pour Nezavisne Novine, appelant les citoyens de Srebrenica à accepter la décision de la Cour, et à continuer leurs efforts pour la reconstruction du pays et le rétablissement de la confiance.

A Banja Luka, les représentants de la Republika Srpska ont salué la décision de la Cour. Le Président de cette entité, le Premier ministre et le Président de l’Assemblée, respectivement Milan Jelic, Milorad Dodik et Igor Radojicic, estiment tous que cette sentence était attendue, et qu’elle reflète « l’illégitimité et l’illégalité de la plainte déposée par la Bosnie auprès de la Cour internationale de Justice, qui ne représentait pas toutes les institutions de Bosnie-Herzégovine ».

« Il est vrai que des crimes de guerre abominables ont eu lieu à Srebrenica. Cependant, il ne s’agit pas d’un génocide, puisque cette qualification a seulement été reprise dans les arrêts du Tribunal de la Haye. Un peuple et ses institutions ne peuvent être accusés de génocide, seulement des individus », a déclaré Milorad Dodik aux Nezavisne Novine. Paradoxalement, il a profité de cette occasion pour présenter ses excuses aux familles des victimes, au nom de la Republika Srpska et de ses institutions.

Le Président de la Serbie, Boris Tadic, a lui aussi donné son point de vue : « La sentence prononcée est d’une grande importance pour la Serbie, puisqu’elle confirme que notre pays n’a pas pris part au génocide qui a eu lieu en Bosnie-Herzégovine ». Il a aussi appelé le Parlement de Serbie à adopter promptement une résolution condamnant le génocide de Srebrenica, tout en exprimant la crainte que son pays pourrait subir des conséquences négatives, aussi bien économiques que politiques, s’il tardait encore à remplir ses obligations envers le Tribunal de La Haye.

Vojislav Kostunica, le Premier ministre serbe, a trouvé trop dure la partie de la sentence qui précise que la Serbie a manqué à l’obligation de prévenir et de réprimer le génocide, ajoutant que la Serbie ferait des efforts pour réaliser la coopération avec La Haye, puisque cela est d’un grand intérêt pour le pays et son peuple.

Muhamed Filipovic, intellectuel bosnien très connu, a cité un proverbe pour décrire ses sentiments à l’énnoncé de la sentence : « le loup est rassasié, et les moutons restent vivants ».

 

 

Bosnie : le retour du nationalisme agressif

Traduit par Ivana Germain Publié dans la presse : 13 février 2007

La protection des droits de la personne en Bosnie-Herzégovine n’est toujours pas adéquate. Le rapport du Comité Helsinki pour 2006 dénonce les retards dans la réforme des institutions du pays chargées de l’application des principes universels, et propose la création d’une loi anti-discrimination. Les analyses des dernières élections montrent bien que la terreur, plutôt que la modération et le compromis, reste l’arme préférée des politiciens.

Par S. Rozajac

Analysant la situation des droits de la personne en Bosnie-Herzégovine en 2006, le Comité Helsinki pour les droits de la personne estime indispensable que la réforme des institutions chargées de la protection des droits de l’homme soit très rapidement menée à son terme. Il a également jugé très important que la charge de médiateur en Bosnie-Herzégovine se transforme en une institution indépendante, qui sera en mesure d’appliquer des principes universels dans la protection des droits de la personne.

« Il était prévu que la réforme du rôle des médiateurs soit achevée à la fin de l’année dernière, mais ce processus n’est pas encore terminé. Cela remet en cause le fonctionnement et l’existence même des instruments de protection des droits de la personne », a déclaré Srdjan Dizdarevic, président du Comité Helsinki de Bosnie-Herzégovine, lors de la présentation du Rapport sur la situation des droits de la personne en Bosnie-Herzégovine en 2006.

Le Comité Helsinki a lancé à cette occasion un appel aux autorités bosniennes en les invitant à se consacrer plus particulièrement aux questions du retour durable, et à voter, au niveau de l’Etat de Bosnie-Herzégovine, une loi anti-discrimination, qui permettrait de poser des bases légales contre la discrimination. Les autorités devraient s’employer également à rendre la police plus efficace dans l’élucidation des délits.

« Les autorités devraient avoir plus d’écoute envers la position des groupes minoritaires dont les membres sont plus vulnérables et sont les victimes les plus fréquentes des violations des droits de la personne. Il s’agit plus particulièrement des femmes, des enfants, des personnes âgées, des personnes handicapées, des membres des famille de personnes disparues, des victimes de la torture, des minorités sexuelles et autres », souligne le rapport.

Le retour du nationalisme agressif

Le rapport souligne également le fait que l’année 2006 a été marquée par des phénomènes découlant de ce qu’on pourrait nommer le nationalisme agressif, comme de nombreux cas de voitures piégées ou de vandalisme sur les édifices sacrés. L’intérêt pour les retours décroît fortement et la division ethnique du pays est beaucoup plus visible. Les données présentées par le Comité Helsinki montrent également des violations des droits de la personne lors de déportations d’étrangers et des demandeurs d’asile, ainsi que ceux des femmes et des enfants.

Commentant les dernières élections, le Comité Helsinki a conclu que les leaders politiques et les candidats ont opté, dans le plus grand nombre des cas, et dans le but de s’attirer la sympathie des électeurs, pour une rhétorique nationaliste pouvant créer un climat de peur à l’encontre des autres groupes ethniques.

« Les interventions des politiciens ont très souvent rappelé la période précédant la guerre. Les options politiques radicales ont été récompensées par les résultats électoraux, tandis que les politiciens modérés prêts pour le dialogue et le compromis ont été mis à l’écart », a affirmé Srdjan Dizdarevic. Des cas d’utilisation des rassemblements religieux pour la promotion de certaines options politiques et de leurs candidats ont été également enregistrés pendant la campagne électorale, tandis qu’un certain nombre de dirigeants religieux et du clergé ont donné des consignes de vote à leurs fidèles.

 

 

Bosnie : des ONG engagées dans le développement de la société civile 

Traduit par Selma Kuljuh Publié dans la presse : 28 décembre 2006

L’engagement des citoyens est un facteur essentiel du développement et du renforcement de la démocratie. Droits des femmes, formation, engagement des jeunes... Voici trois histoires de Zenica, Brcko et Banja Luka, où les organisations non gouvernementales ont apporté beaucoup au développement de l’un des piliers les plus importants de la démocratie.

L’Agence suédoise de développement et de coopération internationaux (SIDA) a financé les projets de plusieurs organisations qui, par définition et par leurs activités, sont à la base du développement de la société civile. Enquête et rencontres à Zenica, Brcko et Banja Luka.

Le Centre d’aide judiciaire aux femmes de Zenica

Zuhra Cajo a fait l’expérience d’une chose bizarre. Il lui fallait beaucoup de courage pour parler de son problème en public, devant les caméras. Son mari a quitté la Bosnie pendant la guerre, s’est installé à l’étranger, et non seulement il a trouvé un nouveau pays mais aussi une nouvelle épouse, si bien qu’il s’est séparé de Zuhra sans que celle-ci le sache. Actuellement, Zuhra est en procès contre lui et elle reçoit l’appui du Centre d’aide judiciaire aux femmes de Zenica.

Ce centre est une organisation non partisane et non gouvernementale à but non lucratif fondée en 1996, et qui a pour objectif la défense et la promotion des droits des femmes. « Nous croyons que l’égalité des sexes est la base du développement de la démocratie et de la société civile. Le Centre soutient le développement de tous les droits de la personne définis par les documents internationaux. Nous insistons surtout sur les droits des femmes : égalité de traitement entre hommes et femmes en ce qui concerne l’accès à l’emploi et à la formation, protection de la vie publique et de la vie privée des femmes et égale participation à la vie politique », explique Hilarija Pojskic du Centre d’aide judiciaire.

Le Centre maintient le contact avec un grand nombre d’organisations de cette nature en Bosnie-Herzégovine et dans les pays de l’ex-Yougoslavie. Depuis sa création jusqu’aujourd’hui, le Centre a offert une aide judiciaire gratuite aux femmes, analysé plusieurs lois concernant l’égalité des sexes, insisté sur les modifications et les annexes de certaines lois auprès du Parlement, contribué au projet de Loi de l’égalité des sexes. « Dans le cadre de nos activités, nous avons organisé des ateliers et des conférences sur les droits des femmes. Nous avons également publié des brochures et des livres. »

Le Centre essaie de constater l’état civil des citoyennes, c’est-à-dire de faire obtenir aux femmes les pièces d’identité, ainsi que de les aider à réclamer leurs propriétés immobilières et les droits acquis grâce à leur participation à la guerre.

« Ce qui montre qu’un projet comme le notre est justifié, c’est le fait que durant les dernières dix années, 9000 femmes ont demandé l’aide du Centre. 50% des cas sont liés à des problèmes domestiques, alors que le reste concerne des problèmes liés à la vie professionnelle, aux difficultés sociales, aux difficultés de logement... Tout cela montre que le Centre commence l’année 2007 avec beaucoup de travail devant lui », précise Hilda Pojskic.

Le travail des jeunes

Le projet PRONI de Brcko aide les jeunes gens en Bosnie-Herzégovine. C’est l’un des trois projets réalisés par l’organisation non gouvernementale Forum Syd, qui ont été financés par la SIDA. Il s’agit d’une organisation non gouvernementale de jeunes, qui s’occupe de l’éducation sociale dans le but de faire avancer la communauté locale.

PRONI s’adresse tous sans tenir compte du sexe, de l’age ou de la nationalité des personnes. Le travail de cette organisation se traduit par l’engagement des jeunes, par des cours universitaires et d’autres activités qui favorisent la multiethnicité, la coopération et la sécurité de vie dans le District de Brcko et ailleurs.

Eleonora Ekmic, directrice du projet PRONI, explique : « PRONI a commencé ses activités en 1998 et à cette époque-là il était divisé en deux parties - le PRONI à Rahic et celui à Brcko. Ces deux centres se sont unis en 2002. Deux ans plus tard, PRONI a été « localisé » et depuis ce moment-là il porte le nom Proni - Centre de développement de la jeunesse. Nos travaillons sur l’éducation sociale des jeunes gens, afin de dépasser le conflit et de stimuler le développement humain et l’intégration des jeunes dans la société. Le travail des jeunes est divisé en deux secteurs : éducation des jeunes et travail des jeunes, qui leur permet de progresser dans leurs communautés locales. Cela est réalisé au moyen d’ateliers, de débats et de tables rondes. Nous avons établi les clubs des jeunes à Brcko, à Potocari, à Maoca et à Bijela. Nous avons ouvert, il y a deux ans, un bureau à Bijeljina, où nous essayons d’organiser des cours universitaires. En coopération avec le Programme des Nations Unies pour le développement (UNDP), l’OSCE et le Gouvernement du District de Brcko, nous avons donné des cours aux représentants des communautés locales et aux représentants des gouvernements ».

Ainsi, chaque année en juin ou en juillet, PRONI organise un festival de la jeunesse, où les jeunes peuvent présenter leurs projets. Ce festival réunit des jeunes de toutes les républiques de l’ex-Yougoslavie. Outre le festival de la jeunesse, cette organisation non gouvernementale de Brcko travaille beaucoup sur le développement des communautés locales : chaque année, des groupes de volontaires donnent des cours d’administration, d’élaboration de projets etc. « Nous avons aussi un fonds destiné aux jeunes. De cette façon, nous pouvons financer leurs projets en leur accordant des sommes allant de 500 à 1000 KM. Nous avons participé à plusieurs ateliers en Europe. Quelques 4200 personnes ont travaillé avec PRONI », explique Eleonora Ekmic.

L’Assemblée Helsinki des citoyens de Banja Luka

Peu nombreuses sont les organisations non-gouvernementales qui ont osé lancer, dès la fin de la guerre, des projets de coopération entre les deux entités, et qui ont réussi à unir des personnes appartenant aux différents groupes ethniques. C’était justement la SIDA, à travers les organisations Kvinna till Kvinna et Olof Palme International Center, qui a financé les premiers pas de l’Assemblée Helsinki des citoyens (HPG) pour établir des contact avec « l’autre coté ».

« Au cours de ces dix dernières années, nous sommes arrivés à établir une collaboration qui contribue au développement de notre organisation et également à celui de la communauté, ce qui a pour but de faire progresser toute la Bosnie-Herzégovine » explique Bojana Trninic du HPG.

Depuis 1997, le HPG de Banja Luka réalise des programmes destinés aux jeunes gens en Bosnie-Herzégovine. Ces programmes sont réunis sous le titre de « Création des conditions pour l’engagement des jeunes dans la vie politique ». Au cours de cette période, 1200 jeunes gens ont reçu une formation profesionnelle qui peut leur permettre de poursuivre leurs objectifs dans l’avenir. Au moyen de cours sur la gestion stratégique, la communication pacifique, la résolution des conflits, la présentation médiatique et la négociation, le HPG soutient les efforts des jeunes en Bosnie-Herzégovine pour développer leur État. Les participants de ces ateliers ont proposé plusieurs fois d’organiser des campagnes et de réaliser des projets. Certains d’eux affirment qu’ils ont réussi, grâce aux ateliers, à trouver un emploi ou à créer leur propre entreprise.

Bojana Trninic précise : « En coopération avec d’autres organisations, des milliers de jeunes gens de toute la Bosnie-Herzégovine ont organisé différentes campagnes à l’aide de ces projets. La campagne intitulée « Les jeunes contre la corruption » a permis aux jeunes gens d’exprimer leur opinion sur ce problème. Dans 11 municipalités, les jeunes ont réussi à obtenir soit des espaces publics, soit une aide financière pour leurs activités au moyen de la campagne « Rendez-nous notre espace », ce qui a motivé les autres organisations à s’occuper de ce problème. « Mon vote est original » était le titre de la campagne qui incitait les jeunes à voter lors des dernières élections, et celle intitulée « On a voté. Que faire maintenant ? » a permis d’interroger les dirigeants politiques sur leur responsabilité. Nous avons aidé les jeunes engagés en politique à se faire remarquer dans les campagnes électorales « YOUTHMOVE » et « Jeunes, soyez visibles ».

Résultat direct de pareils efforts des ONG en Bosnie-Herzégovine, l’augmentation du nombre des jeunes dans les institutions gouvernementales. Après les élections de 2000, il n’y en avait que 5,9 % ,tandis qu’aujourd’hui ce pourcentage est de 12,4 %. Le nombre des jeunes dans les plus hauts niveaux du gouvernement est aussi en augmentation : actuellement, il est de 7 %.

 

 

Partenariat pour la paix de l’OTAN : qu’est-ce que la Bosnie va y gagner ? 

Traduit par Ivana Germain Publié dans la presse : 8 décembre 2006

Après le sommet des pays de l’OTAN, fin novembre à Riga, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et la Serbie sont invités à rejoindre le Partenariat pour la paix, programme de l’OTAN considéré comme une forme non officielle de pré-adhésion. Les politiciens bosniens célèbrent une grande victoire. Cette adhésion ne va pourtant rien apporter à la Bosnie, sauf la possibilité de participer aux aventures militaires en Irak ou en Afghanistan...

Par Faruk Boric

« C’est le couronnement de mon mandat. Je pense que c’est un grand succès, que nous avons d’ailleurs mérité, car nous avons travaillé pendant quatre années sur les réformes qui mèneraient la Bosnie-Herzégovine vers les intégrations euro-atlantiques. C’est également un grand encouragement pour les citoyens de Bosnie-Herzégovine ». Telle a été la première réaction de l’actuel président du Conseil des Ministres (en mandat technique), Adnan Terzic, après l’invitation de la Bosnie-Herzégovine à rejoindre le Partenariat pour la paix.

Lorsque l’on sait qu’Adnan Terzic avait, sur la réforme de l’armée et sur Nikola Radovanovic, Ministre de la Défense de « son » gouvernement, autant d’influence que sur le Ministre des Affaires étrangères Mladen Ivanic, qu’il a essayé en vain de limoger pendant plus d’une année, il est clair que la politique intérieure et le Conseil des Ministres ont eu bien peu de poids dans ce très inattendu appel à rejoindre le Partenariat pour la paix.

« Il s’agit d’une décision politique. À un moment, il faut décider si vous voulez faire quelque chose ou non. Alors les Alliés, avec mon soutien personnel, en ont décidé ainsi », a expliqué aux journalistes le Secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Schefer. Cela semble paradoxal : pour des raisons politiques, l’OTAN récompense la dépolitisation de l’armée de Bosnie-Herzégovine et de son système de défense. Il faut rappeler que le Ministre de la Défense Nikola Radovanovic a été nommé hors des calculs des partis, et qu’il représente surtout le volet « militaire et défensif » de la Direction de l’Intégration européenne. Sauf qu’il est ici question d’un ministère qui représente le lien entre le pouvoir politique local et l’OTAN, et non avec l’Union européenne. La plupart des félicitations ont été d’ailleurs adressées à Nikola Radovanovic et à Sifet Podzic, chef de l’état-major commun des forces armées de Bosnie-Herzégovine.

La Bosnie associée « malgré elle »

Il était clair qu’il s’agit d’une décision politique même sans l’aveu de Shefer. Les années précédentes, alors que les espoirs étaient plus grands, on recevait régulièrement des douches froides de la part de l’OTAN. Le plus grand obstacle à l’entrée dans le Partenariat pour la paix, qui est communément perçu comme une autoroute vers une adhésion à part entière à l’OTAN, a été, à plusieurs reprises, la non-coopération avec le Tribunal de La Haye. Et pas seulement pour la Bosnie-Herzégovine, mais aussi pour la Serbie (voir le cas de Ratko Mladic), tandis que le Monténégro et la possibilité que Radovan Karadzic se cache dans ses monastères ne sont plus du tout mentionnés dans les cercles internationaux.

La non-coopération, qui était constamment reprochée à ces pays, sera surveillée attentivement, et il faudra au contraire intensifier la coopération dans la période à venir. Tel est le message adressé par Javier Solana Haut-Représentant de l’UE pour la Politique extérieure et de sécurité commune, et cela après la réaction du Procureur général du Tribunal de La Haye, Carla Del Ponte, qui a exprimé « son étonnement et son insatisfaction face à une telle décision », pour laquelle « personne ne l’a consultée ».

D’un autre côté, les sources de Belgrade rapportent que l’on savait depuis trois semaines qu’une « surprise » de la part de la communauté internationale se préparait, pour donner « un coup de pouce aux forces démocratiques [serbes] » avant les prochaines élections fixées pour le 21 janvier 2007. Il est dans le très grand intérêt de la communauté internationale que la politique irrationnelle des radicaux de Vojislav Seselj ne parvienne pas au pouvoir. C’est donc dans cette optique qu’elle est prête à relâcher sa pression sur Vojislav Kostunica.

Sous la houlette de Milo Dukanovic, probablement le politicien le plus habile des Balkans, le Monténégro s’est transformé d’allié servile de Milosevic en un exemple éclatant du chemin à emprunter vers l’intégration européenne. Dans cette constellation de forces, la Bosnie-Herzégovine est devenue malgré elle une partie du paquet de Riga. Nous ne pouvons pas en dire de même à propos du succès politique d’Adnan Terzic.

Tendre une main vers la réconciliation

Le Partenariat pour la paix est un programme créé en 1994 par l’OTAN, dont le but essentiel est l’amélioration de la stabilité et de la sécurité en Europe. Concrètement, c’est un programme bilatéral de coopération entre certains pays partenaires et l’OTAN, qui leur permet de développer une coopération individuelle à partir de leurs priorités, naturellement dans le cadre des normes de l’OTAN. La base formelle du Partenariat pour la paix est l’Accord-cadre qui contient les obligations spécifiques de chaque pays membre.

Chaque pays partenaire s’engage à remplir des obligations politiques à long terme pour préserver la démocratie : application des principes du droit international, réalisation des obligations qui découlent de la charte des Nations Unies, de la Déclaration uni