Presse Kosovo : 2006 - 2007 - 2008
| Lajm
Impossible justice au Kosovo : témoin aujourd’hui, mort demain Traduit par Nerimane Kamberi Publié dans la presse : 27 juin 2008 Comment rendre la justice, quand les témoins qui acceptent de témoigner dans des procès pour crime organisé ou crimes de guerre sont presque assurés d’être physiquement éliminés ? Les violences, les pressions, l’ostracisme social s’étendent aussi à leurs familles, et jamais la MINUK n’a été capable de mettre en place un système efficace de protection. Un reportage accablant de Serbeze Haxhiaj, à la rencontre des anciens témoins et de leurs familles, qui ont tous le sentiment d’avoir été trahis par la justice. Par Serbeze Haxhiaj Qui oserait témoigner contre Ramush Haradinaj ? Le village les a lynché. Personne ne leur adresse plus la parole. On ne permet pas que la route qui mène jusqu’a chez eux soit dégagée. Pour arriver a leurs maisons, il faut marcher 600 mètres a travers les prés, la route étant impraticable à cause de la boue et des branches des arbres. Deux vieilles maisons se dressent, isolées, tout au bout du village. Ce sont les maisons de deux frères, dans un village du sud-est du Kosovo. L’un d’eux fut un témoin protégé lors d’un procès qui s’est achevé il y a cinq ans. Il y a quelques mois, il a quitté le Kosovo avec sa femme et ses trois enfants : un pays de l’UE a répondu positivement à la demande d’accueil déposée par la MINUK pour évacuer cette famille qui était en danger. Son frère est fatigué de vivre dans ce pays. « Je savais que cela nous arriverait. Que nous serions lynchés et laissés sans aucune aide. Jusqu’à présent, je devais m’occuper des enfants de mon frère car lui-même n’osait pas rester à la maison. J’ai même dû porter de la farine sur mon dos pour eux. Avec leur départ, j’ai un poids en moins. » Si c’était à refaire, il ferait tout pour empêcher son frère de témoigner. Le procès en question s’est soldé par des condamnation à 3 et 5 ans de prison pour crimes contre l’humanité, mais la plupart des condamnés ont déjà retrouvé la liberté. « On ira brûler vos tombes » Il y a sept ans, la MINUK a créé un programme de protection des témoins. Mais ce programme fut un échec, puisqu’il n’a pas pu offrir de conditions élémentaires de sécurité à ces personnes. Les procès pour crimes de guerre impliquant des témoins protégés, y compris ceux conduits à la Haye, sont pratiquement tous terminés. Il reste cependant les procès en cours pour crime organisé, qui impliquent aussi des témoins. Dans le village de X., commune d’Orahovac/Rahovec, l’assassinat d’un témoin n’a pas mis fin à son châtiment : sa tombe a été incendiée, la nuit qui suivit son enterrement. Il y a quatre ans, il avait témoigné dans un procès pour crime de guerre. Trois personnes ont été condamnées lors de ce procès. Mais, selon les habitants de village, le témoin était un collaborateur de l’ancien régime (serbe) et beaucoup de personnes auraient souffert à cause de lui. Sa femme et ses enfants ainsi que ses deux frères ont été conduits vers un autre pays, avec l’aide la MINUK. « La MINUK a emmené sa femme et ses enfants une semaine après l’assassinat du témoin. Peu après, quelqu’un a mis le feu à leur maison, détruisant tout ce qu’ils avaient laissé derrière eux », nous a raconté S.B., un habitant du village. Le programme de protection des témoins, dirigé par la MINUK a offert, jusqu’à présent, un refuge provisoire à quelque 200 personnes, y compris les familles des témoins. Toutefois, selon les organisations de défense des droits de la personne, ce soutien reste bien trop limité, tant pour les témoins que pour leur famille. Robert Dean, chargé de mission auprès du Département de la Justice de la MINUK, affirme que la question de la protection des témoins est un problème dans tous les pays. Après 27 années de carrière auprès des tribunaux américains et six ans auprès de ceux du Kosovo, Robert Dean conclut que les défis sont les mêmes. « La protection des témoins et des victimes est un problème partout, au Kosovo aussi. Ici, c’est un grand problème de reloger les témoins, car le Kosovo est très petit et tout le monde se connaît ». Robert Dean ne précise pas la durée de la protection qui est offerte aux témoins, ni si le nombre de personnes prêtes à témoigner a augmenté depuis la mise en place du programme. « Je ne peux pas dire que ce programme a été un succès. L’ancien adjoint du Représentant spécial du Secrétaire général (RSSG), Steven Schook, avait créé une « task force » chargée de recenser les principaux défauts de ce programme, qui ont été présentés au RSSG. Je pense que le programme va se renforcer avec le temps, avec l’aide du gouvernement du Kosovo, de l’EULEX et de ce qui restera de la MINUK », estime cependant Robert Dean. Des sources au sein de la MINUK évoquent des abus et des violations du secret de l’identité des témoins. « Il était impossible que ce programme aboutisse, quand de hauts responsables de la MINUK, de la police et du gouvernement ont dévoilé l’identité des témoins », déclare, sous réserve de l’anonymat, un responsable de la MINUK. Toutes les familles qui ont témoigné déclarent le regretter profondément. Elles expliquent avoir été ballotées entr ceux qui étaient en conflit avec l’accusé et le Parquet international. S’il pouvait revenir en arrière, six ans auparavant, I.S. ne permettrait jamais à son fils d’accepter de témoigner. « La façon dont les choses se sont déroulées par la suite a montré que mon fils avait été manipulé et qu’il témoignait sous la pression de ses commandants. Ensuite, le Parquet et le Tribunal nous ont trahis. Ils n’ont pas respecté l’accord de protection. Mon fils a été tué ». Son fils a témoigné à un procès pour crime de guerre, cinq personnes ont été condamnées pour assassinat et torture pendant et après la guerre. Aujourd’hui, I.S. vit dans la plus extrême pauvreté, dénigré par son entourage à cause de ce témoignage. Quelques kilomètres plus loin, dans un autre bourg, un vieil homme vit seul : ses fils se sont enfuis pour un pays occidental par crainte de représailles. « Une justice en miettes » Les témoins ne reçoivent guère que des miettes de pain. « Ils offrent un refuge provisoire à la personne qui témoigne. Dans certains cas, sa famille en bénéficie aussi. On offre de la nourriture, un lieu pour dormir et des vêtements, mais ils ont besoin d’autres choses. Avant tout que leurs enfants soient scolarisés, ce qui n’est souvent plus possible », dénonce Wanda Trosczynska, de l’organisation Human Rights Watch (HRW). ll y a quelques jours, elle a dirigé une équipe de HRW au Kosovo qui a rédigé un rapport sur la situation des témoins et de la justice. Alors qu’elle explique les conclusions de ce rapport, expliquant que « la justice est miettes au Kosovo », Wanda Trosczynska s’arrête sur un fait : 12 témoins tués. « Nous n’avons pas pu dresser un complet tableau des assassinats, mais la vérité est qu’ils ont été tués et que les responsables ne les ont pas protégé ». Comme elle l’explique, la protection des témoins représentent un problème dans les procès pour crime organisé, pour crimes de guerre ou d’attaques contre les minorités. Beaucoup de personnes refusent de témoigner à cause des menaces. Il manque au Kosovo une loi sur la protection des témoins et, très souvent, les juges et les procureurs n’utilisent pas les mesures qui sont à leur disposition. Selon les données de HRW et du Conseil pour la Défense des Droits et des Libertés de la Personne (KMLDNJ), seules cinq familles ont pu être évacués a l’étranger. « Si les pays de l’UE et les Etats-Unis n’offrent pas plus d’accueil pour les témoins en danger, la poursuite pénale des individus responsables de crimes graves demeure pratiquement impossible », déclare Wanda Trosczysnska. « J’ai dit à mon fils de renoncer, il n’y a pas d’autre solution. Douze personnes étaient présentes et les menaces ont commencé dès le tribunal », raconte V.V., originaire d’un village du nord-ouest du Kosovo, dont le fils a été témoin collaborateur dans un procès pour terrorisme pour lequel douze personnes étaient en détention préventive. Un seul des douze accusés est encore en prison, les autres ont été libérés pour manque de preuves. Lors des recherches de HRW, explique Wanda Troscynska, l’ONG a constaté que, malgré les grands investissements qui ont été faits, il existait des failles organisationnelles profondes entre la police, les procureurs locaux et internationaux. Le système électronique n’est pas non plus opérationnel. « Les émeutes à Mitrovica le 17 mars 2008 ont montré qu’il n’y avait pas de système de recherche capable de découvrir, d’instruire et de poursuivre pénalement de tels actes de violence. » KMLDNJ : La MINUK a tranformé des criminels en politiciens Le Conseil pour la Défense des Droits et des libertés de l’Homme (KMLDNJ) présente un nombre plus élevé que le HRW des témoins-victimes. Selon le directeur exécutif Behxhet Shala, 25 témoins ont été tués depuis l’an 2000 au Kosovo. « La MINUK n’a pas protégé les témoins, parce qu’elle transformé les criminels en politiciens. Il faut être fou pour accepter de témoigner au Kosovo, parce que c’est aller droit à la mort ». Selon Behxhet Shala, même de hautes structures politiques sont impliquées dans l’assassinat des témoins. « Ce n’est pas difficile de comprendre qui a tué les témoins. Nous avons deux catégories de témoins : ceux que la MINUK a créés pour ses propres besoins et les témoins victimes. C’était très pénible, lors des procès, de voir et d’identifier des témoins qui, tout le monde le sait très bien, allaient droit à la mort, et ne pas pouvoir empêcher cela ». On a pu voir ces deux catégories de témoins dans un procès pour crime de guerre qui s’est tenu il y a cinq ans. C’était un procès marathonique, et la Cour Suprême a finalement décidé de renvoyer en jugement le dossier dans lequel quatre personnes ont été reconnues non coupable. Un des témoins a quitté le Kosovo, tandis que l’autre a démenti publiquement le témoignage qu’il avait donné, sous prétexte que celui-ci lui avait été arraché par la MINUK. À ce jour, on ne sait toujours si ce témoin s’est rétracté volontairement ou sous l’effet de pressions. « Ce n’était pas facile de témoigner contre eux », a soupiré un proche du témoin. Cinq ans plus tard, certaines des personnes accusées occupent des postes importants dans les institutions nationales. Selon le KMLDNJ, que les témoignages aient été vrais, commandités ou donnés sous la pression, « il était très pénible de les donner ». Après le procès, il ne reste plus aux témoins que la peur, la déception, la pauvreté et l’étiquette infâmante qui les poursuivra longtemps. « Nous avons vu des cas ou la police, les médias, les ministres et les autres structures politiques ont été directement impliqué dans les pressions contre les témoins », affirme Behxhet Shala. En avril dernier, le Tribunal pénal international de la Haye a lancé une accusation contre l’ancien ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports du Kosovo, Astrit Haraçija, et contre son conseiller Bajrush Morina, journaliste au quotidien Bota Sot, pour pression contre un témoin protégé dans le procès Haradinaj et ses coaccusés. Un mois plus tard, le 20 mai, Baton Haxhiu, ancien directeur d’un autre quotidien kosovar, Express, s’est aussi retrouvé sur les bancs des accusés au TPI, pour avoir révélé l’identité d’un témoin de la Haye. Manque de stratégie internationale La mission européenne Eulex devra diriger les efforts pour les réformes de la justice. Mais Eulex n’a pas encore une idée claire de la manière dont elle va traiter le problème le plus grave du système juridique qu’elle a hérité de la MINUK – la protection des témoins. « Pour le moment, les choses sont trop confuses pour pouvoir formuler le concept selon lequel il faudra agir quand on hérite d’une mauvaise situation », reconnaît une responsable de la mission Eulex qui préfére garder l’anonymat. Jusqu’à présent, seuls 200 000 euro ont été réservés sur le budget du Kosovo pour le « fond confidentiel », ce qui est bien insuffisant. D’autres donations ont cependant été apportées de l’étranger pour ce fonds. Les observateurs ont trouvé de grandes failles de sécurité dans les immeubles loués par la police pour y loger les témoins. Selon un rapport de l’OSCE et de l’ambassade américaine au Kosovo, ces immeubles doivent être construits dans des endroits neutres, loin des localités habitées et fréquentées ». Des enfants jouent non loin d’un bâtiment que la police appelle « le bâtiment d’observation » et beaucoup de gens savent que la police « garde là des gens ». C’est toute la confidentialité que prévoit le système. Actuellement, on ne sait pas quel est le nombre de témoins qui bénéficient de ce programme de protection, ni leur appartenance ethnique. Sadric Stefanis, officier de la police des Nations-Unies au Kosovo, dirige le programme de protection des témoins. Il refuse de donner plus de détails sur cette question. « Le problème des témoins commence avec l’absence de loi. Tout s’improvise. Les problèmes principaux sont le manque de budget et les difficultés d’évacuation à l’étranger. L’atmosphère actuelle n’est guère favorable pour cette catégorie de personnes, et les choses traînent dans les dossiers de crimes graves », affirme Rrahman Sulejmani, adjoint du commissaire de police dans le secteur des crimes. Une des mesures de protection prévues pour la protection des témoins est le port d’arme, mais au bout de six mois ou un an, ces armes leur sont retirées. Selon les données officielles, 21 accusations pour crimes de guerre ont été lancées, 14 personnes ont été condamnées pour ces crimes, et 7 témoins ont été évacués, avec 34 membres de leurs familles. Aujourd’hui, pourtant, seules quatre familles vivent à l’étranger avec le statut de témoins protégés. Cet article, dont une version courte a été publiée par Lajm a bénéficié d’un soutien de la fondation danoise pour le journalisme « SCOOP »
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| Lundi 5 mai 2008
Kosovo/Albanie: nouvelles informations sur des allégations d'enlèvements et de trafic d'organes, selon HRW PRISTINA - De nouveaux éléments sont apparus pour venir appuyer des allégations selon lesquelles des albanophones auraient tué des Serbes -transférés vers l'Albanie- et vendu leurs organes à la fin de la guerre du Kosovo, selon Human Rights Watch, qui appelle les autorités de Pristina et Tirana à ouvrir des enquêtes afin de faire toute la lumière sur le sort des disparus. L'ONG a expliqué lundi qu'elle disposait d'informations allant dans le sens de ces allégations d'enlèvements et de transferts transfrontaliers entre le Kosovo et l'Albanie en juin 1999, à la fin de la guerre entre séparatistes kosovars et forces de Belgrade. Les premières allégations sur un trafic d'organes émanent de Carla Del Ponte, ancien procureur général du Tribunal pénal international de La Haye pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), qui a écrit les tenir de "journalistes fiables". Selon Mme Del Ponte, qui cite ces sources, des Albanais du Kosovo auraient enlevé et transporté par camions entre 100 et 300 personnes -pour la plupart des civils serbes- du Kosovo vers une maison proche de la ville albanaise de Burrel (environ 90km au nord de Tirana, la capitale, après le 12 juin 1999, date à laquelle les forces de l'OTAN sont entrées au Kosovo. Dans cette maison, "des médecins ont prélevé des organes internes" des prisonniers, précise Carla Del Ponte dans le livre intitulé "La chasse: moi et les criminels de guerre". Human Rights Watch (HRW) dit avoir obtenu des documents et des renseignements indépendants rendant vraisemblables et corroborant une grande partie de ce qu'écrit Mme Del Ponte sur des exactions commises après la guerre au Kosovo. "Des allégations sérieuses et crédibles sont apparues à propos d'exactions horribles au Kosovo et en Albanie après la guerre", affirme Fred Abrahams, chercheur qui a enquêté pour l'ONG sur les violations des droits humains au Kosovo et en Albanie. A ses yeux, les gouvernements de Pristina et de Tirana doivent mener des enquêtes complètes afin de "démontrer leur engagement en faveur de la justice et de l'Etat de droit". HRW a écrit en avril aux Premiers ministres du Kosovo et de l'Albanie, les exhortant à ce faire, mais dit n'avoir reçu aucune réponse. L'organisation fait état d'un rapport d'enquêteurs de l'ONU ayant découvert à proximité de la maison en question une poche pour intraveineuse vide, des seringues, et des flacons de médicaments vides. Des traces de sang ont aussi été trouvées dans la maison, même si les enquêteurs ont conclu que ces éléments ne suffisaient pas pour confirmer les allégations. Fred Abrahams juge néanmoins que "les preuves trouvées près de Burrel donnent clairement du poids aux assertions". Ces allégations ont été qualifiées d'"inventions" tant par le ministre de la Justice du Kosovo Nekibe Kelmendi que par le chef de la diplomatie albanaise Lulzim Basha. Des centaines de Serbes et d'albanophones sont toujours portés disparus après la guerre du Kosovo, qui a proclamé unilatéralement son indépendance le 17 février dernier. AP
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| Ekonomist
Kosovo : des ressources et un potentiel énergétique disputés Traduit par Ivana Telebak et Caroline Target Publié dans la presse : 3 mars 2008 Le Kosovo possède des réserves de lignite estimées à 15 milliards de tonnes, ce qui en fait le 5ème gisement mondial. Ce charbon longtemps inexploité devrait alimenter les centrales thermiques du Kosovo, à la production aujourd’hui défaillante. Mais à qui appartiennent les ressources naturelles du territoire ? Malgré la proclamation d’indépendance, la Serbie n’entend pas renoncer à ses droits. Une enquête de l’hebdomadaire serbe Ekonomist. Par Biljana Korica La position officielle du ministère des Mines et de l’Énergie de Serbie reste inchangée : selon la Résolution 1244, Kosovo et Metohija font partie de la Serbie. Selon ce principe, appartiennent aussi à la Serbie toutes les ressources et richesses existant sur ce territoire. À dire vrai, ces dernières années, durant la préparation du Bilan énergétique annuel et du Plan stratégique de développement énergétique de la Serbie [valable jusqu’en 2015], on ne tenait pas compte des ressources énergétiques du Kosovo, puisque la province était momentanément sous l’administration de la Minuk. Mais quel est le véritable potentiel énergétique pour le Kosovo ? Un potentiel stratégique Exploitation minière de lignite au Kosovo En réalité, le potentiel énergétique du Kosovo n’a été étudié de manière détaillée qu’au début des années 1980. Les études de l’Institut minier de Zemun et de la Faculté de minéralogie et de géologie de Belgrade ont démontré que la ressource la plus importante du Kosovo était le lignite. Les réserves atteindraient 15 milliards de tonnes, ce qui représentent 75% des ressources totales de cette sorte de charbon en Serbie. Il s’agit en quantité du 5ème gisement mondial. Environ 10,8 milliards de tonnes peuvent faire l’objet d’une exploitation en surface, dans des conditions très avantageuses. Ces réserves exploitables en surface ont une valeur d’environ 85 milliards d’euros. Jusqu’à la fin de l’année 1998, c’est-à-dire tant que la Serbie pouvait contrôler l’exploitation de ce charbon au Kosovo, plus de 226 millions de tonnes de ce minerai ont été extraites, soit seulement 2% de la totalité des ressources exploitables. On estime que, sans le lignite kosovar, le développement énergétique de la Serbie dépendra, d’ici à peine un demi-siècle, de l’importation de ressources primaires. Ce type de charbon, par ailleurs se retrouve dans deux zones d’exploitation à ciel ouvert : dans les mines de Belajevac, en Serbie, et de Dobro Selo, en Bosnie-Herzégovine, où il est possible d’extraire environ sept tonnes de charbon par an. Par contre, à cause de sa faible qualité, le lignite kosovar devra être exploité et traité à proximité du gisement, dans un rayon de cinquante kilomètres. L’exploitation du lignite suppose donc une consommation stable et géographiquement rapprochée. Il est possible de dépasser ce problème en enrichissant le lignite, par des procédés de séchage, ou bien par gazéification, afin d’augmenter son pouvoir énergétique. Jusqu’à maintenant, les centrales thermoélectriques Kosovo A et Kosovo B sont les plus grandes consommatrices de lignite. Elles produisent à elles seules 1.200 mégawatts (MW). Toutes les centrales thermoélectriques serbes fonctionnent au lignite et cumulent une puissance d’environ 4.000 MW. Au Kosovo, une centrale hydroélectrique d’une puissance de 35 MW contribue aussi modestement à la production d’électricité. La capacité hydro-énergétique de toute la Serbie dépasse les 2.800 MW. Les années de restriction Jusqu’à la fin des années 1990, environ 98% de l’énergie électrique du Kosovo était produite par des centrales thermoélectriques, et seulement 2% par des centrales hydroélectriques. La production des centrales thermoélectriques couvrait en général les besoins en électricité de l’économie kosovare et de sa population. Les surplus étaient exportés. Aujourd’hui, le Kosovo importe son énergie électrique, et les restrictions sont monnaies courantes, en particulier durant la période hivernale. On estime qu’aujourd’hui le Kosovo peut produire et satisfaire environ 50% de ses besoins journaliers en électricité, à savoir 18 millions de KW. Pour le reste, il doit importer sur le marché régional de l’énergie, principalement de Bulgarie et de Macédoine. L’une des causes principales de cette situation réside dans le fait que les centrales thermoélectriques existantes travaillent à capacité réduite et produisent moitié moins d’énergie électrique qu’en 1999, lorsque le Kosovo était administré par la Serbie. La situation est similaire pour l’exploitation du charbon. La première unité de la centrale thermoélectrique Kosovo A a débuté sa production en 1962. Dans les treize années qui ont suivi, quatre autres unités ont été activées, augmentant la capacité de cette centrale à plus de 600 MW. Les années comprises entre 1975 et 1982 ont été les plus productives. Le meilleur résultat a été obtenu en 1978 avec une production de 3.400 gigawatts (GW) d’énergie électrique. Sept ans plus tard, la production était réduite au tiers, pour descendre sous la barre des 1.000 GW en 1999. La première unité de la centrale Kosovo B a été mise en activité en 1983, et la deuxième en 1984. Au début de son fonctionnement, la production moyenne d’énergie électrique de la centrale Kosovo B était d’environ 3.200 GW par an, alors que dans les années 1990, elle est descendu à quelque 2000 GW par an. Les fonctionnaires serbes estiment que les actifs de la Compagnie nationale d’électricité (EPS) au Kosovo ont une valeur d’environ trois milliard d’euros, sans donner d’explication plus précises. Pourtant, depuis 1999, la Serbie et l’EPS n’utilisent plus aucune infrastructure ni aucune ressource du Kosovo, et il n’existe aucune donnée valide permettant de savoir dans quel état se trouvent ces infrastructures. Les économistes du gouvernement serbe affirment que les capacités énergétiques du Kosovo et du sud de la Serbie sont utilisées, mais de façon « non professionelle ». C’est la Corporation énergétique du Kosovo (KEK) qui gère les équipements électriques du Kosovo, sans pour autant être reconnue ni par le gouvernement serbe , ni par l’EPS. L’une des rares compagnies serbe du secteur énergétique travaillant de façon intensive sur le territoire du Kosovo est la Compagnie de distribution électrique de la Serbie (EMS). Un contrat avec l’Association européenne des gestionnaires de réseau de transport d’électricité (ETSO) donne le droit à l’EMS de rester l’unique opérateur du système de transport de l’énergie électrique au Kosovo, et ce jusqu’en novembre 2009. Ainsi, les seules lignes disponibles pour l’importation d’électricité au Kosovo passent obligatoirement par la Serbie. Il est arrivé, durant les période de crise ou les avaries techniques, que le KEK se « serve » sur le système énergétique serbe, emprunt ensuite remboursé, souvent en retard, par la Minuk. Les investissements Malgré les carences actuelles d’énergie électrique, certains analystes internationaux considèrent que le Kosovo, grâce à ses réserves de charbon, pourra, dès la moitié de la prochaine décennie, devenir de nouveau un exportateur net d’énergie électrique, à condition toutefois que les projets d’amélioration des capacités énergétiques de la région soient réalisés. En 2006, la Minuk et le gouvernement provisoire du Kosovo ont travaillé sur un projet de construction d’une nouvelle grande centrale thermo-électrique au lignite d’une capacité de 2.100 MW, avec la même capacité de transport. La nouvelle centrale serait alimentée par le charbon de la nouvelle mine de Šibovc. De plus, il est prévu de réhabiliter les unités existantes de la centrale thermoélectrique Kosovo A. On estime à trois milliards et demi d’euros les investissements nécessaires à ces travaux de réhabilitation. Après avoir analysé les offres reçues, plusieurs investisseurs potentiels ont été sélectionnés : le consortium tchéco-américain CEZ/AES, l’allemand RWE, le germano-américain EnBW/WGI et l’italo-grec Enel/SenCap. Catastrophe écologique en vue Une étude publiée en juin dernier par l’organisation Forum de Pristina 2015 remet en question ce projet. Les auteurs de cette étude croient qu’il suffirait d’une centrale thermoélectrique aux capacités bien inférieures pour satisfaire les besoin du Kosovo. De plus, selon eux, la construction de la centrale Kosovo C d’une capacité prévue de 2.100 MW, risquerait de fermer le secteur énergétique à de futurs investissements. La nouvelle centrale, affirment les auteurs, pourrait également provoquer de graves problèmes écologiques. En effet, un grand nombre d’habitations devraient être déplacées, sans compter que le rejet des eaux usées et des déchets produits par la centrale détruirait au moins 15% de la superficie cultivable du Kosovo. La rivière Sitnica, qui relie le nord et le sud du Kosovo, est déjà fortement pollué. Les auteurs de cette étude estiment que la construction d’une telle centrale risquerait d’entraîner la destruction des ressources hydriques du Kosovo d’ici 2050. Le ministère kosovar de l’Énergie a rejeté les résultats de l’étude, mais le projet entier a tout de même été ralenti. L’idée d’exploiter le lignite kosovar pour la production d’électricité en Serbie, est également venue à la compagnie allemande RWE. Cette dernière a en effet annoncé son intention de construire une centrale thermoélectrique au sud de la Serbie. Considérant le fait que l’EPS ne peut plus pénétrer, pour le moment, sur le territoire du Kosovo, cette solution pourrait être bénéfique pour la Serbie. Mais les problèmes politiques liés au statut du Kosovo ainsi que les problèmes environnementaux ont quelque peu ralenti ce projet. Les représentants de la Minuk et du gouvernement provisoire du Kosovo avaient déjà évalué la nécessité d’un investissement dans le secteur énergétique du Kosovo d’environ 1,9 milliard d’euros d’ici 2020. Sur cette somme, la majeure partie, soit environ 1,5 milliard, irait au secteur de l’énergie électrique. Pour l’instant, on ne sait qui pourrait administrer ces investissements éventuels. Les autres ressources naturelles En plus du lignite, il existe au Kosovo des réserves considérables de plomb et de zinc. La quantité de ces minerais présente dans la région est estimée à 50 millions de tonnes. Un peu plus d’un dixième de cette quantité, soit environ 6,5 millions de tonnes, se trouve dans le nord du Kosovo. Par rapport au prix de ces métaux sur le marché mondial, le plomb et le zinc du Kosovo ont une valeur d’environ 8 milliards d’euros. Il existe aussi des gisements d’autres minerais tels que fer, nickel, chrome, bauxite, magnésite, ... Mais à cause de l’inactivité et du manque de main d’oeuvre, toutes les mines kosovares ont subi d’énormes dommages et auraient besoin de lourds investissements pour redevenir fonctionnelles.
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Explosion de violence dans le nord du Kosovo Par nos envoyés spéciaux Mise en ligne : mardi 19 février 2008 Aujourd’hui peu avant midi, des foules en colère venant de municipalités serbes du nord du Kosovo, ont attaqué les deux postes frontières de Jarinje et Gazi Voda, entre le Kosovo et la Serbie proprement dite. Par nos envoyés spéciaux sur place, et le reportage du Balkan Insight auprès des autorités locales et de la KFOR. Le Courrier des Balkans Par Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin Les deux postes de Jarinje et de Brnjak, entre le Kosovo et la Serbie centrale ont été détruits vers midi. Venant de Jarinje, plusieurs checkpoints de la KFOR et de l’ONU ont été dépassés, vers 14 heures, en direction de Mitrovica, par 130 voitures et 7 autocars, ainsi que plusieurs véhicules qui semblaient appartenir à la Police de Serbie, mais dont les passagers étaient en civil. Ces voitures se sont dispersées dans Mitrovica. Un checkpoint de la KFOR grecque aurait procédé à des tirs de semonce. Tous les personnels internationaux des villes de Leposavi ?, Zubin Potok et Zve ?an ont été évacués. Des manifestants sont restés groupés jusqu’en milieu d’apres-midi dans les centres villes de Leposavi ?, Zve ?an et Zubin Potok, près des bâtiments de l’ONU. En fin d’apres midi, le calme est progressivement revenu. BIRN/Balkan Insight Traduit par Gabrielle Naudé et Mehdi Chebana Mardi, une foule en colère de quelque 3.000 personnes, des municipalités serbes de Mitrovica, Zve ?an et Leposavi ?, au nord du Kosovo, ont attaqué et rasé deux postes frontières entre le Kosovo et la Serbie, forçant la KFOR à fermer la frontière. Les Serbes du Kosovo ont d’abord attaqué le poste frontière de Jarinje, où les bâtiments abritant les douanes et la police aux frontières du Kosovo ont été incendiés puis complètement détruits par l’explosion à l’intérieur de munitions et de bouteilles de propane. L’incident a forcé les troupes de l’OTAN et la Police du Kosovo à se retirer vers la ville de Zve ?an, plus au Sud. Pendant ce temps, près d’un millier de manifestants ont ciblé un second poste frontière à Brnjak, près de la ville de Zubin Potok, forçant la police qui tenait le poste à se réfugier dans un tunnel souterrain. Veton Elshani, le porte-parole du Service de la Police du Kosovo (KPS), a dit au Balkan Insight qu’il n’y avait pas de blessés ou de morts, et que les agents de la KFOR « menaient maintenant la danse ». Il a dit que « les deux passages ont été fermés pour le moment ». La violence a commencé après qu’il a été rapporté que des fonctionnaires albanais du Kosovo allaient arriver mardi matin pour prendre le contrôle des checkpoints de la zone,a déclaré au Balkan Insight Slavisa Ristic, le maire du village voisin de Zubin Potok. « Les citoyens ici ne tolèreront pas des institutions factices », a-t-il dit, se référant à la croyance répandue chez les Serbes du Kosovo que la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo est vide, et son régime illégal. Commentant les incidents de Jarinje et Brnjak, Milan Ivanovi ?, chef du Conseil national serbe pour le Kosovo du Nord, a dit que « les gens ont été effrayés par un canular ». Il a expliqué que la rumeur avait circulé que la Police du Kosovo, le Corps de protection du Kosovo (le TMK, une organisation qui a remplacé l’ex-Armée de libération du Kosovo - UCK) et des agents albanais des douanes du Kosovo « avaient prévu de s’emparer des deux postes frontières et de couper les communications avec la Serbie ». « Les gens ont réagi spontanément ; ils ont été provoqués par ce canular et l’instable situation actuelle », a-t-il dit au Balkan Insight. Ivanovi ? a dit que « les gens du nord du Kosovo ne permettront pas qu’on mette à mal les liens avec la Serbie, et que les Albanais se déploient aux postes frontières ». Pendant ce temps, dans le nord de Mitrovica, plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés vers 12h45 heure locale pour tenir un nouveau meeting de protestation. 1244 est une référence directe à la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant en 1999 un déploiement militaire et civil des Nations Unies dans la province du Kosovo. Un peu plus tôt dans la journée, trois énormes explosions ont secoué la ville de Mitrovica, où vivent d’importantes communautés serbes et albanaises. Ces attaques seraient l’œuvre d’individus protestant contre la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par les États-Unis et d’autres grandes puissances européennes. Plusieurs voitures ont par ailleurs été endommagées lors d’une explosion visant un bataillon onusien à Mitrovica Nord, tandis que deux grenades ont été lâchées près de la Bosnjacka Mahala, visant des maisons inoccupées appartenant à des Albanais. Un véhicule appartenant à l’ONU a également explosé dans un village près de Mitrovica. Selon une radio appartenant à l’État serbe et citée par la chaîne de télévision kosovare RTK, un groupe serbe appelé « Mlada Bosna » est à l’origine de ces incidents qui secouent le nord du Kosovo. Dimanche soir, plusieurs grenades avaient été lancées contre le bureau de l’Union européenne à Mitrovica. Alors que la Slovénie assure la présidence tournante de l’Union européenne, « Mlada Bosna » a revendiqué l’attaque en Serbie d’un dépôt appartenant au groupe slovène Merkator. Ces incidents surviennent alors que le parlement serbe a dénoncé et annulé la proclamation d’indépendance du Kosovo et que les autorités de Belgrade ont prévu d’organiser un grand rassemblement jeudi susceptible d’attirer des dizaines de milliers de manifestants dans les rues de la capitale serbe.
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La Serbie après le jour « J » : partira-t-on en guerre pour le Kosovo ? Traduit par Persa Aligrudic Mise en ligne : lundi 10 décembre 2007 La Serbie se dit prête à réagir « par tous les moyens politiques et diplomatiques » à une éventuelle proclamation d’indépendance du Kosovo. L’armée est également en état d’alerte, et l’évêque Artemije appelle à la mobilisation générale. Milices serbes et albanaises sont aussi sur le pied de guerre. Tandis que les « patriotes » pratiquent la surenchère, les courants démocratiques serbes semblent en panne d’initiatives et de réponses politiques. Au fait, où est donc passé le Président Tadic ? Par Stipe Sikavica Les volontaires du Prince Lazare Depuis l’annonce du plan Ahtisaari, le champ politique de la Serbie est sursaturé de messages débutant par des phrases du type : « Nous ne donnerons pas le Kosovo et Metohija », « Nous ne permettrons pas qu’ils nous prennent 15% de notre territoire » et autres slogans de la même eau. Ces paroles ont été diffusées depuis divers niveaux de la stratification politique, mais le plus souvent elles émanent du haut de la pyramide du pouvoir. En s’efforçant de maintenir la tension sociale au point d’ébullition, les autorités dirigeantes ont introduit la Serbie dans une phase particulière d’un état d’urgence où les citoyens de ce pays, pas particulièrement heureux, sont en permanence étouffés depuis des années. Dans ce contexte, le 10 décembre - jour où la troïka de médiation du Groupe de contact de négociations doit remettre son rapport final au Secrétaire général des Nations Unies - est, en Serbie, depuis longtemps désigné comme le jour « J », que les Albanais kosovars proclament ou non l’indépendance unilatérale ou qu’ils prolongent la décision pour un certain temps. De ce mélange verbal enflammé, une incertitude d’ordre général s’impose : la corde serbo-albanaise (kosovare) étant sur le point de craquer, cette rupture engendrera-t-elle une nouvelle catastrophe guerrière ? Quand l’évêque Artemije s’en va-t-en guerre L’évêque Artemije La veille de l’apparition d’Aleksandar Simic à la télévision, une déclaration écrite de Mgr Artemije, évêque de Raška et de Prizren, a été distribuée aux médias. A dire vrai, il a émis quelques réserves sur l’option de la guerre : « ...On entend les autorités dire souvent : “la Serbie ne veut pas la guerre, la Serbie ne fera pas la guerre”. Je suis d’accord : la Serbie ne veut pas la guerre, mais elle doit penser à sa légitime défense, quel que soit le conquérant. D’ailleurs quoi que nous entreprenions, “le lendemain” restera infructueux... ». Mais comment comprendre cette partie de la déclaration : « ...Appeler à la mobilisation tous les soldats de Serbie pour trois jours, afin de vérifier leur aptitude et leur formation. Organiser des manœuvres militaires dans les régions proches de la province du Kosovo et Metohija, avec la participation de certains observateurs de l’Organisation de Shanghai en tant que collaborateurs... » ? Même si ce n’est pas directement un plaidoyer pour la guerre, il s’agit néanmoins d’un appel à la démonstration de la force d’où l’étincelle de la guerre pourrait facilement jaillir. Finalement, cette déclaration de l’évêque ne ressemble-t-elle pas à un ordre d’un commandant de guerre plutôt qu’à la parole de l’envoyé de Dieu de l’Eglise orthodoxe serbe ? Et n’est-ce pas aussi un exemple éclatant d’ingérence de l’Eglise dans la politique de l’Etat ? La Serbie répondra « par tous les moyens juridiques et politiques disponibles »n En fonction des intérêts et de l’angle d’observation, de nombreuses réponses circulent dans la sphère médiatique, locale et étrangère. Mais elles ne sont pour la plupart, malheureusement, ni très sages ni même étayées par les faits. Ici, nous allons attirer l’attention sur un dénominateur commun dans les réponses officielles d’une partie seulement des autorités dirigeantes. En fait, la substance essentielle de ces réponses pourrait être formulée ainsi : après la proclamation unilatérale d’indépendance du Kosovo, la Serbie répondra « par tous les moyens juridiques et politiques disponibles », desquels les « mesures et les actions légitimes » excluent l’utilisation des forces armées, en premier lieu de l’Armée. (Sauf, bien sûr, si des éléments belligérants du Kosovo venaient à franchir la ligne administrative). On peut aisément remarquer que l’exclusion de l’option de la guerre pour empêcher l’indépendance du Kosovo ne figure expressément que dans les déclarations des autorités menées par le Président de la République Boris Tadic (outre ses déclarations, il s’agit aussi de celles de Božidar Djelic et de Dragan Šutanovac). Or, jusqu’au 4 décembre dernier, dans les déclarations de l’autre partie des autorités conduites par le Premier ministre Vojislav Koštunica, cette particularité était simplement contournée. Et c’est précisément au moment où l’on croyait que le Premier ministre de Serbie s’était montré un joueur habile dans cet équilibre très délicat de la question kosovare, en ayant, cette fois encore, assuré un tant soit peu de concession, que son conseiller Aleksandar Simic est apparu sur la scène publique. Dans un duel verbal avec Azem Vllasi au cours l’émission télévisée de la RTS Upitnik (Questionnaire), il a constaté avec un parfait sang-froid que « la guerre aussi est un moyen juridique » avec lequel la Serbie peut défendre le Kosovo ! Dragan Sormaz et Miloš Aligrudic, membres de l’équipe dirigeante du Parti démocratique de Serbie (DSS), se sont rangés à sa thèse. C’est ainsi qu’une autre couche du maquillage démocratique a été ôtée « du personnage et de l’oeuvre » de Vojislav Koštunica et du parti qu’il dirige ! Le raisonnement d’Aleksandar Simic La réflexion d’Aleksandar Simic a creusé une imprécision de plus quant à l’éventuel engagement de l’Armée dans le démêlement de l’embrouillamini kosovar. Etant donné que chaque ministère du gouvernement de Serbie devait élaborer son propre plan d’action après le jour « J », sur la base duquel a été conçu le « Plan d’action du gouvernement », le ministre Dragan Šutanovac (en exposant à l’opinion publique une partie du plan du ministère de la Défense) a affirmé que les forces armées de Serbie « réagiront conformément aux décisions du gouvernement et du Président de la République » à toutes les provocations au Kosovo après le 10 décembre. Mais comment se comportera l’armée si les décisions du Premier ministre et du Président ne sont pas du tout similaires, voire pire, opposées ? Jusqu’à présent, il existait un bon niveau de cohabitation entre les partenaires de la coalition - Parti démocratique (DS) et Parti démocratique de Serbie (DSS). Boris Tadic, tel un boxeur groggy, se retirait constamment devant un Vojislav Koštunica agressif, mais le Président n’a plus le droit, au moins au nom des citoyens désireux d’une vie décente, de définitivement reculer face à la dangereuse politique de la guerre. L’affirmation d’Aleksandar Simic, et plus encore son appui aux thèses du DSS, montre aux acteurs politiques qui décident de nos vies que, malheureusement, ils ne comprennent pas que la Serbie n’a pas pu « défendre » le Kosovo par les forces armées, même quand elle « en avait les moyens ». Il semble que ce simple fait ne rentre pas dans l’esprit des membres de la majorité des partis parlementaires, car certains députés appartenant aux soi-disant partis patriotiques transforment le parlement en arène meurtrière. Ils veulent de nouveau la guerre, quel qu’en soit le prix ! Dans cette perception du règlement de la crise kosovare, le chef d’état-major Zravko Ponos pourrait facilement passer à la trappe. En effet, appartenant au bloc des forces patriotiques, dont les premiers violons sont les généraux et les amiraux de l’Armée de Serbie, il a été identifié comme l’un des principaux coupables du fait que « notre armée a été détruite par la présumée réforme selon les standards de l’OTAN » et, qu’ainsi « détruite », elle n’est pas en mesure de défendre les intérêts serbes comme elle les a « défendus en 1999 ». Dans certains quartiers de Belgrade on peut lire ce graffiti : « Ponos olos, finansira Soros » (« Ponos vaurien, financé par Soros »). Il n’a certainement pas été griffonné de la main d’un garnement, mais bien conçu par les états-majors propagandistes de « la Serbie céleste ». Peu importe que les Albanais proclament l’indépendance demain, ou dans un mois ou deux. Attendre qu’une paix stable et que la tranquillité soit instaurée pour longtemps, ce qui pourrait se prolonger pendant des décennies, n’est pas réaliste. Cependant, il est très peu probable qu’après le jour « J », la guerre éclate au Kosovo, comme s’il n’y a pas d’autres hypothèses que les idées insensées des politiciens irresponsables, des malades nationalistes et des aventuriers de tous genres. Les prévisions selon lesquelles l’indépendance du Kosovo provoquerait un effet domino dans la région sont également infondées, de même celles qui annoncent que ce « tremblement » sera ressenti dans d’autres territoires du Vieux continent. Ce ne sont que des messages propagandistes bon marché, émanant en premier lieu du pouvoir exécutif qui veut, semble-t-il à tout prix, capitaliser le dernier acte du drame kosovar. Et c’est justement ce qui peut être fatal pour la Serbie. L’affaire Pešcanik (le Sablier) Les « patriotes » attaquent l’émission « Pešcanik » La politique désastreuse de l’élite serbe (intellectuelle, politique, militaire) qui a mené le Kosovo à ce résultat, veut par tous les moyens rejeter la faute sur le dos « des traîtres locaux », c’est à dire tous ceux qui ont interpellé les autorités en raison de leurs échecs incroyables. Cette stratégie, que nous avons nommée « l’agression de l’intérieur », a été imaginée depuis longtemps, et elle est pratiquée sous différentes formes d’intimidation, de menaces, d’arrestations, de meurtres non élucidés, etc. Le 3 décembre à Arandjelovac, la promotion du neuvième tome de « Pešcanik », publié par RTV B92, a été empêchée de façon brutale, pour la deuxième fois en quinze jours. Cela montre de manière impressionnante l’efficacité de la tactique et de la stratégie d’agression de l’intérieur. Svetlana Lukic, l’une des auteures de l’émission culte de radio B92 Pešcanik, a qualifié la violence à Arandjelovac de « patriotique ». De nouveau, ce sont les membres du parti Nova Srbija qui ont ravi la parole en exerçant une démonstration de force ! Cela peut-il aussi être camouflé par le danger de l’extérieur ? Parades paramilitaires Depuis longtemps divers groupements paramilitaires en Serbie sont « en état de préparation avancée au combat ». Le commandant de la Garde du tsar Lazar a adressé un message clair à l’opinion publique : après le jour « J », sa formation marchera sur le Kosovo où il exterminera tout ce qui vit, afin qu’il « ne reste aucune pierre sur la pierre », ajoutant que « ni les femmes ni les enfants ne seront épargnés ». L’auteur de ces lignes est enclin à partager l’avis de certaines organisations non gouvernementales qui pensent que ce groupe fascioïde ne sèmerait pas ainsi la haine et la peur en Serbie s’il n’avait le soutien tacite « des hautes instances des autorités ». Et pour ce qui est de l’entrée au Kosovo, les assaillants de la Garde ne pourraient même pas traverser la brèche de notre Armée et de la police de la zone de sécurité sans un laissez-passer du poste compétent. Il serait absurde d’affirmer que les groupements paramilitaires d’ici n’ont pas leur pendant côté albanais au Kosovo. D’ailleurs, il y a quelque temps, les groupes armés de l’Armée nationale albanaise (AKSH) se sont à nouveau signalés. Ils ont menacé la population serbe, tout comme la Garde du tsar Lazar menace la population albanaise. C’est pourquoi on ne peut absolument pas exclure les incidents, les provocations, voire certains crimes contre le petit nombre de Serbes restés au Kosovo. Mais quoique ces organisations fassent, ce sera au grand dam des Albanais. Si l’efficacité de la KFOR n’était que de moitié proportionnelle à ses promesses, la formation paramilitaire albanaise n’aurait aucune chance de se livrer à des sauvageries. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que les coups bas seront possibles des deux côtés de la ligne administrative.
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La
KFOR serait prête à « sécuriser » le nord du Kosovo
Traduit par Stéphane Surprenant Publié dans la presse : 19 novembre 2007 La KFOR pourrait lancer dans les prochains jours des opérations de « sécurisation » au nord du Kosovo. L’objectif pour les hommes de l’OTAN est de prendre le contrôle de la frontière avec la Serbie, d’arrêter les agitateurs potentiels, de découvrir des caches d’armes et d’adresser un signal fort à Belgrade. Si elle se confirme, cette opération pourrait être le signe que la communauté internationale se prépare à une déclaration d’indépendance unilatérale de Pristina. Par Aleksandar Vasovic et Krenar Gashi L’OTAN et la police de l’ONU au Kosovo seraient, selon certaines sources, en train de planifier un renforcement de la sécurité dans le nord du Kosovo majoritairement serbe, en vue d’une proclamation d’indépendance du Kosovo après la fin des pourparlers le mois prochain. Cette initiative viserait à empêcher les zones contrôlées par les Serbes de se rattacher à la Serbie au cas où le Parlement du Kosovo, dominé par les Albanais, proclamerait l’indépendance, après la présente phase de négociations à propos du statut définitif du territoire administré par les Nations Unies, a confié lundi dernier un diplomate étranger au Balkan Insight. La conclusion de ces pourparlers est prévue pour le 10 décembre prochain. La police de l’ONU et les forces de maintien de la paix de la KFOR menées par l’OTAN « se préparent à s’emparer des commissariats de police contrôlés par les Serbes du Kosovo » dans la ville de Mitrovica, divisée par une frontière ethnique, dans la municipalité voisine de Zvecan, ainsi que dans les petites villes de Zubin Potok et de Leposavic, a révélé le diplomate basé à Belgrade sous couvert de l’anonymat. « La KFOR va graduellement fermer la frontière entre le nord du Kosovo et la Serbie. Après avoir sécurisé la zone frontalière, la KFOR va mener une série de raids dans le but de trouver les caches d’armes dissimulées par des membres de la communauté serbe et arrêter les agitateurs potentiels », explique la source. Mitrovica - appelée par les Serbes « Kosovska Mitrovica » - a déjà été le théâtre de féroces affrontements ethniques début 2000 et 2004. Le diplomate poursuit : « En agissant ainsi, la KFOR va également envoyer un message à la Serbie et lui signifier de rester à l’écart et de ne pas se mêler des affaires du Kosovo ». Le diplomate ajoute que « les militaires serbes et la police recevront un message sans équivoque : ne pas masser de troupes près des frontières du Kosovo ». Le Balkan Insight a demandé à Alexander Ivanko, porte-parole de l’administration onusienne au Kosovo (MINUK), de confirmer ces allégations. Celui-ci a répondu que son organisation « travaillait effectivement à des plans de repositionnement de la MINUK dans le nord ». « Cependant, nous ne pouvons parler publiquement de ces plans », a précisé Ivanko. Néanmoins, un officier de la KFOR a confirmé au Balkan Insight que les forces de maintien de la paix planifiaient des opérations destinées à découvrir des armes dont la possession est illégale au sein de la population, et qu’elles comptaient identifier les personnes considérées comme des « agitateurs » dans le nord. Il n’a toutefois pas voulu commenter les plans présumés de prise de contrôle des commissariats de police serbes ou encore de renforcement de la sécurité frontalière. Les Serbes du Kosovo ont bien sûr réagi aux mesures de sécurité que la KFOR et l’ONU seraient en train de préparer. « Je crains que les Serbes ne se sentent pris au piège et ne réagissent avec leur cœur plutôt qu’avec leur raison : et ça, ça veut dire la violence », prévient Oliver Ivanovic, un politicien serbe modéré du nord de Mitrovica. « J’ai aussi peur que si la KFOR et la MINUK tentent de faire une chose pareille, nous ne voyions des violences similaires à celles de 2000 et 2004 », a-t-il dit au Balkan Insight. « Je vois cela comme une tentative de la MINUK et de la KFOR de sécuriser le territoire du Kosovo dans sa totalité. » Milan Ivanovic, un responsable serbe basé à Mitrovica, affirme qu’un « geste semblable constituerait un acte de violence clair contre les Serbes et transformerait la KFOR et la MINUK en forces d’occupation ». Toujours selon Milan Ivanovic, cette tournure des événements n’est pas entièrement nouvelle. « Nous avons récemment constaté des déploiements inhabituels, un détachement entier de la KFOR le long de la frontière » entre la Serbie et le Kosovo, raconte Ivanovic. Il ajoute que les « Serbes vont s’opposer aux actions de ce genre par tous les moyens pacifiques à leur disposition ». « Ce qui inclut la désobéissance civile, des marches de protestation, le blocage de routes et des membres de la KFOR et de la MINUK qui sont au Kosovo pour prévenir la violence au lieu de la provoquer. » Les quatre mois de pourparlers sous médiation internationale entre la Serbie et les chefs albanais du Kosovo sur la question du statut définitif de la province récalcitrante - qui devaient théoriquement aboutir à un compromis accepté par les deux parties le 10 décembre prochain - semblent dans une impasse. Les Albanais du Kosovo exigent l’indépendance totale et immédiate, tandis que la Serbie campe sur une offre d’autonomie du territoire qui est depuis la fin de la guerre de 1998-1999 sous administration de l’ONU. Les États-Unis et la plupart de leurs alliés européens soutiennent l’idée d’une indépendance supervisée par la communauté internationale, une proposition mise en avant cette année par l’envoyé spécial de l’ONU Martti Ahtisaari. Mais le plan d’Ahtisaari a été rejeté d’emblée par la Serbie, puis a ensuite été bloqué au Conseil de sécurité de l’ONU par la Russie. Tout cela a eu pour résultat l’actuel cycle de négociations ouvert en août dernier. Plusieurs chefs albanais du Kosovo ont par conséquent déclaré que leur pays devrait déclarer unilatéralement l’indépendance après le 10 décembre, quand une troïka d’émissaires des États-Unis, de l’Union européenne et de la Russie présentera son rapport au Secrétaire général des Nation Unies Ban Ki-moon. Selon une source diplomatique, la MINUK et la KFOR croient que la « pacification du nord du Kosovo servira d’avertissement à la Serbie : il ne faudra pas faire de démonstration musclée » dans les municipalités du sud du pays à prédominance albanaise, le long des frontières avec la Macédoine et le Kosovo. Car cette région explosive, qui comprend les municipalités de Preševo, Bujanovac et Medvedja, se remet encore d’une insurrection ethnique longue d’une année et qui s’est terminée en 2001 avec un accord de paix sous l’égide de l’OTAN. Cet accord a permis de s’assurer du désarmement des rebelles et de leur intégration dans la société. La situation dans le sud de la Serbie demeure toujours tendue et marquée par des explosions de violence occasionnelles. Dragan Šutanovac, ministre de la Défense de la Serbie, a récemment promis une réaction rapide en cas de débordement de violence éventuelle à partir du Kosovo ou de la Macédoine, où la police et des Albanais armés se sont affrontés plus tôt ce mois-ci.
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| L’UE
doit-elle prendre une décision politique et économique immédiate sur le
Kosovo ?
Mise en ligne : lundi 12 novembre 2007 Par Arta Seiti [1] pour Fenêtre sur l’Europe La compétition actuelle de la stratégie diplomatique au regard d’une définition du statut du Kosovo ne semble pas obéir aux deux conjonctures serbes et kosovares albanaises. Dans ce climat, la définition « de la diplomatie idéaliste », selon Raymond Aron n’a pas suffi à créer la paix définitive. L’intervention de l’OTAN en 1999 a conduit à une paix par la dissuasion, une paix dont l’enjeu a puni les premiers et a fait triompher les autres. Aussi fanatique que cette diplomatie puisse-t-elle paraître, elle ne met pas en jeu le dessein de la guerre et son objectif en vue « d’écarter une catastrophe humanitaire » dans la région. En outre, cette politique de puissance a-t-elle divisée les communautés dans l’ordre d’intérêts étroitement nationaux et a-t-elle permis de faire glisser les deux ethnies, dans une paralysie juridique, dont les objectifs concrets nationaux demeurent dépourvus de signification pour les deux parties respectives, serbe et kosovare albanaise. De la dissuasion au consensus L’idée directrice de la communauté internationale s’impose comme une doctrine de la paix et du consensus et s’attache premièrement à l’enjeu de stabilité dans la région, ainsi qu’à une tactique géostratégique eu égard au regroupement des minorités. Or, le fondement du consensus des acteurs internationaux ne fait nullement référence aux droits historiques des peuples, car la confusion d’une histoire intemporelle surcroît la pesanteur des revendications des deux ethnies. Cela étant, le consensus au regard d’une définition unanime des acteurs de l’Occident quant au statut du Kosovo n’est réalisable qu’en étant conforme à l’équité de principes universels des droits internationaux, exigée par les Russes. Ainsi, engagés dans une compétition incessante de concepts s’agissant de la posture stratégique de la Russie, les acteurs européens et américains se sont imposés des limitations et se sont soumis à une logique de « temporalisation » de négociations. Ces dernières ne constituent pas in fine, un « consensus », tout au contraire, s’agirait-il d’une prudence ou d’une obéissance passive à l’acception dite absolue de la définition du statut de l’indépendance du Kosovo, conduite par la Russie. L’Antinomie géopolitique-géostratégie Est-ce à dire que le Kosovo (comme d’autres dossiers aussi) serait devenu l’outil de guerre froide contre l’Occident ? En effet, la mise au point de la stabilité dans cette zone, depuis l’année 1999, est nourrie d’actions antinomiques diplomatico-stratégiques. Il a été question, au départ, de la stratégie dissymétrique et, par la suite, de l’asymétrie en tant que posture idéologique de tous les acteurs internationaux et locaux. Cette « stratégie-diplomatie » persuadait qu’en souhaitant réduire le rôle de la dissuasion par la mise en avance du consensus, mènerait à une « stratégie de sortie » en fonction d’une règle plus ou moins définie par les deux parties serbes et kosovares albanaises. Dans leur ensemble, les acteurs européens ont fait preuve d’une imperfection essentielle stratégique, incompatible avec le ressentiment national et l’angle géopolitique des deux communautés. Ainsi, une conduite de raisonnements opposés de Belgrade et du Kosovo au regard d’un territoire, s’enchevêtre à une autre conduite géostratégique des acteurs internationaux : chacune des parties se dit obéir, se soumettre à des normes et à des principes. Il n’est pas trop tôt pour confirmer que ces négociations touchent les deux ethnies au point névralgique de leurs émotions nationales et politiques les plus violentes. Cette illusion idéaliste quant à un consensus qui nécessiterait une conjoncture entre une « large autonomie », prônée par Belgrade et « une indépendance à part entière » ou « une indépendance sous surveillance internationale » (le Plan Ahtisaari) est menée à l’échec. Quelle solution ? Si le texte de 14 points d’accord présenté par la Troïka devant les groupes de négociateurs serbes et kosovars albanais est « neutre en terme de statut » pour le représentant européen Wolfgang Ischinger, cette neutralité ne pose pas les bases d’un statut décisif du Kosovo et ne rejoint pas l’ensemble des requêtes serbes et kosovars albanaises. Comme le soulignait de nouveau Raymond Aron, « l’Etat est une personnalité d’abord au sens juridique, ensuite au sens moral et historique », le Kosovo contient inversement, cette volonté morale et historique. Cependant, pour qu’il devienne une personnalité juridique dans la durée, il serait opportun pour l’Union européenne de créer une pluralité de circonstances socio-économiques et de convenir à des tâches de missions de défense. Grâce à la transmission d’un appui légal par le secrétaire général de l’ONU, une coexistence de projets de défense et de socle socio-économique effectifs européens pourrait se mettre en œuvre. C’est pourquoi, il faut proposer un contour européen économique commun pour les Balkans occidentaux, pouvant établir des garanties durables à terme pour toute cette zone. Bien entendu, ces garanties seront valides si la communauté internationale est convaincue qu’un projet construit politique européen mérite d’être également soulevé. [1] Chercheur associé au Centre de Géostratégie de l’ENS-Ulm, membre du groupe de travail du CEREMS sur l’asymétrie et coprésidente du Groupe « Balkans », del’IPSE.
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Union européenne : qui reconnaîtra l’indépendance du Kosovo ? Traduit par Jacqueline Dérens Publié dans la presse : 8 novembre 2007 En cas d’indépendance unilatérale du Kosovo, l’Union européenne sera incapable d’adopter une position unie. En coulisse les tractations vont bon train dans les chancelleries européennes. Selon un diplomate britannique, 22 états sur 27 seraient prêts à reconnaître le Kosovo comme un pays indépendant, certainement durant la présidence française de l’Union qui débute en juillet 2008. L’état des lieux du Balkan Insight. Par Gjeraqinz Tithina et Krenar Gashi Alors qu’une déclaration unilatérale d’indépendance devient de plus en plus certaine, certains pays de l‘UE pourraient reconnaître le Kosovo indépendant sans attendre d’avoir le consentement de tous les états. Sabine Freizer, une spécialiste des Balkans pour International Crisis Group qui a noté le fait qu’un consensus se dessine parmi les pays de l’UE pour la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo, pense que cette reconnaissance se fera unilatéralement, chaque pays reconnaissant le Kosovo s’il le souhaite, car il y a peu de chance que cette reconnaissance se fasse au niveau de l’UE. Un représentant britannique estime que 22 pays sur 27 sont prêts à reconnaître le Kosovo comme un pays indépendant. « Cette reconnaissance peut se faire sans l’accord de tous les membres de l’UE ». Une majorité de pays en sont venus à accepter qu’une déclaration d’indépendance unilatérale était inévitable, mais ils discutent encore du calendrier pour que l’UE traite de la question de la reconnaissance. Il est toutefois certain que les pays de l’UE ne reconnaîtront pas immédiatement le Kosovo, contrairement à ce que feront les USA. Selon une source de Balkan Insight, le scénario le plus vraisemblable est que la pleine reconnaissance par une majorité de pays de l’UE n’interviendra pas avant la seconde moitié de l’année 2008. Selon une source de Balkan Insight à Bruxelles cette reconnaissance aura lieu pendant la présidence française qui débutera en juillet 2008. « Les Français insistent pour que cette reconnaissance ait lieu pendant leur présidence. Pour avoir deux points phares...la résolution de la question du Kosovo et l’avancée de l’intégration européenne de la Serbie. Les Français veulent être ceux qui résolvent les gros problèmes » a ajouté la source. Un diplomate français à Bruxelles a confirmé que la France et la Grande-Bretagne auraient environ besoin de trois mois après la déclaration d’indépendance pour se préparer à la reconnaissance. Le calendrier pour la reconnaissance devra bien évidemment attendre que la déclaration d’indépendance soit effectivement prononcée. Beaucoup d’observateurs, y compris International Crisis Group, pensent que le Parlement du Kosovo pourrait attendre le début de l’année 2008 avant de déclarer l’indépendance. En attendant, au Kosovo, les frustrations se font plus vives, comme le soutien à une déclaration unilatérale parmi les hommes politiques. Beaucoup disent que la patience des Kosovars est à bout. Le Président du Kosovo Fatmir Sejdiu a déclaré le mois dernier que pour les Kosovars la date du 10 décembre marque la fin définitive des négociations « Nous n’accepterons pas plus de discussions à ce sujet. Nous insistons pour que ce processus arrive à son terme le plus vite possible. Le Kosovo ne peut pas être tenu en otage » avait-il déclaré à des journalistes. Veton Surroi, chef du parti d’opposition ORA et membre de l’équipe de négociation du Kosovo a été encore plus précis » Le Kosovo aura son indépendance avant Noël ». Deux années de discussions n’ont abouti à aucun accord sur le statut final. Le Kosovo fait toujours officiellement partie de la Serbie tant que son statut reste un sujet de négociations bilatérales. Quatorze mois de négociations conduites par l’ancien président finlandais Martti Ahtisaari se sont terminés sans que se dégage un accord de compromis et à la demande des Nations unies Martti Ahtisaari a fait ses propres propositions. Il recommandait une indépendance sous supervision de la communauté internationale, mais cette proposition n’a pas été avalisée par le Conseil de sécurité à cause de l’opposition de la Russie, allié traditionnel de la Serbie. Faute de tout consensus clair de la part de l’UE et avec un fort soutien de la part de la Russie, un nouveau cycle de négociations de 120 jours a démarré pendant l’été 2007 dirigé par la Troïka formée des USA, de l’UE et de la Russie. Pendant ce temps, l’UE a entrepris de créer un consensus qui lui permettrait de traiter la question du Kosovo comme une seule institution. Le Secrétaire général de l’Union européenne et Haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, Xavier Solana, déclarait que l’UE ne ferait aucune déclaration qui pourrait influencer le travail de la Troïka. L’UE continue à soutenir la Troïka, mais veut que la question du statut soit résolue aussi vite que possible. Le dernier document stratégique sur l’élargissement de l’union récemment publié insiste sur une résolution rapide de la question du Kosovo, qualifiant la situation actuelle d’ « insoutenable ». Le Président de la Commission, José Manuel Durao Barosso, a déclaré le 6 novembre : « nous devons faire tous les efforts possibles pour trouver une solution négociée, c’est pour cela que nous avons accepté l’idée de continuer les négociations ». Il a demandé à tous d’attendre le rapport de la Troïka et de ne pas anticiper « sur ce que pourra être la prochaine étape ». En parallèle avec les négociations entre Belgrade et Pristina sous la médiation de la Troïka, des efforts sont faits, en coulisse, pour arriver à savoir combien de pays sont prêts à accepter ce que les Européens considèrent comme le pire des scénarios, c’est-à-dire l’indépendance sans une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. « Cette période supplémentaire de discussions entre Belgrade et Pristina est en fait une période de négociations entre les autres pays » a fait remarquer une source américaine. Les discussions entre les Européens et les Etats-Unis ont pour but essentiel de rallier les grands pays de l’UE, afin qu’ils entraînent les petits pays. La Slovaquie, la Roumanie, Chypre, la Grèce et l’Espagne pour l’instant sont peu favorables à la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo. Mais des sources au sein de l’UE ont confirmé que ces pays avaient promis de ne pas bloquer le déploiement d’une nouvelle mission au Kosovo et qu’ils autoriseraient l’utilisation des moyens de l’UE pour cette mission. Cela signifie le déploiement de personnel européen et le financement de la mission. La Slovénie qui va assurer la présidence de l’UE pour la première fois en janvier 2008 devra gérer les premières réactions de l’UE à une reconnaissance unilatérale de l’indépendance, à supposer qu’elle est lieu comme prévu au début de l’année 2008. On croit savoir que la Slovénie fait partie des 22 pays qui reconnaîtront l’indépendance. Dès le retour à Ljubljana, après une visite à Belgrade, du Ministre des affaires étrangères de Slovénie, Dimitrij Rupel, l’agence de presse nationale slovène a fait état d’après une source diplomatique que « la Slovénie soutiendrait une possible indépendance du Kosovo, si cela était aussi fait par ‘un groupe adéquat‘ ». Le Premier ministre slovène, Janez Jansa pense que la question du Kosovo sera bientôt résolue et que le rapport de la Troïka le 10 décembre prochain sera le dernier. » Il n’y aura plus de délais. Nous voulons tous une solution » vient-il de déclarer à Bruxelles. Tout en faisant partie du bloc pro indépendance, l’Allemagne a quelques réserves sur la reconnaissance de l’indépendance sans l’aval du Conseil de sécurité. « L’Allemagne fait partie du groupe des 22, mais c’est difficile parce que Berlin sait bien que cela sera difficile à accepter pour son opinion publique » fait remarquer un représentant allemand. Un autre assure que les pays qui soutiendront l’indépendance préparent des stratégies pour persuader l’opinion publique allemande qu’il n’y a pas d’autres alternatives à la reconnaissance de l’indépendance. Pour certains analystes, le premier élément de cet exercice stratégique a été la nomination de Wolfgang Ischinger, un représentant du Ministère des affaires étrangères comme représentant de l’UE dans la Troïka. Pour Naim Rashiti du bureau de International Crisis Group à Pristina « la France et la Grande-Bretagne ne se sont pas opposées à la nomination de Wolfgang Ischinger parce que ces pays étaient clairs sur l’avenir du Kosovo. Pas l’Allemagne. Cette nomination a aussi été faite pour faire pression sur les Allemands et les autres pays de l’UE »
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| Nevipe Kosov
Rroms au Kosovo : la communauté la plus pauvre et la plus menacée Traduit par Saimir Mile Publié dans la presse : 23 octobre 2007 Taux élevé de chômage, faiblesse de l’assistance sociale, impossibilité de la scolarisation en langue rromani, faible participation dans la vie économique, culturelle et publique et dans les institutions, tant au niveau central que local, ainsi que très peu de retours des réfugiés et déplacés... Autant de traits qui caractérisent encore la vie de la minorité rrom au Kosovo. Entretien avec Bashkim Hisari, directeur exécutif du « Mouvement pour les Citoyens ». Diplômé de science politique, Bashkim Hisari est un militant actif dans le domaine des droits de l’Homme et des libertés depuis plusieurs années. Il est entre autres le directeur exécutif du « Mouvement pour les Citoyens » au Kosovo. Depuis 1999, quand les forces de paix sont entrées au Kosovo et jusqu’aujourd’hui, il a centré ses recherches sur la situation des droits des communautés ethniques, parmi lesquelles les Rroms. Kujtim Paçaku : Quels sont les résultats de votre recherche sur la communauté rrom au Kosovo depuis 1999 ? Bashkim Hisari : Bien qu’il y ait eu quelques avancées récemment - comme l’amélioration de la liberté de circulation -, les Rroms restent toujours les plus pauvres et les moins en sécurité parmi la population kosovare. Ils vivent aussi bien dans des villes que dans des villages, dans des camps et centres collectifs, souvent en familles nombreuses, jusqu’à 10 membres ; la plupart vivent dans des conditions d’hygiène déplorables et dans une pauvreté extrême. La majorité d’entre eux dépend des prestations sociales, qui ne suffisent pas même à couvrir les besoins les plus élémentaires. Beaucoup d’enfants rroms abandonnent la scolarité prématurément, dès l’école primaire, pour travailler et contribuer à entretenir la famille. Ils font des travaux pénibles, comme la collecte de métaux, du papier, du verre et d’autres matières recyclables, ou bien portent du matériel de construction, ou encore nettoient les rues, les maisons ou les immeubles, pour survivre. Les Rroms de Kosovo sont de vraies victimes du conflit entre les Albanais et les Serbes, ainsi que des questions politiques non résolues. Ils sont les premières victimes de la paupérisation et de l’absence d’une assistance sociale adéquate, qui objectivement touche la majorité de leur communauté. La situation des Rroms de Kosovo est rendue encore plus compliquée par les tensions entre les partis politiques et entre les communautés ethniques, principalement entre les Albanais et les Serbes, qui ont été renforcées ces derniers temps. Les débats politiques à chaque phase des discussions sur le statut futur du Kosovo et les prochaines élections, auxquelles ces débats sont liés, ne laissent pas beaucoup d’espace pour d’autres questions. Dans une telle situation, la consistance et la protection des droits humains, lorsqu’il est question de la communauté rrom, sont réalisées à la marge, c’est-à-dire concernant essentiellement ce qui peut être traité dans le cadre de la mise en œuvre des standards définis par la communauté internationale. Il est à noter que dans plusieurs parties du Kosovo il existe encore un distancement social des Rroms. Cette mise à l’écart, ainsi que l’auto-isolement, poussent les Rroms à la passivité. Malheureusement, tout cela montre la dure réalité kosovare, qui doit être surmontée. Kujtim Paçaku : Donc selon vous, la majorité des Rroms au Kosovo ne jouissent toujours pas de leurs droits garantis, comment expliquez-vous cela ? Bashkim Hisari : Oui. Le cadre constitutionnel du Kosovo garantit à toutes les communautés le droit d’utiliser leur langue et leur écriture en justice, dans les institutions publiques, dans l’éducation et dans les médias. Il leur garantit aussi l’égalité des chances dans l’emploi public à tous les niveaux, le droit d’utiliser leurs symboles en conformité avec la loi, de créer des structures d’enseignement de leur langue, d’avoir des cours sur leur culture, leur histoire et d’utiliser les administrations publiques, les services sociaux et de santé sans discrimination, d’avoir un accès garanti et une représentation dans les médias, d’avoir des programmations en leur langue, etc. Donc, bien que les règles adoptées par la MINUK et le cadre constitutionnel garantissent ces droits aux communautés ethniques, nous pouvons dire que dans la pratique du Kosovo ils ne sont pas respectés comme ils devraient l’être. Le problème le plus sérieux qui se pose dans ce domaine est la discrimination sociale et les mauvais traitements dont les petites communautés font l’objet, particulièrement les Rroms, lorsqu’il s’agit de droits aussi fondamentaux que le droit au travail, au service public, à l’usage de la langue, au retour, etc. La violence et les abus sur la propriété, qui arrivent parfois aux Rroms de Kosovo, sont un autre problème. Notre étude montre aussi que les Rroms ne bénéficient pas de toute une série d’autres droits. Par exemple, ils ne peuvent pas utiliser leur langue en justice, où il n’y a pas de traduction ; ils doivent donc parler en albanais ou en serbe. La même situation s’observe dans toutes les autres administrations, à tous les niveaux. Les Rroms ne sont pas représentés dans le système judiciaire, ou dans les pouvoirs locaux. À Prizren par exemple, où il y a une concentration considérable de Rroms, seul un Rrom travaille à la mairie. Ils sont souvent discriminés à l’emploi. Une autre cause de leur chômage est aussi l’absence de qualification ou encore la privatisation. Cette dernière touche aussi la population majoritaire, mais les Rroms sont plus particulièrement touchés, et dans certaines zones le taux de chômage parmi eux atteint 98%. Concernant l’éducation, les enfants rroms ne peuvent pas être scolarisés en leur langue ; une telle possibilité n’existe pas à l’école publique. Ils n’ont pas non plus d’institutions scolaires propres pour une scolarisation en rromani. Il y a eu quelques tentatives à l’initiative d’ONG pour enseigner en rromani, mais jusqu’à présent elles n’ont pas réussi. Les enfants rroms sont scolarisés principalement en albanais, puis dans une moindre mesure en turc ou bien dans les écoles parallèles serbes, en serbe. L’extrême pauvreté influe négativement sur l’éducation, puisque certaines familles ne peuvent même pas acheter les livres pour leurs enfants. Lors de l’enquête que nous avons menée à Prizren l’année dernière, nous avons identifié 1.950 enfants en âge scolaire. Sur ceux-là, 24% des enfants rroms allaient à l’école : 21,6% à l’école primaire, 1,6% au lycée et seulement 3% dans l’enseignement supérieur. En ce qui concerne les médias aussi, les Rroms n’ont pas suffisamment de programmes en leur langue et ils sont symboliquement représentés dans les médias privés au Kosovo. Sur 112 stations de radio, 72 émettent uniquement en albanais, 35 uniquement en serbe et 11 sont multiethniques et/ou multilingues. Jusqu’à très récemment, aucune station de radio n’avait de programme en rromani. Depuis le 13 avril 2006, la chaîne turque de télévision « Yeni Donem » a commencé à émettre, et elle avait aussi un programme en rromani. Elle a dû cependant interrompre ce programme, très probablement pour des raisons financières. Heureusement, une nouvelle radio commencera à émettre à Prizren, qui intégrera aussi un programme en rromani. Les Rroms utilisent très peu leurs symboles. En ce qui concerne la protection sociale et de santé, la situation est en train de s’améliorer. Ces derniers temps nous observons aussi une amélioration de la liberté de circulation, mais la situation est variable selon la région considérée. Ainsi, par exemple, dans la région de Mitrovica, les Rroms craignent toujours des incidents éventuels, et cela vaut aussi pour Gjilan/Gnjilane et Ferizaj/Uroševac. Kujtim Paçaku : Selon vous, quelles sont les causes de la persistance de cette situation et de la non-résolution des problèmes des Rroms au Kosovo ? Bashkim Hisari : En tant que militant pour les droits humains qui observe depuis plusieurs années la situation des minorités, je me suis souvent posé ce type de questions. Pourquoi est-ce que le temps passe et que les problèmes dont souffrent les Rroms ne sont pas résolus ? Pourquoi y a-t-il parmi eux tant de pauvres, de sans emploi, et même d’analphabètes ? Pourquoi sont-ils si souvent discriminés ? Qu’est-ce qui leur fait défaut pour atteindre l’égalité avec les autres et afin que leurs problèmes soient résolus efficacement ? Est-ce parce qu’ils n’ont pas de leaders responsables, ou bien pas assez d’intellectuels ? Ou bien parce qu’ils sont trop pragmatiques ? Je n’ai pas trouvé de vraies réponses à ces questions. Quoi qu’il en soit, je pense qu’il faut encore du temps pour arriver à un niveau acceptable de réalisation des droits des Rroms au Kosovo, parce qu’on ne peut pas parler de protection réelle des droits humains tant qu’une bonne partie de la communauté rrom n’aura pas les conditions minimales pour mener une vie normale, tant que ces personnes n’auront pas un toit, un emploi, tant qu’ils n’auront pas la sécurité économique nécessaire et qu’ils subiront différentes formes de violence, aussi faible soit-elle en intensité. Malheureusement, un grand nombre de Rroms ne sont pas rentrés dans leurs maisons, parce qu’elles ont été détruites ou abandonnées après 1999 et n’ont pas été reconstruites, ou alors ne l’ont été que partiellement et pas d’une manière correcte. Beaucoup de Rroms n’ont donc pas de toit. Ils vivent dans des centres collectifs et dans des camps un peu partout : à Plemetina, près de Kastriot/Obilic, au quartier « Kolonia » à Gjakovë/Djakovica, dans trois camps distincts à Mitrovica-Nord, - « Çesmin Llug », « Zhitkovac » et « Kabllar ». La majorité des quelques 1.000 Rroms de ces trois derniers camps ont déménagé depuis peu dans un autre camp, appelé « Osterode », toujours au nord de Mitrovica. Leur sécurité est assurée par la KFOR, la police de la MINUK et le Service de police du Kosovo. Ils peuvent circuler librement et faire les marchés, mais ils sont toujours effrayés par les extrémistes albanais et serbes. D’autres Rroms du Kosovo vivent dans un camp à Albaniku/Leposavic, d’autres encore se sont réfugiés en Serbie, au Monténégro, en Macédoine et dans des pays d’Europe occidentale. Il est difficile d’être optimiste en ce moment et d’attendre des changements rapides de la situation des Rroms du Kosovo, parce que les problèmes qu’ils rencontrent sont présents aussi chez la majorité albanaise. Kujtim Paçaku : Dans quelle mesure les Rroms sont-ils intégrés dans la société kosovare ? Bashkim Hisari : Les Rroms sont en train de s’intégrer dans la société kosovare ; il y a quelques progrès, mais l’intégration n’est pas encore satisfaisante. Ils ne sont pas aussi intégrés que les Bosniaques, les Turcs ou les Ashkalis/Égyptiens. Les Rroms ont leurs propres partis politiques mais ceux-ci ne participent pas au pouvoir, ni au niveau local ni au niveau central. En application des règlements de la MINUK, il y a des places réservées pour les minorités dans les pouvoirs locaux et aussi au Parlement du Kosovo, en proportion avec la population. De cette manière, 20 sièges sont réservés au Parlement pour les minorités. Les Rroms y ont aussi leur représentant, mais ils ne sont pas satisfaits de son travail. Ils estiment en effet qu’il n’a pas fait le nécessaire pour l’amélioration de leur situation générale et pour leur intégration dans la société kosovare. D’un autre côté, il n’existe pas de mécanisme légal pour renforcer la position du représentant d’une minorité lorsque des questions particulièrement pertinentes pour cette minorité sont discutées. Notre étude a montré clairement que parmi toutes les minorités, les Rroms sont ceux qui participent le moins au pouvoir local, également. Même dans des zones où il y a une forte concentration de Rroms, ils n’ont pas de représentants. Kujtim Paçaku : D’après votre analyse, que faudrait-il faire pour améliorer la situation de la communauté rrom au Kosovo ? Bashkim Hisari : D’abord, les institutions provisoires du Kosovo et la MINUK devraient œuvrer plus en ce sens, en améliorant la situation économique, l’éducation, l’emploi, l’accès aux prestations sociales et en mettant en place les dispositifs nécessaires pour l’utilisation de la langue rromani. Il faudrait aussi créer les conditions pour le retour des Rroms déplacés dans leurs foyers. La mise en place des standards, qui vise la réalisation de ces droits, doit continuer. Dans ce processus, la participation active des Rroms est la seule manière d’assurer la protection de leurs droits. Les institutions du Kosovo devraient assurer la participation de la communauté rrom dans le processus de la prise de décisions, tant au niveau local qu’au niveau central. Étant donné que les enfants rroms au Kosovo n’ont pas la possibilité d’être scolarisés en leur langue, le ministère de l’Éducation, de la Science et de la Technologie devrait créer cette possibilité en adoptant le curriculum et en développant le matériel pédagogique en rromani, afin d’assurer à tous les Rroms le droit d’être scolarisés en leur langue. Enfin, les médias kosovars doivent s’ouvrir un peu plus aux Rroms, et ceci de plusieurs manières à la fois : par des programmes consacrés à la culture, à l’histoire et aux traditions des Rroms, qui reflèteraient leurs activités, en intégrant des journalistes rroms et en diffusant en langue rromani, donnant ainsi aux Rroms l’accès à l’information en leur langue.
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| AP - Mardi 2 octobre 2007
Un Suisse à la tête de la Mission de l'OSCE au Kosovo BERNE - Tim Guldimann sera le nouveau chef de la Mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) au Kosovo. Le diplomate suisse a été nommé par le président en exercice de l'OSCE, le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos Cuyaubé, a indiqué mardi le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE). Le DFAE avait soumis la candidature de M. Guldimann à l'OSCE dans le souci de voir plus de Suisses occuper des postes de haut rang dans cette organisation. Ce Zurichois est entré au DFAE en 1982. Au fil de sa carrière diplomatique, il a été en poste au Caire, à Genève et à Berne. De 1996 à 1997, il a dirigé le Groupe de soutien de l'OSCE en Tchétchénie, puis, de 1997 à 1999, il a exercé les fonctions de chef de la Mission de l'OSCE en Croatie. En 1999, le Conseil fédéral l'a nommé ambassadeur de Suisse en Iran et en Afghanistan, avec résidence à Téhéran. En congé depuis la mi-2004, Tim Guldimann a enseigné les sciences politiques à l'Université de Francfort. Créée par décision du Conseil permanent le 1er juillet 1999, la Mission au Kosovo est la plus grande des 19 missions de l'OSCE. Forte d'un effectif d'un millier de personnes, elle s'intègre dans le cadre général de la Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) et est en charge des questions concernant les droits humains et les droits des minorités, l'Etat de droit, la création d'institutions démocratiques et l'organisation d'élections. AP
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Kosovo : inévitable partition ? Traduit par Mariama Cottrant Publié dans la presse : 20 septembre 2007 Personne n’en parle, tout le monde prétend l’écarter, mais tout le monde y pense de plus en plus : la partition du Kosovo est-elle devenue inéluctable, dans le cas probable d’une accession du territoire à l’indépendance ? Le Nord du Kosovo serait directement rattaché à la Serbie, et les Serbes des enclaves du Sud abandonnés à leur sort. En cas d’accord entre Belgrade et Pristina, la communauté internationale ne pourrait pas s’opposer à ce scénario, pourtant porteur de sérieux risques régionaux. Sur le terrain, les ventes de biens immobiliers se multiplient, comme pour préparer cette hypothèse. Par Branka Trivic Le pont de Mitrovica, symbole de la division (© Jean-Michel Cann) L’Union Européenne (UE) et les États-Unis déclarent que partager le Kosovo en deux serait une mauvaise solution parce qu’elle pourrait avoir des conséquences dangereuses sur toute la région. Cela dit, ils disent aussi constamment qu’ils accepteraient n’importe quelle solution, tant que Belgrade et Pristina sont d’accord, en poussant les deux côtés à sortir des blocages actuels et à proposer de nouvelles idées. Le 11 septembre, l’ambassade américaine à Belgrade à souligné l’engagement de Washington dans les négociations actuelles sur l’avenir du Kosovo, qui doivent prendre fin le 10 décembre prochain. « Pendant cette période d’engagement, les États-Unis sont prêts à accepter n’importe quelle solution sur laquelle les parties seront d’accord », a dit l’ambassade, en ajoutant cependant qu’après la fin des discussions, le statut du Kosovo devra être clarifié promptement. Le premier à briser le « tabou de la partition », le 12 août dernier, a été le représentant de l’UE à la « troïka » des médiateurs, Wolfgang Ischinger. Au moins trois autres hauts dirigeants l’ont suivi, suggérant la possibilité de la partition du Kosovo si une telle solution était acceptée par les deux parties. Officiellement, et le Kosovo et la Serbie ont rejeté l’idée d’une partition, mais cette position est perçue par beaucoup comme intenable à ce niveau du processus. Beaucoup d’observateurs suggèrent que le nord dominé par les Serbes se séparera du reste de l’entité et sera rattaché à la Serbie, si la majorité albanaise du Kosovo déclare l’indépendance. Certains affirment que même le plan Ahtisaari, rejeté par la Serbie, institutionnaliserait la division qui existe déjà, facilitant ainsi le glissement progressif du nord du Kosovo vers la Serbie. Autre vue du pont (© Jean-Michel Cann) La situation sur le terrain semble conforter cette impression. Des échanges de territoire discrets ont déjà eu lieu entre les Serbes et les Albanais au nord et au sud du fleuve Ibar qui coule au milieu de la ville divisée de Mitrovica. Les acteurs internationaux principaux ont rejeté l’option de la partition depuis longtemps, arguant que si les forces étrangères permettent au nord de faire sécession, elles encourageront des tentatives séparatistes de la part des Albanais de la vallée de Presevo en Serbie et de Macédoine, ou de la part des Serbes de Bosnie-Herzégovine, ouvrant ainsi une nouvelle boîte de Pandore de conflits balkaniques. Quels que soient les risques potentiels de la « théorie domino » dans les Balkans, l’Occident n’a pas les cartes en main pour bloquer la partition si les deux parties réussissent à s’entendre sur le sujet. Selon Janusz Bugajski, du Centre Americain d’Études Stratégiques et Internationales, « les États-Unis ont été clairs jusqu’à maintenant sur le fait que la partition n’était pas une possibilité. Néanmoins, on peut présumer que si un accord était conclu sur des échange de territoires ou autres arrangements, ce qui amènerait à un accord entre les deux parties permettant la reconaissance mutuelle des deux États, alors, je suppose que cela deviendrait acceptable pour les États-Unis. » Malgré le fait que Washington et Bruxelles affirment ne pas soutenir ou proposer une partition, Janusz Bugajski commente : « si la situation devenait critique et que les deux côtés se mettaient d’accord là-dessus, il serait difficile d’imaginer comment les internationaux s’y opposeraient ». Daniel Serwer, de l’Institut Américain pour la Paix, ne favorise pas la partition du Kosovo parce que cela déclencherait des réactions en chaîne dans la région, mais il n’exclut pas complètement une telle solution. Il note, cependant, qu’alors que la Serbie serait prête à prendre le nord du Kosovo, elle n’accepterait pas de faire des concessions territoriales dans la vallée de Presevo (à majorité albanaise) en retour. Selon beaucoup d’analystes occidentaux, le gouvernement serbe serait prêt à accepter la partition, malgré la rhétorique « patriotique » quotidienne qui s’y oppose. Face à la possibilité d’un nouveau report sur le statut du Kosovo, qui pourrait provoquer une grave crise russo-americaine, les Albanais aussi pourraient finalement accepter une partition qui, au moins, institutionnaliserait un Kosovo indépendant. « À part quelques rares exceptions, ils veulent tous un Kosovo ethniquement pur », remarque Ian Traynor du journaliste britannique The Guardian. Amitai Etzioni, professeur à l’Université George Washington, rappelle que les efforts de l’ONU dépensés pour créer un État multiethnique ont été « un échec total (...) Les deux peuples sont aussi loin l’un de l’autre qu’avant la guerre, a-t-il dit à Reuteurs. Nous avons besoin de séparation. » Son collègue Steven Mayer, de l’Université de Défense Nationale à Washington, partage la même opinion : « l’évidence que personne ne veut reconnaître, c’est que les Serbes et les Albanais du Kosovo ne veulent pas vraiment vivre ensemble dans un même État... Que cela nous plaise ou non, cela doit être respecté. » Il y a quelques mois, Dimitri Simes écrivait dans le Los Angeles Times qu’« une solution raisonnable serait de trouver un compromis qui serait soutenu par la Serbie, soit en accordant une quasi-complète indépendance, soit en permettant à quelques zones du Kosovo de rester en Serbie, créant ainsi un précédent pour les régions de Géorgie ». Vu que l’indépendance du Kosovo devient de plus en plus probable, certains experts argumentent en faveur d’une « rectification des frontières » entre le Kosovo et la Serbie. Ted Galen Carpenter du Cato Institute, basé à Washington, pense que de laisser la partie nord du Kosovo rejoindre la Serbie serait une stratégie de limitation des dégâts, permettant aussi potentiellement d’empêcher des éléments nationalistes radicaux serbes de déstabiliser la région. Même les experts fondamentalement opposés à la partition prévoient des scénarios potentiels pour le Kosovo qui laissent ouverte la possibilité d’une telle solution dans un avenir pas trop lointain. Selon James Lyon de l’International Crisis Group, la Serbie a déjà planifié la partition. Belgrade voudrait que son alliée, la Russie, bloque le processus du Kosovo pour une durée indéfinie, de façon à ce que les Albanais, de plus en plus frustrés, perdent patience et déclarent l’indépendance. Il est probable que celle-ci serait reconnue par quelques États, dont sûrement les États-Unis, la Grande-Bretagne et quelques autres États qui on déjà indiqué leur soutien à l’indépendance du Kosovo. Les États-membres de l’UE seront sans doute divisés entre eux, incapables d’agir ensemble, comme c’est arrivé souvent dans le passé. A ce moment-là, selon James Lyon, la Serbie fera appel à la Résolution 1244, qui stipule que le Kosovo fait partie de la Yougoslavie, dont le successeur légal est la Serbie. Soutenue par Moscou, Belgrade rappellera son droit de protéger la population serbe, dans le nord du Kosovo, par rapport au régime « illégal » du sud. La partition sera décidée à ce moment-là. Stratégies serbes dans le Nord du Kosovo Quartier rrom de Mitrovica (© Jean-Michel Cann) Le Nord prendra sûrement aussi une position active. Si le Kosovo fait sécession de la Serbie, le nord, dominé par les Serbes, fera sécession du Kosovo, a averti Oliver Ivanovic, le dirigeant serbe du Kosovo, considéré comme relativement modéré. Le Kosovo est déjà divisé de facto entre 1,8 million d’Albanais, qui occupent la plus grande partie du territoire, et à peu près 50 000 Serbes résidant dans un triangle septentrional, soutenus par la Serbie, et qui forment une société parallèle auto-suffisante. Ce sont des soldats français des forces de maintien de la paix de l’OTAN qui surveillent la ligne tendue qui divise la ville de Mitrovica. La mission des Nations Unies n’a qu’une présence minimale dans cettre région, et l’OTAN n’a que 600 soldats allemands et américains dans cette zone. On compte aussi environ 60 000 Serbes résidant dans des enclaves isolées parmi les Albanais, protégés par les troupes de l’OTAN. La Serbie ne manquera pas de tirer partie d’un potentiel exode de masse de dizaines de milliers de Serbes de ces enclaves isolées au sud de l’Ibar, l’utilisant comme un autre argument en faveur de la partition. Les États-Unis et les principaux pays de l’UE devraient soutenir la sécession du Kosovo. Des analyses montrent, tout de même, qu’il reste à voir si l’Occident, risquant un affrontement diplomatique avec la Russie, celle-ci ayant placé le Kosovo sur sa « ligne rouge » de sécurité, va rester sur sa position de reconnaissance de l’indépendance du Kosovo ou choisir de présenter la partition comme « un moindre mal ». Pendant ce temps, le troc des terres continue au ralenti : les Albanais vont au sud et les Serbes au nord. Pour le dire de manière crue, la province est en train de devenir le lieu de « retournements de vestes dissimulés ». Le gouvernement serbe serait en train d’acheter des maisons appartenant à des Albanais au nord du Kosovo avec l’aide d’intermédiaires. Alex Anderson de l’International Crisis Group affirme : « Je n’ai pas vu les papiers, et il y a une réticence du gouvernement serbe à admettre directement ce qu’il fait, mais tout le monde comprend à Mitrovica que c’est bien cela qui se passe ». Pendant ce temps, selon Alex Anderson, la riche diaspora albanaise achète toutes les propriétés serbes dans le centre du kosovo, en payant souvent un prix très élevé. Des analystes soulignent que de telles réalités sur le terrain sont en train de donner des arguments à ceux qui pensent que la partition pourrait procurer une porte de sortie face au bloquage des discussions sur le statut du Kosovo.
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S’il y a partage du Kosovo, il y aura partage de tous les Balkans Traduit par Nerimane Kamberi Publié dans la presse : 28 août 2007 Les Albanais du Kosovo font bloc contre l’hypothèse d’une partition, de plus en plus souvent évoquée dans les milieux diplomatiques... Les responsables de l’équipe de négociations de Pristina souligne qu’un telle option serait l’abandon d’un des trois principes fixés par le Groupe de contact : l’inviolabilité des frontières du Kosovo. Dans ce cas, les autres principes n’auraient plus de raison d’être, le Kosovo pourrait envisager son rattachement à l’Albanie, et un redécoupage général des frontières des Balkans serait à l’ordre du jour. Le commentaire de Koha Ditore. Par Fatmir Aliu Les Kosovars ont une nouvelle fois attiré l’attention de la communauté internationale en déclarant que si les menaces de partage du Kosovo se répètent trop souvent, Prishtina allait aussi adopter une position plus ferme, avec des revendications sur les territoires voisins. Même si personne ne nomme encore ces « territoires voisins » qui seraient affectés par un tel échange, les menaces sont explicites. Certains pays des Balkans ne seraient pas épargnés si de nouvelles frontières du Kosovo étaient tracées à la suite d’un « compromis imposé ». Jeudi, à Vienne, ou elle devra rencontrer la « troïka » diplomatique internationale (USA, UE, Russie), la délégation kosovare va porter le message de la non violation de son intégrité territoriale. Les négociateurs kosovars déclaraient ces derniers jours qu’ils allaient rappeler aux ambassadeurs Frank Wisner (EU), Wolfgang Ischinger (UE) et Alexandre Botsan-Kharchenko (Russie) qu’il ne pouvait y avoir de partage du Kosovo sans partage des autres pays de la région. « Il n’y a pas et il ne peut y avoir de partage du Kosovo. Si de telles tentatives étaient faites, ce serait une aventure très dangereuse, parce que de nombreuses cartes des Balkans devraient être redessinées », a déclaré lundi le porte-parole du groupe unitaire de négociations, Skender Hyseni. Le délégué de l’UE Wolfgang Ishinger avait déclaré lors de la visite de la troïka à Prishtina, le 12 août dernier, que si Prishtina et Belgrade étaient d’accord sur un partage du Kosovo, la communauté internationale donnerait son approbation. Mais Prishtina, dans sa réplique à la déclaration de l’ambassadeur européen, avait été ferme en déclarant qu’elle quitterait les négociations si, d’ici le 10 décembre, les internationaux amenaient une telle idée sur la table. Le groupe de négociation a confirmé qu’il se rendrait au grand complet à Vienne pour la reprise des négociations, et qu’il ne parlerait qu’avec la troïka diplomatique et non pas avec la délégation serbe. Selon le porte-parole du Groupe unitaire, les Kosovars n’espèrent pas beaucoup de ces rencontres, même si les négociateurs ont l’intention de faire comprendre aux négociateurs internationaux qu’il ne pouvait plus y avoir de négociations autour de la question de l’indépendance du Kosovo. Même si la perspective du partage du Kosovo, seulement mentionnée publiquement jusqu’à présent par le diplomate allemand, reste encore une question hypothétique, Prishtina a déclaré que si le Groupe de Contact violait un des principes qui avait guidé tout le processus diplomatique pendant les derniers mois, sous la direction de Maarti Ahtisaari, alors les autres principes ne tiendraient pas non plus. Les trois principes fixés par le Groupe de contact étaient que les frontières du Kosovo ne pouvaient pas être modifiées, que le Kosovo ne pouvait pas se rattacher à l’Albanie et qu’il ne pouvait pas revenir à la situation prévalant avant 1999. « C’est très hypothétique mais si cela se produit, si ce processus est enclenché, il ne se limitera pas au Kosovo. Si le Kosovo perd une partie de son territoire, on ne pourra plus l’empêcher de se rattache à un autre pays (l’Albanie) », a déclaré le porte-parole du groupe de négociations, Skender Hyseni.
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Statut du Kosovo : après l’échec diplomatique, l’option de la partition refait surface Traduit par Jacqueline Dérens Mise en ligne : mardi 14 août 2007 La partition du Kosovo entre zones ethniques albanaise et serbe est une solution possible pour le statut final de la province, a déclaré un représentant de la « troïka » diplomatique dimanche dernier, après une visite à Belgrade et à Pristina. C’est la première fois que l’idée de partition est admise publiquement et retenue comme une hypothèse sérieuse par la communauté internationale. La « troïka » est composée des envoyés spéciaux du Groupe de contact Alexander Botsan-Kharchenko pour la Russie, du diplomate Frank Visner pour les USA et de Wolfgang Ischinger pour l’UE. Les discussions ont commencé le vendredi 10 août à Belgrade et se sont poursuivies à Pristina pendant le week-end. Le représentant de l’Union européenne Wolfang Ischlinger a déclaré dimanche 12 août à des journalistes que le Kosovo pourrait être divisé entre zones albanaise et serbe, si toutes les parties en étaient d’accord. La troïka, a-t-il ajouté, est ouverte à toutes les possibilités. « S’ils le veulent, nous sommes ouverts à toutes les options. Si les deux parties sont prêtes à s’en tenir à une option, celle-ci sera la bonne pour nous. Mais s’ils persistent à maintenir leurs positions initiales, il y a peu de chance d’arriver à un compromis entre les parties qui ont négocié avec le médiateur des Nations unies Martti Ahtisaari, durant toute une année ». Il a ajouté que pendant les quatre mois à venir, la troïka internationale essaierait d’arriver à un consensus entre Pristina et Belgrade sur le statut futur du Kosovo. Selon lui, toute solution de consensus serait aceptée par la communauté internationale. Cette remarque a été accueillie avec scepticisme par certains, des analystes politiques faisant remarquer que la troïka cherchait à masquer sa propre incapacité à trouver un consensus et à prendre des décisions sur la base des propositions de Martti Ahtisaari. La troïka a été mise en place par le Groupe de contact après le rejet par la Russie, alliée traditionnelle de la Serbie, de la résolution du Conseil de sécurité qui proposait une indépendance du Kosovo sous contrôle international. Cette troïka doit essayer de rapprocher les deux parties, et d’avancer vers une solution acceptable pour le statut de la province, après une période de nouvelles négociations de 120 jours entre Belgrade et Pristina. À la fin de cette période, la Troïka présentera un rapport au Conseil de sécurité le 10 décembre. Mais, selon l’analyste Ilir Dugolli, la position de la Serbie a peu de chance d’évoluer et la grande question est de savoir ce que feront les Kosovars et la communauté internationale après le 10 décembre, et quelles seront les réactions des autres parties au cours du processus. De leur côté, les dirigeants albanais ont dit qu’ils ne céderaient rien de leurs positions initiales pendant ces nouvelles négociations. Skender Hyseni, le porte-parole de l’équipe unitaire de négociations de Pristina, qui est composée de hauts responsables politiques de différents bords, a déclaré que « l’équipe unitaire considère cette visite comme très importante car elle marque le début des 120 jours de nouvelles négociations pour trouver une solution à la question du statut du Kosovo ». Cependant, a-t-il ajouté, « l’équipe unitaire s’en tiendra à ses principes fondamentaux au cours des prochaines discussions ». Ces principes qui ne sont pas négociables avec Belgrade sont les suivants : indépendance du Kosovo, intangibilité des frontières et solution basée sur les propositions de l’envoyé spécial des nations unies. Selon le plan de Martti Ahtisaari, une indépendance sous supervision internationale devrait être accordé au Kosovo. Ce plan a reçu le soutien des USA et de l’UE, mais il a été rejeté par la Serbie et la Russie.
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Le suicide, un nouveau fléau pour le Kosovo Traduit par Benoît Frogerais Publié dans la presse : 4 juin 2007 Traditionnellement très rares au Kosovo, les suicides sont en constante augmentation depuis la fin de la guerre. Pour beaucoup, les traumatismes du conflit ne se sont pas refermés. Et dans une société minée par la pauvreté et le chômage, les jeunes ont perdu tous leurs repères. Par Nora Hasani et Zana Limani Lorsque Fjolla, 20 ans, parle de son amie qui s’est suicidée il y a 4 ans, son regard se trouble. « J’étais choquée, je n’arrivais pas à y croire », dit-elle. « Je n’aurais jamais pensé qu’elle aurait pu faire une chose pareille ; elle était si pleine de vie » ! L’amie de Fjolla, âgée de 15 ans, est l’une des 356 suicidés, pour une population de 2 millions, enregistrés entre 2000 et 2006. Beaucoup d’autres ont essayé d’attenter à leur vie et ont échoué, d’après les dossiers des services de police. Fjolla se remémore les dernières fois où elle a parlé avec son amie. « Elle était enthousiaste comme à son habitude et semblait être heureuse... Elle avait l’air tout à fait normale. », déclare-t-elle en se reprochant de ne pas s’être rendu compte que quelque chose clochait. D’après les experts, les traumatismes dus à la guerre sont une des raisons principales de la forte augmentation du nombre de suicides au Kosovo, où le phénomène était à peine connu avant 1999. « Les véritables signes du traumatisme ne sont pas forcément visibles et ils peuvent ne se manifester qu’après une longue période », déclare Aliriza Arenliu, psychologue, en s’appuyant sur le fait que, bien que la guerre soit finie depuis plus de sept ans, la population en ressent toujours les effets. Certains experts considèrent que l’augmentation du nombre de suicides est liée à l’isolation croissante des personnes et à la décomposition familiale. Ils soulignent que dans le passé, les liens familiaux étaient plus resserrés et que les relations étaient plus clairement structurées. A l’époque, le Kosovo avait le taux de suicide le plus faible de la région et les rares cas faisaient date, les Kosovars considérant traditionnellement le suicide comme un déshonneur et un péché. Mais au Kosovo, depuis 1999, le rôle de la famille a radicalement changé lorsque la vie villageoise fut totalement désorganisée par l’exode forcé des Albanais vers les pays voisins. Linda Gusia, sociologue, considère que les migrations de populations à l’intérieur et à l’extérieur du Kosovo sont responsables de cette décomposition familiale. « Les gens ont commencé à se renfermer sur eux-mêmes et cette atomisation de la société a mené les gens à se sentir seuls, isolés et abandonnés », déclare-t-elle. Même avant 1999, la société avait été érodée par les influences extérieures. La répression politique pratiquée pendant 10 ans (1988-1999) par le régime serbe a soumis de nombreux Kosovars à une pression sans précédent. Puis le régime se durcit encore lorsque le conflit avec les militants albanais éclata. Les combats ont mené au déplacement d’environ un million de personnes durant les bombardements de l’OTAN et l’armée serbe est responsable de la mort d’une dizaine de milliers de personnes. La société de l’après-guerre ne s’en est toujours pas remise. D’après Linda Gusia, « au Kosovo, la vie quotidienne est liée d’une manière ou d’une autre à la guerre ». « La plupart des suicides ont lieu dans les régions qui ont connu les pires combats de la guerre, comme la Drenica », déclare Fidaie Krasniqi de l’organisation Degjo Rinine (A l’écoute des Jeunes). Elle ajoute que « les gens de la Drenica ne se souviennent que d’un cas de suicide avant 1999, alors qu’il y en a eu 54 depuis la guerre ». D’après Krasniqi, la plupart étaient d’anciens combattants de l’Armée de Libération du Kosovo (UCK), qui se sont trouvés désoeuvrés et sans perspectives d’avenir une fois la guerre terminée. D’après Ferid Agani, psychiatre, les traumatismes provoqués par la guerre ne sont pas les seules causes de suicides. D’autre facteurs psychologiques et sociaux, comme la pauvreté et le chômage, peuvent également mener au suicide. Huit ans après la guerre, le Kosovo est plongé dans le marasme économique. Les estimations de la Banque mondiale classent 37% de la population comme « pauvre », c’est-à-dire vivant avec moins d’1,42 euro par jour. 15% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté extrême avec 0,93 euro par jour. Beaucoup pensent que ces statistiques alarmantes, considérant que le Kosovo a la population la plus jeune d’Europe (50% de la population a moins de 30 ans) et que peu d’entres eux trouveront du travail, créent un nouveau cadre pour d’autres traumatismes. « Nous avons perdu l’illusion que la liberté allait régler tous nos problèmes peu après la guerre », déclare Linda Gusia. Elle ajoute que « le Kosovo est un petit pays qui a peu à offrir et c’est pour cela que je comprends que le gens ne puissent se projeter dans l’avenir et se sentent perdus ». Les statistiques montrant la hausse du taux de suicide soulignent clairement le besoin d’une stratégie de prévention officielle. « Ce projet est dans notre agenda et nous y travaillons », déclare Ismet Abdullahu, du ministère de la Santé du Kosovo, qui a expliqué que la prévention des suicides faisait partie d’un projet général sur la santé mentale. Mais le gouvernement sans budget du Kosovo n’a aucunement la possibilité d’offrir des services aux personnes traumatisées. De plus, la plupart des Kosovars voit toujours le recours à l’aide psychologique comme quelque chose de très embarrassant et non comme un service. Fjolla est désolée que son amie n’ait pas parlé de ses problèmes, à elle ou à quelqu’un d’autre. « C’est terrible que le fait de demander de l’aide soit mal perçu au Kosovo. Les gens qui ont besoin d’aide devraient en chercher », dit-elle. « Prévenir le suicide est possible », déclare Gusia. « La façon la plus efficace d’éviter un suicide est de reconnaître les signes annonciateurs, de les prendre au sérieux et de chercher une aide professionelle. » Certaines ONG tentent de remplir le vide laissé par le ministère de la Santé. Dans le Balkan Insight, Krasniqi déclare que son organisation a ouvert une hotline pour les jeunes en décembre dernier. Depuis lors, ils ont conseillé et informé plus de 350 jeunes désespérés. Elle ajoute que « la plupart d’entre eux avaient des pensées suicidaires ». Fjolla espère qu’elle n’entendra plus jamais parler de cas comparables à celui de son amie. « Cela lui est arrivé mais je souhaite que cela n’arrive à personne d’autre », nous confie-t-elle.
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Albanaise, serbe ou kosovare, quelle est l’identité du Kosovo ? Traduit par Benoît Frogerais Publié dans la presse : 24 mai 2007 Existe-t-il vraiment une identité kosovare ? Est-on d’abord albanais, serbe ou citoyen du Kosovo ? En cas d’indépendance de la province, sera-t-il possible de créer une nation kosovare autour de symboles identitaires communs ? Un pari ambitieux qui divise déjà les communautés, même du côté albanais... Par Krenar Gashi Kujtim Salihu, un étudiant albanais du Kosovo, participe à une compétition internationale à Vienne, mais il n’a aucune idée de la nation qu’il représentera. « Sur ma carte d’identité, il est écrit Kosovo UNMIK », nous dit Kutjim. Mais cette désignation n’est pas faite pour lui plaire. Kutjim, par exemple, dit qu’il est albanais et que le Kosovo n’est qu’une région géographique où vivent les Albanais. Mais nombreux sont ses compatriotes à être en désaccord avec ce point de vue. Ils considèrent être les membres d’une nation kosovare. Bien que la décision de l’ONU concernant l’indépendance du Kosovo soit proche, un consensus sur ce sujet épineux paraît plus que jamais improbable. Les tentatives internationales pour faire dialoguer le Kosovo et la Serbie sur le statut de la région ayant échoué, un diplomate de l’ONU a proposé que le Kosovo devienne indépendant, mais sous supervision internationale. Bien que la Russie y soit opposée, le Conseil de sécurité semble être près à suivre cette voie et à créer un Kosovo indépendant, sans savoir à quelle nation sa population veut appartenir. En 1999, durant les combats opposant la Serbie aux forces de l’OTAN, Fadil a émigré aux États-Unis. Il ne se considère pas du tout comme un Albanais. « Je suis un Kosovar », dit-il fièrement. Il approuve les éléments du plan de l’ONU disant que le Kosovo doit avoir son propre hymne et son propre drapeau. D’après Nexhmedin Spahiu, analyste politique et défenseur de l’identité kosovare, ces symboles clés doivent être créés aussi vite que possible. « Il se pourrait que très bientôt, les Présidents du Kosovo et de la Serbie aient à se rencontrer et que le Kosovo n’ait pas de drapeau », a-t-il récemment écrit dans une de ses chroniques. Le débat populaire portant sur l’aspect du drapeau et le choix de l’hymne a pris une ampleur considérable. De nombreux artistes ont conçu des drapeaux. Mais de nombreux habitants ont déjà leur drapeau, à savoir le drapeau de l’Albanie avec son fond rouge et son aigle bicéphale. « Je ne ressentirai rien de spécial pour le drapeau d’un futur État kosovar », déclare Kutjim. « J’apprendrai à mes enfants que notre drapeau est le drapeau albanais. » Les Albanais du Kosovo ont une tendresse particulière pour leur drapeau car durant l’époque communiste, il leur était interdit d’utiliser des symboles nationaux. Le drapeau est alors devenu un symbole de la lutte pour la liberté, dans tous les sens du terme. Cependant, ils n’ont pas de véritables liens avec l’Albanie, qui a d’ailleurs eu une politique étrangère très isolationniste de la Seconde Guerre mondiale à la fin des années 1990. Certains habitants du Kosovo considèrent qu’ayant été élevés en-dehors de leur communauté ethnique, ils ne peuvent faire partie de la même nation. « Nous sommes tout simplement très différents des Albanais d’Albanie », nous dit Fadil. Les hommes politiques ont promis que le Kosovo serait un pays pour tous les citoyens, peu importe leur groupe ethnique. Et c’est cela, d’après Spahiu, ainsi que les nouveaux symboles, qui créeront spontanément une nouvelle nation. Il a d’ailleurs cité les cas de la Suisse et des États-Unis, des nations dans lesquelles vivent différents groupes ethniques. Dans une interview accordée au Balkan Insight, Spahiu déclare que « la proposition de l’ONU pose la première pierre de la nation kosovare en affirmant qu’elle doit avoir ses propres symboles. Cela signifie que le Kosovo deviendra à la fois un État et une nation ». « Lorsque la majorité de la population vivant sur un territoire décide de prendre part à une structure politique, de faire partie d’un État, alors cet État peut être considéré comme une nation. Certains ne se sentiront peut-être pas membres de cette nation, mais elle sera créée si elle réunit la majorité de la population. » Mais il s’avérera sans doute difficile de convaincre les deux groupes ethniques qu’ils sont d’abord Kosovars et ensuite autre chose. « Je ne me définirai jamais comme étant un Kosovar », nous dit un jeune Serbe du Kosovo. « Cela voudrait dire que je trahis ma nation et que je deviens un Albanais ». Et certains Albanais du Kosovo voient le problème de la même façon. Sur le forum Pristhina-TEAM, Bardhi, un étudiant, déclare : « si les Albanais du Kosovo deviennent des Kosovars, je me ferai recenser en tant que membre de la minorité albanaise vivant au Kosovo. »
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Quel programme pour la délégation du Conseil de sécurité au Kosovo ? Traduit par Persa Aligrudic Publié dans la presse : 24 avril 2007 La mission du Conseil de sécurité des Nations Unies arrive jeudi à Belgrade. Elle se rendra ensuite à Pristina. La délégation rencontrera les plus hauts responsables politiques serbes et albanais, ainsi que l’administration internationale, mais son programme exact n’est pas encore connu. Point le plus débattu : la délégation se rendra-t-elle dans les enclaves serbes ? Par R.D. La mission du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui d |