Croatie : presse
| Vendredi 30 mai, 16h23 - ZAGREB
Un général croate condamné pour crimes de guerre Par Zlata Zsolnay Reuters - Le général croate Mirko Norac a été condamné à sept ans de prison pour crimes de guerre pendant le conflit de 1991-1995 contre les Serbes. Ce procès, tenu à Zagreb et qui a duré un an, était considéré comme un test pour la Croatie, candidate à l'adhésion à l'Union européenne. Norac était accusé de ne rien avoir fait pour empêcher les tortures et les meurtres de civils et de prisonniers de guerre aux mains des troupes croates durant une incursion en septembre 1993 dans la poche de Medak, dans le sud de la Croatie, une zone alors tenue par les Serbes. En lisant le verdict, le juge Marin Mrcela a précisé que Norac avait violé la Convention de Genève sur la protection des populations civiles et le traitement réservé aux prisonniers de guerre. "En tant que commandant du secteur 1, Norac n'a pas empêché ses subordonnés de tuer et de torturer des civils, de détruire et de piller des propriétés, d'abattre du bétail, pendant et après les opérations militaires", a expliqué le magistrat. Vingt-trois Serbes de souche, tous civils, et cinq prisonniers de guerre avaient été abattus, et quelque 300 maisons attaquées. Les forces de l'Onu avaient pu constater les crimes et les dégâts après le départ des troupes croates. UN ALBANAIS DE SOUCHE ACQUITTÉ Inculpé des mêmes chefs d'accusation, le général Rahim Ademi, un Albanais de souche qui servait dans l'armée croate, a été acquitté, rien ne prouvant que l'étendue de ses pouvoirs aurait pu empêcher les crimes, a dit le juge. A l'époque, Ademi avait demandé sans succès le déploiement d'unités de la police militaire dans la région. Norac purge déjà une peine de 12 ans de prison pour le meurtre d'une cinquantaine de civils serbes en 1991 dans la ville de Gospic, dans le sud-ouest de la Croatie. Il n'a pas réagi à sa condamnation, que son avocat Zeljko Olujica a estimée "illégale". "Nous ferons appel devant la Cour suprême, nous avons suffisamment d'éléments pour cela", a dit l'avocat. Si cet appel est rejeté, les sept années de prison prononcées vendredi s'ajouteront aux 12 que Norac purge déjà. Le jugement a été accueilli dans le calme à Zagreb, alors que l'arrestation de Norac en 2001 avait provoqué de violentes manifestations d'anciens combattants et de militants nationalistes. Le dossier des crimes commis dans la poche de Medak avait d'abord été suivi par le tribunal pénal international de La Haye sur l'ex-Yougoslavie, qui l'avait ensuite transmis aux autorités judiciaires croates. Le procès, qui avait commencé en juin 2007, était suivi de près par l'Union européenne, à laquelle la Croatie devrait adhérer à l'horizon 2011. Version française Eric Faye et Guy Kerivel
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Croatie : comment Franjo Tudjman a organisé le nettoyage ethnique de la Krajina Traduit par Ursula Burger Oesch Publié dans la presse : 26 avril 2007
La télévision croate a créé le scandale en diffusant des enregistrements d’une séance du Conseil de la défense, tenue juste avant l’opération « Tempête », à l’été 1995. Le Président croate Franjo Tudjman organise directement l’expulsion de toutes les populations serbes de Krajina. Et rit en parlant de ce sujet. Le rire de Tudjman glace le dos des Croates qui ont voulu croire que le départ des Serbes n’avait pas été organisé. Par Sanja Modric Nous avons enfin entendu dans le journal de la Télévision croate (HTV) un enregistrement sonore exclusif de la séance du Conseil militaire et politique qui s’est tenue sous la présidence de Franjo Tudjman à Brijuni, le 31 juillet 1995, c’est-à-dire quatre jours avant l’opération Oluja (« Tempête »). Beaucoup de gens, y compris les avocats des généraux croates inculpés par le Tribunal de la Haye, commentent la diffusion de cet enregistrement en prétendant qu’il ne s’agit absolument pas d’une chose sensationnelle ni exclusive. Selon eux, la Télévision croate n’aurait rien découvert de nouveau, et le fait que cet enregistrement ait été diffusé par cette chaîne de télévision ne présenterait donc aucun intérêt particulier. Évidemment, ceci n’est absolument pas vrai. On essaie de réduire le choc de ces révélations en prétendant que le contenu de la transcription de la séance de Brijuni était déjà connu auparavant, non seulement par les avocats chargés de la défense des généraux inculpés, qui disposent également d’autres enregistrements sonores, mais aussi par l’opinion publique en général. Ceci est effectivement vrai. Ce qui est également connu, c’est que l’accusation du Tribunal de La Haye considère précisément ce document-là comme l’une des preuves-clé pour appuyer sa thèse, selon laquelle les généraux Gotovina, Cermak et Markac doivent être condamnés pour crime de guerre étant donné qu’ ils ont réalisé le projet de Tudjman qui était le nettoyage ethnique de la population autochtone serbe de la Krajina, parallèlement à la libération des zones occupées de Croatie. Il est également bien connu que le Tribunal pénal international de La Haye ne met absolument pas en question le droit qu’avait la Croatie, alors dirigée Franjo Tudjman, à la réintégration sous ls souveraineté étatique de toutes les parties de son territoire. Ceci étant, il a souvent été entendu que, dans ce type d’opération, un certain nombre de victimes serait inévitable, qu’il y aurait également forcément quelques destructions « contrôlées ». Cela n’aurait pas été perçu comme un problème si, dans le même temps, presque tous les Serbes de Krajina n’avaient pas quitté la région en longues colonnes de réfugiés et si, dans le cadre de l’action Oluja, presque tous les biens que ces gens avaient laissés derrière eux n’avaient pas été brulés et pillés. Tous ces faits connus figurent aussi dans le fameux acte d’accusation commun contre les trois généraux croates, fondé sur l’hypothèse d’une entreprise criminelle planifiée d’avance par le pouvoir croate de l’époque, qui a eu comme résultat plus de 100 000 Serbes chassés et plus de 20 000 foyers détruits. On peut ajouter encore une dernière chose bien connue, c’est que les chiffres dont parle le Tribunal de La Haye sont nettement moins importants que les informations données par certaines autres sources internationales. Il y a encore bien d’autres éléments connus. L’une des informations les plus importantes tient aussi au fait que la transcription de Brijuni a été sans cesse mise en question, et souvent qualifiée de « falsification ». Ceux qui ont particulièrement insisté sur cette thèse sont les avocats des généraux inculpés qui, aujourd’hui encore, après la diffusion de l’enregistrement, continueraient à préparer une réfutation qu’ils entendent dévoiler pendant le procès, à l’aide des experts. Or, le Tribunal d’arrondissement de Zagreb a confirmé il y a deux ans l’authenticité du procès-verbal de Brijuni, ce qui sera sans aucun doute un point important, que le Tribunal de La Haye ne manquera pas d’utiliser. Et voilà, bien que nous venions d’énumérer beaucoup de choses déjà connues à propos de cette réunion organisée juste avant l’opération militaire Oluja, nous continuons à penser qu’en retrouvant et en diffusant le document de Brijuni, la Télévision croate a, sans doute aucun, entrepris une démarche très importante pour l’opinion publique croate. Le rire de Tudjman Tout d’abord, une fois qu’on entend de ses propres oreilles les discussions enregistrées lors de la réunion stratégique de Brijuni, on ne peut prétendre qu’il s’agit là d’un montage que si on est une personne souffrant d’un excès d’imagination ou d’un excès d’idéologie. Deuxièmement, les citoyens croates n’ont jusqu’à maintenant jamais su, ni pu savoir, que le président Tudjman riait et ricanait d’un rire moqueur au moment même où il donnait des instructions pour ouvrir à la population serbe de la Krajina autoproclamée tous les chemins pour son départ de Croatie, tout en les invitant officiellement, sous les yeux du monde, à rester en Croatie en leur disant qu’il n’y avait pour eux aucun danger, car leurs « droits civiques seraient respectés ». De ce rire traître de Tudjman, de ce soi-disant « menu détail psychologique », que nous avons entendu résonner dans l’émission d’information la plus populaire en Croatie, on doit conclure que Tudjman était rempli d’enthousiasme à l’idée d’être parvenu, en plus de la libération de la Croatie, à « résoudre » d’un même coup la soi-disant question serbe. Cette obsession de Tudjman, nous avons d’ailleurs eu l’occasion de la constater dans certaines autres retranscriptions des paroles présidentielles qui, elles aussi, seront entendues au procès de la Haye. Dans ces transcriptions, Tudjman a ouvertement lancé qu’il ne fallait conserver que « quelques pourcents » de Serbes en Croatie. Les autres seraient de trop. Pour la grande majorité de l’opinion publique croate, qui croyait que pendant l’action Oluja le défunt Président croate avait sincèrement invité les Serbes à rester dans leurs foyers, le passage de l’enregistrement de Brijuni où Franjo corrige son fils Miroslav Tudjman, qui lui demande s’ils allaient publier à la radio l’information sur le chemin par lequel les Serbes pourraient quitter la Croatie, est tout aussi dégrisant. À cette question naïve, Tudjman, plein d’amour paternel, répond que l’information sur les chemins d’exil doit être évoquée d’une façon détournée. Il faut plutôt mentionner, expliquait Franjo Tudjman, « qu’il a été constaté que les civils se retiraient par tel ou tel chemin », afin de ne pas donner l’impression que le gouvernement stimulait leur départ. Tudjman lance également les propos suivants : « Il est important que ces civils partent, car cela incitera également l’armée à partir, ce qui aura un effet psychologique sur les uns et les autres ». Personne n’a besoin qu’on lui explique ce que cela veut dire, car il est évident que Tudjman souhaitait se débarrasser non seulement de l’armée, mais aussi de la population civile de nationalité serbe toute entière. Pour les citoyens croates, dont une bonne partie luttait bravement pour la libération de leur pays en croyant dans les intentions très pures du gouvernement, l’enregistrement de la séance de Brijuni est très dramatique. Elle révèle le mensonge et le cynisme déplacé du commandant en chef et oblige les gens honnêtes à faire face à leurs propres égarements. Ceci est cependant une bonne chose, car cela nous aidera tous à faire de l’ordre dans nos souvenirs trop idéalisés.
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Comment peut-on être Serbe en Croatie ? Traduit par Ursula Burger Oesch Publié dans la presse : 27 juillet 2006 Quelle est aujourd’hui la situation de la minorité serbe en Croatie ? Les Serbes ne représentent plus qu’environ 3% de la population : le « problème serbe » est-il donc résolu ? Comment concilier identité serbe et citoyenneté croate ? Entretien avec Cedomir Visnjic, vice-ministre de la culture de Croatie, et président de l’Association culturelle serbe « SKD Prosvjeta ». Propos recueillis par Vlado Vurusic Jutarnji List (JL) : Être Serbe dans la Croatie d’après-guerre, ce n’était pas vraiment la panacée. Est-ce que ces dernières années cette situation a changé ? Comment se positionne-t-on aujourd’hui vis-à-vis de « l’identité de la peur » ? Cedomir Visnjic (CV) : À présent, nous constatons une tendance à la libération de la peur qu’inspirerait l’identification publique de quelqu’un en tant que Serbe. De plus, nous sommes également témoins d’une autre tendance très présente et puissante, que j’appellerais l’assimilation semi-volontaire. Celle-ci est particulièrement prononcée au sein des jeunes générations. Les parents ont gardé l’élément d’identité, mais ne font pas pression dans ce sens sur leurs enfants. Il s’agit ici d’une influence de l’entourage, des circonstances sociales ou de celles liées à l’éducation et non plus tellement de formes d’assimilation forcée. Mais nous nous y sommes habitués ce qui fait que, même au sein de la communauté serbe, on n’en discute plus aussi ardemment qu’avant. L’assimilation est un processus sociologique normal. Elle était présente même au temps de l’ex-Yougoslavie, bien qu’à l’époque, on n’en parlait pas beaucoup. À présent, il s’agit d’une assimilation semi-volontaire, qui trouve sa racine dans le discrédit du nom et de l’identité serbes. Assimilation et changements d’identité JL : Est-ce que cela veut dire que cette assimilation se produit à cause de la pression du milieu majoritaire, ou s’agit-t-il plutôt d’une approche opportuniste du type : des parents qui céderaient à leurs enfants parce qu’ils réfléchissent d’une façon pragmatique et considèrent qu’ils auront moins d’ennuis en tant que Croates ? CV : Comme toujours, on trouve les deux. Mais quand il s’agit de la pression du milieu, celle-ci n’est plus violente, en tout cas ce n’est pas l’approche qui domine. Il y a toute une atmosphère qui a été mise en place et qui favorise ce choix chez les Serbes. Je ne pense pas que cette atmosphère ait été créée à cause de l’assimilation des Serbes, elle est le produit du développement de la Croatie en tant que pays indépendant. Bien entendu, on trouve encore des exemples d’excès, comme celui de Biljani, dont on entend beaucoup parler, mais ils ne sont heureusement plus aussi fréquents et la réaction des politiciens et des médias est plus adéquate. Mais nous ne pouvons pas savoir ce qui se passe dans les relations directes entre les gens, dans les cages d’escalier, au travail, dans la rue, quand il suffit parfois d’un regard de travers avec « une note nationaliste » pour que, chez la personne qui hésite déjà à « passer de l’autre côté », ce regard déclenche l’impulsion finale pour la décision de se débarrasser d’un poids inutile. JL : Les Serbes éprouvent-ils en quelque sorte de la gêne, souffrent-ils d’un sentiment collectif de défaite ? CV : Non, il n’y a pas de sentiment de gêne, tel qu’on l’évoque si souvent ici, mais le sentiment de défaite est définitivement présent. En fin de compte, toute identité, dans un délai plus ou moins court ou long, doit se soumettre à un examen de « rentabilité ». Le destin de la communauté serbe en Croatie va aussi pour beaucoup dépendre du déroulement des choses en Serbie. Plus la Serbie s’ouvrira, et plus cette identité serbe sera rétablie en Croatie. Nous devons nous habituer à la situation actuelle, qui pourtant n’était pas dominante avant la dernière guerre : en Croatie, il n’y a pratiquement plus de Serbes dont une partie plus ou moins importante de la famille vivrait en Serbie. JL : La méfiance de la société croate envers les Serbes et leur participation dans la vie sociale reste évidente. À quel point cette méfiance est-elle justifiée, si on l’observe par le prisme de la récente guerre ? CV : Elle est partiellement justifiée. Si vous faisiez aujourd’hui une enquête auprès des employeurs croates en posant une question du type « qui engageriez-vous de préférence dans votre entreprise, un Serbe rentré dans son foyer ou un Croate local ? », je pense que plus de 99% des personnes sondées, et je les comprends tout à fait, répondraient : un Croate. Le problème c’est qu’aussi bien les Serbes que les Croates sont entré dans cette guerre avec une psychologie de minorité : les Serbes en Croatie parce qu’ils le sont, et les Croates, en tant que minorité menacée qui luttait pour la continuité de son identité. À cause de cette mentalité et de ce conditionnement psychologique, dominent toujours un fort narcissisme nationaliste, une fermeture et une envie de justifier ses propres objectifs. Dans la société croate, il existe des signaux clairs, notamment dans la majorité de l’espace médiatique et dans les milieux culturels et intellectuels, qui partent du fait suivant - voilà, nous avons notre État, nous ne sommes plus une minorité menacée mais une majorité consciente de sa responsabilité envers l’État, mais aussi pour les minorités qui y vivent. Je sens de plus en plus la présence de réflexions du type « l’État croate ne doit plus être uniquement croate, car les objectifs sont réalisés ; il doit également être un État civique ». Cependant, ce genre de réflexions, vous allez les rencontrer à Zagreb ou dans d’autres grandes villes mais dans les milieuxruraux, revenons à l’exemple de Biljani, ce processus n’est même pas en phase embryonaire. La fin des Serbes « politiquement Croates » JL : Sur la scène publique croate, il y a un certain nombre d’acteurs, de chanteurs, de sportifs et d’écrivains qui sont Serbes ou d’origines serbes, mais qui n’en parlent pas avec aisance, qui n’aiment pas être identifiés comme tels. CV : Ce problème, nous lui faisons face dans notre centre culturel Prosvjeta à un niveau tout à fait banal. Ainsi, quand nous organisons une fête, le problème n’est pas d’inviter comme participant un Croate déclaré, le problème advient justement au niveau que vous citez. Nous avons évité d’inviter des célébrités de la scène publique qui sont Serbes ou d’origines serbes, justement pour éviter de nous mettre, eux et nous, dans une situation désagréable, et qui finirait même par être carrément absurde, où ils se sentiraient invités à « démentir » le fait d’être Serbes. La déclaration publique de leur identité, quoi que celle-ci soit généralement connue à un niveau tacite, pour certains d’entre eux, signifierait une baisse sensible de revenus, et par conséquent, une existence ou uneposition sur la scène publique mise en danger. Je ne vois pas à quoi bon insister sur le fait que quelqu’un ne s’appelle pas Dado mais Miladin, ou que le nom du père de quelqu’un n’est pas Jole mais Jovan. JL : Les gens que vous invitez sont-ils perçus comme des traîtres de la part des Serbes ? CV : Je suis prêt à avouer tous les péchés serbes, mais celui-ci, je ne peux pas, car, même en contact le plus intime avec les Serbes de Croatie, je ne l’ai jamais remarqué. Bien au contraire, chez beaucoup de gens, on peut observer un sentiment de fierté quand « l’un de nous » a du succès. C’est une chose qui gêne peut-être plus les Serbes de Serbie. Chez les Serbes de Croatie, on remarque une certaine fierté aussi quand « l’un d’entre eux » a du succès en Serbie ; ainsi, ils sont par exemple très fiers des sportifs qui jouent pour la représentation serbe. Cependant, l’identification de la communauté serbe de Croatie avec la Croatie n’est plus du tout contestable. JL : Qu’en a-t-il avec les Serbes qui sont définis comme « politiquement Croates » ? CV : Cela aussi, c’est pour nous depuis longtemps une épine dans le pied. Ce terme ne nous convient pas vraiment. Il existe une résistance par rapport à ce terme, c’est-à-dire par rapport à ce qualificatif politique, car d’une certaine façon, il a comme objectif de faire la différence entre les Serbes sur la lignée nationale et politique de leur relation avec la Croatie. Cette qualification donne parfois l’impression de refléter des ambitions assimilatoires. Ce terme a tendance à qualifier l’appartenance serbe comme uniquement folklorique ou traditionnelle. Pourquoi un Serbe ne pourrait-il pas être un citoyen croate très loyal sans pourtant devoir être ni « Serbe croate », ni « politiquement Croate » ? La « question serbe » est-elle « résolue » ? JL : La Croatie a-t-elle résolu la question serbe ou la situation actuelle des Serbes n’est-elle qu’une question technique, c’est-à-dire la recherche d’un modèle le meilleur possible d’incorporation dans la société croate ? CV : Dans beaucoup de villages, dans lesquels les Serbes étaient la population majoritaire, il n’y en a pratiquement plus. Ils sont partis. Ils ont vendu leurs biens. Dans un sens démographique, les Serbes ne pourront plus retrouver, et de loin, leur nombre de l’époque. Pourquoi ceci est-il important aussi bien pour les Serbes que pour la Croatie ? Et bien, il y a une centaine d’années, la communauté serbe représentait quelques 20 à 25% de la population, alors que ce taux est tombé aujourd’hui à 3-5%, avec une tendance continue vers la baisse. En parlant d’une façon cynique et brutale, la question serbe en Croatie est résolue. Mais la Croatie est restée dépourvue d’un potentiel important humain et social qui était, qu’on veuille ou non l’avouer, une composante importante de cette société, une composante qui la complétait. De plus, les parties du pays qui, à l’époque, était peuplées par une population majoritaire serbe sont aujourd’hui pour la plupart déserts ou partiellement peuplées par des gens tout aussi tristes, des personnes rejetées de leurs foyers, c’est-à-dire de leurs pays autochtones par les événements de guerre - les Croates de Bosnie. Sur leurs besoins, sur leur adaptation aux coins dans lesquels ils sont venus habiter ainsi que sur leur apport au bien être général en Croatie, personne n’a encore vraiment réfléchi. Pour la Croatie, la question serbe, à un niveau superficiel, est résolue. On n’est pas nombreux, c’est-à-dire, on n’est pas nombreux au point où ce chiffre, notre organisation, notre pouvoir économique ou notre ascension inquiéterait les Croates ou leur feraient craindre une reprise des projets des années 90. Les Serbes ont complètement démissionné de ce type d’idées, et ils acceptent la réalité telle qu’elle est aujourd’hui. Cependant, les Serbes en Croatie n’ont malheureusement plus le potentiel ni la force qui enrichirait et donnerait de la chair à la société croate. Les Serbes et les commémorations d’Oluja JL : Les Serbes ne peuvent pas fêter l’action Oluja [1], car à cette époque-là ils ont traversé un exode. CV : Récemment, les médias croates nous ont informé que les représentant des Serbes allaient participer pour la première fois à la commémoration de l’action Oluja ; il y aurait même des représentants du Parti démocratique serbe indépendant (SDSS), des membres du conseil municipal de Knin participant à l’élaboration du programme de la fête. Qu’est-ce que ça signifie ? Je pense que la participation des Serbes à la commémoration de l’action Oluja n’a pas beaucoup d’importance ni pour la communauté serbe ni pour les Croates ; elle a éventuellement de l’importance pour la position de la Croatie à Bruxelles. Je donne mon soutien à toute action qui contribue à la normalisation de la situation mais je reste d’avis qu’il ne faut pas faire des choses qui irriteraient. Je ne dis pas que ça doit être une fête à l’occasion de laquelle les Serbes de Knin s’enfermeraient dans leurs maisons en voulant s’écarter, mais le Centre culturel Prosvjeta ne va pas participer à la commémoration d’Oluja, car il s’agit d’une date qui, pour les Serbes, est malheureuse, quelque soit la distance et la condamnation qu’on peut porter sur les gens qui ont poussé ce même peuple dans le malheur. Je pense que nous, les Serbes d’ici, nous ne pouvons pas commémorer cette date. Et ceci, non pas parce que cette date a mis fin à la Krajina. Mais parce qu’à cette occasion, ces gens ont vécu un exode. JL : Consentir à participer à la commémoration d’Oluja, n’est ce peut-être simplement une réaction du type : Sanader a consenti à dire « Hristos se rodi » [2], du coup, c’est normal que nous faisions un geste de notre côté pour répondre aux Croates ? CV : Je ne sais pas, mais il est évident que l’élite politique est consciente de la nécessité d’une sorte de compromis. [1] « Tempête », la reconquête de la Krajina par les forces croates, en août 1995. [2] Salutation orthodoxe de Noël, NdT |
Croatie : un ancien baron du HDZ accusé de crimes de guerre Traduit par Caroline Target Publié dans la presse : 9 mai 2006 L’ancien général Branimir Glavas, baron régional de la droite croate à Osijek, est accusé de graves crimes de guerre perpétrés contre des civils serbes à Osijek entre 1991 et 1992. Le Parquet a demandé la levée de son immunité parlementaire et un procès est prévu sous peu. La Croatie va-t-elle fin faire la lumière sur les pages sombres de son passé récent ? Par Drago Hedl Le mercredi 10 mai, le parlement croate a levé l’immunité parlementaire de Branimir Glavas, général à la retraite de l’armée croate et l’une des personnes les plus influentes du pays depuis les 15 dernières années. Le procureur de la République a présenté une requête au Parlement croate demandant la levée de l’immunité de l’ancien général. Il souhaite également entreprendre une procédure pénale à l’encontre de Branimir Glavas pour présomption de crimes de guerre commis à Osijek en 1991 et 1992. Cette requête est survenue à la suite d’une enquête minutieuse qui a durée plus de neuf mois, et au cours de laquelle ont été récolté de nombreuses preuves et déclarations de témoins accusant gravement Branimir Glavas. À l’époque où les crimes ont été commis, Glavas était secrétaire à la défense populaire d’Osijek, et également chef de la défense de la ville. Mais dans cette quatrième grande ville de Croatie, il était considéré par tous comme le seigneur absolu ayant pouvoir de vie et de mort. Les soupçons sur la responsabilité de Glavas dans la mort de nombreux civils serbes à Osijek, ville où a été tué une centaine de personnes (le procureur de la République Mladen Bajic avance le nombre de 70 victimes), ne sont pas récents. Mais, à cause du pouvoir politique de Glavas, et parce qu’à Osijek la police et la magistrature contrôlaient tout, cette histoire n’était jamais allée plus loin que quelques articles de presse. Comment pouvait-on seulement penser à une enquête de police lorsque, pendant plusieurs années, le chef de la police d’Osijek n’était autre que le parrain de Glavas et le président du tribunal son compagnon d’armes, vice-commandant de la défense de la ville durant la guerre ? Ce n’est qu’au printemps dernier, lorsque Glavas, après un différend avec son parti, l’Union démocratique croate (HDZ), a été expulsé des rangs de celui-ci par le Premier ministre Ivo Sanader, que se sont ouvertes les possibilités de commencer une véritable enquête. Alors qu’il apparaissait de plus en plus évident que Glavas n’était plus protégé par son parti, les peurs ont diminué et la comparution de témoins est devenue possible. L’un d’eux, un ancien membre de l’unité militaire de Glavas, a accusé son ancien commandant d’avoir ordonné l’exécution et la torture de civils. Ce témoin, Krunoslav Fehir, avait 16 ans et demi durant la guerre et faisait partie de l’unité commandée par Glavas. Au mois de juin de l’année dernière, devant le Ministère public de Zagreb, Fehir a dévoilé certains des crimes de guerre commis à Osijek, inculpant Glavas. Une semaine plus tard, demandant à rester anonyme, il a fait le récit d’une histoire choquante à l’hebdomadaire Feral Tribune. Krunoslav Fehir a alors reçu le statut de témoin protégé : il a été éloigné d’Osijek, demeurant sous continuelle surveillance policière. Son père, qui durant la guerre était un assistant de Glavas, a tout de même découvert l’identité de son fils et a cherché à le présenter comme un enfant ne pouvant avoir joué aucun rôle lors de cette guerre. Tortures, sévices et exécutions Toutefois, les photographies que Krunoslav Fehir a montrées aux journalistes, sa carte officielle de militaire portant la signature de Glavas, les témoignages d’autres personnes ayant soutenu ses affirmations, sans compter les diverses preuves matérielles, ont confirmé la version de Fehir. Son récit est horrifiant. Dans sa déclaration, qu’il a également répétée devant le juge de l’enquête préliminaire du Tribunal de circonscription de Zagreb, il explique comment, sous les ordres de Glavas, des civils serbes étaient conduits dans des entrepôts situés tout près du bureau du commandant. Là, ils étaient interrogés, maltraités et torturés. Fehir a décrit en détail un épisode survenu le 31 août 1991, date à laquelle deux civils ont été arrêtés et amenés dans un de ces entrepôts. Chargé d’y monter la garde, Fehir a pu voir ce qui est arrivé aux deux hommes : battus et torturés, ils ont ensuite été contraints de boire l’acide d’un accumulateur qui se trouvait dans l’entrepôt. Epuisé de douleur, l’un des deux prisonniers, Cedomir Vuckovic, a tout de même réussi à briser une porte pour s’échapper. Mais à peine l’avait-il ouverte, que, suivant les ordres de Glavas, Fehir a tiré. Vickovic est tombé. L’autopsie montrera pourtant que la mort n’a pas directement été causée par les blessures par balles, mais bien par un empoisonnement à l’acide. Ce détail est très important pour l’enquête, non seulement parce qu’il confirme l’histoire de Fehir, mais aussi parce qu’il révèle les fausses déclarations avancées par Glavas à la suite de l’événement. Krunoslav Fehir continue son récit en racontant comment, après le coup de feu, Glavas est immédiatement sorti de son bureau et est venu lui demander où était l’autre homme enfermé dans l’entrepôt. Quand Fehir a répondu qu’il se trouvait toujours au même endroit, Glavas a ordonné : « Tuez-le aussi. » Cette personne s’appelait Djordje Petkovic. Après cet épisode, l’on a complètement perdu sa trace. Sa fille Svetlana, qui vit toujours a Osijek, n’a jamais su quelle fin a connu son père. Quelques jours après cette arrestation, le Slobodni Tjednik de Zagreb (un journal connu pour donner à tous les Serbes le nom de tchetnik et pour inciter à la haine) a publié la version de Glavas. Ce dernier affirmait qu’un homme ayant cherché à réaliser un attentat avait été tué. Mais le journal a commis une erreur : tout en affirmant que l’auteur de l’attentat était Djordje Petkovic, c’est la photo de Vuckovic mort qui a été publiée. Mais Vuckovic, qui avait près de 70 ans, qui était corpulent et portait une chemise blanche à manches courtes, ne ressemblait pas à quelqu’un ayant pu commettre un attentat. De plus, pour s’approcher du bureau de Glavas, il aurait dû sauter une enceinte haute de deux mètres et demi et franchir le poste de garde. Aujourd’hui, Glavas affirme pourtant que c’est bien Vuckovic qui a cherché à commettre un attentat. Quant à Petkovic (celui que le journal avait à l’époque désigné comme l’auteur présumé), il n’en a jamais entendu parler. Bientôt, il devra expliquer aux procureurs d’où provient l’acide retrouvé dans le corps de Vuckovic. Il est désormais de plus en plus probable que le procès de Branimir Glavas débutera sous peu. L’ancien général cherche toutefois à déplacer toute l’affaire sur un autre terrain, affirmant qu’il s’agit ici d’un procès politique monté de toute pièce par son ancien parti, qui cherche à se venger. Mais ce n’est pas tout : Glavas cherche également à impliquer le président du Sabor, le parlement croate, Vladimir Seks. Ce dernier aurait été au courant de tout ce qui se tramait à Osijek, affirme Glavas, lui-même n’étant que son subordonné. Seks a effectivement séjourné à Osijek à la fin de l’été et au début de l’automne 1991, durant un peu plus d’un mois. Il a été le commandant de la cellule de crise, un organe qui s’occupait du fonctionnement du pouvoir civil et de la coordination avec les unités militaires sur les territoires en guerre. Mais aucuns des témoins de l’enquête ne l’ont associé aux crimes ayant eut lieu. Le procès attendu de Glavas sera une étape importante pour la Croatie, permettant au pays de régler ses comptes avec le passé récent et de peut-être donner raison à ceux qui soutiennent que tout n’a pas encore été dit sur les crimes de guerre commis par les Croates pendant la « guerre patriotique ». |
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Vecernji List
Croatie : le blues des salariés
Traduit par Emmanuel Nekic
Publié dans la presse : 5 février 2006
Les Croates travaillent de plus en plus et gagnent de moins en moins. Aujourd’hui, plus de 40 000 travailleurs sont payés au salaire minimum. Dans les pays voisin, le coût de la main d’oeuvre est encore plus faible. La Croatie est-elle la première victime de la « balkanisation » du marché du travail ? Les statistiques montrent que la production industrielle a augmenté l’an passé de 5% en Croatie, tandis que les salaires n’ont augmenté que d’un modeste 1,6%. Le coût de la nourriture et de la vie quotidienne sont sans conteste à un niveau européen. La pression sur les salaires, qui va déboucher sur un alignement vers le bas des salaires dans la région des Balkans, crée déjà des inégalités dans la société. Les dernières analyses des salaires par catégorie, publiées dans le bulletin de l’été 2005, montraient que le nombre de salariés qui perçoivent un salaire inférieur au salaire minimum à doublé en quelques années. Ils seraient désormais 40 000. Mais le nombre de ceux qui perçoivent deux fois plus que le salaire moyen est également en augmentation. Les années précédentes, seulement 2 à 3% des salariés ont perçu un salaire mensuel supérieur à 8 000 kunas (environ 1100 euros). C’est désormais le cas 4,2% d’entre eux, soit 42 000 salariés. L’industrie en situation de survie La tendance à la fracture sociale est la résultante de deux processus parallèles. D’un coté, un grand nombre d’industries sont en situation de survie, tandis que certains secteurs puissants apparaissent, dans lesquels circulent beaucoup d’argent, explique Daniel Nestic, de l’Institut d’Economie. Daniel Nestic explique que les analystes ont vérifié à plusieurs reprises les statistiques qu’ils ont reçu, car ils ont été également surpris par l’augmentation de la part des salariés qui perçoivent un salaire très bas. Outre les 40 000 salariés dont le salaire est inférieur à 1 600 kn (environ 210 euros), 46 000 salariés de l’industrie touchent 1 600 à 1 900 kn, tandis qu’environ 70 000 touchent 1 900 à 2 200 kn. Les bas salaires concernent avant tout l’industrie textile, l’industrie du bois et la pêche, qui ne survivent que grâce au faible coût du travail. Les analystes ont également découvert que dans de nombreuses entreprises, le fait de déclarer le salaire minimum est purement comptable ; il permet simplement de se plier aux obligations de paiement des charges sociales. En réalité, les salariés sont payés encore moins que ce salaire minimum. Même au vu de cette misère ambiante, les employeurs estiment encore que les salariés croates sont très chers en comparaison des salariés serbes ou hongrois payés respectivement en moyenne 200 et 400 €. Le salaire moyen en Croatie est de 585 €. C’est la raison pour laquelle de nombreux emplois sont délocalisés dans toute la péninsule balkanique. La tendance mondiale aux écarts de salaires Plus de 60% des salariés en Croatie gagnent moins que le salaire moyen, tandis que les employés de l’industrie pétrolière et du tabac, de la banque, de la production de matériel de communication, de l’informatique et du transport aérien gagnent plus de 5 000 kn (environ 660 euros). La Croatie se rapproche donc de la tendance globale à l’accroissement des écarts de salaires. Si le projet de taux unique d’imposition sur le revenu devait aboutir, ces différences s’accroîtraient encore, conclut Daniel Nestic. |
La guerre est finie : la
Croatie après l’arrestation de Gotovina Publié dans la presse : 10 décembre 2005 Avec l’arrestation d’Ante Gotovina, la guerre en Croatie est enfin terminée : les partis politiques doivent maintenant développer des stratégies pour une Croatie d’après-guerre. Puisque les dirigeants de tous les partis parlementaires défendent l’adhésion la plus rapide possible de la Croatie à l’Union Européenne, ils auraient dû saluer chaleureusement et sans ambiguïté cette arrestation. Par Davor Butkovic Jeudi après-midi, ils ne voulaient pas discuter. Ni Ivica Racan, président du Parti social-démocrate (SDP) et chef de l’opposition parlementaire, ni Stjepan Mesic, Président de la République. Ivica Racan a refusé de donner une interview, en disant qu’il avait beaucoup d’obligations privées (chose qui était vraie et que nous respectons entièrement), mais en laissant quand même la forte impression qu’il n’était pas très enthousiaste pour discuter plus amplement du cas Gotovina. Néanmoins, son communiqué de presse sur l’arrestation de Gotovina a été tout à fait rationnelle. Stjepan Mesic, de son côté, a refusé toute interview sans aucune explication et n’a fait qu’envoyer au public une déclaration plus ou moins insensée sur le cas Gotovina. De la part d’un homme qui, ces derniers temps, faisait tout pour partager avec les citoyens croates ses positions sur tout un éventail de choses bien moins importantes, notamment sur le problème des folksdojceri [1], ou sur le pont de Peljesac, on s’attendait au moins à ce qu’il s’exprime un peu plus sur la résolution finale du problème le plus important de l’État croate, devoir qui entre d’ailleurs dans son cahier des charges de chef de l’État. Le silence de Mesic Sans doute à cause d’une leçon apprise il y a trois ans, quand il essayait, par le biais de la télévision et de ses conseillers, de persuader Gotovina de venir lui rendre visite dans son Bureau présidentiel, Mesic est resté sans commentaires, comme si l’arrestation du général fugitif concernait un autre pays, et non pas celui dans lequel, à deux reprises et avec une grande majorité, il a emporté le mandat présidentiel. Sur cet événement politique crucial pour la Croatie, Stjepan Mesic s’est donc tu. Ivica Racan ne voulait pas en parler plus sérieusement. Les autres protagonistes politiques importants ont confirmé leurs limites intellectuelles et éthiques déprimantes : Anto Djapic a failli pleuré sur le destin de Gotovina (alors que dans toutes les interview récemment données il se prononçait pour l’arrestation), Damir Kajin, de plus en plus perdu, a fait le lien dans sa déclaration entre l’arrestation à Tenerife et les intérêts des États-Unis et de la Grande Bretagne (comme si Gotovina travaillait pour Ben Laden), tandis que la seule qui, au sein du Parti paysan croate (HSS), continue à soutenir Zlatko Tomcic, la députée Lalic, a déclaré qu’avec Gotovina, on inculpait en fait l’État croate, répétant ainsi l’une des idées reçues les plus bêtes de la basse politique, qui circule dans ces milieux depuis des années. Seule la présidente du Parti national croate (HNS), Vesna Pusic, dont je ne soutiens absolument pas le style politique, a donné une déclaration correcte et sensée sur Gotovina, en constatant qu’à présent, enfin, un problème politique crucial était résolu. Objectif commun Le fait que la scène politique croate entière n’était pas capable de réagir d’une façon productive à l’arrestation du général Ante Gotovina, pourtant préparée depuis des années et attendue depuis des mois, est définitivement un signe alarmant. Même les dirigeants de la Communauté démocratique croate (HDZ, au pouvoir), s’ils pouvaient dire ce qu’ils pensaient, ne donneraient pas de déclarations sensiblement différentes de celles prononcées par les dirigeants des partis de l’opposition. Toute personne qui veut faire de la politique en Croatie et défendre les intérêts nationaux croates doit en effet dorénavant comprendre la chose suivante : l’arrestation d’Ante Gotovina écarte les derniers obstacles politiques importants pour l’intégration euro-atlantique de la Croatie. Puisque les dirigeants de tous les partis parlementaires, du HSP et du HSS au SDSS età l’IDS, défendent d’une façon affirmée l’adhésion la plus rapide possible de la Croatie à l’Union Européenne, ils auraient dû saluer chaleureusement et sans ambiguïté l’arrestation de Gotovina, car celle-ci mène vers un objectif consensuel commun. Et le Président Mesic aurait du être le premier à le faire, lui qui s’est ouvertement déclaré pour l’adhésion la plus rapide possible à l’UE. Ils ont cependant évité de le faire et ne veulent même pas en parler en détails, alors qu’ils sont très vite prêts à se plaindre et dire que les médias ne leurs accordent pas suffisamment d’espace, ce qui représente une forme particulière de cynisme politique. Bien que je ne croie pas que les chefs des partis de l’opposition (ni ceux du HDZ, à l’exception de Vladimir Seks et d’Ivo Sanader) soient véritablement conscients de tous les changements que représente pour la Croatie l’arrestation de Gotovina, il n’est pas exagéré de supposer qu’ils aient au moins pressenti l’arrivée de ces changements. Car, jusqu’au moment de l’arrestation de Gotovina, la Croatie vivait dans une sorte d’état de guerre prolongé. Les idéologues de la droite radicale, les dirigeants des associations des anciens combattants, la direction du Parti croate du droit (HSP, extrême-droite) - et même une partie du parti HDZ, quand la politique quotidienne le voulait - utilisaient le cas Gotovina comme indicateur de leur vision du partage de la Croatie. Dans ce partage, d’un côté on avait les anciens combattants et les « bons » Croates, dont la fierté était blessée avec la « dé-Tudjmanisation » du pays, alors que de l’autre côté on retrouvait des méchants comme Sanader, Racan et Mesic, ainsi que les représentants de l’opinion publique libérale, qui se déclaraient pour l’ouverture de la Croatie, sa dé-Tudjmanisation ainsi que pour la coopération avec le Tribunal de la Haye. Le cas Gotovina fonctionnait comme indicateur dans le sens où, en se déclarant pour ou contre Gotovina, on se situait, du moins d’une façon provisoire, de l’un ou de l’autre côté de la réalité politique croate. Les luttes politiques Il y avait, bien entendu, beaucoup de situation intermédiaires, ce qui fait qu’il y a un an par exemple, les citoyens ont de nouveau voté d’une façon massive pour Stipe Mesic, bien que, malgré sa sympathie sporadique pour Gotovina, il se plaçât toujours du côté opposé. Mesic était bien conscient de l’importance de la question Gotovina et, durant sa campagne présidentielle, il n’a jamais osé dire qu’il arrêterait le général en fuite si l’occasion se présentait. Sanader, de son côté, l’a fait arrêter. Avec l’arrestation d’Ante Gotovina dans les îles Canaries, ce dernier clivage hérité de guerre, toujours d’actualité dans la vie publique croate, a cessé d’exister. Ante Gotovina n’est plus le cas capable de réunir des manifestants contre quelconque pouvoir croate. En effet, tout parti au pouvoir est tout simplement obligé de coopérer avec La Haye. Il s’agit de règles de jeux de base que même Anto Djapic respecterait si par un hasard malheureux il devenait Premier ministre. Ante Gotovina n’est plus la question qui partagera la Croatie, ou du moins pas plus de quelques mois, quand son procès ne sera plus que l’un des nombreux procès du Tribunal de La Haye, qui n’influencera plus aussi fortement le corps électoral croate. Les principales luttes politiques en Croatie ne seront donc plus jamais menées autour de la « Guerre patriotique », ni autour de ses principaux protagonistes. Avec l’arrestation d’Ante Gotovina, la Croatie est donc définitivement sortie du temps de la guerre, ce qui avait déjà commencé avec l’ouverture des négociations avec l’Union Européenne. Un tel pas en avant demande cependant un changement de stratégie des partis politiques qui fondaient pour beaucoup leur orientation à gauche, au centre ou à droite à propos du rapport rhétorique (pas du tout réel) à la « Guerre patriotique ». Autrement dit : qu’est ce que va faire maintenant la droite croate quand elle ne pourra plus attaquer le gouvernement à cause du mauvais traitement réservé aux anciens combattants et de la « persécution honteuse des héros de Guerre patriotique » ? D’un autre côté, quelle position prendra maintenant la gauche croate qui, malgré le lancement de négociations avec l’Union Européenne, prétendait que la politique du gouvernement n’avait pas de véritable contenu, alors que la politique de ce même gouvernement a rempli le devoir le plus difficile - l’arrestation du fugitif croate le plus recherché. La droite comme la gauche, mais bien sur aussi le HDZ, qui n’est pas tout à fait uni derrière la politique de Plan d’action pour l’arrestation du général Gotovina, doivent maintenant changer drastiquement leurs stratégies. Les manifestations Faire de la politique en Croatie après Gotovina veut dire traiter un tout autre dispositif de problèmes politiques et économiques que durant ces dernières quinze années. La guerre est ainsi enfin terminée au niveau symbolique. Nous avons en place un consensus massif social et politique sur la question d’adhésion à l’UE, et la vraie question qui se pose pour la première fois depuis l’an 1990 est comment formuler les politiques spécifiques pour les objectifs et les groupes sociaux spécifiques. Jusqu’à présent, toutes les discussions importantes en Croatie étaient menées autour de la formulation d’une stratégie politique nationale unique, à propos de la victoire dans la guerre, de la question bosniaque ou de l’adhésion à l’Union Européenne. Cette époque est maintenant définitivement derrière nous, mais les partis politiques n’en sont pas encore conscients, de même qu’ils ne sont pas encore capables d’articuler des politiques d’intérêts spécifiques qui concernent la définition de la nouvelle société. Peut-être que le processus de mûrissement sera accéléré par les manifestations qui ont eu lieu jeudi passé devant le bâtiment du gouvernement, à l’occasion desquelles une centaine de manifestants ont réussi à casser quelques fenêtres au premier étage du palais gouvernemental sur la place Markov Trg. J’espère qu’aucun parti parlementaire n’a eu l’idée de donner son soutien aux manifestants sur un point quelconque. Le gouvernement du HDZ est maintenant exposé à la fureur des gens dont l’unique envie, il y a deux ans, était que Racan perde le pouvoir. Ces manifestations de fureurs sont une chose normale, attendue et, heureusement, pas trop massive. Cependant, comme nous l’avons déjà écrit dans le premier commentaire publié par Jutarnji List, suite à l’arrestation du général Ante Gotovina, le devoir de chaque gouvernement est, entre autres, de prendre et de mettre en place des décisions qui ne sont pas toujours populaires. Dans ce cas concret, une opinion publique responsable ainsi que tous les partis politiques sérieux doivent donner leur soutien au rôle du gouvernement dans l’arrestation d’Ante Gotovina. Les raisons qui tiennent à la politique ainsi qu’au règne du droit en sont plus que claires. Et une fois les passions autour du cas Gotovina calmées, les think tanks des principaux partis (à condition, bien sûr, qu’ils en aient quelques-uns), doivent se mettre à dessiner les stratégies politiques radicalement nouvelles pour une Croatie d’après-guerre et d’après La Haye. [1] Allemands expulsés de Yougoslavie après la Seconde Guerre Mondiale |
![]() Croatie : Predrag Matvejevic condamné à cinq mois de prison Traduit par Ursula Burger Oesch Publié dans la presse : 5 novembre 2005 Le grand écrivain croate a été condamné à une peine de cinq mois de prison ferme pour diffamation, après dénoncé les propagateurs intellectuels de la haine nationaliste. Le président du P.E.N. club croate dénonce cette décision de justice inique et inquiétante pour l’état de la démocratie croate. Par Zvonko Makovic [1] Mercredi 2 novembre 2005, le juge Nenad Lukic du Tribunal municipal de Zagreb a conclu l’un des dossiers dont il s’occupait depuis quelques années. Par cette sentence, il a décidé d’infliger une peine unique de cinq mois de prison ferme à l’un des plus grands intellectuels croates et européens, avec une peine conditionnelle supplémentaire de deux ans, pour calomnie et offense. Le condamné est Predrag Matvejevic. Il a été condamné suite à une plainte déposée par Mile Pesorda, basée sur le texte « Nos talibans », publié dans le journal Jutarnji List il y a exactement quatre ans. Dans son texte, Matvejevic explique que parmi les responsables de la guerre qui a eu lieu sur le territoire de l’ex-Yougoslavie figurent aussi certains écrivains et journalistes, incitaient par leurs écrits à la haine envers ceux que, souvent sans arguments, on qualifiait d’ennemis. Et on sait comment, à cette époque-là, on traitait les ennemis. Comme initiateurs de la haine, cet intellectuel renommé n’a fait que citer des personnes mentionnées déjà maintes fois par tant d’autres. Parmi ces gens qui initiaient à la haine figurait entre autres Mile Pesorda, écrivain originaire de Bosnie et Herzégovine qui, au début de la guerre, a quitté Sarajevo, sa ville natale, pour s’installer à Zagreb. Depuis, tout à fait dans le style de l’UDBA, la police politique titiste, il accusait, médisait et offensait ses anciens collègues. Pour le dire simplement - il mentait. L’une des victimes de cette entreprise offensante de Pesorda était Abdulah Sidran, un grand écrivain de Sarajevo. L’intellectuel extrêmement courageux et honnête qui a osé dévoiler ce mensonge et signaler les dangers que cache une telle pratique de médisances et de dénonciations, était Predrag Matvejevic. Et pourtant, le 2 novembre 2005, Matvejevic a été condamné à une peine de prison, parce qu’il disait la vérité. Cette vérité a été donc reconnue par le juge Nenad Lukic comme étant de la calomnie et une offense. Celui qui médisait, qui offensait, qui répandait la haine, sort à présent du Tribunal municipal de Zagreb en tant que victime. Cette sentence comporte un côté profondément absurde. Elle est émise au moment même où la République de Croatie parle de sa compatibilité avec les standards européens et entame les négociations avec l’Union Européenne. En Europe, cependant, on sait tout de même faire la part des choses : on condamne les discours de haine et on comprend le sens de termes tels que calomnie et offense. Au sein du Tribunal européen pour les droits de l’homme, le fait même de traiter quelqu’un d’idiot n’est pas automatiquement qualifié de calomnie ou de médisance, si les démarches ou les paroles de l’idiot en question justifient un tel jugement de valeur négatif. En Croatie, la vérité est qualifiée de calomnie et d’offense, alors qu’un discours de haine indubitable est caractérisé d’affaire honnête. Et c’est cela qui nous inquiète tous. Predrag Matvejevic, longtemps président P.E.N. club croate, président actuel de la communauté P.E.N. internationale, écrivain et intellectuel, le seul dans notre petit milieu à avoir un poids reconnu dans le monde entier, qui a été reçu il y a deux ans de la plus grande décoration de l’État des mains du Président de la République Stjepan Mesic, est aujourd’hui condamné à la prison. Pourquoi ? Pour avoir dit la vérité. Pour toutes ses raisons, la peine de cinq mois de prison qui menace Predrag Matvejevic est la preuve de l’absurdité et du chaos dans lequel nous vivons, mais elle est aussi un avertissement sérieux.
[1] Président du centre P.E.N. club croate |
Le crucifix, le yoga et la Croatie Publié dans la presse : 24 août 2005 Le pape Benoît XVI a demandé l’introduction du crucifix dans les salles d’école et les édifices publics. Cette proposition suscite l’enthousiaste de certains représentants de la droite croate, mais fait débat dans le pays. L’occasion de revenir sur les relations difficiles et dangereuses entre religion, société et politique en Croatie : récemment, l’Église catholique a ainsi voulu interdire la pratique du yoga dans les écoles... Par Drago Hedl La Croatie répondra-t-elle à la dernière suggestion du pape Benoît XVI, en plaçant un crucifix dans tous les bureaux publics et les institutions d’État ? Bien que le symbole chrétien du crucifix soit déjà présent en Croatie dans beaucoup de salles d’hôpital, dans des salles de classes, les hospices et les bureaux de certains hommes politiques, sa présence obligatoire signifierait quelque chose de nouveau. Dans un pays où l’Église a une énorme influence sur la vie politique, le gouvernement a réagi de manière très prudente à la proposition du pape. Un porte-parole officiel a simplement déclaré que cette idée serait examinée avec attention, en prenant le temps nécessaire pour sonder l’opinion publique. À la différence de la position prudente du gouvernement conduit par Ivo Sanader, l’opinion publique n’a pas accueilli l’idée avec un grand enthousiasme. Seuls quelques rares hommes politiques, comme Ante Djapic, le président du Parti croate du droit (HSP), ont accepté sans réserve l’initiative du pape. Ce représentant de la droite a déclaré qu’il avait déjà émis une circulaire, depuis son bureau de maire de la commune d’Osijek, pour que le crucifix soit présent dans les espaces publics, à côté du drapeau et du blason de la Croatie. Principale force d’opposition, le Parti social-démocrate (SDP), dont la popularité a beaucoup augmenté ces derniers mois et qui - selon les derniers sondages - jouit actuellement d’une meilleure popularité que l’Alliance démocratique croate (HDZ) au pouvoir, considère que, si le crucifix était placé dans les édifices publics, comme symbole d’une seule foi, cela violerait sérieusement le droit constitutionnel à l’égalité entre les citoyens. Même dans les rangs du Parti paysan croate (HSS), traditionnellement proche de l’Église catholique, on considère que l’exposition du crucifix est un choix personnel de chaque individu, et que cette question ne devrait pas être régulée par des obligations ou des prescriptions. Des réticences au sein même de l’Église Il semble même qu’à l’intérieur de l’Église catholique croate, l’idée du pape ne reçoivent pas un soutien unanime. D’un côté, immédiatement après la déclaration de Benoît XVI sur l’importance « que Dieu soit présent dans la vie publique, par le symbole du crucifix, dans les maisons et les bureaux publics », certaines déclarations officieuses ont rappelé que déjà l’automne dernier, les évêques croates avaient envoyé une requête explicite sur l’exposition du crucifix dans les bureaux publics. D’autre part, cependant, le rédacteur en chef de l’influent hebdomadaire catholique Glas Koncila, Ivan Miklenic, a expliqué qu’il ne serait pas opportun d’interpréter littéralement la proposition du pape, formulée lors de son prêche à Castelgandolfo le jour de la fête de l’Assomption, le 15 août. « La présence de Dieu dans la vie publique, dont le pape se préoccupe, est une question plus importante que celle de savoir où sera exposé le crucifix. Le pape souligne l’importance de la dignité de l’individu, de la liberté, de la paix, de la solidarité et des droits sociaux. Partout où de telles valeurs se manifestent, Dieu est présent dans la vie publique et cela, selon moi, est beaucoup plus difficile à réaliser que de fixer au mur un quelconque symbole. C’est pourquoi je considère que les paroles prononcées par le pape au cours d’une messe n’ont pas pour but que soit menée partout une action visant à faire apposer des crucifix dans les lieux publics », a déclaré Ivan Miklenic. La célèbre théologienne libérale Ana Marija Grunfelder, qui a souvent critiqué certaines initiatives de l’Église, affirme qu’elle ne comprend ce qui a conduit Benoît XVI a présenter une telle idée. Elle affirme croire que la cause possible en serait l’influence exercée par le christianisme baroque de l’Allemagne méridionale, dans l’atmosphère de laquelle le pape a grandi, et la présence surabondante de symboles dans les églises bavaroises. Pourtant, ajoute Ana Marija Grunfelder, cet élément n’est pas présent dans la théologie de Benoît XVI. « Peut-être Ratzinger a-t-il tiré la conclusion que croyants actuels ne sont plus dans les conditions leur permettant d’établir une communication avec un Dieu abstrait, ce qui rendrait nécessaire la présence d’un crucifix dans tous les endroits. Tout le reste repose sur des spéculations et des tentatives de pénétrer le sens profond de la proposition de Ratzinger, dont je n’arrive pas à comprendre la signification », a-t-elle déclaré. Les observateurs de la politique de l’Église catholique en Croatie font remarquer que, très probablement, bien que l’Église ne veuille pas revendiquer la reprise à la lettre de la proposition du pape, elle est cependant très décidée à demander la présence obligatoire du crucifix dans tous les lieux publics. Nulle part en Europe, fait-on cependant remarquer, la question n’a été résolue de la sorte. C’est ainsi que l’on rappelle à l’attention publique l’affaire survenue il y a deux ans en Italie, à L’Aquila où, à la suite de la plainte déposée par le chef de la communauté musulmane locale, un tribunal a statué que les crucifix devaient être ôtés des hôpitaux et des écoles publiques, au nom du principe d’égalité des droits religieux. L’Église catholique est considérée par une partie de l’opinion publique croate comme porteuse de positions intolérantes et exclusives. L’exemple toujours cité est celui de l’opposition de l’Église à l’introduction du yoga dans les écoles. L’Église craignait en effet que le yoga puisse susciter l’intérêt des élèves envers les religions orientales. De même, il y eut une grande discussion et de nombreuses polémiques en Croatie sur l’introduction du catéchisme obligatoire dans les écoles. L’Église a toutefois réussi à garder le cap avec succès sur ce dossier. De la même manière, il y a deux ans, l’Église a exercé de fortes pressions pour obtenir la fermeture dominicale des commerces. Le gouvernement du Premier ministre de l’époque, le socialiste Ivica Racan, avait cédé aux pressions, faisant adopter par le Parlement une loi qui limitait rigoureusement le travail du dimanche dans les grands centres commerciaux. Par la suite, la Cour constitutionnelle a annulé cette loi, mais l’Église a continué à se battre pour obtenir cette interdiction. « Méthodes inquisitoriales » contre un concert de Marilyn Manson Ces derniers jours, en même temps que le pape demandait l’introduction du crucifix dans les bâtiments publics, l’Église lançait une grande campagne pour interdire un concert de Marilyn Manson. Le chanteur rock était attendu à Pula le 22 août, la capitale de la région traditionnellement libérale d’Istrie. Le concert était presque interdit, au motif que Manson « offense les sentiments religieux des citoyens », quand une série d’articles critiques est parue dans la presse sur « les méthodes inquisitoriales » utilisées par l’Église croate pour interdire un concert de rock. La police a finalement renoncé à interdire le concert. Les pressions des associations catholiques n’ont pas diminué pour autant, et la police a dû promettre que, si Manson offensait les sentiments religieux des citoyens au cours de son concert, sa prestation serait interrompue et le chanteur conduit en prison. Finalement, le concert s’est déroulé sans aucun incident. |
Traduit par Persa Aligrudic Publié dans la presse : 27 juillet 2005 Fin 1991 et début 1992, des civils serbes ont été assassinés à Osijek, la capitale de la Slavonie croate, alors assiégée par les milices serbes. Un témoin, Krunoslav Fehir, confirme que ces crimes ont bien été commis sous les ordres de Branimir Glavas, alors représentant du Président Tudjman dans la ville. Maintenant dissident du HDZ, Glavas est toujours l’homme fort de la vie politique locale. Krunoslav Fehir précise que ces crimes ont été commis par les membres de la soi-disant « Unité de Branimir » à Osijek. On leur avait dit qu’il s’agissait de tchétniks et de terroristes, et non pas de civils. Dans sa déclaration à la télévision croate, Krunoslav Fehir accuse lourdement Branimir Glavas. « Bien sûr, il s’agit de Branimir Glavas, je n’avais que 16 ans lorsqu’il m’a mis dans la situation de tuer des civils exclusivement de nationalité serbe », dit-il. Fehir a aussi décrit son rôle durant la séance de torture de Cedomir Vuckovic et de Djordje Petrovic : « Nous les avons tabassé jusqu’à 9 heures du soir, et entre 21 heures et 21 heures 30, l’un des membres de l’unité de Branimir et moi-même avons forcé Cedomir Vuckovic à boire le liquide de la batterie que nous avions versé dans un récipient ». « C’est moi qui l’ai tué » Fehir explique que Vuckovic, après avoir été torturé, avait essayé de s’enfuir du garage où avait eu lieu la séance de torture pour regagner le centre de Osijek : « C’est alors que nous avons tiré des coups de feu sur lui et que quatre ou cinq balles l’ont touché. C’est moi qui l’ai tué. Il est alors tombé entre les bâtiments du Tribunal pénal et le Secrétariat de la défense nationale, où Branimir Glavas était installé, à une distance de cinq à sept mètres. Le deuxième prisonnier a également été liquidé. Il a été emmené jusqu’à la rivière de la Drava où il a été tué d’une balle tirée dans la nuque », raconte Fehir. Interrogé pour savoir s’il l’avait liquidé de sa propre initiative où s’il en avait reçu l’ordre, Fehir a répondu : « Après les coups de feu, Glavas est venu jusqu’à moi en me demandant où était le deuxième. Je lui ai dit qu’il était à l’intérieur, sur quoi il m’a rétorqué : qu’attends-tu, tu aurais pu le liquider aussi, tant qu’il n’y a encore personne ». D’après les estimations de Fehir plusieurs dizaines de civils ont ainsi été tués et il affirme que ce n’est ni le premier ministre ni le président du Sabor qui l’ont incité à faire sa déclaration, mais que c’est sa conscience qui l’a poussé à le faire et il dit que ces crimes ne peuvent et ne doivent pas être oubliés. Glavas : je veux que tout soit mis en lumière Branimir Glavas a de nouveau rejeté toutes les accusations en disant que la place de Fehir devait être sur le banc des accusés, puisqu’il a reconnu avoir tué des civils serbes. « Sur le banc des accusés doivent se trouver ceux qui ont commandité ces crimes. Je n’ai ni commis de crimes ni ordonné qu’ils soient commis, et mon intérêt est que l’on en fasse la lumière car depuis 14 ou 15 ans je porte le fardeau des crimes, je porte les péchés d’autrui sur mon dos et je le supporte stoïquement. À présent, je ne le veux plus, je veux qu’on élucide tout cela, que tous les cas fassent l’objet d’investigations. Tout crime porte un nom et prénom », a-t-il dit. La police d’Osijek : nous irons jusqu’au bout Le nouveau chef de la police de Osijek, Vladimir Faber, a confirmé que de nouveaux témoins sont apparus au cours de l’enquête. Si les accusations du témoin protégé sont confirmées, Branimir Glavas ne jouira pas de l’immunité parlementaire, tandis que l’opinion public se demande si le nouveau chef de la police de Osijek a les mains libres : « J’affirme sous ma pleine responsabilité que nous irons jusqu’au bout et que nous ferons tout ce qu’il est possible de faire objectivement pour élucider les événements survenus en 1991 ». La police d’Osijek a communiqué qu’il y avait encore 27 cas de meurtres non élucidés datant de 1991 et 1992, tandis que le Parquet a confirmé l’existence de documents relatifs à 10 crimes de cette période perpétrés de la même manière. Les victimes ont été torturées, liées avec des rubans adhésifs et emmenées jusqu’à la Drava pour être fusillées et jetées dans la rivière. Djapic : la politique en arrière-plan Le président du Parti croate de droit (HSP, extrême droite), en même temps maire d’Osijek, Anto Djapic, a lancé un appel à l’opinion publique pour ne pas créer un climat de condamnation des hommes tant que les procédures judiciaires ne seront pas entamées. « Le Parquet public a fait une très grosse erreur, car il n’a pas été arrêté le témoin protégé qui a avoué publiquement qu’il avait tué », a déclaré Djapic. « Il n’existe pas de protection telle que quelqu’un puisse parler à des médias publics en avouant avoir tué et qu’ensuite il ne soit pas arrêté. Si cela devait continuer, cela montre qu’il y a derrière un fond politique dans l’ouverture de ’l’affaire Osijek’. On a généralement reconnu le fait qu’il y a eu disparition de civils serbes et que quelqu’un doit en assumer la responsabilité, mais les lois ne s’appliquent pas de façon égale pour tous, car ceux qui ont commencé l’agression sur la Croatie et Osijek ont été libérés de toute responsabilité par amnistie pour le meurtre de près de 2000 civils d’Osijek et pratiquement personne n’en assume la responsabilité », a-t-il conclu. |
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Le lundi 25 avril 2005 La Croatie ouvre un grand procès de crimes de guerre Agence France-Presse - Zagreb Le plus grand procès de crimes de guerres contre 27 Serbes accusés d'avoir commis des atrocités contre des civils dans la région de Vukovar au début du conflit serbo-croate de 1991-1995 s'est ouvert lundi devant un tribunal croate, a-t-on indiqué de source judiciaire. Seize des 27 accusés sont jugés par contumace. |
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L’Académie croate adopte une
nouvelle déclaration très politique sur la langue
L’Académie croate des Sciences et des Arts (HAZU) vient d’adopter une nouvelle déclaration sur la langue croate. Pour Jutarnji List, cet acte anachronique s’inscrit dans le cadre de la campagne de l’extrême droite contre le Premier ministre Ivo Sanader et les perspectives d’intégration européenne du pays. Par Davor Butkovic Après la lecture d’une telle opinion indécemment exagérée, il est évident que les vraies intentions de cette déclaration, publiée par la présidence de l’Académie le 23 février sont d’un tout autre genre. La déclaration de l’Académie est un acte purement politique, dans lequel la question de la langue est utilisée comme un instrument politique, c’est-à-dire comme un moyen de mobilisation massive pour la réalisation de certains buts politiques qui, dans les circonstances actuelles en Croatie, ont peu de rapport avec la langue. Il faut d’abord souligner qu’une telle utilisation de la langue à des fins politiques en 1967, à l’époque de l’ex-Yougoslavie, était justifiée par deux fortes raisons : d’abord, à l’époque, la langue était véritablement un élément d’homogénéisation politique en Croatie et, deuxièmement, le fait est que l’identité de la langue croate était véritablement en danger, d’un côté à cause de l’imposition de certains standards provenant de Serbie, de l’autre, par le simple fait que le nom même de la langue était composé de deux langues, c’est-à-dire que la langue officielle s’appelait serbo-croate, ou croate ou serbe. La droite radicale sur la défensiveDans cette optique, la Déclaration sur la langue de 1967 était véritablement un événement politique de grande importance, dont le but était de conserver l’identité de la langue (but qui a été d’ailleurs entièrement réalisé), mais il a également canalisé l’émancipation de l’idée sur une plus grande indépendance de la Croatie au sein de la fédération yougoslave.Cette Déclaration représentait donc un acte politique éminent de résistance contre Belgrade ainsi qu’un appel pour un regroupement politique en Croatie, dans le but d’une réalisation d’indépendance maximale. Cependant, la question qu’on se pose à présent est celle est du lien, tant souligné par les militants de la récente de Déclaration sur la langue de l’Académie, entre la déclaration de 1967 et celle écrite 38 ans plus tard dans une Croatie indépendante. La Déclaration de 1967 s’inscrit dans un moment caractérisé par une forte menace des intérêts nationaux croates, une époque où l’on avait l’impression que la Yougoslavie de Tito ne pouvait pas se décomposer et que personne au monde ne soutiendrait jamais la création de nouveaux États indépendants en Europe. La nouvelle déclaration de la HAZU est au contraire publiée alors que la Croatie est indépendante depuis une quinzaine d’années, qu’elle est un pays dans lequelle on parle naturellement la langue croate, où les intérêts nationaux croates ne sont pas et ne peuvent aucunement être en danger de la même manière que c’était le cas en Yougoslavie. La Déclaration de la HAZU est également rendue publique au moment où doit se décider l’adhésion croate à l’Union Européenne. Si les Déclarations de 1967 et celle de 2005 ont la même signification, comme le prétendent les inspirateurs et les pionniers de la déclaration et si la Déclaration de 1967 était une réaction contre la mise en danger des intérêts nationaux croates et une invitation à la défense de ceux-ci, il est nécessaire de se poser la question suivante : qu’est-ce qui, du point de vue des auteurs de la nouvelle Déclaration, mais aussi de celui de l’Académie, met en péril aujourd’hui les intérêts nationaux croates ? La Croatie est-elle, pour résumer les choses en quelques mots, dans une situation aussi difficile qu’à l’époque de la Yougoslavie, en 1967 ? Nous avons peur de devoir constater que l’ultime et véritable dessein des auteurs et des idéologues de cette Déclaration s’oriente précisément vers cette thèse-là. Ils veulent, en signalant un soi-disant péril dans lequel se trouverait la langue, montrer que dans l’actuelle Croatie indépendante et souveraine, qui se prépare à franchir bientôt le pas de l’UE, les intérêts nationaux sont mis en danger presque de la même façon que dans la Yougoslavie de Tito. Cette thèse latente des auteurs et des idéologues de la Déclaration concerne uniquement la Croatie post-tudjmanienne. Car si Franjo Tudjman était toujours vivant, ou si nous avions au pouvoir une équipe politique défendant l’idéologie tudjmanienne et ses méthodes de gestion du pouvoir, cette Déclaration de l’Académie, nous en sommes persuadés, n’aurait jamais existé. Et si le Premier ministre Ivo Sanader, après avoir pris le pouvoir, avait rempli les attentes des protagonistes de la révolution conservatrice (de Thompson jusqu’aux évêques de la Dalmatie de Sud) qui régnaient en Croatie il y a quelques années encore, la Déclaration sur la langue n’aurait également pas été publiée. Mais Ivo Sanader a poursuivi la politique de l’ancien Premier ministre social-démocrate Ivica Racan, la seule possible (parce que toute autre politique ramènerait la Croatie au niveau de la Serbie et la Bosnie & Herzégovine), et les idéologues de l’extrême droite croate se sont sentis rahis, puis mis en dange. Finalement, alors qu’Ivo Sanader semble avoir de moins en moins de soutien au sein de son propre parti, ces militants sont prêts à agir. Comme le montre très clairement une longue interview de Dubravko Jelcic, donnée au magasine Hrvatsko slovo, ainsi que certains textes publiés dans d’autres journaux de la droite radicale croate, auxquels, malheureusement, vient de se joindre le journal officiel de l’Église catholique Glas Koncila, l’extrême droite croate considère que le gouvernement d’Ivo Sanader met en danger les intérêts nationaux de même façon que le faisait, selon eux, le gouvernement d’Ivica Racan. La droite radicale considère qu’Ivo Sanader met en danger les intérêts nationaux par sa collaboration avec le Tribunal de la Haye et par son apparent manque de respect pour la guerre patriotique. Elle reproche également à Ivo Sanader son ouverture envers la minorité serbe en Croatie ainsi que sa disposition à collaborer avec la Serbie et Monténégro. La cible principale des attaques nationalistes contre le Premier ministre concerne avant tout les questions liées à l’Union Européenne. La différence imposéeLa droite radicale juge qu’en adhérant à l’UE, la Croatie va perdre son identité et sa souveraineté nationale, ainsi que sa fierté nationale. Pour toutes ces raisons, aux yeux de la droite radicale croate, Ivo Sanader est un traître national, l’homme qui met sérieusement en danger les intérêts nationaux et le politicien auquel il faut s’opposer. Les intellectuels favorables à l’extrême droite ont choisi comme stratégie d’opposition et d’attaque sur Sanader une soi-disant mise en danger de la langue croate, en comptant sur la traditionnelle sensibilité, presque automatique, de la plupart des Croates, aux questions linguistiques. En ce sens-là, la Déclaration de la HAZU est une attaque contre Ivo Sanader, et cela au moment même auquel les opposants de l’extrême droite considèrent le Premier ministre comme étant dans une position de faiblesse. Elle représente également une attaque contre l’orientation pro-européenne de la République de Croatie. La Déclaration de la HAZU a un deuxième but supplémentaire. Elle a été publiée quelques jours après la publication d’un avis par lequel le ministère de l’Éducation nationale a recommandé un Manuel sur l’orthographe écrit par Milan Mogus et Stjepan Babic qui, dans certains cas, ne correspond pas entièrement avec la pratique actuelle d’orthographe, et qui rend la langue croate plus « différente » que le serbe ou le bosniaque. Les auteurs et les idéologues de la Déclaration considèrent apparemment qu’il est maintenant opportun d’essayer d’imposer une différentiation violente et claustrophobe de la langue croate, ce qui pouvait éventuellement avoir du sens dans l’ex-Yougoslavie, en tant que réaction aux nombreuses actions d’uniformisation de la langue, mais qui s’avère aujourd’hui fortement provincial et inutile. La politique pureÀ travers l’affirmation des « différenciations » dans la langue, on essaie d’imposer d’autres valeurs choyées par la politique de la droite radicale en Croatie, qui est essentiellement eurosceptique, encline à l’isolation, drastiquement conservatrice et totalement en opposition avec les intérêts nationaux actuels contemporains.L’Académie croate des Science et des Arts peut, bien entendu, essayer de défendre sa Déclaration sur la langue en prétendant que celle-ci se réfère uniquement à la langue croate, et non pas à d’autres aspects de l’intérêt national, ni de la haute politique de l’État. Cependant, une telle défense de la Déclaration n’a pas de fondement, parce qu’une grande partie de la Déclaration reprend des thèses bien connues, qui vont de soi et que personne ne remet en question. Répétons une fois encore l’évidence : il va de soi qu’en Croatie on parle la langue croate. Quelle autre langue parlerait-on ? Est-ce que l’Académie était vraiment obligée de publier une déclaration supplémentaire pour souligner ce fait banal et évident ? Il va également de soi que les Croates de Bosnie et Herzégovine parlent le croate. Pour cela non plus, il n’y avait pas besoin de déclaration spéciale. Il est également inutile de prétendre que la Déclaration est écrite par peur de la multiplication des anglicismes dans la langue croate. Cette peur peut être argumentée. Elle est même caractéristique depuis les décennies de tout un groupe de pays européens, mais elle n’a sûrement pas motivé les auteurs et les idéologues de la Déclaration. Nous voilà dans la zone de la politique pure. L’Académie croate des Sciences et des Arts a essayé d’utiliser le soi-disant danger dans lequel se trouverait la langue croate pour porter un coup extrêmement conservateur, par lequel elle essaie de s’attaquer à l’orientation politique centrale de l’État, soutenue par tous les principaux partis politiques et par leurs électeurs, qui prône une orientation de la Croatie vers l’Union européenne. Cette logique vise à établir une isolation politique et linguistique. Cette manoeuvre entièrement désorientée et anachronique de l’Académie, qui se révélera de toute manière dans l’avenir bien peu significative, délégitime malheureusement de façon cette institution, que nous avons de plus en plus de peine, au moins dans la sphère des sciences sociales, à considérer comme sérieuse. |
Croatie : l’extrême droite
multiplie les provocations Publié dans la presse : 14 janvier 2005 La Croatie contemporaine essaie de prendre ses distances avec son passé oustachi, mais ses efforts pour intégrer l’UE semblent provoquer un regain d’activités des éléments d’extrême droite au pays. Une série d’incidents viennent de défrayer la chronique : la statue de Jospi Broz Tito a été détruite dans sa ville natale de Kumorovec, et les initiatives en faveur des inculpés de La Haye se multiplient. Par Drago Hedl Le 9 janvier, un groupe non identifié a érigé un mémorial à Jure Francetic et Mile Budak - célèbres pour leur implication dans le mouvement fasciste autochtone croate qui avait pris le pouvoir sous l’occupation nazie en 1941 et qui fut responsable de la mort de dizaines de milliers de Serbes, de Juifs et de Roms - dans le village de Solin, en périphérie de Split. Deux jours plus tôt, une grande affiche en faveur d’un individu suspecté de crimes de guerre, Ante Gotovina, était apparue à Kastel Stari, tout juste à l’extérieur du port dalmate. Cette action avait été précédée par la destruction d’une statue du dirigeant communiste de la Yougoslavie Josip Broz Tito, dans sa ville natale du nord de la Croatie, Kumrovec. Le geste a été condamné par les autorités qui l’ont qualifié de « vandalisme politique et culturel ». Les analystes croient que l’extrême droite est responsable de ces manifestations haineuses et qu’elles sont destinées à « punir » le Premier Ministre Ivo Sanader. Ces extrémistes considèreraient en effet comme une trahison sa décision d’enlever des statues de Francetic et Budak dans une ville du centre de la Croatie. Le gouvernement de centre-droit d’Ivo Sanader doit entamer bientôt des négociations sur la candidature du pays à l’UE le 17 mars prochain. Les analystes pensent que la décision de retirer pareilles statues sert à contrer l’idée que Zagreb tolère l’expression de sympathies pour le fascisme et ses symboles. Juste avant Noël, les autorités avaient ôté un grand portrait de Gotovina qui avait été suspendu dans le centre de Zadar depuis que des poursuites avaient été ouvertes contre lui en 2001. Des sources policières ont reconnu que les officiers avaient retiré le portrait en pleine nuit afin d’éviter toute altercation avec des supporters du général fugitif. La question de la coopération avec le Tribunal Pénal de La Haye - un dossier-clé pour la candidature à l’UE - a longtemps été difficile pour les gouvernements croates, lesquels ont subi des pressions de la part d’éléments nationalistes et du public qui voient les inculpés comme des « héros de guerre » qui ne devraient aucunement être jugés pour leurs actes passés. Un message pour BruxellesL’analyste politique Davor Gjenero soutient que ces actions menées par l’extrême droite, qui cherche manifestement à attirer l’attention, démontrent leur colère contre Sanader, auxquel ils reprochent son hostilité aux Oustachis et sa coopération avec le La Haye. « Indirectement, leur message est également destiné », ajoute-t-il. Pour Ivo Sanader, l’objectif d’une adhésion à l’UE et ses bénéfices financiers sont contrebalancés par les risques d’une offensive des factions d’extrême droite au sein même de son parti, l’Union démocratique croate (HDZ), où plusieurs se rallient aux ultra-nationalistes qui s’opposent au Tribunal. Un responsable du HDZ, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a confié : « Ses adversaires dans le Parti, ceux qui sympathisent avec la droite radicale, le critiquent parce qu’il est trop indulgent avec Bruxelles et ne défend pas assez les intérêts nationaux ». Nostalgies oustachiesLa nécessité d’appaiser les éléments droitiers dans son propre parti explique probablement que les autorités aient permis une manifestation pro-Oustachi à Zadar le mois dernier. Des vétérans de la Seconde Guerre mondiale avaient défilé dans la ville avec des portraits du chef fasciste Ante Pavelic. Cet épisode marque un contraste frappant avec la réaction des mêmes autorités lorsque des étudiants serbes avaient dévoilé en plein centre de Zagreb un portrait datant des années quarante du commandant Tchetnik Draza Mihajlovic. Deux des étudiants avaient été emprisonnés durant 15 et 5 jours respectivement. Les analystes constatent que, en dépit de ses actions spectaculaires récentes, l’extrême droite est toujours loin d’avoir une consistance politique réelle. Lors de la dernière élection présidentielle croate, les candidats anti-européens et anti-La Haye, Ivic Pasalic, Ljubo Cesic Rojs et Tomislav Petrak, ont chacun récolté moins de 2 % des suffrages. Ivic Pasalic, un ancien conseiller de la fin de la présidence de Franjo Tudjman qui dirige maintenant le modeste parti du Bloc croate, a affirmé que son organisation et les mouvements de droite en général n’avaient rien à voir avec le vandalisme. « Tout cela a été fomenté par des provocateurs, des restes des anciens services secrets militaires ou de la sécurité d’État de la vieille Yougoslavie, ils essaient aujourd’hui de faire passer les partis de droite croates pour anti-européens », a-t-il déclaré. Mais Andjelko Milardovic, Directeur du Centre de Recherche politique de Zagreb, affirme qu’il « s’agit d’un conflit entre deux perceptions, les pro-européens menés par le gouvernement de Sanader et la droite populiste qui s’y oppose ». « La même chose s’est produite dans d’autres pays en transition, comme la Slovaquie, mais en Croatie la chose prend une forme plus radicale. » Milardovic continue en disant que pour le moment, la droite radicale peine à faire progresser ses idées. « Le fait que plus de la moitié de la population soutienne la candidature de la Croatie à l’UE suggère que les ultra-nationalistes seront incapables d’y faire obstacle », conclut-il. |
Croatie : le Premier ministre
Sanader tenté par une alliance avec l’extrême droite ? Publié dans la presse : 10 janvier 2005 Le Premier ministre vient d’essuyer deux coups durs : la ccontre-performance de sa candidate au premier tour des présidentielles, et la démission de deux poids lourds de son cabinet. Maintenant que l’adhésion européenne de la Croatie est assurée, Ivo Sanader va-t-il former une coalition avec l’extrême droite ? Par Drago Hedl Le ministre des Affaires étrangères, Miomir Zuzul, soumis à de sévères critiques ces derniers mois pour son implication dans divers scandales, a présenté sa démission, devenant ainsi la première grande pointure du gouvernement Sanader à quitter le navire. Sa démission, comme l’a confirmé le Premier ministre, est seulement le prélude à un sérieux remaniement ministériel, qui pourrait intervenir en février. Mimor Zuzul qui, dans le passé, a été un allié précieux d’Ivo Sanader, a dû céder la place pour laisser le Premier ministre conclure un accord avec l’opposition et choisir le chef de l’équipe croate des négociations avec l’Union européenne qui débuteront le 17 mars. L’opposition avait refusé le mois dernier d’accorder sa confiance à Miomir Zuzul pour mener ces négociations, et Ivo Sanader a donc été contraint de sacrifier son ministre. En très peu de temps, Miomir Zuzul a été impliqué dans trois grands scandales. Tout d’abord, il est apparu qu’il ne payait pas les impôts pour sa grande maison de Zagreb. Ensuite, en tant que ministre des Affaires étrangères, il a réclamé que soit confié à la firme de travaux public Bechtel, sans aucun appel d’offres, la construction d’une portion des autoroutes croates, alors qu’il était consultant pour cette entreprise avant de devenir ministre. Enfin, il a défendu la prescription d’une dette fiscale d’un million d’euros, dus par la firme d’un de ses cousins, partenaire d’affaires de son épouse. Le lendemain même de la démission de Miomir Zuzul, il est apparu que le gouvernement allait aussi devoir se passer des services du vice-Premier ministre et ministre de la Santé, Andrija Hebrang. Les raisons de cette démission, toutefois, sont différentes. À la fin de l’année, le ministre a dû subir une opération pour un cancer de la prostate, et il doit encore poursuivre un traitement. Il a lui-même déclaré qu’il présentait sa démission pour des raisons de santé, certain qu’Ivo Sanader allait l’accepter. Remaniement ministériel en février ?La disparition de ces deux figures centrales du gouvernement donne l’occasion à Ivo Sanader de procéder à un large remaniement. Depuis plus d’un an, le Premier ministre n’est pas satisfait des résultats obtenus par son équipe et, à l’exception des succès enregistrés en politique étrangère, couronnés par l’annonce d’une date pour l’ouverture des négociations avec l’Union européenne, il y a peu de choses dont il puisse se vanter. Ivo Sanader est également préoccupé par deux signaux forts qui ont été envoyés par les citoyens croates : les sondages révèlent que 60% d’entre eux estiment que le pays va dans une mauvaise direction et, lors du premier tour des élections présidentielles du 2 janvier, Jadranka Kosor, la candidate de la Communauté démocratique croate (HDZ), le parti du Premier ministre, a obtenu seulement 20% des voix. Ces signaux ont convaincu Ivo Sanader qu’il devait faire quelque chose avant les élections locales de mai, pour convaincre les citoyens qu’il sera en mesure de tenir les promesses qu’il avait faite avant sa victoire aux élections de novembre 2003. La déclaration d’Ivo Sanader indiquant que le remaniement pourrait avoir lieu dès février a suscité les rumeurs sur d’autres éventuelles démissions. Dans les milieux et les cercles politiques, circulent ainsi les noms du ministre du Commerce et des affaires maritimes, Bozidar Kalmeta, et celui du ministre de l’Économie, Branko Vucelic. Le premier est évoqué, avec Miomir Zuzul, dans l’affaire Bechtel, et le second a bien peu de succès à son actif. Branko Vucelic est un des plus mauvais ministres et il s’occupe d’un secteur crucial pour respecter la promesse électorale d’Ivo Sanader : faisons bouger la Croatie ! L’annonce d’un remaniement a nourri des spéculations sur le fait que le Premier ministre pourrait en profiter pour se débarrasser de ses actuels partenaires de coalition - le Parti social-libéral croate (HSLS) et le Parti croate des retraités (HUS). Ivo Sanader supporte mal revendications toujours plus audacieuses de ces petits partis, avancées en échange de leur nécessaire soutien parlementaire au gouvernement. Ivo Sanader a exprimé publiquement son mécontentement envers ses partenaires de coalition : après le premier tour de la présidentielle, il leur a demandé de soutenir pour le second tour la candidate du HDZ, Jadranka Kosor, ce que les partis alliés ont refusé de faire. Vers une coalition avec le HSP ?Ivo Sanader pourrait ainsi offrir plusieurs portefeuilles ministériels au Parti croate du droit (HSP), qui a huit mandats parlementaires. Cela lui permettrait d’avoir une majorité plus stable : au lieu de trois partenaires, il n’en aurait plus qu’un. Une éventuelle coalition avec le HSP poserait cependant d’autres problèmes. Après les élections parlementaires de novembre 2003, le HSP apparaissait déjà comme un partenaire de coalition possible pour le HDZ, mais Ivo Sanader avait dû renoncer à cette idée sous la pression de la communauté internationale, qui ne voulait pas voir siéger au gouvernement les représentants d’un parti qui exprimait encore il y a peu de temps ses sympathies pour le mouvement fasciste des Oustachis de la Seconde guerre mondiale. À l’époque, Ivo Sanader avait renoncé à cette possibilité, puisque l’entrée du HSP au gouvernement auraut compromis son principal objectif de politique étrangère : l’entrée de la Croatie dans l’Union européenne. Maintenant, cependant, une date a été fixée pour l’ouverture des négociations entre la Croatie et l’Union européenne, tandis que le HSP a officiellement renoncé à l’idéologie oustachi, en se redéfinissant comme un parti moderne de la droite européenne. Ivo Sanader considère donc qu’il ne devrait plus y avoir d’obstacles à une éventuelle coalition avec ce parti. Avant de prendre une telle décision, cependant, le Premier ministre devra étudier sérieusement les possibles conséquences de ce choix sur la politique étrangère et intérieure. C’est pour cela qu’Ivo Sanader a une oreille tournée vers Bruxelles et l’autre à l’écoute des minorités de Croatie, particulièrement de la minorité serbe, qui lui a non seulement donné un soutien parlementaire, mais lui a aussi apporté une légitimité aux yeux de l’Europe, en le faisant apparaître comme le Premier ministre d’un pays qui tient à coeur la situation de ses minorités nationales. |
Le sort du Général Gotovina freine
toujours la marche de la Croatie vers l’Europe Publié dans la presse : 30 octobre 2004 Les pressions sur le gouvernement croate d’Ivo Sanader pour livrer Ante Gotovina, le fugitif croate le plus recherché par le TPI, se renforcent avant le 23 novembre, date butoir fixée par la procureure en chef du tribunal de La Haye, Carla Del Ponte. Le dossier Gotovina pourrait retarder les discussions sur l’intégration européenne de la Croatie. Par Sanja Romic Savoir où se trouve Ante Gotovina est le sujet fiévreusement débattu par la Procureure en chef et les autorités croates, depuis que le tribunal international l’a accusé en 2001 de crimes de guerre contre les Serbes de Croatie. Ante Gotovina a été accusé pour son rôle dans l’offensive croate, appelée Opération Tempête, qui s’est terminée par la reprise de la Krajina, alors aux mains des Serbes, en 1995. Le général, responsable de l’attaque, est accusé de crimes contre l’humanité et de violations des lois et coutumes de guerre. On dit qu’il est responsable de l’assassinat illégal d’au moins 150 Serbes de Krajina, de la disparition de plusieurs autres centaines, de nombreuses rapines, de la destruction de maisons ainsi que de la déportation illégale d’environ 200 000 membres de la minorité serbe. Il est en fuite depuis que l’accusation contre lui a été formulée. Menace sur les discussions européennesCe cas jette une ombre de plus en plus embarrassante sur les discussions tant attendues sur l’entrée de la Croatie dans l’Union européenne, qui doivent démarrer au printemps prochain. Le gouvernement affirme avec insistance que le général n’est pas en Croatie. C’est ce que pensent beaucoup d’analystes locaux. Mais si ce n’était pas le cas, les responsables officiels auraient un sérieux problème. Ivo Sanader est très attaché à l’intégration européenne, et il perçoit bien que cela dépend du transfert d’Ante Gotovina au tribunal. Il n’en est pas moins conscient que cela pourrait lui coûter cher, en termes politiques, car beaucoup de membres de son propre parti, le HDZ, seraient furieux si le général Gotovina était arrêté et transféré vers La Haye. Le 11 octobre, devant les ministres de l’UE réunis au Luxembourg, Carla Del Ponte a sonné l’alarme en déclarant que l’arrestation d’Ante Gotovina se faisait beaucoup attendre. Elle a déclaré que la pression monterait pour que « la Croatie livre ou dise où se trouve Ante Gotovina, avant le 23 novembre », date à laquelle elle remettra un rapport final sur ce cas au Conseil de Sécurité de l’ONU. Ce rapport de novembre sera de la plus grande importance sur les négociations d’adhésion de la Croatie à l’UE, prévue en février ou mars 2005, comme l’a annoncé le Commissaire européen pour l’élargissement, Olli Rehn. « J’ai été très déçue de nos discussions de ce printemps, j’espérais l’arrestation d’Ante Gotovina cet été », expliquait Carla Del Ponte le 11 octobre. « Le principe selon lequel les gens en fuite continuent de se déplacer en toute liberté doit cesser d’exister », ajoutait-elle, en faisant référence à des rapports selon lesquels on aurait remarqué la présence d’Ante Gotovina en août dans la ville côtière croate de Brela. Quelques jours plus tard, une enquête révélait qu’il ne s’agissait pas en fait de lui. Regain d’activité des autorités croatesLe dernier avertissement de La Haye , associé à une déclaration du Conseil des Ministres de l’UE, selon laquelle les négociations avec la Croatie pourraient être suspendues à n’importe quel moment si les critères européens de démocratie, de liberté de droits de l’homme n’étaient pas respectés, ont entraîné un regain d’activité des autorités croates, dont des perquisitions dans les maisons des amis d’Ante Gotovina. Les médias croates ont aussi rendu publiques deux transcriptions confidentielles importantes, datant de 1995, qui constituent la base de l’accusation initiale d’Ante Gotovina. Ces transcriptions révèleraient les projets de l’ancien Président Franjo Tudjman et des généraux d’ouvrir des « corridors d’évacuation » aux Serbes de Krajina en 1995, quand les forces du gouvernement ont repris la région, dans le cadre de l’Opération Tempête. En d’autres termes, elles semblent suggérer que Franjo Tudjman avait l’intention de nettoyer la région de sa population serbe. Les avocats d’Ante Gotovina affirment d’ailleurs que ces transcriptions sont des faux, alors que le bureau du Président Stipe Mesic prétend le contraire. Carla del Ponte veut du concret« Les vacances sont derrière nous et nous voulons maintenant du concret sur le cas Ante Gotovina. La Procureure en chef pense que les mises au point et les raids du ministère de l’Intérieur en Croatie et des services secrets n’ont eu lieu que pour l’impressionner. Cela ne la trompe pas », affirme-t-on à La Haye. « À la mi-2005 de nouvelles accusations sont encore possibles. La période à venir est capitale pour Carla Del Ponte et pour la Croatie ». À Zagreb, le ministre croate des Affaires étrangères, Miomir Zuzul, s’est plaint récemment dans une discussion au club de l’OTAN à Bruxelles que la Croatie était devenue « l’otage d’une situation qu’elle ne peut pas résoudre », faisant ainsi référence à ce que croit le gouvernement : Ante Gotovina n’est pas en Croatie. Miomir Zuzul a ajouté que si la coopération avec le tribunal était difficile pour tous les gouvernements de la région, la Croatie avait déjà montré son sérieux en soumettant au TPI des documents qu’il avait demandé. La ministre de la justice, Vesna Skare-Osbolt, a elle aussi confirmé s’attendre à des difficultés avec l’UE. Elle a déclaré dans une interview à la radio croate « s’attendre à ce que les pressions s’intensifient en provenance de La Haye, à la fois sur le rapport du Conseil de Sécurité et sur l’annonce de la date du début des négociations avec l’UE en décembre ». Ivica Racan, l’ancien Premier ministre social-démocrate croate, confiait au journal Nacional le 19 octobre : « Carla Del Ponte est une personne énergique, très concentrée sur ses fonctions...Elle sait très bien ce qu’elle veut et n’oublie pas ce qu’on lui a promis. Le problème c’est que Ivo Sanader n’obéit à l’UE que parce que c’est un ordre, pas nécessairement parce qu’il en a discuté avec son parti ». Dans l’opinion publique, le soutien à l’UE est en baisse, selon les derniers sondages, et la stratégie pro européenne du gouvernement pèse très lourd sur le cabinet d’Ivo Sanader. On estime que c’est pour rassurer Bruxelles sur sa bonne volonté qu’Ivo Sanader a désigné Jadranka Kosor comme candidate du HDZ à l’élection présidentielle du 21 décembre prochain, parce qu’elle est favorable à l’Occident. Dans l’hebdomadaire Nacional du 19 octobre, un responsable anonyme du HDZ va jusqu’à dire : « Jadranka Kosor n’a pas un grand soutien dans le parti. Mais, à l’étranger on l’aime bien ». |
Le pétrole russe va-t-il arriver
jusqu’au port croate d’Omisalj ? Publié dans la presse : 18 octobre 2004 Les écologistes de l’association Eko-Kvarner ne désarment pas contre le projet de pipe-line traversant toute l’Europe centrale, depuis la Russie jusqu’à la côte dalmate. Le principal danger pointé serait celui du rejet des eaux de ballast par les pétroliers, qui pourrait mettre en péril les équilibres de la mer Adriatique. L’enjeu économique est cependant majeur pour la Croatie. Par Ljiljana Mamic Pandza Tandis que les économistes et les spécialistes essaient de prouver que le projet « Groupe Adria » est d’un intérêt stratégique pour la Croatie parce qu’une ressource énergétique puissante est le meilleur |