Presse Kosovo 2004 2005

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Statut du Kosovo : la dernière pièce de la mosaïque balkanique
Traduit par Nerimane Kamberi

Publié dans la presse : 22 novembre 2005
La durée des négociations va dépendre du travail et du sérieux des institutions kosovares pour atteindre les normes fixées par la communauté internationale, afin que les extrémistes qui menacent par la force ne puissent pas pas faire obstacle au processus.

Par Fatmir Aliu

Le chef de la Mission de Nations Unies au Kosovo, Soren Jessen-Petersen, a déclaré que la dernière pièce de la mosaïque des Balkans sera mise en place avec la définition du statut du Kosovo. Pour achever cette mosaïque, il faudra beaucoup travailler pour atteindre les standards en ce qui concerne la décentralisation, la sécurité et l’intégration des minorités. PourJ essen-Petersen, beaucoup de questions sont liées, depuis les peurs des citoyens jusqu’au développement même de l’économie du pays.

« Je ne sais pas combien de temps va durer le processus de définition du statut et je ne sais pas non plus quel sera le résultat des négociations. Mais ce que je sais, c’est que meilleur sera le travail et l’engagement des institutions kosovares pour atteidre les standards concernant la décentralisation et la question des minorités, plus court sera le processus de négociations et plus favorables en seront les résultats », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’après l’arrivée de l’envoyé spécial des Nations Unies chargé de négocier statut, Martti Ahtisaari, « l’équipe de l’Unité » du président Rugova devra répondre aux questions de ce dernier : « comment pensent-ils réaliser les aspirations exprimées par la plateforme approuvée par le Parlement du Kosovo ? Qui va diriger les négociations ? »

Des « fous », il y en a chez les Serbes et chez les Albanais

Soren Jessen-Petersen a insisté sur le fait que pendant les négotiations il n’y aura pas de place pour des troubles ou du désordre public, même si la communauté internationale a des craintes, mais va s’engager pour que la la sécurité au Kosovo soit assurée durant cette période.

« Nous savons qu’il y a des ’fous’ de tous les côtés. Il y a des fous qui pensent qu’ils peuvent accélérer le processus de résolution du statut par la violence. Ils se trompent, car cela aurait un effet inverse. De même, il y en a qui pensent qu’ils peuvent arrêter ou retarder la marche vers la définition du satut par la violence. Eux aussi se trompent ».

Soren Jessen-Petersen s’est aussi adressé « à tous ces fous », en leur disant que la KFOR, la police internationale et la police locale ont prouvé ces derniers 18 mois qu’elles savaient comment répondre aux provocations, et que toutes ces forces de sécurité ne vont pas permettre une nouvelle escalade de la violence ».

Il n’a pas oublié de parler aussi du nord du Kosovo, déclarant que pour cette partie du Kosovo, les forces de sécurité sont conscientes que la sûreté générale du pays peut être mise en danger par ceux qui veulent arriver à leurs fins par tous les moyens. « Toute la communauté internationale a déclaré qu’il n’y aura pas de partage du Kosovo. Ainsi, le problème de la division de Mitrovica sera résolu avec le statut du Kosovo ».

La communauté internationale a « repris ses esprits » depuis mars 2004

Le chef de l’administration internationale au Kosovo Jessen-Petersen a admis que la résolution du statut du Kosovo n’a pas été une priorité de la communauté internationale ces derniers temps pour plusieurs raisons. L’une des principales de ces raison, selon lui, a été les nombreuses crises en Irak, Iran et Afganistan, qui avaient la priorité sur le Kosovo dans l’agenda international. Mais après les événements de mars 2004, la communauté internationale a repris ses esprits et compris qu’une telle situation ne pouvait pas être maintenue, et que les négociations sur le statut devaient commencer.

Cependant, pour résoudre la question du statut du Kosovo, Soren Jessen-Petersen a déclaré qu’il faudra aussi l’accord des pays voisins, raison pour laquelle Martti Ahtisaari va se rendre à Belgrade, au Monténégro, en Albanie et en Macédoine. « Le diplomate finlandais veut montrer que la question du statut sera résolue dans un contexte régional ». Soren Jessen-Petersen a expliqué que la résolution du statut du Kosovo doit impliquer « toutes les minorités », et que leur voix sera très importante lors du choix de cette décision politique. Tant que la province sera administrée en fonction de la résolution 1244, il a écarté toute possibilité que soit organisé un référendum par lequel le peuple du Kosovo pourrait décider seul de l’avenir politique de son pays. « C’est le Conseil de sécurité qui décide de cela, en ce moment même. Mais ce n’est que lorsque la Résolution 1244 du Conseil de Sécurité sera caduque que l’on peut imaginer un référendum », a-t-il souligné.

Quoiqu’il en soit, comme l’a dit Sorren-Petersen lui même, tant que le statut du Kosovo ne sera pas résolu, tous auront peur pour eux et pour l’avenir. « Les Albanais du Kosovo sont inquiets d’un retour au passé et je pense que c’est un fait que, de la même façon, les Serbes du Kosovo ont peur de l’avenir. En clarifiant le statut, les esprits vont se calmer et tout le monde y verra plus clair. Cela sera le début des progrès que nous attendons pour le peuple. C’est seulement en faisant la lumière sur l’avenir qu’on pourra effacer la peur des deux côtés, chez les Albanais et chez les Serbes du Kosovo. La définition du statut pourra vaincre cette peur qui tient en otages les deux côtés », a déclaré Soren Jessen-Petersen.

 

Covic : le gouvernement de Belgrade cherche un alibi pour abandonner le Kosovo
Traduit par Jasna Andjelic

Publié dans la presse : 19 novembre 2005
Nebojsa Covic, ancien président du Centre de coordination pour le Kosovo et dirigeant du Parti social-démocrate serbe, s’exprime sur l’ouverture des négociations, avec un constat majeur : la Serbie ne s’est pas préparée pour ce rendez-vous essentiel.

Propos recueillis par Jasmina Lukac

« Les citoyens serbes n’ont pas suffisament d’informations sur le processus des négociations concernant le statut du Kosovo, bien que les politiques les « bombardent » de tous les côtés avec des propos généralistes sur la souveraineté et l’intégrité territoriale. Nous soutenons tous ces idées, mais quelles sont les propositions concrètes ? Qui connaît les détails du processus de négociation ? Ceux qui devraient le mener ne semblent pas être informés non plus. Si l’on en juge d’après la proposition de résolution parlementaire, l’Assemblée nationale ne sait pas qui participera à ces négociations, et le Parlement ne sera pas associé parce que le proposition exige un transfert de responsabilité au gouvernement serbe », explique Nebojsa Covic.

Danas : Comment jugez-vous la scène politique serbe avant le début des négociations sur le Kosovo ?

Nebojsa Covic : Nous sommes témoins d’une compétition entre les partis politiques souhaitant offrir la meilleure solution, ce qui est exclusivement destiné au marché politique intérieur. Tous nos efforts pour arriver à l’unité nationale avant les négociations se transforment en échecs. Je plains les partis qui cherchent à marquer des points politiques sur une question aussi importante que celle du Kosovo ! Il est absurde que les seuls partis consultés lors de la préparation de la résolution aient été le Parti radical serbe (SRS) et le Parti socialiste de Serbie (SPS), qui ne participeront pas aux négociations parce que le gouvernement s’y est déjà opposé . Le fait que seulement deux journaux, dont le votre, aient publié la version intégrale des dix principes du groupe de contact qui feront office de commandements pour les futures négociations, démontre que notre approche est peu sérieuse. D’autre part, les Albanais ont démontré un sérieux et une organisation de haut niveau. La constitution de leur délégation est connue depuis deux mois et, ce qui est le plus important, la réprésentativité des partis politiques dans cette délégation reflète la volonté de 97 % de citoyens albanais du Kosovo.

D : On annonce la possibilité d’organiser un référendum sur le statut du Kosovo...

NC : Pensez-vous que le référendum sera organisé en cas de solution positive ? Un gouvernement qui exclut la plupart des partis d’opposition et l’Assemblée nationale du processus de négociations est en même temps prêt à trouver dans la volonté du peuple un alibi pour l’éventuelle perte du Kosovo. Le référendum était la méthode utilisée par Milosevic, avec le soutien des radicaux, qui demandent maintenant la répétition de ce procédé. Les responsables sont bien connus, ce ne sera pas la faute de nous tous !

D : Vous avez déclaré que la résolution du gouvernement serbe sur le mandat pour le début des négociations sur le Kosovo ne contenait rien de nouveau. Qu’est-ce que vous attendez de ce document et comment voteront les deux deputés du SDP ?

NC : Je ne suis pas le seul à le penser. Demandez aux représentants des autres partis politiques et vous verrez. Si c’est tout ce que nous avons à offrir, je suis pessimiste. Le cadre est bon et il serait difficile de faire mieux, d’autant plus que j’y reconnais nos propres positions. Toutes les obligations contenues dans le projet de résolution existent déjà dans le cadre constitutionnel. Cependant, je ne vois aucune proposition pour l’avenir, aucune prise de position, excepté le besoin du gouvernement serbe d’obtenir une bénédiction de l’Assemblée, pour avoir, d’un côté, le droit exclusif de « représenter la volonté du peuple », et pour se procurer un prétexte en cas d’éventuel insuccès. L’attitude des députés du SDP sera constructive, ils tenteront de contribuer à la concrétisation du cadre proposé. Leur vote dépendra de l’estimation sur le texte final : sera-t-il dans l’intérêt du peuple au Kosovo et renforcera-t-il notre position dans les négociations ?

D : Le Président Tadic a mentionné en Russie la proposition de partager le Kosovo en deux entités. Cette proposition vous avait-elle semblé acceptable lorsque vous avez accepté le mandat du chef du centre de coordination pour le Kosovo ?

NC : Vous avez raison. Cette proposition n’est pas nouvelle, mais à ce moment-là elle était inacceptable pour la communauté internationale qui, avec le groupe de contact en première ligne, insistait sur la création de conditions de vie normales pour tous les citoyens du Kosovo. Nous l’avions accepté. Comme la communauté internationale n’a pas répondu à nos attentes et qu’elle n’a même pas rempli les obligations qu’elle s’était imposées, cette approche devient inévitable.

D : L’actuel centre de coordination pour le Kosovo est-il capable de fournir une assistance technique au gouvernement durant les futures négociations, et pourquoi votre parti dit-il que ce centre est plutôt une émanation de DSS que du gouvernement ?

NC : Si vous m’aviez posé cette question il y a trois mois, j’aurais dit oui. Je serai heureux si le centre de coordination pouvait toujours le faire, mais les actions enterprises depuis l’arrivée de la nouvelle direction indiquent que cette institution ne pourra pas relever les défis des négociations. Il semble, malheureusement, que les intérêts personnels, familiaux et politiques l’ont emporté sur les interêts nationaux et de l’État.

D : Le Premier ministre Kostunica a dit que toute solution imposée durant les négociations sur le futur statut du Kosovo ainsi que « l’usurpation » d’une part de territoire serbe étaient « impensables ». Dans quelle mesure cette position est réelle ?

NC : J’aimerais l’entendre dire par les Présidents Poutine et Bush. Ce n’est qu’alors je saurais que cette position correspond à la réalité.

D : Que voulez-vous dire ?

NC : Si Kostunica était tellement persuadé qu’une solution imposée est impensable, le texte de la résolution proposée n’aurait pas stipulé que l’Assemblée nationale considérera toute solution imposée comme illégitime, contraire à la Loi et non valable, et on ne parlerait pas non plus de la possibilité du référendum. Je suis également préoccupé par la possibilité de perdre une partie du territoire et je ne souhaite pas m’opposer à tout ce que Kostunica dit ou ordonne. Cependant, je pense vraiment qu’il ne suffit pas de dire qu’une chose est impensable ou inacceptable. Nous devons être réellement prêts à affronter tous les défis et obtenir un maximum dans ces circonstances. Le refus autistique de la réalite et la politique d’autruche ne nuiront qu’à nous-mêmes. Nous savons bien que c’est mauvais. Il faut prouver au monde que c’est également mauvais pour tout le monde.

D : Est-ce que l’objet principal des négociations sera l’octroi d’un siège à l’ONU pour le Kosovo ?

NC : L’obtention du siege à l’ONU après les négociations n’est pas la question essentielle. De même, un éventuel refus de ce siège ne représenterait sûrement pas notre victoire ni une concession faite à la partie serbe. Il est beaucoup plus important de savoir si les Serbes pourront continuer à vivre là-bas, dans quelles conditions et avec quells droits. Est-ce que plus de 230 000 Serbes chassés du Kosovo pourront retourner sur leur terre ? C’est la question-clé que nous devrons régler durant ces négociations. L’attribution d’un siege à l’ONU n’est que le respect de la forme qui n’a aucun sens sans le contenu mentionné. La partie turque de Chypre n’a pas de siège à l’ONU, mais aucun Grec n’a encore réussi à y retourner, ni d’obtenir le droit de retrouver ses propriétés.

 

Serbie : comment négocier le statut du Kosovo ?
Traduit par Persa Aligrudic

Publié dans la presse : 5 novembre 2005

« La position des Albanais dans les futures négociations sera dure, et ils auront derrière eux le même groupe de pression que lors des négociations de Rambouillet. La Serbie essaiera de protéger ses frontières, mais elle doit encore définir sa technique de négociation », explique Predrag Simic, ambassadeur de Serbie Monténégro à Paris, qui a participé aux entretiens de Rambouillet en 1999.

Propos recueillis par Dragan Bisenic

L’ambassadeur Simic, auteur du livre La route de Rambouillet, nous parle des négociations parallèles de 1999 et des futures discussions sur le statut final du Kosovo, de la solution probable et de son caractère, entre statut « futur » et statut « final », ainsi que de la tactique de négociation de Belgrade.

« Il s’agit ici d’un grand jeu sur les nerfs, où la pression pour l’indépendance est énorme, mais la Serbie ne doit en aucune façon soutenir la conception qui insiste sur l’urgence et une solution rapide, car les différences entre la Serbie de 1999 et celle de 2005 sont plus qu’évidentes. Avant tout, la Serbie est actuellement un pays démocratique et, en ce moment, elle n’a absolument aucun instrument de force qu’elle pourrait utiliser au Kosovo, et qui pourrait servir d’argument pour offrir l’indépendance au Kosovo », explique Predrag Simic.

Danas : Quelle est la différence entre la position de la Serbie en 1999 et en 2005 ?

Predrag Simic : Vojislav Kostunica est le premier Président démocratique de Yougoslavie et le Premier ministre de Serbie qui a obtenu une entière crédibilité sur la scène politique au nom de la démocratie et du respect de l’État de droit, de sorte que l’argument d’une Serbie non démocratique et qui priverait les Albanais de démocratie ne tient absolument pas. De plus, la Serbie est coopérative. Elle désire conserver sa démocratie et sa souveraineté et respecter les intérêts des Albanais. Ceux qui se rangent du côté de la revendication des Albanais pour l’indépendance disent qu’il y a statu quo ces cinq dernières années depuis le départ de Milosevic, que rien n’a changé, de sorte que les arguments des Albanais pour l’indépendance du Kosovo ne sont pas épuisés. Selon cette position, la Serbie doit être punie pour ce que le régime de Milosevic a fait aux Albanais, ce qui met à égalité l’époque de Milosevic et l’après Milosevic. Puisque les deux époques ne sont pourtant pas identiques, cela reviendrait à sanctionner un régime démocratique. Nous avons devant nous une période de négociations très incertainse et compliquées car, pour Belgrade, il ne s’agit pas seulement de signer ou non la reconnaissance de l’indépendance. Il est certain que personne n’apposera sa signature sur un tel document, mais ce qui est important, c’est de savoir comment éviter le piège où est tombé le régime de Milosevic à cause de sa non coopération, de l’abandon des négociations. Pour l’heure la plus grande incertitude pour Belgrade est de définir sa tactique de négociation.

Danas : Nous avons plusieurs scénarios pour résoudre la question du Kosovo. Il semble que la proposition de la Commission internationale pour les Balkans soit la plate-forme pour régler le statut du Kosovo...

Predrag Simic : Effectivement, mais le principal problème est qu’une solution arrachée trop tôt pourrait avoir certaines conséquences. Cela entraînerait une épuration ethnique définitive et le départ des derniers Serbes, la destruction du patrimoine culturel serbe et l’homogénéité nationale du Kosovo que nous oublions souvent. Pour la Serbie, la question est de savoir quel sera son sort, car nous entrons dans une phase délicate de transition, ou de récession transitionnelle, qu’ont subie tous les pays de l’Europe de l’est. La transition efficace de ces deux dernières années peut être détruite par un règlement rapide du problème kosovar. Ce que nous devons à l’influence française dans ce rapport, c’est la position qui expliqque que le moment n’est pas encore venu de définir le statut définitif, mais le « futur » statut du Kosovo, et que la solution doit être recherchée dans le contexte de l’intégration européenne de l’Union de Serbie et Monténégro. Le statut définitif suppose deux phases : la stabilisation du Kosovo, et que le statut final soit mis à l’ordre du jour seulement après que l’USM soit en cours d’intégration à l’Union Européenne. Il est évident que les Albanais veulent se libérer de la MINUK qui les a libérés de la présence serbe afin d’arriver à leur but, qui est l’indépendance. Toute la situation est le résultat d’une politique qui oublie l’histoire, et ne regarde pas non plus très loin dans l’avenir. Ce qui est également dangereux, c’est que certains de nos voisins soutiennent cette position.

Danas : Que signifie un « Kosovo indépendant sans souveraineté », comme étape dans le règlement du problème kosovar, ainsi que l’écrivent les média français ?

Predrag Simic : Pour nous, il est essentiel que le règlement de la question kosovare ne mette pas en danger la souveraineté de la Serbie Monténégro. Il est difficile de dire jusqu’où s’étend cette mesure dans la conception de « l’indépendance conditionnelle », car on prévoit que le Kosovo n’aura pas tous les attributs de la souveraineté puisque les forces internationales et un Haut représentant international vont rester, mais le statut évoluera dans une fourchette comprise entre la situation actuelle et celle qui existe dans la Bosnie de Dayton. Cette approche sous-estime quelque peu la force du mouvement nationaliste albanais, de sorte qu’il n’est pas réaliste d’attendre que l’indépendance conditionnelle puisse satisfaire les appétits de ce mouvement. Le mouvement nationaliste albanais, depuis une vingtaine d’années, a montré une grande habileté, mais aussi sa ténacité et sa disposition à accepter la guerre si cela peut servir ses intérêts. Il me semble que des problèmes importants apparaissent dans les Balkans, qui pourraient à un certain moment faire apparaître deux drapeaux albanais devant le siège de Nations Unies, et nous savons comment ces problèmes ont été résolus dans l’histoire.

Danas : Etes-vous certain que personne à Belgrade ne signera la séparation du Kosovo ?

Predrag Simic : À Belgrade, personne ne signera, surtout pas le gouvernement qui dépend des électeurs actuels. Une éventuelle indépendance du Kosovo menace la transition et l’ordre démocratique en Serbie. La question est de savoir si l’on peut imposer des solutions à un pays démocratique. Nous savons que la souveraineté et l’intégrité territoriale des pays membres de l’ONU sont les principaux postulats de la Charte des Nations Unies, sur laquelle repose tout le système international. La doctrine américaine des rapports internationaux part du principe que les solutions ne peuvent être imposées aux démocraties car celles-ci peuvent parvenir à une solution par des négociations, précisément comme le propose Belgrade actuellement.

Danas : Quelle est la tactique prévisible des Albanais kosovars ?

Predrag Simic : Leur tactique sera d’insister sur l’indépendance afin d’essayer, comme à Rambouillet, d’imposer une solution en cas d’insuccès des négociations. En ce moment, quand les Albanais ne parlent que d’indépendance, il est difficile de s’attendre à autre chose qu’à des négociations infructueuses. Cependant, beaucoup de choses dépendront aussi des intermédiaires et des négociateurs. Les possibilités de la partie serbe ne sont pas non plus illimitées car des changements du statut constitutionnel du territoire de Serbie ne peuvent être acceptées sans que le peuple ne s’exprime.

Danas : Pour renoncer au Kosovo, on propose à la Serbie une « compensation européenne ». Est-ce réaliste ?

Predrag Simic : Espérer que la Serbie soit acceptée à une rapidité foudroyante dans l’UE n’est pas réaliste, avant tout parce que la Serbie n’est pas prête. Si demain notre industrie devait être exposée à la concurrence de l’UE, elle cesserait tout simplement d’exister. Mais l’essentiel est ce qui se passe dans l’UE et la manière dont on propose cette « compensation européenne ». L’UE sera beaucoup plus réservée quant aux futurs élargissements, malgré les récentes décisions d’ouvrir les négociations avec la Turquie, la Croatie et notre pays. En France, on prévoit que tout élargissement futur ne pourra plus être validé par le Parlement mais par référendum. Tout cela rappelle la déclaration de Richard Holbrooke, comme quoi la Serbie devrait renoncer au Kosovo ou bien oublier l’UE. Cela portait toujours à confusion, car comment Holbrooke pouvait-il, depuis l’Amérique, promettre quelque chose que l’Europe fera ou ne fera pas ?

Danas : Le Conseil de sécurité parle du statut « futur » et non pas « final » du Kosovo. Que signifie cette formulation ?

Predrag Simic : Derrière cela, il y a le désir d’empêcher que la solution comprise comme un statut final n’agisse un domino qui pousserait la Serbie et toute la région, ce qui est inévitable si l’on prend maintenant une décision sur le statut final. Même dans les milieux américains, on remarque que la capacité démocratique au Kosovo doit être un facteur essentiel. L’American Enterprise Institute, qui est le centre de l’idéologie de Bush, note que le Kosovo indépendant, sans surveillance internationale, deviendrait un nouveau « Djubretistan », un pays qui ne sera jamais capable de se gérer seul, constamment en proie au chaos, à la pression sociale, dépendant de la mafia, et non pas un pays stable en transition. Même ceux dont le point de vue est l’indépendance du Kosovo ne sont pas certains que le Kosovo soit en état de fonctionner de cette façon.

Danas : Quelle est la position française sur le Kosovo ?

Predrag Simic : En France, comme dans les autres pays du Groupe de contact, il y a un changement de politique. Au lieu d’exiger « les standards avant le statut », on accepte la solution « les standards et le statut », ce qui est le mot de code derrière lequel se cache le soutien à l’indépendance conditionnelle du Kosovo. Les événements qui se sont produits dans l’axe Paris-Berlin ont diminué l’influence politique de l’Europe. Les actions françaises seront orientées vers la protection de ce qui reste de la population serbe au Kosovo, du patrimoine culturel et historique et éventuellement vers la création de conditions pour le retour. À mon avis, la France va essayer d’empêcher que la définition prématurée du statut final ou futur du Kosovo ne provoque l’effet causé en 1991 par la décision de la Slovénie de sortir de la Fédération yougoslave. Ce sera une tentative pour gagner du temps, mais qui risque d’échouer car les pressions sont très fortes. La rapidité répond aujourd’hui avant tout aux besoins des USA de quitter la région pour s’engager ailleurs, et les pressions vont dans le sens des exigences de l’Administration Bush. On ressent bien l’absence de Colin Powel qui invoquait la prudence dans le règlement des problèmes balkaniques.

 

Retours au Kosovo : la communauté internationale patauge
Traduit par Jacqueline Dérens


Mise en ligne : lundi 17 octobre 2005

Pendant plus de six ans, l’administration internationale s’est embourbée dans la question des retours. Pourtant, beaucoup d’argent de la communauté internationale a coulé dans les coffres du Kosovo pour essayer de convaincre les personnes déplacées à retourner chez elles. Mais sans succès.

Par Marek A. Nowicki, médiateur pour les droits de la personne du Kosovo

Je quitterai le Kosovo en décembre, résultat de ce que la communauté internationale appelle, par euphémisme, « la kosovarisation du processus ». Parmi les nombreuses questions dont je me propose de continuer à être le champion d’ici la fin de mon mandat en tant que médiateur au Kosovo, il y a les promesses de la communauté internationale d’assurer le retour des personnes déplacées en 1999 et après les émeutes de mars 2004.

L’affaire s’est compliquée au début octobre avec l’arrivée du rapport soumis au Secrétaire général des Nations unies par l’envoyé spécial, l’ambassadeur norvégien Kai Eide, qui a passé plusieurs mois à dresser l’état des lieux de la province administrée par les Nations Unies en ce qui concerne l’établissement d’un Kosovo multiethnique.

Comme un disque rayé, le rapport répète inlassablement la liste des problèmes dont les principaux sont le non-respect de la loi, le manque de sécurité pour les non-Albanais, la résolution non satisfaisante des questions de propriété, la lenteur des solutions à la question des personnes disparues, et bien sûr, l’insuffisance notoire du nombre des retours.

Pendant plus de six ans, l’administration internationale s’est embourbée dans la question des retours. Pourtant, beaucoup d’argent de la communauté internationale a coulé dans les coffres du Kosovo, employant toute une armada de personnel, des organisations internationales, en passant par des représentants des municipalités locales, des entrepreneurs, des traducteurs, des représentants du gouvernement et des bureaucraties adéquates de la MINUK, pour essayer de convaincre les personnes déplacées à retourner chez elles. Mais, rien n’a d’effet sur les minorités déplacées.

Il n’existe pas de véritables statistiques fiables pour connaître le nombre de personnes qui sont revenues. Même si l’on se fie au décompte officiel qui note près de 12 500 personnes revenues, j’ai passé beaucoup de temps à me rendre dans les sites de retour, et je peux dire qu’il y a bien peu d’exemples où une personne saine d’esprit applaudirait et appellerait cette affaire une histoire à succès, en particulier dans l’ouest du Kosovo.

Le rapport de l’Ambassadeur Eide mentionne aussi le nombre inconnu de personnes qui ont quitté le Kosovo pour de bon, une tendance qui continue encore aujourd’hui. À ce que je vois, il y a une réelle déconnexion de la politique qui se fait en salle et de la réalité sur le terrain. Je me souviens d’une conversation que j’ai eue avec un ancien chef de la MINUK. En tête à tête avec lui , il martelait son bureau de ses poings en disant : « Je m’engage au retour de 90 000 personnes pendant mon mandat ».

Avec la même vigueur, il m’accusait de ne pas jouer le jeu avec l’administration internationale : « Comment pouvez-vous croire que nous ne sommes pas capables de créer les conditions pour le processus du retour ? »... Et il exigeait une réponse. Je lui rétorquais : « Je suis sûr que cela n’arrivera pas, mais si cela arrive, alors croyez-moi, je serai le premier à vous féliciter ».

Il n’était pas très content de tout ce que je lui ai dit ce jour-là. Mais, j’étais sûr de ce que j’avançais en m’appuyant sur les expériences que j’avais eues, les témoignages qui me parvenaient, la frustration ressentie par des communautés de personnes déplacées et des facteurs objectifs à ma disposition.

Prenons un exemple à l’ouest du Kosovo. Pendant plus de deux ans, il y a eu une campagne pour le retour des familles dans le village serbe de Belo Polje/Bellopoje. Le premier projet de retour a eu lieu il y a deux ans et 20 familles sont revenues ches elles. La reconstruction des maisons qui avaient été détruites en 1999 était presque achevée, quand elles ont été détruites une seconde fois en mars 2004.

Après mars 2004, la pression internationale a forcé le gouvernement du Kosovo à dépenser des fonds publics et à renouveler ses efforts de reconstruction... Le résultat, c’est que, depuis, les chefs de famille « travaillent » pour assurer le retour de leurs familles dont la plupart vivent en Serbie. La formule, selon le gouvernement et l’administration internationale, était la suivante : aidez-nous à construire les infrastructures grâce aux dollars, aux euros des ONG, pour que votre famille revienne. Faites-nous confiance. Nous savons que c’est la voie du succès. Nous l’avons fait en Bosnie. Avec votre aide, nous pouvons le faire au Kosovo.

La preuve que de tels programmes sont faisables dans des cas spécifiques est rare. À ma connaissance, les familles ne sont pas revenues à Belo Polje/Bellopoje. Ni ailleurs dans cette région.

De plus en plus, les aspects du processus de retour uniquement « orientés vers les dollars », et « orientés vers les infrastructures » se révèlent insuffisants, et cette perception de la réalité n’est plus réservée au seul médiateur.

Les aspects sociaux beaucoup plus complexes qui permettraient un retour durable ne sont pas appliqués. Il faut que les familles qui reviennent puissent cultiver leurs terres, avoir des marchés pour écouler leur production, envoyer leurs enfants à l’école, réintégrer le marché du travail du Kosovo. En fait, beaucoup de ceux qui sont revenus se contentent de compter sur une assistance humanitaire qui se raréfie. Certaines familles ont même étaient prévenues que cette assistance en produits alimentaires de base allait prendre fin.

Je pense qu’il a y aussi un autre aspect de cette incapacité à faciliter le retour qui échappe à la discussion publique. Le retour des minorités dans certaines zones ne fait qu’augmenter le besoin de terres pour la majorité qui manque de terres et qui ne trouve pas de solution satisfaisante. Aussi, quand ceux qui vivent à Belo Polje/Bellopoje se plaignent de la saisie de leurs propriétés, ils expriment ce que je considère comme un instinct de survie.

D’une manière légale, si l’on comprend cela, cette réalité n’a aucune chance de résister dans la durée.

Jackson Allers a contribué à cet article.

 

La chronique du médiateur
Kosovo : responsabilité ultime
Traduit par Jacqueline Dérens


Mise en ligne : lundi 3 octobre 2005

Un dicton local dit que « le champ pleure parce qu’il n’a pas été ensemencé », ce qui correspond au proverbe ancestral « tu récolteras ce que tu as semé ». Malheureusement, les programmes sociaux sont laissés en jachère par les dirigeants internationaux et locaux, et la reconstruction reste toujours gangrenée par la corruption.

Par Marek A. Nowicki, médiateur pour les droits de la personne du Kosovo

Admettons que les discours politiques sur la responsabilité sociale embrassée par les dirigeants politiques et municipaux du Kosovo soient les graines du bien-être social pour la grande masse des gens. Couplés avec les millions d’euros dépensés pour la mise en œuvre des programmes sociaux ces six dernières années, les municipalités du Kosovo devraient recueillir la satisfaction sociale des éléments les plus forts et les plus faibles de la société.

Avec un tel modèle, j’imagine les dirigeants municipaux aux avants-postes de ce processus de plantation et de récolte. Les structures municipales se situent au niveau le plus proche de l’interaction civique pour la population du Kosovo, une sorte de pacte de solidarité.

Malheureusement, mon observation régulière du Kosovo me fournit amplement la preuve que les programmes sociaux sont laissés en jachère par les dirigeants internationaux et locaux.

Pourquoi ce déficit entre ce qui est dit et ce qui est vraiment fait ? Entre ce qui est dépensé et les résultats effectifs de ces dépenses ?

Pour certains, ce qui est en cause, c’est la déconnexion entre les gouvernements locaux, le gouvernement intérimaire (les ministères) et la Kosovo Trust Agency. Cette déconnexion finit par diminuer la capacité des dirigeants municipaux et le gouvernement à fournir aux gens l’accès aux services sociaux de base. D’autres disent que les dirigeants municipaux sont gênés par un manque de financement direct en provenance du gouvernement central.

Je mets en garde contre ces explications trop évidentes.

Nulle autorité, à quel que niveau que ce soit, ne peut échapper à la loi internationale, ce qui veut dire qu’il y a une responsabilité claire à établir, un filet de sécurité sociale solide pour les Kosovars, alors que le Kosovo va vers son statut final selon la formule des standards. Cette formule appelle à une mise en application réelle des programmes d’aides sociales, à tous les niveaux gouvernementaux : santé, aide sociale pour les communautés les plus pauvres, reconstruction des maisons détruites et relogement social.

Quand une personne me demande pourquoi elle n’a pas reçu d’aide sociale, j’ai peu de réponses à fournir en dépit du fait que j’ai soulevé la question auprès des autorités. (Sans aucun doute, la procédure rigide mise en place par le gouvernement disqualifie de facto une partie de la société dans le besoin pour l’obtention de toute assistance).

On dit aux gens qu’il n’y a rien à faire, et ceux qui le leur disent se tournent vers l’administration internationale. « Nous n’avons pas la compétence pour cette forme d’aide sociale », ou bien « nous n’avons pas cet argent dans nos coffres pour vous aider. Si nous recevons des donations, alors nous serons en mesure d’offrir plus aisément une aide sociale ».

Ces mots sont très visiblement une formule codée pour dire « nous ne disons pas que nous n’avons pas d’argent ; mais nous avons d’autres dépenses prioritaires ». Dans un contexte où il y a une forte demande pour une amélioration des services sociaux, la construction, avec l’argent municipal, de fontaines clinquantes au milieu des places publiques n’est pas un bon exemple de la volonté politique de répondre aux préoccupations sociales.

Je me pose alors la question : où est le sens de l’outrage civique ? Pourquoi la population n’exige pas un accès plus important à cette aide pour les éléments les plus vulnérables de leurs communautés ?

Et puis il y a le processus de la reconstruction. Sans argent, je maintiens que les représentants municipaux ne tirent aucun bénéfice politique en apportant leur soutien à la population à la recherche de nouveaux logements, en particulier s’il s’agit de minorités, à moins que l’argent des donateurs internationaux ne fasse partie du marché. Et je demande à savoir combien d’argent est vraiment dépensé pour les minorités les plus vulnérables, comme les Roms. Maintenant que la période des donateurs internationaux généreux touche à sa fin, le vide fiscal laissé à la suite de l’évaporation de l’argent est comblé par d’autres méthodes.

Bakshish

Une femme m’a raconté son expérience avec un représentant municipal qui surveillait la reconstruction dans son village. On lui a dit qu’il y avait une « liste prioritaire », et que pour être inscrit sur cette liste, il fallait verser 2000 euros dans une certaine « poche ». On lui a dit aussi qu’être sur la liste ne garantissait en rien que sa maison serait construite en temps voulu. Cette liste même n’apporte aucune garantie légale du soutien municipal pour le retour des déplacés. Et si cela ne fait pas partie des droits d’inscription municipaux légaux, on peut dire que cela est une forme de corruption qui est rendue plus facile par le manque de procédures claires et le manque de transparence qui seraient une assurance pour un processus honnête.

En ce qui concerne les déplacés, les abris communautaires soi-disant temporaires sont inadéquats ou non-existant dans beaucoup de municipalités. Une étude menée par un groupe pour les droits municipaux déclare que les autorités municipales au Kosovo manquent « de programmes et de projets pour répondre aux problèmes urgents du logement et de l’aide sociale, même dans les cas extrêmes où les conditions sont catastrophiques pour la santé et le bien-être de ces familles ».

J’ai reçu beaucoup de plaintes dans mon bureau de la part de Kosovars déplacés pendant la guerre et qui ont été renvoyés de force par les pays qui les avaient accueillis, alors que les municipalités du Kosovo manquent d’infrastructures sociales. Dans certains cas, il s’agit de victimes de guerre souffrant de troubles post-traumatiques qui rentrent chez elles sans aucun soutien psychologique. Dans d’autres cas, les municipalités du Kosovo sont allés jusqu’à refusé aux Roms leurs droits à être rapatriés, en prenant pour prétexte le manque de d’infrastructures sociales, ce qui est pour une fois admettre la vérité.

En fin de compte, tout le monde au Kosovo devrait accepter que la responsabilité pour le bien-être de tous repose sur toutes les épaules. On ne peut accorder aucun crédit aux autorités quand la transparence demandée n’est pas réalisée.

Jackson Allers a aussi contribué à ce point de vue

 

Belgrade et le Kosovo : souveraineté serbe, pouvoirs étendus pour le territoire
Traduit par Persa Aligrudic

Publié dans la presse : 22 septembre 2005

Sanda Raskovic-Ilic, la nouvelle présidente du Centre de coordination serbe pour le Kosovo et Metohija, exprime son point de vue sur le statut futur de la province : maintien de la souveraineté serbe, pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires pour le Kosovo. Un commentaire de la formule : « plus d’autonomie, moins d’indépendance ».

Par Jelena Tasic et Jelena Bjelica

« La partie albanaise au Kosovo aura les pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires. Dans le cadre de la Résolution 1244 du Conseil de Sécurité, les Nations Unies garantissent à l’État serbe la souveraineté nationale et territoriale. Le Kosovo reste à l’intérieur des frontières de la Serbie. Les policiers serbes gardent les frontières, la politique fiscale et douanière appartient à l’État, en lien avec la politique centrale. Il y aura un ministère de la Défense, un ministère des Affaires étrangères, un siège aux Nations Unies, mais en même temps nous ferons notre possible pour que le Kosovo et Metohija soit une zone démilitarisée, afin d’empêcher l’émergence de formations paramilitaires sur cet espace, et aussi pour dissipe la crainte des Albanais kosovars que l’armée serbe revienne pour maintenir l’ordre ».

D’après elle, les communautés serbes et non albanaises du Kosovo et Metohija « obtiendraient une décentralisation qui permettrait que certains aspects du fonctionnement fondamental de la société, de l’État et de la Province soient de nouveau établis au niveau local », et ce dans les domaines de l’éducation, de la santé et des affaires sociales, de la religion et de la conservation du patrimoine culturel, ainsi que de la juridiction au niveau municipal et de la police locale. Sanda Raskovic-Ivic a souligné que la formule de Belgrade sur le futur statut du Kosovo représente le programme du Centre de coordination qui est entièrement conforme au programme de la direction de l’État de Serbie et de l’Union Serbie-Monténégro.

Contre la division de la province

Sanda Raskovic-Ilic a eu une réunion mercredi à Pristina avec le premier adjoint du chef de la MINUK, Larry Rosin. Le principal sujet de discussion a été la décentralisation des autorités au Kosovo, ainsi qu’il a été communiqué par le Département des médias et des communications du Centre de coordination.

Mme Raskovic a souligné que la décentralisation du Kosovo, pour laquelle elle s’engage, ne signifie pas la division de la province, et que la division et l’indépendance du Kosovo ne sont pas les objectifs de la partie serbe. Sanda Raskovic-Ilic a fait part à Larry Rosin du Plan du gouvernement de Serbie pour la décentralisation du Kosovo, en mettant l’accent sur le fait qu’il a été élaboré afin que les Serbes reviennent et demeurent au Kosovo, mais aussi sur la nécessité que le processus de décentralisation englobe toute la province.

La présidente du Centre de coordination, a également exposé en détails à ses interlocuteurs de la MINUK les raisons pour lesquelles elle insiste pour qu’il y ait une seule et unique délégation des Serbes lors des futurs entretiens sur l’avenir du Kovoso et Metohija.

À propos des manifestations de protestation organisées par les Albanais, Sanda Raskovic-Ilic a exprimé l’espoir que ceux-ci ne représentaient pas toute l’opinion publique des Albanais du Kosovo et Metohija. Elle a souligné que les protestations organisées à l’occasion de sa visite au Kosovo pouvaient être comprises aussi comme un signe de mauvaise volonté de la partie albanaise à ouvrir des négociations constructives sur l’avenir de la province.

 

Statut du Kosovo : les négociations ont déjà commencé
Traduit par Belgzim Kamberi

Publié dans la presse : 3 septembre 2005

Les grandes tractations autour du statut futur du Kosovo ont déjà commencé. Belgrade veut obtenir l’autonomie la plus large pour les zones serbes dans le cadre du processus de décentralisation, mais qu’est-ce que les Albanais peuvent réellement attendre ? L’indépendance sans conditions semble exclue, et la communauté internationale essaie d’inventer une formule de « semi-indépendance » octroyée.

Par Besnik Pula

Soren Jessen-Petersen l’a dit lui-même il y a quelques jours : les négociations ont commencé. Le statut est en train de se définir. Alors que les autres font des commentaires et parlent de « préparations pour les négociations » ou « des negociations de l’automne », les contours de ce statut sont en train de se dessiner graduellement.

Maintenant, le jeu politique tourne autour de la définition du processus qui reste toujours ambigu et peu clair. L’un des aspects fondamentaux de cette dynamique - comme l’a déclaré le chef de la MINUK Jessen-Petersen - est le processus de décentralisation. Maintenant, il est clair que la décentralisation, bien loin des fables politiques sur « la démocratisation du pouvoir » ou le « rapprochement du citoyen et du pouvoir » n’est pas un combat pour les droits des minorités, mais pour le contrôle de territoires ethniques. Il n’est donc pas question de réorganisation territoriale sur des principes démocratiques comme il a été souvent déclaré, mais de réorganisation territoriale selon des principes politiques. Le gouvernement a accepté d’entrer dans un jeu dangereux, dont les conséquences ne se feront pas sentir tout de suite

La réorganisation territoriale du Kosovo ne serait pas problématique en elle-même s’il n’existait pas deux problèmes principaux. Le premier est que la division territoriale se fait dans le contexte d’un statut toujours indéfini. On ne sait toujours pas quelle sera la position du pouvoir central du Kosovo, qui est déja mutilé. Il n’est pas logique et même pratiquement impossible de vouloir décentraliser un pouvoir qui n’est pas encore centralisé !

Décentralisation et organes parallèles de Belgrade

Par ailleurs, dans la majorité des enclaves serbe, les organes parallèles de Belgrade sont toujours fonctionels. Le processus de décentralisation commencé par le Gouvernement sous le patronage de la MINUK et avec la participation active de la Serbie ne donne aucune garantie sur l’extinction de ces organes. De toute façon, la MINUK a acccepté les organes de la Serbie au Kosovo durant six ans. Il n’existe donc aucune raison de croire que la MINUK va entreprendre quoi que ce soit contre ces institutions parallélles maintenant.

Il est vrai que Pristina décentralise son autorité, mais je ne sais toujours pas si le gouvernement sait à qui déléguer ce pouvoir et ces territoires, qui seront gérés dans l’avenir par les nouvelles unités administratives. Malgré tout, ce qui est clair, c’est que l’on n’est pas en train de donner le territorire et le pouvoir aux « citoyens ». Cela jouera encore moins en faveur de l’intégration de la minorité serbe dans le systéme politique et civique du Kosovo.

Dans ces conditions d’un statut indéfini et d’un fonctionement maintenu des institutions parallèles de la Serbie, justement dans les zones qui deviendront autonomes avec une administration locale (comme cas concret, on peut citer Gracanica), on ne peut parler d’un véritable procesus de décentralisation. En réalité, le pouvoir ne se décentralise pas, mais les négociations pour le statut commencent.

Ainsi, à la place d’avoir des négociations au plus haut niveau (comme on le pense d’habitude quand on parle de négociations), celles-ci se dispersent dans différents processus parrallèles, avec plusieurs représentants, sous-représentants et médiateurs - autant de processus qui reçoivent la bénédiction des plus hauts dirigeants. Le Parlement - qui se réduit désormais à son seul Président - est marginalisé, alors que l’opinion publique est bombardée par des demi-informations, qui visentà « lui rafraichir la mémoire » à travers le language de l’optimisme naif et le rituel baiser de la main des dirigeants politiques actuels, ou bien encore à travers même les déclarations sur l’indépendance qui est inévitable et qui aurait le soutien de la communauté internationale.

Malgré tout, désormais, il est bien clair que le processsus de définition du statut a commencé. Comment peut-il se caractériser et où peut-il nous mener ? Maintenant, plusieurs choses sont claires. La Serbie a un rôle actif dans le processus de décentralisation, rôle qui se poursuivra malgré le limogeage de Nebojsa Covic de la direction du Centre de Coordination de la Serbie pour le Kosovo. Sa relève est une conséquence des batailles intérieurs entre les fractions politiques en Serbie et n’a rien avoir avec une réorientation de Belgrade envers le processus de décentralisation ou les objectifs poursuivis pour le Kosovo.

Les représentants de Belgrade ont commencé à se rappeler des schémas des années 1990, des plans Z-4 pour la Krajina et des autres plans pour la Bosnie qui, indépendamment de leurs contenus, avaient pour principes et objets de classiques divisions territoriales. Quoi qu’il en soit, la réalité est que la Serbie a un rôle dans un processus qui, théoriquement, devrait être une question interne au Kosovo. Ceci est la dimension qui est souvent négligée par les différents commentateurs qui se prononcent en faveur du processus de décentralisation et qui se rendent aux évidences de la réthorique officielle, du style : « la décentralisation est un processus qui se déroule partout en Europe et qui joue en faveur de la démocratisation générale du Kosovo ». Je n’ai jamais entendu parler d’un État qui, dans sa politique de décentralisation prendrait en compte les revendications d’un autre pays, sauf dans des conditions de pressions, de chantage ou de manipulations ouvertes. Malgré tout, le processus a commencé son chemin. La fin n’est toujours pas claire, mais l’on se rapproche de quelques formules possibles pour le statut.

Les options exclues

Deux possibilités sont exclues : la première, la classique partition territoriale du Kosovo, qui est la solution préféré de Kostunica et de son entourage. Cette solution n’a aucun soutien en Occident, alors qu’il demeure toujours envisageable que la Serbie utilise la force pour annexer à nouveau des territoires au Kosovo. Ceci provoquerait une confrontation avec l’OTAN, ce qui n’est pas du tout de l’intérêt de la Serbie en ce moment, sachant que la Serbie n’aurait aucune chance d’en sortir gagnante.

En second lieu, l’indépendance sans condition du Kosovo. L’indépéndance n’est pas une solution de compromis, celle-ci est une solution de principe, alors que, pour le moment, les diplomates parlent par la langue du compromis. Il est donc sous-entendu que la solution se base sur une logique de marché et non pas une logique de principes. Il est clair depuis longtemps maintenant que l’équité n’est plus au centre des conceptions dominantes politiques occidentales envers le Kosovo. Pour le moment, domine le language relativiste de « la satisfaction de toutes les parties ». On préfère décortiquer le débat, comme aime à le faire le discours technocratique de ceux qui dirige le processus de négociations, sur des dimensions normatives. Au final, on réduit tout, à commencer par le statut lui-même, à une simple question technique et administrative.

Quand il est question de compromis, la décentralisation qui est ipso facto liée à la question du statut peut être considérée comme un « compromis » que fait le Kosovo envers la Serbie. La décentralistaion relève du masochisme politique qui a été imposé au Kosovo comm condition pour la poursuite du processus.

La décentralisation ne débouchera pas nécessairement sur une territoriale division classique, mais de nouvelles entités territoriales apparaîtront à l’intérieur du Kosovo, sous la forme des mini-cantons habités majoritairement par la minorité serbe, quelle que soit leur dénomination officielle (de toute façon, le jeu autour de leur dénomination est devenu la meilleure forme de manipulation de l’opinion publique). Ceci ne concerne que l’aspect juridique des nouvelles entités administratives, et non leur réalité pratique. En prenant en compte l’existence des organes parallèles serbes dans certaines de ces zones, celles-ci fonctionneraient comme des zones de facto séparées du Kosovo.

Loin de représenter une garantie pour la liberté de mouvement, celles-ci créeront des conditions institutionelles de ségrégation physique et institutionelle de la population serbe du Kosovo dans la vie politique et civique du Kosovo. Elles seront peut-être même à l’origine de nouveaux conflits locaux dans les communes multiethniques - au nom de la défense contre les « terroristes » - et de l’organisation des milices armées serbes dans les enclave officialisées de la sorte.

Vers une pseudo-souveraineté ?

Quoi qu’il en soit, en « contrepartie » de l’autonomie territoriale pour les Serbes du Kosovo, la Serbie pourrait accepter (sûrement sous la pression internationale) la solution d’un Kosovo à demi souverain, à la condition qu’il lui soit impossibilité de se séparer du cadre de l’Union de Serbie et du Monténégro, sous la garantie d’un accord diplomatique, et sans possibilité de changement constitutionel au sein de cette Union.

Ceci serait en accord avec la formule nébuleuse de Belgrade, « moins que l’indépéndance, plus que l’autonomie », alors que les liaisons du Kosovo avec l’entité de Serbie-Monténégro ne se développeraient pas directement, mais par la médiation (provisoire) de la MINUK ou d’un autre organe international.

Ces nouvelles ambiguités permettront aux politiciens kosovars de déclarer que voilà, ceci est l’indépendance (ou, dans le pire des cas, que ceci est le maximum qui puisse être obtenu dans ces conditions, avec la précision que le travail n’est pas terminé et que l’engagement pour l’indépendance doit continuer). Entre temps, le Kosovo fonctionerait comme un semi-État, « monitoré » de différents côtés et avec toutes les compétences régaliennes - exceptés l’adhésion à l’ONU, le droit d’émettre ses passeports et de posséder une armée. Cette solution sera offerte sous le prétexte (maintenant incontournable) que ceci est une solution « intermédiaire », qu’il s’agit du « prochain statut » et non pas du « statut final » - jusqu’à l’adhésion de la Serbie et du Kosovo dans l’Union Européenne dans un avenir de moyen terme, quand - ainsi que le prétendent certains démagogues - les frontières et la souveraineté ne seront plus des questions importantes.

Ceci devrait être à peu près la fin du scénario, qui selon les développements actuels, a toutes chances de se déployer dans les mois à venir. Je ne connais pas de cas concret, du moins au XXe siècle, où l’indépendance ait été offerte à une société, comment l’attendent nos dirigeants politiques et les citoyens du Kosovo qui, de façon directe ou non, soutiennent le concept de négociations pour l’indépendance. Une indépendance offerte est une indépendance formelle, et c’est justement ce qui attend le Kosovo : une indépendance formelle qui, en fait, n’est pas du tout l’indépendance.

 

Le projet de décentralisation ne suffit pas aux Serbes du Kosovo
Traduit par Stéphane Surprenant
Mise en ligne : lundi 22 août 2005

Les Serbes doivent décider s’ils acceptent l’offre du gouvernement du Kosovo qui leur concéderait un gouvernement autonome au niveau local. Les Albanais estiment que l’offre est généreuse et et définitive, mais les Serbes la trouvent trop maigre. Dans les deux nouvelles municipalités prévues, Serbes et Albanais seraient en effet presque à égalité numérique.

Par Jeta Xharra

Le projet pilote - qui, s’il est couronné de succès, sera appliqué ailleurs - prévoit que cinq nouvelles municipalités recevront les mêmes pouvoirs en matière de santé, d’éducation, de planification urbaine et de services publics que les autorités locales déjà existantes.

La mission de l’ONU au Kosovo (MINUK) a dessiné les frontières de ces nouvelles municipalités le 12 août dernier.

L’initiative fait suite aux critiques adressées au gouvernement du Kosovo par ses alliés occidentaux sur son inaction dans le processus de décentralisation, et ce quelques semaines avant que l’envoyé de l’ONU, Kai Eide, ne remette son rapport sur l’ouverture possible des négociations sur le statut final en octobre prochain. Les députés de la Liste serbe du Kosovo et de Metohija (SLKM) ont rejeté la première version du projet de décentralisation le 10 août dernier.

Ils se sont plaints que celle-ci ne leur offrait que de petites agglomérations isolées autour de Gracanica, un village serbe situé à 8 km au sud-est de Pristina, ainsi que Partes, une communauté principalement serbe près de Gjilan/Gnjilane.

Le gouvernement du Kosovo a répondu avec une version révisée du plan. Il a ajouté les quatre villages de Ajvala, Laplje Selo, Preoce et Susica à la municipalité pilote de Gracanica, de même que les villages de Cernice et Budrige à celle de Partes, afin de former des structures plus grandes.

Quasi-équilibre entre Serbes et Albanais dans les nouvelles communes

Bien que plusieurs aient accepté ces modifications, la proportion presque équivalente de Serbes et d’Albanais dans les deux municipalités pilotes demeure un problème pour les Serbes.

Vesna Jovanovic, professeure et membre de la SLKM à Partes, a déclaré : « L’idée fondamentale de ce projet est de donner aux communautés minoritaires davantage de pouvoirs locaux en devenant des majorités dans les nouvelles structures municipales ». Elle a ajouté : « Le gouvernement du Kosovo n’a pas démontré une volonté politique sérieuse pour que les choses aillent en ce sens ».

Toutefois, Lutfi Haziri, Ministre des Administrations locales du Kosovo, explique que le plan n’a jamais été prévu pour mettre sur pied des structures municipales autonomes spécifiquement serbes. « Nous ne voulons pas créer des municipalités sur une base ethnique, et cela encouragerait certainement ce genre de division. »

Malgré qu’aucun recensement officiel n’ait été mené au Kosovo depuis 1981, les chiffres disponibles utilisés par les Serbes et par le gouvernement du Kosovo laissent supposer que les Serbes ne disposeraient que d’une faible majorité aux conseils des municipalités pilotes de Gracanica et de Partes, variant entre 3 et 10 %.

Une comparaison entre Ajvala, village albanais en forte croissance, avec ses nombreuses construction à plusieurs étages, et Gracanica tout près de là, aide à comprendre pourquoi les Serbes craignent que la tendance démographique n’érode leur faible majorité actuelle.

Randjel Nojkic, un député important de la SLKM qui vit à Gracanica, soutient qu’unifier les deux villages mènera bientôt à une minorité serbe dans l’administration conjointe. « Fondre Ajvala et Gracanica dans une même structure municipale fera probablement que les Albanais seront majoritaires aux prochaines élections locales en 2006 », a-t-il affirmé.

Riza Llapashtica, notable de la communauté d’Ajvali, n’est pas plus enthousiaste devant la perspective d’une fusion, quoique pour des raisons différentes.

Du haut de sa maison à deux étages, il a une excellente vue de Gracanica. Llapashtica n’est pas chaud à l’idée de partager les services avec Gracanica plutôt qu’avec Pristina. « Beaucoup de gens ici pensent qu’il est trop tôt après la guerre pour négocier le partage de services locaux avec les Serbes des environs, c’est pour cela que je ne suis pas très content de ce projet », a-t-il confié. « Nous craignons toujours que les Serbes barrent des routes vitales et la circulation qui passe par leur municipalité ».

Riza Llapashtica croit que la solution réside dans la croissance démographique albanaise de son village, dont la population devrait éventuellement surpasser celle des Serbes autour de Gracanica.

« Au rythme où les Albanais achètent des terrains et emménagent, nous serons bientôt plus nombreux que les Serbes, alors il y aura moins de raisons de craindre cette nouvelle municipalité », conclut-il. Le voisin de Llapashtica, Randjel Nojkic, reconnaît que le temps ne joue pas en faveur des Serbes.

Les Serbes du Kosovo dans une position inconfortable

« L’offre n’est pas aussi bonne que nous le souhaiterions, mais nous ne devons pas la rejeter », a-t-il dit, « parce que nous raterions une opportunité de nous battre pour nos droits à un moment où des décisions cruciales doivent être prises ».

Randjel Nojkic croit que les Serbes du Kosovo se sentent frustrés par leur marge de manœuvre limitée, étant piégés entre les « offres peu généreuses de Pristina » et les pressions de Belgrade en faveur d’une « non participation catégorique ».

Il poursuit : « Je suis assez critique face aux réticences du gouvernement de Pristina de donner seulement une municipalité majoritaire aux Serbes dans un endroit si fortement albanais. Je suis aussi frustré par le gouvernement de [le Premier Ministre serbe Vojislav] Kostunica, qui diffère peu au fond de ce que [Slobodan] Milosevic pensait du Kosovo ».

Randjel Nojkic en déduit que Belgrade ne fera pas une faveur aux Serbes du Kosovo en les pressant de rejeter automatiquement le plan. Si cela était le cas, les Serbes perdraient simplement une nouvelle opportunité de lutter efficacement pour leurs droits au Kosovo.

 

Kosovo : Les Serbes du Kosovo rompent avec Belgrade
Traduit par Stéphane Surprenant

Publié dans la presse : 22 juillet 2005
Mise en ligne : lundi 25 juillet 2005

La politique de Belgrade exigeant des Serbes du Kosovo qu’ils boycottent le gouvernement du Kosovo suscite le mécontentement des dirigeants serbes locaux.

Par Arben Qirezi

Un gouffre s’est ouvert entre le gouvernement de Belgrade et les dirigeants des Serbes du Kosovo après que l’un de ces derniers a déclaré se joindre à l’Assemblée locale - majoritairement albanaise - en signe de désaccord. En effet, la position de la Serbie est claire : pas de participation sans davantage de garanties. Comme le précisait récemment le Président Boris Tadic, « la Serbie demande une activité accrue de la Communauté Internationale et des garanties pour les Serbes de la part des autorités locales. Sans cela, une participation serbe dans les institutions du Kosovo n’aurait aucun sens ».

Boris Tadic s’exprimait ainsi après une réunion avec un émissaire de l’ONU, Kai Aide, qui avait pressé en vain le gouvernement serbe de tenter de convaincre les Serbes du Kosovo de se joindre aux institutions locales.

Mais Oliver Ivanovic, chef de la Liste serbe pour le Kosovo et la Metohija (SLKM), dit maintenant craindre que la Serbie ne se serve de cette question comme d’un ballon politique, au détriment des véritables intérêts des Serbes du Kosovo.

« Tout a été fait pour causer des déchirements internes », a-t-il déclaré cette semaine. « Ces calculs pourraient coûter cher aux plus de 100 000 Serbes qui ont décidé de demeurer au Kosovo. » Ivanovic a annoncé que son groupe va désormais prendre les huit sièges qu’il détient - mais qu’il n’a pas occupés jusqu’ici - à l’Assemblée du Kosovo. En outre, la formation va annoncer formellement sa décision de se joindre au gouvernement au cours des prochains jours.

Ces déclarations marquent une rupture avec la ligne politique suivie normalement par la SLKM, caractérisée par le désir de laisser toutes les décisions politiques importantes à Belgrade.

Sous les pressions de la Serbie, la plupart des Serbes du Kosovo avaient boycotté les élections législatives d’octobre dernier.

Avec moins d’un millier de Serbes ayant exercé leur droit de vote, la SLKM et la Liste civique de Serbie (CLS) se sont partagés les dix sièges alloués à la communauté serbe, sans tenir compte du nombre de votes enregistrés. La CLS, menée par Nebojsa Petkovic, a récolté deux de ces dix sièges et a immédiatement rejoint l’Assemblée pour occuper le poste de Ministre du Retour et des Communautés.

Puisque le Kosovo déploie d’importants efforts pour le retour des réfugiés, par l’intermédiaire de nombreux programmes, Petkovic s’est retrouvé à la tête du plus important budget ministériel, à savoir 14 M€ en 2005. Le Ministère de l’Agriculture, aussi réservé aux Serbes du Kosovo, était toutefois resté sans ministre, la SLKM ayant décidé de poursuivre le boycott inspiré par Belgrade.

Bien que la structure conçue par l’ONU pour gouverner le territoire, le Plan Constitutionnel pour le Kosovo, stipule que les représentants qui ne se présenteraient pas aux réunions de l’Assemblée pendant plus de six mois seraient démis de leurs fonctions, la mission de l’ONU au Kosovo (MINUK) a décidé de ne pas appliquer cette disposition, espérant que la SLKM changerait d’idée.

À ce moment-là, Petkovic reprochait à la MINUK de donner tant d’importance à la SLKM plutôt que de permettre à la CLS, « qui avait démontré sa bonne foi à travailler au sein des institutions, d’occuper les sièges vacants à l’Assemblée et au gouvernement ». La position initiale d’Ivanovic, selon laquelle la SLKM ne devait prendre aucune décision concernant une participation aux institutions du Kosovo sans l’appui de la Serbie, était, d’après certains observateurs, une tactique calculée, destinée à renforcer au maximum la position de la Serbie et ainsi assurer à Belgrade un rôle décisif lors des négociations sur le statut final.

« Belgrade comptait sur le boycott des Serbes du Kosovo pour soutenir l’argument selon lequel ceux-ci ont besoin d’un gouvernement autonome à l’intérieur du Kosovo », a expliqué Bekim Kastrati, analyste politique à Pristina.« D’autre part, en tant que parti politique commandité par Belgrade, la SKLM a manqué de ressources internes pour prendre des décisions autonomes. »Mais les dernières déclarations d’Ivanovic suggèrent que ces calculs ont perdu beaucoup de leur force...

La Serbie a souffert d’un déficit de prestige majeur l’an dernier après que la communauté internationale eut rejeté son plan visant à établir cinq régions autonomes serbes au Kosovo, toutes reliées par un corridor. Une telle impasse a montré que la Serbie renforçait sa position aux dépens des Serbes du Kosovo dont la dépendance vis-à-vis de Belgrade les a privés d’une voix crédible.

 

Kosovo : les fractures de la communauté islamique

 

Traduit par Nerimane Kamberi

Publié dans la presse : 20 juin 2005
Mise en ligne : mardi 5 juillet 2005

Depuis dix ans, ils sont apparus. Eux-mêmes prétendent défendre l’islam traditionnel, pourtant, nombreux sont ceux qui les considèrent comme un danger et une menace. Les Selefi, plus connus sous le nom de Wahhabi, font désormais partie de la société du Kosovo. Aujourd’hui, ils sont partout.

 

Par Ilir Mirena

La discorde verte

Parmi les nombreux fidèles de la nouvelle mosquée de Vucitern, on voit de nouveaux visages. Des enfants, des vieux hommes courbés... Et parmi eux on remarque inévitablement quelques hommes qui se distinguent par leur apparence et leur façon de prier. On les remarque, et pas seulement à la mosquée. « Voilà les barbus, les barbus ! », ces mots peuvent vous échapper ou vous venir à l’esprit lorsque vous les voyez passer près de vous.

Mais en dehors de leur apparence extérieure, peu nombreux sont ceux au Kosovo qui les connaissent vraiment (...)

Les Selefi et les Wahhabi

Le Wahhabisme est actuellement considéré par les théologiens de l’école religieuse islamique Hanefi, comme le courant le plus extrême et le moins tolérant de la religion musulmane. Les adeptes de ce mouvement, quant à eux, n’aiment pas être appelés Wahhabi. Ils préfèrent le terme Selef.

Albert Haziri-Zejdi, 29 ans, originaire de Gjilan et diplômé à l’Université de Zerkasé en Jordanie, est considéré comme un des représentants les plus influents des Selefi (ou Wahhabi) au Kosovo. Albert, qui vient de changer son nom en Zejdi, donne les raisons pour lesquelles ils n’aiment pas être appelés Wahhabi..

« Nous n’appartenons pas au même mouvement. Muhamemed ibn Abdul-Wahabi est seulement un des grands érudits de l’islam. En son temps, il permit au peuple d’accéder à une éducation religieuse. Ceux qui ne nous dénigrent, nous et notre nom, tentent d’effrayer les gens en leur disant que nous sommes Wahhabi » explique Albert, auteur du livre « Positions selefites dans certaines questions méthodologiques ».

Selon la doctrine wahhabi, toute personne qui ne suit pas les préceptes du mouvement est considérée comme takfir (non croyante). Le mouvement commence à s’étendre et avec elle l’intolérance envers les autres communautés religieuses..

« Il n’y a pas de différence essentielle entre les Wahhabi et les Selefi, il s’agit du même phénomène » souligne le conseiller de la Communauté islamique du Kosovo, Resul Rexhepi.

Les années ’90 et l’apparition des premiers Wahhabi

Le conseiller de la Communauté islamique se souvient de l’apparition des premiers Wahhabi au Kosovo. « Dans le temps ce mouvement n’était pas présent au Kosovo. Il est apparu ces 20 dernières années, principalement après la guerre au Kosovo » explique Rexhepi. Selon lui, ce courant est arrivé au Kosovo par les étudiants albanais revenant Arabie Saoudite, et de l’Université de Medina. « Cependant, on ne peut également exclure l’influence de quelques organisations venues principalement de l’Arabie Saoudite. Par le suite se sont développées des organisations kosovares converties au Wahhabisme ».

Pour les adeptes de ce courant, le Wahhabisme représente le salut de l’islam dans la région. Pour d’autres, ce mouvement constitue surtout une menace pour l’islam traditionnel pratiqué au Kosovo depuis presque six siècles. Si les responsables de la Communauté Islamique du Kosovo- la plus haute autorité islamique du pays - se gardent bien de faire toute la vérité sur ce mouvement, certains jeunes qui les ont côtoyés, affirment sans détours que les représentants Wahhabi arrivent pour prendre le pouvoir.

Gj.B précise avoir connu les Wahhabi en 1995 alors qu’il était élève à l’école coranique. Selon ses déclarations, on lui aurait proposé plusieurs fois de l’argent. Au Kosovo, beaucoup pensent que les Wahhabi sont soutenus financièrement par des organisations arabes. Pour Zejdiu de Gjilan, ce n’est que de la propagande de la Communauté islamique du Kosovo.

« Tout ceci n’est que mensonges. Je suis désolé que ces calomnies aient été colportées sur la place publique par quelques membres de la Communauté Islamique. Sans est-il possible d’attirer un jeune kosovar par l’argent, mais des dizaines, des centaines, des milliers ? »

Le grand schisme

L’apparition des Wahhabi a brisé pour la première fois l’unité de la Communauté Islamique du Kosovo. L’arrivée des Wahhabi semble avoir concurrencé le courant officiel Hanefi pratiqué depuis des siècles. Désormais ce dernier n’échappe plus à une remise en question...

« L’arrivée de ce courant a créé une division, c’est indéniable. Le fait simple qu’il y ait désormais des Sunnites et des Selefis a brisé une unité vieille de six siècles. Les musulmans du Kosovo et de la région sont à présent ébranlés » explique Resul Rexhepi.

Les partisans du Wahhabisme au Kosovo et dans la péninsule balkanique sont apparus après la chute du communisme et les guerres yougoslaves.

Pour les responsables de la Communauté islamique du Kosovo, ce mouvement ne correspond pas à l’identité des Kosovars. “L’école juridique hanefi, héritée de 6 siècles de traditions, s’adapte à la nature des Kosovars et au contexte dans lequel nous vivons” explique avec conviction le conseiller Rexhep. Pour Zejdiu au contraire, les Kosovars, comme les Musulmans du reste du monde, peuvent s’adapter facilement à cette forme de l’islam.

Danger ou réforme ?

Gj.B. n’est pas avare d’accusations contre les Selefi : « Ce sont des destructeurs. Toutes les attaques, le 11 septembre, Madrid et toutes les autres dans le monde sont commises par les membres de cette secte. Le prophète dit que le Musulman ne peut pas même abîmer l’arbre d’un croyant d’une autre religion et les Wahhabi lancent des bombes dans des lieux publiques. Ce sont des destructeurs. Ce n’est pas une école juridique comme les autres : le wahhabisme est simplement la chose la plus néfaste de la religion musulmane ».

« Contrairement à ce que pense le peuple, tout porteur de barbe n’est ni un terroriste, ni un fidèle de Ben Laden » répond Zejdiu.

Le Wahhabisme appelle à retourner aux pratiques traditionnelles de l’islam, celles de ses origines. Cela sous-entend la soumission de l’individu à des règles strictes : habillement spécifique, prières quotidiennes, attitudes strictes envers les femmes, etc.

Un musulman, un califat

« Le danger avec cette secte est qu’elle espèrent créer un jour ou l’autre un califat mondial. Milosevic affirmait que là où il y a une maison serbe, il fallait faire un état serbe, eux pensent que là où il y un musulman il faut créer un califat. Le jour où le Kosovo aura son indépendance, ils vont détruire l’islam ici » ajoute Gj.B.

Pour autant, actuellement on sait que les Wahhabi au Kosovo ne fonctionnent pas sous une forme organisée. Les responsables de la Communauté Islamique ne se sentent pas encore menacés par les Selefi. Selon Rexhepi, « malgré les faits mentionnés plus haut le CI ne se sent pas menacé. Pour nous ce sont des Musulmans et il n’y a pas de risque venant d’eux ». Le problème est que désormais l’unité des musulmans kosovars est brisée.

Zejdiu résonne autrement : « A cause de la voie juridique et religieuse qu’elle mène, nous n’avons aucun rapport avec la CI du Kosovo. Nous espérons que dans un avenir proche la CI va changer, elle se doit d’être plus tolérante avec nous ». Selon lui, ils n’existe pas encore de structure organisée au Kosovo. Ni de leader. « Aujourd’hui, nous sommes indépendants mais nous espérons que dans un avenir proche, nous allons être en mesure de constituer une structure organisée ».

Les structures parallèles

La Communauté Islamique ne dispose pas d’informations sur l’organisation institutionnelle des Wahhabi. Selon Rexhepi, « s’ils possèdent une forme d’organisation parallèle, ils seront considérés comme des dissidents ».

« Ils ont leur hiérarchie, mais elle est très secrète. Il est primordiale que cette secte ne parvienne pas à la tête de la Communauté Islamique du Kosovo. Si cela arrive, la secte s’institutionnalisera » déclare Gj.B. Selon lui ce phénomène prend de l’ampleur car l’économie reste dans une situation catastrophique. « Si vous observez ces gens, vous voyez qu’ils sont sans avenir. Pas de travail, pas d’école, rien ».

Refki Morina

« Je ne suis pas informé de quelque incident que ce soit avec eux, et nous n’avons pas non plus l’ordre de les suivre de façon particulière. Ils sont soumis aux mêmes règles que tous les autres habitants du Kosovo. Nous n’avons pas eu de problèmes ni avec les organisations arabes présentes et nous n’avons pas d’information sur des abus de leur mission ».

 

Statut du Kosovo : négociations, compromis ou décision internationale ?
Traduit par Stéphane Surprenant

Publié dans la presse : 18 mai 2005
Mise en ligne : samedi 28 mai 2005

Si les deux parties, serbe et albanaise, ne parviennent pas à se mettre d’accord et à trouver un compromis sur l’avenir du Kosovo, une solution imposée par la communauté internationale, basée sur le principe « d’indépendance conditionnelle », deviendrait de plus en plus probable.

Par Tim Judah

Après les émeutes de mars 2004 au Kosovo, il y a eu beaucoup de grincements de dents chez ceux qui sont impliqués dans les affaires balkaniques. D’abord, ils ont déclaré que ces événements tragiques constituaient « un réveil » puis, ils ont affirmé que « quelque chose devait être fait ».

Plus tard, les mêmes ont soutenu qu’ils n’avaient pas été entendus et que, tôt ou tard, le Kosovo replongerait dans la crise.

En fait, rien n’était plus éloigné de la vérité et un grand bal diplomatique a commencé à se mettre en place. Que tout cela mène au « statut final » du Kosovo ou à ce que les diplomates appellent son « statut futur » reste cependant à voir.

Le 27 mai, le Conseil de Sécurité de l’ONU va examiner le dernier rapport régulier produit par la Mission de l’ONU au Kosovo, mais officiellement présenté par le Secrétaire général Koffi Annan. Ce rapport doit évaluer les progrès faits au Kosovo au regard des « standards » établis comme objectifs à atteindre. Ceux-ci incluent les droits de l’homme et ceux des minorités.

De toute évidence, le Conseil de Sécurité va déclarer que le Kosovo a fait assez de progrès pour envisager un compte-rendu plus approfondi. Kofi Annan devrait ensuite désigner un vérificateur des standards pour mener à bien cette tâche. Le rapport du vérificateur, probablement positif, permettra de passer à l’étape suivante.

D’après des sources diplomatiques, Kofi Annan nommera un envoyé qui fera la navette diplomatique entre Pristina et Belgrade pour tenter de parvenir à une entente négociée. L’envoyé devrait commencer à travailler vers la mi-septembre. On discute de l’idée de le pourvoir de trois adjoints, un de l’UE, un des États-Unis et un de la Russie.

Plusieurs noms ont été mentionnés comme candidats au poste d’envoyé. L’un d’entre eux est celui de Carl Bildt, l’ancien Premier Ministre suédois, qui connait très bien les Balkans. Un autre est Giuliano Amato, ancien Premier Ministre italien. Toutefois, selon une source diplomatique, « tous deux pourraient s’être écartés eux-mêmes » en prenant part à la récente Commission internationale sur le Rapport des Balkans, qui avait proposé l’indépendance pour le Kosovo en quatre phases.

Reste comme candidat sérieux l’ancien Président finnois, Martti Ahtisaari, qui possède également beaucoup d’expérience dans les Balkans.

Les diplomates étasuniens et européens envisagent une navette diplomatique d’une durée de 6 à 9 mois. Si cela dure plus longtemps, pensent-ils, le processus va perdre son élan et risque de s’embourber indéfiniment - d’autant plus que les autorités serbes ont tout intérêt à remettre à plus tard toute issue un tant soit peu défavorable.

En préparation pour les pourparlers, les dirigeants serbes adoptent la formule « plus que l’autonomie mais moins que l’indépendance ». Ils veulent prévenir toute indépendance formelle tout en donnant l’impression qu’ils sont plus flexibles et raisonnables que les albanophones, qui exigent l’indépendance complète.

Néanmoins, des diplomates européens et américains influents croient que la position serbe est simplement impraticable, puisque tout semble indiquer que les Kosovars reprendraient les armes si le Kosovo était lié à nouveau à Belgrade.

Une des possibilités serait que le Conseil de Sécurité impose une solution, en tenant pour acquis que la Serbie et les Albanais du Kosovo ne pourront jamais s’entendre par eux-mêmes. Cela pourrait prendre la forme d’une « indépendance conditionnelle ». Cela n’impliquerait pas un retour du pouvoir serbe ni une partition formelle.

L’indépendance conditionnelle pourrait signifier, par exemple, que le Kosovo détienne un siège à l’ONU mais qu’un responsable international, semblable au Haut Commissaire en Bosnie-Herzégovine, puisse être nommé avec le pouvoir de réserve d’exercer un veto législatif.

Les zones à majorité serbe ou d’autres minorités pourraient bénéficier d’une autonomie élargie et une présence militaire internationale serait maintenue au Kosovo.

Cette solution ferait que l’indépendance totale serait remise à plus tard et la Serbie pourrait soutenir que le Kosovo « n’est pas vraiment indépendant ». En effet, elle conserverait un mot à dire dans certains cas, dans les districts autonomes ou en général, par exemple dans les domaines de l’éducation serbe et de la préservation des monastères et églises serbes.

D’un autre côté, avec les symboles de la souveraineté et une indépendance virtuelle, les Albanais pourraient prétendre que le Kosovo est devenu dans les faits un État indépendant, sans se préoccuper des détails restrictifs.

Mais quelque soit la solution imposée, elle impliquera que le statut du Kosovo soit redéfini après cette phase de transition, par exemple lorsque toute la région sera prête à se joindre à l’UE. Cela pourrait se produire vers 2014 au plus tôt.

Bien entendu, des événements imprévus peuvent toujours entraver le déroulement du processus diplomatique. Les Occidentaux espèrent ainsi que la Russie va appuyer ce plan, ce qui n’est pas acquis. Car la Russie pourrait bien s’y opposer et être ensuite ignorée si les États occidentaux reconnaissaient l’indépendance du Kosovo.

Les autorités serbes, dans une tentative destinée à prévenir tout recul, pourraient aussi refuser de négocier et ne pas reconnaître le choix de la communauté internationale. Si cela se produit, la Serbie risque cependant de perdre sa meilleure opportunité depuis longtemps de protéger ses intérêts et ceux de la minorité serbe du Kosovo.

 

La chronique du médiateur
Kosovo : « Les standards ! Les standards ! »
Traduit par Jacqueline Dérens
Mise en ligne : lundi 16 mai 2005

C’est dans la nature du travail du médiateur de faire une évaluation quotidienne informelle des véritables standards pour le Kosovo, pas de ces « standards pour le Kosovo », politiques, que la communauté internationale qualifie souvent de « références ».

Par Marek A.Nowicki, médiateur pour les droits de la personne du Kosovo

Ces standards politiques sont les critères mentionnés par les acteurs internationaux que les gens et le gouvernement du Kosovo doivent remplir ou au moins commencer à remplir pour ouvrir la voie vers le début des négociations sur le statut qui déterminera l’avenir de la province.

Les standards du médiateur sont plutôt d’une certaine façon autonomes vis-à-vis de la campagne promotionnelle des standards politiques. Ces standards sont des standards de base. Le niveau de leur réussite ou de leur échec est visible dans l’expérience quotidienne des gens ordinaires avec leurs autorités, leurs institutions publiques et leur voisinage. En d’autres termes, nous parlons de la vie de tous les jours.

Au cours d’une journée que j’appellerai « jour ouvrable », je reçois des plaintes de tout le Kosovo, des files de gens attendent parfois toute la journée, certains patiemment, d’autres moins, pour me parler de leurs problèmes individuels Mettez - vous à la place du médiateur pour une seule journée. Les histoires que vous allez entendre n’ont pas été particulièrement sélectionnées, mais ne sont pas non plus des cas isolés. Elles suffisent à donner une image diversifiée des doléances des gens qui poussent la porte du bureau du médiateur « un jour ouvrable ».

Un homme de 57 ans raconte comment il a travaillé pour les chemins de fer pendant 35 ns jusqu ‘à ce qu’il soit forcé de quitter son travail. Il est trop jeune pour avoir droit aux 40 euros mensuels de l’aide sociale et il ne peut pas prétendre à une pension ou à une autre forme de compensation. Dans un autre contexte, il pourrait trouver un travail ou recevoir une pension. Au lieu de cela, on l’a renvoyé sans autre forme de procès, sans aucune perspective d’un autre emploi. Il n’a plus qu’à compter sur la chance de vivre encore 8 ans pour espérer recevoir 40 euros de son gouvernement et son cas n’est pas isolé.

Un autre raconte que sa maison a été détruite pendant le conflit de 1999 et n’a toujours pas été reconstruite. D’autres familles albanaises du Kosovo ont réussi à faire reconstruire leurs maisons. Notre homme demande pourquoi ? - alors que lui et environ 1000 familles comme la sienne dans le seul quartier de Mitrovice/Mitrovica attendent de pouvoir reconstruire leurs maisons. D’un côté, il dit que la municipalité lui a indiqué qu’il n’y avait pas d’argent pour reconstruire ces maisons, ce qui est compréhensible. Mais cela fait six ans que ces familles attendent et elles disent qu’elle sont victimes de discrimination. Dans d’autres municipalités, la réponse à de semblables demandes pour reconstruire les maisons est la suivante : « Oubliez la reconstruction de votre maison. Notre préoccupation pour le moment est d’aider les minorités, selon les exigences des Standards Prioritaires indiqués par le gouvernement et la communauté internationale ». Où sont les standards pour ces familles, victimes du conflit et qui n’ont pas de toit , ou même un abri décent sur la tête ? Ailleurs, le message de nombreuses municipalités est sans équivoque : « Graissez-nous la patte et alors il y aura un bon motif pour mettre votre nom sur la liste des reconstructions, s’il y en a une ».

Un mari a perdu sa femme dans une violente attaque à Mitrovica Nord en février 2000. Pendant des années, il a attendu en vain que les auteurs de ce crime soient traduits devant la justice. Jusqu’à ce jour, rien n’a été fait à ce sujet. Il a aussi été chassé de son appartement et depuis cinq ans n’a réussi qu ‘à trouver des abris temporaires. Il fait partie de ces innombrables familles qui attendent des réponses à leurs questions : qui sont les tueurs ? qui sont les auteurs des crimes ? où est la justice ?

Un autre est venu me demander d’arrêter son voisin qui est en train de construire une maison illégalement sur un terrain adjacent à sa propriété. Le mur de la nouvelle maison a été érigé à quelques centimètres de sa maison, bloquant littéralement les fenêtres et créant ainsi un préjudice. Cet homme a porté son cas devant les tribunaux, mais il ne s’est rien passé. À cause de la passivité de la municipalité et des tribunaux, l’intégrité de sa maison est en danger, sans compter qu’on a empiété sur sa propriété. Où est l’inspection municipale ? Où est le juge prêt à agir ?

Par contraste, la municipalité de Prishtine/Pristina dans un effort pour apaiser le processus des Standards, a décidé de se battre avec détermination contre les constructions illégales. Les maisons ont été rasées sans avertissement et elles appartenaient à des familles pauvres et vulnérables. Mais pourquoi n’a -t -on pas envoyé les bulldozers d’abord vers les constructions illégales du centre ville dont certaines tours dominent le cœur de la ville et qui sont pour la plupart inhabitées ? Une application sélective de la loi ne conduit qu’à l’arbitraire et à la discrimination.

Ces histoires vous donnent un aperçu d’une « journée ouvrable ». La liste de ces questions est sans fin. J’ai délibérément mis de côté les questions qui affectent plus particulièrement les minorités, qui sont, en-soi, un autre problème. Mais, comme vous pouvez le voir, toutes les questions que j’ai soulevées ici sont d’une manière ou d’une autre liées aux standards du Kosovo.

S’il y a un certain progrès pour les Standards prioritaires, cela n’est pas une raison pour s’autocongratuler immédiatement. Pour atteindre les vrais standards, il a y encore beaucoup de travail à faire. On peut estimer que l’évaluation des standards politiques n’est que le premier pas d’un processus plus large qui mènera à une étape où les simples gens pourront avoir une vision future du Kosovo et accepter cet endroit comme un lieu sûr pour y vivre.

Si les pratiques que j’ai décrites comme exemples se perpétuaient, alors parler de la réalisation des standards serait pour reprendre la formule d’un plaignant, « une perte de temps ». C’est pour cette raison qu’il est essentiel de dire clairement que les standards dont nous parlons aujourd’hui ne sont que le commencement d’un long processus et non pas un exploit pour lequel nous devons nous féliciter et nous reposer sur nos lauriers.

Faire des efforts pour atteindre les standards et les maintenir est une lutte de tous les instants.

Kata Mester a contribué ce point de vue.

 

Kosovo : les maladies ravagent les camps de déplacés rroms et ashkali
TRADUIT PAR STÉPHANE SURPRENANT

Publié dans la presse : 14 avril 2005
Mise en ligne : dimanche 17 avril 2005

Dans les camps de déplacés situés à Mitrovica, aux alentours des mines de Trepca, la contamination au plomb et à l’oxyde de souffre génère de nombreuses maladies. Les enfants comptent au nombre des premières victimes. L’ONU connaît le problème, mais ne fait rien.

Par Hajrudin Skender

Le petit Saban Cosa, trois ans, se promène dans le camp de personnes déplacées de Cesmin Lug avec une grosse plaie sur la tête. Sa famille, comme beaucoup d’autres des communautés rrom, ashkali et égyptiennes, ont trouvé refuge dans ce camp après la guerre de 1999, alors qu’ils avaient été chassés de leurs maisons par les Albanais.

Ils sont installés à seulement 500 mètres de la mine abandonnée de Trepca dans le nord du Kosovo. Le père de Saban, Agron, est convaincu que la plaie sur la tête de son fils est une conséquence de son empoisonnement au plomb dû aux substances résiduelles de la mine entreposées à côté.

Kablare et Zitkovac, situés à 3 km de Trepca, hébergent également des Rroms, des Ashkali et des Égyptiens. Tout comme à Cesmun Lug, les gens y sont exposés à des déchets toxiques de la mine. Les résidents des environs se plaignent aussi d’empoisonnement au plomb, affirmant que leur vie même est en danger.

Des tests menés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en juin 2004 démontrent que ces craintes pourraient bien être fondées, puisque 40 % des personnes examinées avaient un haut taux de plomb anormalement élevé dans leur sang.

Gerry McWeeney, représentant de l’OMS au Kosovo, explique que le plomb pénètre dans le sang de différentes façons, dont par la poussière et la nourriture contaminée.

Agron Cosa dit ne pas pouvoir faire grand chose pour son fils. « Nous avons découvert que Saban avait du plomb dans le sang lorsque l’OMS a fait les tests, c’est tout », raconte-t-il. « Ils ont dit qu’il devrait aller à Belgrade pour un traitement, mais nous n’avons pas d’argent pour ça ».

Les habitants de l’endroit disent que les sols ont été régulièrement contaminés par des gaz toxiques (plomb et oxyde de soufre) depuis 1927, quand la mine de Trepca a débuté ses opérations. Le rapport de l’OMS a établi que ses scientifiques avaient détecté des niveaux excessifs de plomb dans le sol, l’air et l’eau.

L’administrateur de l’ONU à Mitrovica, Joe Kazlas, a déclaré le 17 décembre 2004 que l’ONU était au courant du problème et avait pris certaines mesures pour y faire face.

« Les conséquences de l’empoisonnement au plomb affecte surtout les enfants et les femmes enceintes, alors nous avons loué un hôtel pour recevoir ces personnes afin de les éloigner des zones contaminées », dit-il. Néanmoins, Kazlas ajoute que plusieurs enfants et femmes enceintes ont refusé cette offre parce qu’ils ne voulaient pas être séparés de leur famille.

Le docteur Tatjana Cukic, pédiatre dans un centre de santé du nord de Mitrovica et qui visite occasionnellement les camps de Trepca, affirme que le problème n’est pas seulement causé par la proximité de la mine.

Elle soutient que les gens absorbent du plomb dans leur système sanguin parce qu’ils ne lavent pas leur nourriture adéquatement. « Si les gens ne lavent pas leurs fruits et leurs légumes avant de les manger, ils peuvent ingérer du plomb de cette manière aussi. »

Plusieurs résidents des camps déplorent que les autorités à Mitrovica fassent peu de choses pour les aider à améliorer la situation.

Cun Hajdini, dont la fille de 4 ans Fljurija souffre d’un empoisonnement au plomb, constate : « Personne ne se soucie de nous, nous sommes des gens oubliés ».

Une des suggestions pour régler le problème serait une relocalisation temporaire des habitants du camp dans la moitié sud de Mitrovica, contrôlée par les Albanais. Le projet est tombé à l’eau, car les résidents ne veulent pas déménager en territoire albanais.

Le docteur Cukic rappelle que la présence de plomb dans le sang pose de sérieuses menaces à la santé, en particulier celle des enfants. Après avoir examiné Saban Cosa, elle a prévenu que « Le plomb peut endommager le cerveau et causer des problèmes d’ouïe. Le niveau d’hormones peut être aussi affecté, ce qui peut limiter la croissance ».

« Il est certain que Saban aura toujours des problèmes d’anémie et de haute pression. Il pourrait avoir de la difficulté à parler et à étudier et sa mémoire pourrait être atteinte ».

Le médecin dit que les enfants et les femmes enceintes qui savent qu’ils ont du plomb dans le sang devraient manger une nourriture riche en calcium, ce qui contribue à expulser du corps les quantités excessives de cet élément. Mais l’accès à une telle diète n’est pas toujours facile compte tenu des conditions de vie misérables dans les camps.

Sadeta Gasnjani, qui a 13 ans, est une autre victime de la contamination. Son corps est couvert de plaies. « Au début, elles ressemblaient seulement à des égratignures », explique son père.

Quand les plaies se sont aggravées, il l’a emmenée voir un médecin qui a confirmé la présence de plomb dans son sang. « Le médecin a dit qu’elle devait prendre des vitamines et manger un certain type de nourriture, mais je n’ai pas d’argent pour lui acheter tout ça », dit-il.

 

Kosovo : sortir des visions tribales
TRADUIT PAR JACQUELINE DÉRENS


Mise en ligne : samedi 16 avril 2005

Quel avenir pour le Kosovo si ses habitants ne voient pas dans la personne qui marche vers eux d’abord un être humain, et non pas un Serbe, un Albanais, un Rrom ou un Askhali ? Cette vision tribale typique des sociétés pré-modernes, caractérise une société sur la défensive qui voit « l’autre » comme un risque ou une menace.

Par Marek A.Nowicki, médiateur pour les droits de la personne du Kosovo

Plusieurs personnes m’ont récemment fait cette remarque : « Si nous appartenions à une minorité, vous auriez une attitude différente. Vous auriez pu régler notre problème tout de suite ».

Qu’est ce qui donne maintenant l’impression à certaines personnes que les communautés minoritaires reçoivent parfois plus d’attention, ou sont parfois davantage favorisées par les institutions du Kosovo ? L’exemple qui suit peut aider à fournir une réponse possible à cette question

Il y a peu de temps, une famille albanaise et venue me demander de l’aide pour le dossier de reconstruction de leur maison détruite en 1999. Ils avaient contacté plusieurs fois la municipalité à ce sujet. La réponse la plus récente qu’ils ont reçu se résumait à cela : « Allez-vous en. Le seul argent disponible servira à la reconstruction des maisons serbes pour effacer les blessures de mars 2004 ».

À ce jour, la première estimation des standards pour le Kosovo a été remplie, même si elle n’est pas encore publiée. Il est bien sûr très important de parler des minorités, pas seulement dans le contexte des standards, parce que le niveau de développement d’une société peut être mesuré par le niveau de protection et de libertés dont bénéficient les communautés minoritaires. En d’autres termes, montrez-nous comment le Kosovo est en mesure de les protéger et nous prendrons connaissance de la « santé » politique et sociale de votre Kosovo. Cela permettra aussi de confirmer le degré de sincérité des dirigeants politiques qui traitent les questions des minorités et d’écarter certains doutes à ce sujet.

Toutefois, je ne peux pas m’empêcher de me demander si ces efforts pour montrer le soutien apporté aux minorités, après avoir atteint un point critique, ne courent pas le risque de devenir contre-productifs, étant donné les exemples que j’ai déjà mentionnés. Tout en faisant des efforts pour préparer une place convenable pour les minorités et pour leur assurer de bonnes conditions, le gouvernement ne doit pas dans le même temps ignorer les difficultés endurées par une grande partie de la population, en l’occurrence les Albanais.

D’une manière paradoxale, la population majoritaire pourrait se sentir marginalisée et croire que ses problèmes sont mis de côté et considérés comme moins importants que le processus des « standards avant le statut ».

Ayant dit cela, il semble raisonnable d’affirmer que le gouvernement et les gens au Kosovo doivent soutenir tous les efforts pour convaincre les minorités qu’il y a de la place pour eux dans la société, et pas comme citoyens de seconde classe.

Pour cette raison, il est primordial de maintenir un équilibre dans les messages envoyés au grand public, que ce soit dans la bouche des hommes politiques ou dans la façon dont fonctionnent les relations entre les institutions et la population. Tous les membres de la société devraient participer à la réalisation de cet objectif déclaré : que le Kosovo soit pour tout le monde.

Un observateur pourrait avoir la fausse impression qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire sur la question des minorités autre que les Serbes. Ai-je besoin de dire qu’il n’est pas seulement question des Serbes, mais de toutes les communautés non-albanaises, dont les besoins sont souvent ignorés ? quel soutien politique ou symbolique y-a-t-il pour les communautés rroms ou Gorani ?

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’efforts réalisés et visibles pour répondre aux besoins de ces communautés. Des panneaux et des affiches sont couramment érigés dans toute la région, dans toutes les langues officielles du Kosovo, ce qui est important parce que c’est une reconnaissance et un respect pour les racines traditionnelles, culturelles et historiques. Mais quelle valeur donner à cet exercice, si les gens qui ont vécu dans ces villes pendant des siècles ne peuvent pas retourner chez eux ou ne peuvent pas circuler librement dans la province et n’ont donc aucune chance de lire ces panneaux et affiches ?

Qu’est-ce que protéger les minorités veut dire ?

De bonnes lois peuvent être promulguées et des programmes spéciaux établis, mais s’il n’y a aucune volonté sociale pour adopter ces changements dans la vie quotidienne, il y a peu de chances de modifier le statu quo affligeant. Si la majorité des habitants ne veut pas accepter les minorités, ils disent ainsi qu’ils ne les acceptent pas en tant qu’êtres humains méritant les mêmes droits et privilèges dont eux-mêmes jouissent. Il est temps de commencer à prendre les gens pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des gens. Penser exclusivement en termes d’appartenance ethnique a produit des effets désastreux partout dans le monde.

Pour aussi important que soient le changement des noms de villes et des plaques devant les ministères, la question du retour des réfugiés ne peut pas être mise de côté. Il y a encore des milliers de personnes déplacées qui ne peuvent pas retourner chez elles, pas seulement après les événements de mars 2004, mais depuis 1999. Quand on discute de la création de bonnes conditions ou de la garantie des