Macédoine : presse
| Utrinski Vesnik
Le Parlement européen s’invite dans le conflit entre la Grèce et la Macédoine Traduit par Viktor Zakar Publié dans la presse : 24 avril 2008 Le Parlement européen a adopté ce 23 avril son rapport de suivi 2007 sur la Macédoine. Le texte demande au Conseil de fixer une date d’ouverture des négociations d’adhésion. L’écueil du conflit nominal n’a pu être évité. Daniel Cohn-Bendit dénonce la position grecque. Le rapport invite la Grèce et la Macédoine à reprendre immédiatement les négociations, afin que le conflit nominal ne constitue pas un obstacle à l’adhésion macédonienne. Par Toni Glamcevski Le Parlement européen a adopté ce mercredi 23 avril son rapport de suivi 2007 sur la Macédoine [1], par une majorité de 601 votes favorables, contre 52 votes défavorables. Le rapport, rédigé par l’eurodéputé Erik Meijer, devait initialement être voté il y a deux semaines, à Bruxelles. Le texte demande clairement au Conseil européen de fixer une date pour l’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine. A condition, bien sûr, que le pays remplisse les huit priorités fixées par la Commission. Cela aurait pu être le point central du rapport, si le problème du nom ne s’était pas imposé. Le débat sur ce sujet a poussé les députés du Groupe des Verts à voter contre la résolution, non parce qu’ils ne soutiennent pas la Macédoine, mais pour exprimer leur mécontentement : par rapport au texte initial, les amendements adoptés entraînent un recul pour la Macédoine sur l’importance donnée aux négociations relatives au conflit nominal. En d’autres mots, les Verts ont ouvertement défendu les intérêts macédoniens. « C’est un problème qui dure depuis des années et il est nécessaire de résoudre cette question. La Macédoine est la Macédoine et continuera à être la Macédoine. La Grèce finira par accepter cela, sans changement. C’est comme le Nouveau et l’Ancien Testament », affirme Daniel Cohn-Bendit, du Groupe des Verts. L’amendement en question, quoique issu d’un compromis, n’est pas au goût des eurodéputés grecs. Le texte invite la Grèce et la Macédoine à « reprendre immédiatement des négociations […], sachant que, une solution de compromis étant en vue, cette question ne représente plus désormais un obstacle à l’adhésion de l’ARYM à des organisations internationales ». [Il reconnaît également comme « toujours en vigueur », l’Accord intérimaire de 1995, qui empêche la Grèce de bloquer l’accession de la Macédoine aux organisations internationales sous son nom temporaire d’ARYM.] « Je pense que le rapport d’Erik Meijer tente de ne pas mettre d’huile sur le feu et de respecter les petits pas réalisés des deux cotés », estimé Doris Pack (Parti Populaire Européen), présidente de la Commission sur l’Europe du Sud-est au Parlement européen. […] Officiellement, la question du nom n’est pas obstacle, et résolution n’est pas une condition pour l’intégration de la Macédoine dans l’Union européenne (UE). Mais selon Joseph Daul, président du groupe du Parti Populaire Européen au Parlement, trouver une solution au conflit est de facto devenu une condition à l’entrée de la Macédoine dans l’UE. « Une solution mutuellement acceptable pour les deux pays doit être trouvée sur la question du nom. On ne peut pas continuer sans accord. Il faut trouver une solution sur la cette fameuse question du nom, et le plus vite possible », déclare-t-il. Ce implique-t-il d’introduire une nouvelle condition officielle d’entrée dans l’UE pour les pays candidats ? Joseph Daul refuse d’aller jusque là. « Il faut trouver une solution avant qu’un pays devienne membre de l’Union. Dans certains cas, nous sommes allés trop vite. Je crois que ni le nom d’ARYM, ni celui de Macédoine, ni encore le nom proposé de Nouvelle Macédoine ne constitueront un obstacle capable d’empêcher qu’une solution soit trouvée avant l’entrée [de ce pays] dans l’UE », ajoute Joseph Daul. Le rapport de suivi 2007 affirme que bien des choses ont progressé en Macédoine et que le pays travaille effectivement sur les points qui lui ont valu d’être critiqué par le passé. Le texte salue la mise en œuvre de l’Accord d’Ohrid et les réformes légales. Il attire également l’attention sur la « discrimination persistante envers la communauté Rom ». Les eurodéputés encouragent les autorités macédoniennes à faire le maximum pour obtenir l’ouverture des négociations d’adhésion avant la fin de l’année 2008. Le rapport dit également espérer que « que la coalition gouvernementale en place assurera la tenue d’élections anticipées équitables et démocratiques, conformément à la constitution et au code électoral ». [1] Cliquer ici pour lire le Rapport de suivi 2007 sur l’ancienne République yougoslave de Macédoine.
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Un été glacial entre Sofia et Skopje Traduit par Thomas Claus Publié dans la presse : 1er août 2006 On croyait la hache de guerre enterrée entre la Bulgarie et la Macédoine. Mais cet été, les rapports ont tourné à l’aigre. En cause, la refondation du parti des Macédoniens de Bulgarie, et la concession de la nationalité bulgare à un ancien premier ministre macédonien. A moins que le moteur de tout cela ne soit la campagne électorale pour les présidentielles bulgares ? Par Francesco Martino Après plusieurs années de rapports globalement corrects, l’été 2006 se caractérise par un retour à une période de froideur réciproque entre la Bulgarie et la Macédoine. Le déclencheur ? Une déclaration du Ministre bulgare des Affaires étrangères Ivaylo Kalfin : « nous soutenons la Macédoine vis-à-vis de l’Union Européenne, à condition que cessent les agressions envers la nation bulgare et envers son histoire. » Ces déclarations ne semblent pas avoir été provoquée par un événement particulier. Elles semblent reposer sur la nervosité provoquée par la reconstitution du parti des Macédoniens de Bulgarie OMO-Ilinden Pirin, ainsi que par l’acquisition récente de la nationalité bulgare par l’ex-Premier ministre macédonien Ljubco Georgievski. Certains commentateurs évoquent une opération électorale aux tonalités nationalistes en vue des prochaines élections présidentielles en Bulgarie. Cela n’empêche qu’un débat est en train de naître dans le pays, sur le sens de l’attribution du passeport, entre autre et avant tout, à des citoyens macédoniens [1], alors que la Bulgarie s’apprête à entrer dans l’Union Européenne. Rodomontades Sofia, le jeudi 24 juillet. Dans les locaux du Ministère des Affaires étrangères se tient une réunion de travail du ministre Ivaylo Kalfin avec les représentants diplomatiques bulgares à l’étranger. La séance ne semble pas différente des autres. Jusqu’à ce qu’on évoque la Macédoine. Ivaylo Kalfin déclare aux journalistes présents : « la Bulgarie continue à soutenir la candidature de la Macédoine à l’entrée dans les structures de l’Union Européenne, mais insiste sur le fait que les autorités de ce pays respectent les principes de bon voisinage et cessent les agressions, quelles qu’elles soient, à l’encontre de la nation bulgare et de son histoire. » La déclaration est trop forte pour être ignorée. Rapidement, la nouvelle se répand hors du Ministère. Ivaylo Kalfin trouve le moyen d’ajouter qu’« il n’est pas normal que notre soutien soit inconditionnel, puisque nous considérons qu’il existe des critères qui doivent être respectés. » C’est la première fois qu’un ministre bulgare des Affaires étrangères use de termes aussi forts à l’encontre de la Macédoine. L’ambassadeur de Macédoine à Sofia, Abdurahman Aliti, s’est déclaré surpris par les paroles d’Ivaylo Kalfin. Il a immédiatement demandé à être reçu afin d’obtenir des explications. Mais lorsque le ministère lui a proposé de rencontrer un fonctionnaire de niveau inférieur, Abdurahman Aliti a refusé de le voir. La polémique a repris vigueur le 28 juillet. Durant une visite dans la région de la Dobrudzha (dans le nord-est de la Bulgarie), le ministre Kalfin a affirmé que le directeur du centre culturel macédonien à Sofia, Stefan Vlahov Mitzov, aurait été choisi au sein des structures de direction du parti OMO-Ilinden Pirin. Ce parti a été reconstitué il y a environ un mois. Il constitue l’expression politique de la minorité macédonienne en Bulgarie. Selon Ivaylo Kalfin, il est inadmissible que le personnel diplomatique macédonien puisse prendre part à la vie politique bulgare. En conséquence, il a demandé des explications aux autorités de Skopje. Vlahov Mitzov, citoyen bulgare, est directeur du Centre culturel depuis son inauguration, en avril 2005, par les présidents respectifs des deux pays, Georgi Parvanov et Branko Crvenkovski en le qualifiant de « pas extraordinaire vers le rapprochement de [leurs] peuples. » Vlahov Mitzov nie participer à l’activité de quelque parti politique que ce soit. De son côté, l’Ambassade de Macédoine a envoyé au Ministère bulgare des Affaires étrangère une note officielle dans laquelle elle confirme les propos du directeur. Campagne électorale contre diplomatie En 1999, la Macédoine et la Bulgarie ont signé un accord bilatéral dans lequel les deux pays se sont engagés à ne pas intervenir l’un l’autre dans leurs affaires internes. Skopje et Sofia se sont également engagés à contrer tout type de « propagande négative » émanant d’un pays à l’encontre de l’autre. Pendant sept ans les rapports entre les deux républiques ont été caractérisés par un climat plutôt amical, malgré des vieilles disputes relatives à des questions linguistiques et historiques, qui n’ont jamais été résolues et qui continuent à émerger de temps en temps. Le rapprochement des deux pays semblait avoir atteint un sommet il y a deux mois. Durant une visite officielle en Macédoine, le Premier ministre bulgare, Sergei Stanishev, avait proposé à son homologue macédonien, Vlado Buckovski, l’idée d’une célébration commune de certaines fêtes nationales par les deux pays. Parmi elles, la commémoration de l’« insurrection d’Ilinden » contre l’autorité ottomane en 1903. Qu’est-ce qui a changé depuis lors ? Beaucoup, surtout en Macédoine, soutiennent que la nervosité diplomatique des Bulgares est due à la reconstitution du parti des Macédoniens de Bulgarie : OMO-Ilinden Pirin. Le parti avait été dissout lorsque la Cour constitutionnelle bulgare l’avait déclaré illégal à cause de son caractère de « parti ethnique ». Le 25 juin dernier, OMO-Ilinden Pirin a été reconstitué par plusieurs centaines de délégués réunis dans la commune de Gotze Delchev. Le thème de la minorité macédonienne continue à être un tabou en Bulgarie. Beaucoup croient que le parti est soutenu de manière déterminante par les services secrets macédoniens. Sa reconstitution a provoqué des réactions très négatives. Dans un long éditorial publié dans le quotidien bulgare Dnevnik, Stoyana Georgieva, la rédactrice en chef du portail d’information Mediapool.bg a affirmé que la véritable raison de la déclaration du ministre Kalfin n’est pas la refondation d’OMO-Ilinden Pirin, ni l’obtention de la citoyenneté bulgare par l’ex-premier ministre macédonien Ljubco Georgievski. Les propos d’Ivaylo Kalfin constitueraient plutôt une initiative électoraliste de soutien à la campagne du Président Georgi Parvanov. Selon la journaliste, Parvanov cherche, via son ancien conseiller Ivaylo Kalfin, à attirer vers lui le soutien de la partie des électeurs sensible aux thèmes nationalistes. Hausser de la voix vis-à-vis de la Macédoine entre dans cette stratégie. Débats sur les « nouveaux bulgares » Au-delà de l’effet immédiat sur la polémique en cours entre la Macédoine et la Bulgarie, le nouveau passeport bulgare donné à l’ancien premier ministre macédonien Ljubco Georgievski a lancé à Sofia un débat interne sur la signification de la concession de la citoyenneté bulgare. En Macédoine, obtenir le passeport bulgare est perçu comme un billet d’entrée pour l’UE, étant donné que le pays devrait décrocher le statut d’Etat membre le 1 janvier 2007. La procédure d’obtention de la citoyenneté bulgare est relativement simple. Elle se base sur le principe que toute personne démontrant sa « bulgarité » a le droit de devenir citoyen bulgare. Les membres de la minorité bulgare de Moldavie et d’Ukraine, ainsi que la quasi-totalité des citoyens macédoniens d’ethnie slave ont, au moins en théorie, la possibilité de devenir citoyens bulgares. Mais plus l’entrée de la Bulgarie dans l’UE se rapproche, plus le nombre de demandes augmente. On en est arrivé à douze mille obtentions de la citoyenneté bulgare par an. Dans beaucoup de cas, la requête se fonde sur des motifs difficilement qualifiables de « patriotiques », mais plutôt sur des motifs économiques. Dans un article paru dans le quotidien Sega , Aleksandar Aleksandrov explique que les passeports sont devenus l’objet d’un véritable business. Le tarif varie de cent à cinq cents euros. Ce chiffre, multiplié par les milliers de demandes, constitue un volume d’affaire de l’ordre du million. Récemment, même l’UE a demandé qu’un régime plus sévère soit institué. Le vice-président, Angel Marin, qui a le dernier mot sur la concession de la citoyenneté, a déclaré que le nombre de nouveaux citoyens descendra à environ six mille par an. [1] lire Macédoine-Bulgarie : le baiser qui tue ?.
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| Macédoine : les
nationalistes du VMRO-DPMNE reprennent la main
Par Laurent Geslin (Courrier des Balkans) Mise en ligne : jeudi 6 juillet 2006 Les élections du 5 juillet ont vu la victoire écrasante des nationalistes du VMRO-DPMNE au détriment du SDSM de Vlado Buckovski au pouvoir depuis 2002. Les partis albanais n’obtiennent que 24 sièges en raison d’une faible participation de leurs électeurs. Reste maintenant à former un gouvernement stable et efficace. De notre envoyé spécial « Vive la Macédoine, Vive Ljube Boskovski », scandaient hier soir, dans la salle de conférence du Holiday Inn de Skopje, les partisans du parti nationaliste macédonien du VMRO-DPMNE après leur très nette victoire aux élections législatives du 5 juillet 2006. L’ex-ministre de l’Intérieur acclamé par la foule est pourtant toujours incarcéré par le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye pour le meurtre de dix Albanais à Ljuboten pendant le conflit de 2001. La journée électorale s’était déroulée hier dans le calme même si l’on a pu constater çà et là quelques votes familiaux où quelques électeurs sans cartes d’identité, surtout dans les régions albanaises. Les multiples observateurs déployés par l’OSCE et par des organisations macédoniennes dans le pays semblent avoir dissuadé les fraudes massives. Les partisans du VMRO-DPMNE n’ont pas attendu la proclamation des résultats officiels pour défiler dans les rues de Skopje en brandissant les drapeaux rouge et noir de leur parti. Selon l’organisation citoyenne MOST, celui-ci obtiendrait 44 des 120 députés que compte la Parlement macédonien contre seulement 33 pour les sociaux-démocrates du SDSM. La défaite est sans appel pour le gouvernement de Vlado Buckovski qui avait été chargé d’appliquer les dispositions des accords d’Ohrid et qui avait permis à la Macédoine d’obtenir le statut de candidat à l’Union européenne. La crise économique et le malaise social qui mine la Macédoine auront eu raison du SDSM après quatre ans d’exercice du pouvoir. Les surprises de la soirée viennent des bonnes percées du NSDP de Tito Petkovski et des ultras nationalistes du VMRO-NARODNA, branche dissidente du VMRO, qui obtiennent respectivement 7 et 8 sièges. De l’autre côté du Vardar, à Bit Bazar, régnait une joie plus circonspecte. Danses traditionnelles et coup de feu en l’air ne semblaient pouvoir masquer une certaine frustration. Les Albanais ne se sont en effet pas déplacés massivement pour voter et dans bien des communes du nord-ouest du pays, la participation n’a guère dépassé 40%. La coalition menée par le BDI, au pouvoir depuis 2002, ne recueille que 13 sièges. Après une défaite sans appel quatre ans plus tôt, le PDSh d’Arben Xhaferi revient bien et arrache quant à lui 11 sièges. La sous-représentation des Albanais au Parlement n’est assurément pas un bon signe pour la stabilité du pays à l’heure où se poursuivent à Vienne les discussions entre les délégations serbes et albanaises sur l’avenir du Kosovo. Dans les jours qui viennent, un nouveau gouvernement va devoir rapidement être constitué. Comme en 1998, le VMRO-DPMNE pourrait alors entrer en coalition avec le PDSh, ce qui ne manquerait pas de rappeler certaines sombres pages du jeune Etat macédonien. Les partisans du BDI qui avaient pris les armes en 2001 se retrouveraient alors relégués dans l’opposition. |
La frontière entre le Kosovo et la Macédoine se négocie sans Belgrade
Traduit par Thomas Claus
Publié dans la presse : 10 mai 2006
Skopje a choisi de négocier avec Pristina le tracé toujours contesté de la frontière entre la Macédoine et le Kosovo. Une décision reçue froidement à Belgrade. En Macédoine, la « question purement technique » devient de plus en plus politique suite aux gaffes du gouvernement. Par Ana Petruseva Depuis plusieurs mois, le gouvernement macédonien fait un pas en avant pour trois pas en arrières sur la question du tracé de la frontière entre la Macédoine et le Kosovo. Le 5 mai dernier, les premiers ministres respectifs de la Macédoine et du Kosovo, Vlado Buckovski et Agim Çeku se sont rencontrés à Skopje afin d’aborder la question. A l’issue de cette entrevue, Agim Çeku a déclaré que Vlado Buckovski et lui s’étaient mis d’accord pour que la frontière ne soit tracée qu’après la détermination du statut final du Kosovo. Mais en répondant aux questions des journalistes, il a laissé entendre que la frontière discutée par lui et son homologue macédonien n’était pas celle qui fut négociée par Skopje et Belgrade en 2001 et reconnue par les Nations Unies, mais celle d’avant l’éclatement de la Yougoslavie. Avant la rencontre, la Macédoine avait lourdement insisté sur le fait que le Kosovo devait reconnaître la frontière de 2001 avant la conclusion des pourparlers sur le statut final du protectorat. En tenant ce discours, Skopje a fait semblant de ne pas percevoir les signaux de la communauté internationale selon lesquels cette pression n’était pas la bienvenue. Lors de la rencontre de Skopje, Agim Çeku a affirmé que la démarcation était une question purement technique. En réalité, le sujet est à présent hautement politique. Si le gouvernement macédonien parvenait à résoudre la question de la frontière, cela constituerait un atout pour les élections législatives du 5 juillet prochain. Le problème est en effet perçu comme une menace potentielle pour la stabilité du pays depuis que la Macédoine a déclaré son indépendance en 1991. Mais la hâte du gouvernement et le manque de réflexion quant à la manière de mener les négociations ont provoqué la confusion et donné davantage la migraine à l’exécutif macédonien. Frustration à BelgradeLa question de la frontière n’est pas nouvelle. Elle réapparaît régulièrement depuis l’éclatement de la Yougoslavie, et encore plus depuis que Belgrade et Skopje ont signé un accord de démarcation en 2001, après des années de pourparlers. Cet accord entre la Macédoine et la République Fédérale de Yougoslavie concernait entre autre une partie de la frontière avec le Kosovo, qui était sous protectorat des Nations Unies depuis 1999, lorsque les troupes de l’OTAN en ont expulsé l’armée serbe. De manière prévisible, les autorités kosovares ont alors affirmé de manière récurrente qu’elles ne reconnaissaient pas l’accord de 2001 signé par les présidents macédonien et serbe, Boris Trajkovski et Vojislav Kostunica. Le Parlement du Kosovo a voté une résolution affirmant que l’accord passé entre Belgrade et Skopje n’était pas valide en ce qui concerne la partie kosovare de la frontière. Une autre raison pour les Kosovars de contester la frontière établie en 2001 est qu’elle s’étend à l’intérieur du territoire kosovar de quelques kilomètres de plus que le tracé précédent. La position du gouvernement kosovar est claire. Il ne désire et n’acceptera aucune participation de Belgrade à des questions relatives à la province. La détermination de Skopje à résoudre la question avec Pristina donne aux institutions kosovares une légitimité dont elles sont demandeuses. Mais c’est également pour elles l’occasion de montrer qu’elles peuvent se comporter en voisin constructif alors que la communauté internationale surveille chacun de leur mouvement. Il n’est pas besoin de dire que Belgrade suit de près la situation, et qu’à plusieurs reprises, d’importants représentants serbes ont ouvertement désapprouvé le fait que la Macédoine discute de la question de la frontière avec Pristina. Les incohérences de SkopjeA la différence de Pristina, dont la position est claire et durable, Skopje verse paradoxalement dans l’inconstance. Particulièrement lorsque le Président et le Premier ministre expriment des opinions différentes sur la question. Alors que le Président a laissé percevoir une position proche de celle de la Serbie, le Premier ministre se montre déterminé à mettre un terme à la question, quitte à laisser Belgrade hors des discussions. En acceptant que le Premier ministre a réellement désiré mettre un terme à ce vieux problème, sa démarche a été si maladroitement menée que la question technique s’est muée en casse-tête politique. Au bénéfice des nationalistes macédoniens, plus sceptiques quant aux intentions du Kosovo. Une autre erreur du gouvernement a été de ne pas parvenir à expliquer la démarche à l’opinion publique, ni à répondre aux accusations selon lesquelles il favorisait le Kosovo au détriment de Belgrade. La rencontre de Vlado Buckovski et Agim Çeku a porté la confusion plus loin encore en laissant entendre que les deux premiers ministres s’étaient mis d’accord pour renier l’accord conclu avec Belgrade en 2001. Le cabinet Buckovski a ensuite tenté de minimiser ces inquiétudes en affirmant que la déclaration d’Agim Çeku à propos de l’ancienne frontière yougoslave avait pour but de lui éviter des problèmes lorsqu’il reviendrait à Pristina, mais qu’il finirait par reconnaître l’accord de 2001. [...] Le gouvernement macédonien perd une opportunité de faire bonne figure avant les élections. Même si pour certains, la saga de la frontière a renforcé les relations entre la Macédoine et le Kosovo, et constitue un pas significatif vers la résolution du problème
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Macédoine : les relations
incestueuses de l’Eglise et de l’Etat Publié dans la presse : 19 novembre 2005 Séparés, l’Eglise et l’Etat macédoniens ? Rien n’est moins sûr. Si la constitution macédonienne affirme la laïcité de la République, la séparation des institutions ne se vérifie ni sur le terrain ni dans l’opinion. Du simple citoyen au dirigeant politique en passant par le théologien ou le dirigeant religieux, beaucoup refusent l’indépendance de l’Etat par rapport à l’Eglise. Des témoignages recueillis par le quotidien Vreme. Par Ivan Blazevski En Macédoine, l’Eglise et l’Etat restent liés malgré l’orientation constitutionnelle du pays vers une démocratie séculière. Pour certains théologiens, philosophes de la religion, dirigeants politiques ou responsables de l’Eglise Orthodoxe Macédonienne (MPC pour Makedonska Pravoslavna Crkva), les orthodoxes macédoniens sont à la fois liés à l’Eglise et à l’Etat, deux institutions qu’ils ne perçoivent pas forcément comme séparées. Pour les théologiens, il est normal que l’Eglise et l’Etat soient unis, puisque l’un et l’autre sont composés des mêmes hommes, à la fois croyants et citoyens. Mais certains se moquent de la Macédoine, qui continue à ressembler à l’Empire orthodoxe médiéval byzantin, où l’Etat et le pouvoir ecclésiastique ne formaient qu’un. Aujourd’hui, l’opinion publique est partagée sur la question. Les uns soutiennent l’unité officieuse des deux institutions, alors que les autres s’y opposent. « Ils ne faut pas les séparer », affirme Dragi Nikolovski, 54 ans, chauffeur de taxi à Skopje. « Regardez seulement comment l’Eglise Orthodoxe Serbe [1] et la Grèce attaquent notre Etat et notre nom, et comment leurs Eglises et leurs Etats sont unis. Notre Eglise et notre Etat doivent s’entraider. » Pour Frosina C., 25 ans, étudiante, l’Eglise et l’Etat doivent agir séparément. « [Les deux institutions] n’ont même pas la même fonction, explique-t-elle. L’une a une fonction civile, et l’autre, une fonction spirituelle. Si ces deux fonctions se confondent, on ne crée que des problèmes. Il faut qu’elles soient vraiment séparées, et pas seulement sur le papier. » Entre Dieu et César, l’idylle continueUn théologien macédonien connu, qui a demandé à rester anonyme, estime que l’existence d’un lien entre l’Etat et l’Eglise est normal. « Il n’est pas normal qu’il n’y ait pas de lien entre l’Etat et l’Eglise ! Ce lien est très complexe. On ne peut pas faire de distinction claire parce que l’unité fondamentale entre l’Église et l’État est l’homme. » Toujours selon lui, le Premier ministre Vlado Buckovski soutient l’Eglise orthodoxe en Macédoine et cela est normal. « Il est rationnel que le Premier ministre soutienne la vérité. Je pense qu’il se voit comme une partie de l’Eglise. Mais si certains responsables de l’Eglise s’attachent à l’Etat et soutiennent des valeurs négatives, alors je les désapprouverai », conclut ce théologien de Skopje. La complexité de la philosophie des religions et ses valeurs sont une spécialité du professeur Ljubomir Cuculovski. Il estime que le lien entre l’Eglise et l’Etat convient au peuple macédonien « dans une certaine mesure ». « Jésus a dit de rendre à César ce qui est César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Mais dans la religion orthodoxe, cela est n’est pas vraiment respecté. C’est le résultat du principe ethnique et national de l’organisation de l’église orthodoxe. » Le Gouvernement et l’Eglise disent que, généralement, chacun s’occupe de ses affaires, sauf s’il s’agit de « l’intérêt général de la nation », auquel cas ils collaborent. « En général, les principes de la laïcité sont respectés », affirme Agim Jonuz, adjoint du porte-parole du Gouvernement. « Mais lorsqu’on se trouve face à des problématiques d’intérêt général national, le Gouvernement collabore et collaborera encore avec les communautés religieuses. La MPC ne doit pas agir seule dans cette situation. Et le Gouvernement aura la même attitude si les intérêts de la Communauté musulmane sont menacés. » Monseigneur Petar, membre du Synode de la MPC, considère également que, malgré la laïcité de l’Etat macédonien, l’Eglise et le pouvoir ont parfois les mêmes intérêts. « La MPC et le Gouvernement ne s’immiscent pas dans leurs affaires mutuelles, mais nous avons des objectifs et des intérêts communs pour lesquels nous prenons des positions communes, parce que ce qui représente un intérêt commun pour l’Eglise et l’Etat demande une coopération entre les deux institutions », affirme l’Evêque.
[1] Les Eglises orthodoxes serbes et macédoniennes
sont en conflit depuis leur séparation en 1967. |
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Vesnik La Macédoine fête ses quinze ans de multipartisme Traduit par Ivana Dimitrovska Publié dans la presse : 14 novembre 2005 Par Sonja Kramarska Ce 11 novembre, la Macédoine a fêté ses quinze ans de multipartisme. C’est le 11 novembre 1990 que les premières élections multipartistes se sont tenues, à la veille de la désintégration de l’ancienne République Fédérative de Yougoslavie. C’est à ce moment que la Macédoine a choisi quelle voie prendre pour construire sa souveraineté. En ce temps-là, l’ambiance dans le pays était tendue, non seulement à cause des événements intérieurs mais aussi à cause du virus de l’instabilité qui commençait à se répandre dans d’autres Etats fédéraux plus grands que la Yougoslavie. Les citoyens macédoniens ont attendu le pluripartisme avec de grands espoirs et un optimisme patent. Leurs attentes étaient que la situation commence à changer avec la mise en œuvre du système pluraliste, permettant aux citoyens de choisir directement leurs dirigeants. Mais quinze ans après, les macédoniens attendent encore les bénéfices de ce changement, en évoquant avec nostalgie le temps passé. La transition a coûté plus que ce qui était prévu, la corruption a pris de l’ampleur et il semble que l’acceptation de la logique capitaliste soit plus difficile que l’abandon de la logique socialiste. Les premières élections multipartistes ont été organisées par Vulnet Starova, Président de l’Assemblée de la République Socialiste de Macédoine à cette époque. Plusieurs partis politiques formés juste après la déclaration de la fin du régime du parti unique ont participé à ces élections. L’élite sociale de cette époque fut très active dans l’animation du multipartisme. Juste après l’adoption de la loi sur les associations et l’organisation sociale des citoyens - qui a donné la loi actuelle sur les partis politiques - les premiers partis d’opposants au Comité des Socialistes de Macédoine se sont formés. Les premiers à s’être jetés à l’eau ont été un parti albanais, le Parti pour la Prospérité Démocratique (PDP) et le Parti Social-démocrate du professeur Slavko Milosavlevski, qui n’est plus actif aujourd’hui. La tenue des premières élections multipartistes a été encadrée par le gouvernement de ce temps-là, à savoir le Comité Exécutif de l’Assemblée, avec Gligorie Gogovski à sa tête. Ce gouvernement a adopté l’ensemble des documents et des actes de loi nécessaires à l’organisation des premières élections libres. La préparation a duré un an, d’une manière modeste et active, sans euphorie et sans aucune obstruction de la part du régime communiste antérieur. En Macédoine régnait alors une atmosphère favorable au changement de pouvoir de manière démocratique et calme. C’est d’ailleurs pourquoi certains appellent le gouvernement de Gligorie Gogovski le « Gouvernement de transition ». Le premier gouvernement pluraliste, dirigé par l’académicien Nikola Kljusev, est plutôt connu comme « le Gouvernement des experts » même s’il était composé des représentants des partis politiques. Puisqu’il n’était pas un gouvernement politique classique, aucun parti ne voulait assumer la responsabilité de son travail. Le Gouvernement de Kljusev n’a pas passé la première motion de censure au Parlement. Le premier tour des élections eut lieu le 11 novembre 1990. Les citoyens ont voté pour 1.158 candidats dans 120 circonscriptions électorales. Parmi les candidats, 1.115 étaient nommés par des partis politiques et une association de citoyens (l’Union des retraités de Bitola), et 43 étaient des candidats indépendants proposés par des groupes des citoyens. Le taux de participation des électeurs fut très élevé : 84,8%. Au premier tour, seuls 24 députés ont été choisis et le parti des communistes réformés SKM-PDP de Petar Gosev gagna devant le nouveau VMRO-DPMNE. Suite à ces élections, 11 partis politiques ou coalitions et trois députés indépendants sont entrés au Parlement. Il s’agissait du VMRO-DPMNE avec 38 députés, du SKM-PDP (devenu SDSM aujourd’hui) avec 31 députés ; du Parti pour prospérité démocratique (PDP, albanais) avec 17 députés ; de l’Union des Forces Réformatrices de Macédoine (plus tard devenus libéraux avec Andov) avec 11 députés ; du Parti Socialiste avec 4 députés ; du Parti Démocratique de la Yougoslavie avec 2 députés ; de la coalition « Union des Forces Réformatrices avec 6 députés ; de la coalition PDP-NDP avec 5 députés ; de la coalition du Parti Socialiste avec 1 député ; de la coalition du Parti de l’Emancipation Complète des Roms ; du Parti Socialiste avec un député et de 3 candidats indépendants. |
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Macédoine se serre la ceintureTraduit par Thomas Claus Publié dans la presse : 20 septembre 2005 Les statistiques sociales dépeignent une Macédoine de plus en plus pauvre. Le taux de chômage culmine à 38,6% de la population. Près de 70% chez les jeunes. Mais même le salaire moyen de 150 euros ne permet plus de vivre correctement. Un thème laissé dans l’ombre du discours politique. Par Risto Karajkov Il y a cinq ou six ans, la pauvreté dans la société macédonienne était stabilisée à environ 20% de la population. Au début de la transition, elle atteignait un niveau bien inférieur. Au cours de ces dernières années, 120.000 personnes (environ 30.000 par an) ont vu leurs revenus passer en dessous du seuil de pauvreté. Mais ce chiffre est une valeur absolue. Si on le relativise, le nombre devient bien supérieur : un Macédonien sur deux souffre d’une forme ou l’autre de pauvreté. L’absence d’emploi est la cause principale de cette situation. Dans une région qui souffre d’un taux de chômage élevé et permanent, la Macédoine continue à être le champion indiscuté. Officiellement, 38,6% de la population est au chômage, ce qui équivaut à 320.000 personnes. La situation est particulièrement critique chez les jeunes. La proportion de chômeurs atteint chez eux un taux déconcertant de 65-70%. Beaucoup d’entre eux souffrent de la pire espèce de chômage qui soit : le chômage prolongé antérieur à leur premier emploi. Ils n’atteindront jamais la productivité que pourrait leur conférer leur potentiel humain. Le niveau de compétence que leur a donné l’enseignement s’appauvrit avec le temps, et leurs possibilités d’avoir une vie professionnelle de qualité deviennent marginales. Sauf s’ils quittent le pays. Un thème oublié de la politiquePourtant, une simple observation des habitudes et de la rhétorique politiques en Macédoine montre combien ce thème est laissé dans l’ombre. Personne ne parle jamais de ces problèmes. Il ne s’agit pas d’une priorité. Un homme politique peut être formellement d’accord avant ou après la campagne électorale. Mais les gens préfèrent entrer dans des débats anxieux afin de savoir si l’ancien Ministre de l’Intérieur comparaîtra libre à La Haye ou si l’albanais doit devenir une langue officielle à tel ou tel niveau inférieur de l’administration. N’avons-nous finalement pas ce que nous méritons ? Comment un pays peut-il avoir les deux tiers de ses jeunes au chômage et ne pas s’en préoccuper ? Il ne faut pas s’étonner ensuite que le seul rêve qu’on leur laisse soit celui de quitter le pays sans se retourner. Les gens essaient de survivre comme ils peuvent. Petits trafics, petits commerces, travaux journaliers de manœuvre ou dans les champs, cueillette des fruits et des champignons sauvages. Tout est bon pour patienter en attendant les allocations, en vaguant par les conteneurs et en fréquentant la soupe populaire (habituellement gérée par les associations caritatives de l’Eglise). La capitale est pratiquement le seul lieu où l’on peut espérer trouver un travail « normal ». En province, ceux qui travaillent sont soit fonctionnaires, soit exploités dans le privé (textile, cordonnerie), soit gérants d’un petit commerce. « Nous survivons grâce au salaire de ma femme. Pour 250 heures par mois dans un magasin de vêtements, elle touche entre 3.000 et 4.000 denars (50 à 70 euros). Moi, je n’ai pas de travail », explique un habitant de la province. L’industrie du secteur textile, qui était très forte et employait des milliers de personnes dans ses usines, a été presque entièrement détruite dans le processus de privatisation. Le coup a été dur pour des villes entières, qui ne dépendaient que de cette industrie. Le secteur a connu un nouveau développement sous la forme de petites entreprises tenues par des propriétaires étrangers (mais pas seulement) qui exploitent cruellement les employés, des femmes pour la plupart. Il y a des villes entières où ne travaillent que les femmes. Elles prestent plus de douze heures par jours, pour un salaire minime et aucune protection sociale. Les employées craignent de recourir aux syndicats parce qu’elles n’ont pas d’alternative à l’exploitation dont elles sont victimes. Conscients de cela, les employeurs abusent d’elles au maximum. Le gouvernement est au courant mais se révèle incapable de résoudre la situation. Si les autorités fermaient ces entreprises, les gens finiraient dans la rue. C’est un cercle vicieux. « Le grec [le propriétaire] nous dit que nous travaillons mal, que nous ne savons pas couper correctement les vêtements. Un jour, il nous a tenu jusqu’à onze heures du soir. Notre salaire est de 4.000 denars (70 euros) », se lamente un travailleur du secteur textile. « Je touche 50 euros d’allocations (de chômage). Avec la pension de ma femme, nous avons 150 euros par mois. Nos enfants sont étudiants. Nous avons commencé à élever des abeilles et à produire du miel ; nous distillons de l’alcool de notre petite vigne. Tout cela nous garantit 100 autres euros. Nous survivons plus ou moins », explique un ancien employé d’une coopérative agricole. Lutter pour payer ses facturesEn Macédoine, seuls 3% des gens affirment toucher un salaire suffisant pour couvrir leurs besoins. Une large majorité considère que 500 euros seraient nécessaires pour satisfaire les dépenses mensuelles d’une famille. Mais le salaire moyen est d’environ 150 euros par mois, et il est difficile de trouver une famille où les deux époux travaillent. De plus, les salaires peuvent être versés en retard. Certains employés ignorent quand et combien ils seront payés, voire même s’ils seront payés. Une famille touchant un revenu fixe est considérée comme avantagée. Les gens luttent pour payer leurs factures. Les sociétés publiques ont mis sur pied différentes solutions pour leurs débiteurs. Elles leur demandent de réaliser des travaux manuels en compensation des dettes qu’ils n’arrivent pas à rembourser. Le budget du gouvernement ne sert qu’à payer les salaires et les allocations. Il ne reste rien pour les investissements. Les économistes s’accordent à juger qu’aucune croissance n’est possible dans ce cas. De plus, le budget social s’est appauvri. A la fin de l’année dernière, l’UNICEF a averti le gouvernement que même des pays plus pauvres que la Macédoine prennent mieux soin de leurs enfants. Le rapport de l’UNICEF affirme que le gouvernement ne consacre que 5% du PIB à la santé et moins de 3% à l’éducation. Il s’agit de proportions extrêmement basses. Des villes reposant sur une source forte d’emploi comme une mine ou une grande usine se sont financièrement effondrées dans la banqueroute. Les familles sont contentes si au moins l’un des grands-parents vit avec elles, car sa pension est la seule source sûre de rentrées. Des statistiques non officielles affirment que, dans une petite ville, le montant total de la dette privée vis-à-vis des magasins locaux (pour les nécessités de base) peut atteindre deux millions d’euros. Les gens achètent à crédit puis n’arrivent pas à payer. Les magasin ressortent leur vieille pancarte : « la maison ne fait pas de crédits. » Les experts craignent qu’une bombe sociale explose dans les rues. Les gens ne pourront pas supporter longtemps la pression. Entre la construction, les transports et l’éducation, peu de secteurs n’ont pas annoncé de manifestations. Mais comme d’habitude, le gouvernement a choisi de nier ces choses. Il publie occasionnellement des statistiques biaisées affirmant que beaucoup d’emplois sont disponibles ou que les revenus industriels a crû d’une certaine proportion. Beaucoup d’habitudes de l’ancien régime ont la peau dure, comme le fait de répéter continuellement le même mensonge afin que les gens y croient. Occupée par ses interminables débats politiques, la Macédoine ne semble avoir ni les idées ni l’énergie pour travailler à sa croissance économique. Les événements peuvent prendre un tour fâcheux, et plus vite qu’on ne le croit. |
La
Macédoine, quatre ans après les Accords d’OhridTraduit par Thomas Claus Mise en ligne : mercredi 14 septembre 2005 Il y a eu quatre ans cet été, le conflit macédonien se concluait par la signature des Accords d’Ohrid. Entre les volontés albanaises d’autonomie et l’exigence macédonienne de préserver l’unité du pays, les parties choisirent la décentralisation. Aujourd’hui, certains considèrent que les objectifs sont atteints. D’autres décrivent une réalisation sélective des mesures. Par Risto Karajkov Quatre ans sont passés depuis la signature des Accords d’Ohrid d’août 2001. Ces accords ont mis fin au conflit armé qui menaçait de précipiter la Macédoine dans une guerre civile. Mais peu de gens ont célébré la circonstance. « Aujourd’hui, comme il y a quatre ans, je reste convaincu que l’adoption d’un accord politique plutôt que d’une solution militaire a été le choix le plus juste », a déclaré le président macédonien Branko Crvenkovski lors de la commémoration de la signature des Accords. Selon Crvenkovski, « le fait que la Macédoine soit un pays stable et libre de toute menace contre son intégrité territoriale, sa souveraineté et son caractère unitaire est tout aussi important. Les perspectives euro-atlantiques claires et tangibles de la Macédoine confirment qu’elle a pris la bonne direction. » Décentraliser plutôt que scinderLe conflit a éclaté au début de l’année 2001 et a duré huit mois avant que la communauté internationale ne mène les parties à la table des négociations au moyen de fortes pressions et d’une intense activité diplomatique. Du côté macédonien, soixante personnes ont perdu la vie. Du côté albanais, le nombre des victimes est toujours inconnu. Si le conflit est resté limité dans ses conséquences en termes de vies humaines (par rapport aux autres conflits de l’ex-Yougoslavie), il a causé d’énormes dégâts matériels et une importante émigration forcée. Beaucoup de villages ont été brûlés. Environ deux mille personnes, majoritairement des Macédoniens, ont fui durant le conflit et n’ont pas encore réintégré leurs habitations. Les Accords d’Ohrid ont modifié l’organisation constitutionnelle et politique du pays, afin de garantir des normes plus élevées pour les droits des communautés minoritaires en Macédoine. Le principal instrument créé à cet escient fut un processus intense de décentralisation qui a transféré au niveau local certaines compétences précédemment attribuées au pouvoir central. Dans ce sens, les Accords d’Ohrid ont mené à une meilleure coordination des communautés sans altérer le caractère unitaire du pays. La disposition la plus connue des Accords d’Ohrid est qu’il ne peut y avoir aucune solution territoriale à la question ethnique. La partie normative de la transposition légale des Accords est parvenue à son aboutissement en juillet dernier avec l’introduction de la loi sur l’usage des drapeaux des minorités. Ce processus normatif a rencontré son obstacle majeur l’année dernière, lorsque l’opposition tenta de bloquer par un référendum l’adoption de la loi réformant les circonscriptions territoriales. « La route vers Bruxelles passe par Ohrid »« Il y a beaucoup d’obstacles, poursuit Crvenkovski, mais le prix est incomparablement plus bas que celui que nous aurions dû payer si nous avions accepté une guerre civile sanglante. Aujourd’hui, les Accords d’Ohrid constituent un concept largement réalisé. Ce n’est plus un objectif mais une réalité sociale. » « L’accord a définitivement atteint ses objectifs », a affirmé le premier ministre Vlado Buckovski à l’agence officielle MIA. « Cela aurait été encore mieux si nous avions effectué plus rapidement la transposition légale des Accords. En effet, il est devenu clair que les messages provenant de la communauté internationale - c’est-à-dire que la route de la Macédoine vers Bruxelles passe par Ohrid - se sont révélés être une réalité. » Mais tous ne partagent pas les déclarations du gouvernement sur les accords de paix et sur leur transposition. Aleksandar Bicikliski, le porte-parole du principal parti macédonien d’opposition, le VMRO-DPMNE, déclare que « dans l’optique d’atteindre complètement les objectifs des Accords, ce qui doit être obtenu au plus tôt est le retour des déplacés, une collecte complète des armes et la fidélité à l’Etat. » Le VMRO-DPMNE veut que les Albanais montrent leur fidélité à l’Etat plutôt que d’avancer constamment de nouvelles exigences. [...] Ali Ahmeti, dirigeant de la Ligue Démocratique pour l’Intégration (BDI, composante albanaise de la coalition gouvernementale) et ex-leader de la guérilla albanaise, déclare à propos des quatre années passées depuis la signature des Accords : « quand on travaille, on n’est pas toujours satisfait de ce qu’on a fait. Nous cherchons à apporter de nouvelles idées. » Le BDI est le seul parti à avoir officiellement célébré l’anniversaire des Accords d’Ohrid. Les dirigeants du bloc macédonien ne se sont pas beaucoup fait remarquer aux célébrations. Les représentants étrangers en Macédoine se sont quant à eux progressivement éclipsés au fil des ans. Ce fait est un indicateur en soi des différentes interprétations des Accords d’Ohrid. Les Macédoniens perçoivent surtout les Accords comme une défaite (ce qui a été perdu varie d’une opinion à l’autre). Les Albanais ont un sentiment ambigu : certains apprécient les Accords en tant que vecteurs de progrès mais se plaignent de leur trop lente application. Enfin, les sentiments dépendent du versant politique auquel on appartient : gouvernement ou opposition. « Reproduire l’ancien système »« Au cours des quatre dernières années, seul un fragment des Accords a été mis en application, par des éléments qui ne correspondent pas à l’esprit du texte », soutient Iljaz Halimi, vice-président du PDSh, le Parti Démocratique des Albanais, qui figura parmi les signataires des Accords et qui fut ensuite relégué dans les rangs de l’opposition. « L’accès de la langue albanaise au statut de langue officielle, la décentralisation, la nouvelle division territoriale, la représentation proportionnelle [des Albanais dans l’administration publique] et l’amnistie [des combattants] sont un véritable désastre. Le camp macédonien s’arrange pour reproduire l’ancien système de relations et le BDI montre une incompréhensible coopération », ajoute Halimi. Abduladi Vejseli, le président du PDP, le second parti albanais d’opposition, considère également que les demandes albanaises sont perpétuellement remises à plus tard. « La Constitution n’est pas un texte sacré. Nous devons perpétuellement l’adapter à la réalité et aux spécificités. Des amendements et des mises à jour sont nécessaires. » Pour Ljubomir Frckovski, un analyste politique qui figura parmi le comité d’experts qui réalisa le brouillon des Accords d’Ohrid, l’élargissement continu du texte par les demandes récurrentes des Albanais est un motif de frustration pour le camp macédonien. Le professeur Denko Maleski, ancien ambassadeur de Macédoine à l’ONU, considère ce processus comme la normale et douloureuse naissance d’une véritable société multiethnique. « Au plus tôt nous réaliserons cela, au plus tôt nous soignerons l’apathie de masse qui a étouffé les Macédoniens », a-t-il déclaré au webzine Transitions Online. Lors des célébration de 2003, feu le président Boris Trajkovski, partisan du processus de paix qui aboutit aux Accords d’Ohrid, avait décrit l’initiative comme « un contrat essentiel qui, sur la question ethnique, ferme la porte aux solutions de type territorial, qui donne un caractère unitaire et multiculturel à la Macédoine, et qui portera peut-être le pays vers l’Europe. » En attendant ce jour-là, on espère assister à d’autres anniversaires des Accords, fussent-ils sombres et désagréables. |
Islam de Macédoine : la pente
dangereuse de la radicalisation Publié dans la presse : 17 août 2005 Des divisions profondes minent la Communauté islamique de Macédoine. Une aile radicale guidée par l’ancien mufti de Skopje cherche à prendre le pouvoir. Mais d’autres imams résistent à la dérive extrémiste. Le tout devant le silence du gouvernement et de la communauté internationale. Par Risto Karajkov Depuis plus d’un an maintenant, la Communauté islamique de Macédoine est lacérée de divisions internes. L’organisation, qui représente les croyants musulmans du pays, a même connu au cours des derniers mois des affrontements de plus en plus violents : passages à tabac, enlèvements, menaces, autant de signaux perçus comme alarmants et préoccupants par les autorités locales et les services de renseignement occidentaux. Il est difficile de se faire une idée précise des événements, puisque les personnes impliquées sont réticentes à donner des interviews et faire des déclarations publiques. Mais il est à présent évident que la Communauté islamique de Macédoine risque de connaître un véritable schisme. Tout porte à croire qu’une aile radicale, guidée par le controversé Zenun Berisha, ancien mufti de Skopje, cherche à prendre la tête de la Communauté sans se préoccuper des moyens qu’elle déploie pour atteindre cet objectif. Le mufti contestéZenun Berisha a été élu mufti de Skopje il y a plusieurs années, lors d’élections dans lesquelles beaucoup ont perçu de la manipulation, mais qui ont néanmoins été reconnues par le Reis-ul-Ulema Arif Emini, principal représentant de la communauté musulmane du pays. Berisha a ensuite été accusé d’avoir géré sa charge en autocrate. Il y a deux ans, par exemple, il a bloqué le salaire des imams pour ne pas avoir reçu leur soutien à l’une de ses propositions. Berisha a préféré travailler avec un cercle fermé de personnes à sa solde. La persistance de cette situation a conduit la communauté des imams à demander au Reis Emini la révocation de Berisha. En octobre dernier, 150 religieux ont signé une pétition allant dans ce sens. Sans résultat. Les imams « dissidents » ont poursuivi leur action en élisant celui qui devait être le successeur de Berisha, Taxhedin Beslimi. Mais ce dernier n’est jamais entré en fonction. Berisha a refusé de lui céder son poste. De son côté, le Reis Emini a adopté une position en retrait et n’a, de fait, jamais levé d’obstacles contre Berisha. Il s’est réfugié derrière des raisons de santé (ce que, selon les imams, il fait souvent quand la situation est difficile) et a évité les journalistes. Beaucoup estiment que le Reis Emini s’est comporté ainsi afin de protéger sa vie. En septembre 2004, selon un article publié dans la presse macédonienne, des hommes armés liés à Berisha auraient fait irruption dans les bureaux de la Communauté islamique et auraient menacé Emini avec des armes pour le pousser à engager des étrangers proches de l’univers du fondamentalisme islamique. La médiatisation du conflitCette information, qui n’a jamais connu de confirmation officielle, est restée confinée aux pages internes des médias macédoniens. Mais le choc médiatique est venu de la publication par plusieurs quotidiens nationaux d’une interview de Claude Moniquet, un expert de l’ESISC [1], un think tank établi à Bruxelles et spécialisé dans les questions de sécurité et de renseignement. « Il pourrait s’agir du début de quelque chose de très dangereux », affirmait Moniquet, avant d’inviter les services de sécurité macédoniens à surveiller la situation. L’expert pointait en particulier la madrasa (école islamique) du village de Kondovo (près de Skopje), financée par des pays arabes. « Selon plusieurs services de renseignement européens, Berisha joue le jeu des Saoudiens, comme d’autres personnes en Europe orientale et occidentale, en favorisant l’apparition d’un Islam fondamentaliste dans les Balkans », soutenait Moniquet. « Cela ne signifie naturellement pas que Berisha est un terroriste, ou qu’il est lié à des terroristes. Cela signifie qu’il essaie, pour des intérêts personnels et religieux, de promouvoir un Islam radical en Macédoine. » [2] En réponse à cette interview, Berisha a qualifié le tout de « non fondé », ajoutant que Claude Moniquet « savait mieux que tout le monde où il avait pris ces informations. » Suite à la publication de cette interview, le ministre macédonien de l’Intérieur s’est contenté de confirmer qu’il y avait des craintes liées à l’implantation d’un Islam radical en Macédoine. « Nous surveillons toutes les activités liées à la pratique de l’Islam radical dans le pays », a affirmé son porte-parole, Goran Pavlovski, en expliquant qu’il ne pouvait alors pas donner plus de détails. Un climat de peurAu cours des mois suivants, la division au sein de la Communauté islamique a continué à s’approfondir. Taxhedin Beslimi, le successeur de Berisha, n’a jamais eu la possibilité d’entrer de facto en fonction, puisque le Reis Emini ne lui a jamais donné de mandat en ce sens. Les imams dissidents ont occupé à plusieurs reprises les bureaux de la Communauté islamique pour mettre le Reis sous pression et pour faire en sorte que Berisha ne prenne pas le contrôle total du pouvoir central. De nouvelles élections ont été programmées à la mi-juin dans la madrasa de Kondovo pour désigner le nouveau mufti de Skopje. Mais le scrutin a été interrompu par des hommes armés qui auraient tiré en l’air, ainsi que menacé et frappé Arif Emini. Ces informations sont cependant le fruit de déclarations fragmentaires dont les sources ont requis l’anonymat. Quelques jours plus tard, le Président de l’assemblée de la Communauté islamique, Metin Izeti, a démissionné en avançant « l’impossibilité de remplir sa fonction. » La semaine suivante, le Reis Emini a pris la même décision, pour les mêmes raisons mais aussi pour des problèmes de santé. La Communauté islamique est donc à présent dépourvue de guide. Les imams qui avaient entrepris la résistance contre Berisha ont formé un groupe dont le but est de maintenir une présence stable dans les bureaux de la Communauté en la surveillant jour et nuit. « Que faire d’autre pour éviter que les bureaux soient occupés par le groupe qui a interrompu les élections, ou par Berisha, ou par son fils ? », demande Muarem Veseli, meneur du groupe et voix émergente depuis le début des troubles. Le silence des autoritésVeseli qui, avec quatre autre imams, a été bloqué le deux juillet dernier par un groupe armé alors qu’il rentrait d’un mariage. Tous ont été lourdement frappés. Veseli, qui a le plus souffert de l’agression, a été hospitalisé. « Ils nous demandaient en hurlant si nous étions ceux qui allaient à la télévision pour attaquer l’Islam radical. Ils nous ont tiré hors de la voiture et nous ont frappé », a déclaré l’une des cinq victimes. « Les personnes qui nous ont attaqué étaient sûrement des représentants de l’Islam radical, ou, comme nous les appelons, des Wahhabites. Ils soutiennent Berisha, qui essaie depuis un an de prendre le contrôle de la Communauté islamique », a affirmé un autre des imams, Saban Ahmeti, dans une déclaration pour la presse écrite. Au cours des jours suivants, les représentants de la Communauté islamique ont élu comme président ad interim Ruzhdi Ljata, un imam de Debar. Sa fonction aurait été de guider la Communauté jusqu’aux élections prévues pour la fin du mois de juillet. Mais dix jours après sa nomination, Ljata a donné sa démission en expliquant avoir reçu des menaces de mort et avoir été suivi régulièrement par des inconnus. Récemment, Ali Ahmeti, le leader du BDI (Union Démocratique pour l’Intégration, qui représente la communauté albanaise dans la coalition gouvernementale), a rencontré Fatos Nano, le leader du parti socialiste albanais à Korca, en Albanie. Les deux hommes se sont dits préoccupés par l’apparition de « musulmans radicaux » à Kondovo. Après plus d’un an de turbulences, les affrontements au sein de la Communauté islamique de Macédoine semblent encore éloignés de toute conclusion. Une escalade est même toujours possible. Jusqu’à présent, le gouvernement et la communauté internationale se sont contentés d’observer le cours des événements. Cela est dû en partie à la tendance de la Communauté islamique à résoudre ses problèmes à huis clos. Mais les autorités gouvernementales ne semblent pas parvenir à se décider sur une position à assumer dans ce débat interne à une communauté religieuse. _______________ [1] European Strategic Intelligence and Security Center [2] Cette déclaration a connu et continue à connaître une grande fortune dans la presse macédonienne. Elle est souvent citée en omettant les précautions que le spécialiste avait ajoutées. |
Macédoine : découverte d’un
plan secret de partage du pays Publié dans la presse : 8 juin 2005 Une interview du leader du Parti démocratique des Albanais de Macédoine (PDSH), Arben Xhafëri, dans lequel il reconnaît avoir planifié avec l’ancien Premier ministre et chef du VMRO-DPMNE, Ljubco Georgievski, le partage selon des lignes ethniques du pays, a provoqué de vives réactions en Macédoine. Par D. Joksic Les acteurs interpellés par cette
question, les partis, les médias mais aussi le procureur général
Aleksandar Prcevski ont fait connaître leurs positions. Ce dernier a fait
savoir qu’une procédure concernant cette affaire était déjà ouverte.
On saura si il y a suffisamment d’éléments pour des poursuites pénales
une fois que l’entretien contesté aura été complètement analysé et
lorsque le bureau du procureur aura rassemblé d’autres preuves. Dans un entretien accordé à la télévision
de Pristina, Koha Vision, Xhafëri a reconnu qu’après sa victoire aux
élections parlementaires de 1998, le Premier ministre d’alors, Ljubco
Georgievski et lui avaient échafaudé un plan secret sur le partage
pacifique de la Macédoine. Mais sa mise en application a été entravée
par la guerre qui a éclaté en 2001. Xhafëri a par ailleurs déclaré
que les autorités de Belgrade avaient été consultées à l’époque à
propos de ce plan. « Nous en avons discuté la première
fois en mai 2001, mais Xhafëri avait refusé de parler d’échanges de
territoires et de populations de telle sorte que les discussions en sont
restées là » a déclaré pour sa part Georgievski. Un pacte secret sur le changement des
frontières avait déjà été conclu en 1993 à Vienne lors d’une réunion
commune du Comité macédono-albanais dont l’objectif principal était
la division de la Macédoine en deux cantons, l’un albanais et l’autre
bulgare, qui auraient été rattachés respectivement à l’Albanie et à
la Bulgarie. Les membres de ce Comité étaient des
personnalités connues des émigrations macédonienne et albanaise, et le
devoir de réaliser cet accord revenait à Georgievski et à Xhafëri. Le promoteur principal, l’inspirateur et
le financier de ce plan du côté macédonien était Georgi Mladenov Goso,
le chef de la fraction ayant opéré une scission au sein de l’Organisation
patriotique macédonienne au Canada, défendant ouvertement l’option
bulgare vis-à-vis de la Macédoine et de la question nationale macédonienne.
Ce riche émigré macédonien, âgé alors de 66 ans, avait reconnu
publiquement en 1998 dans l’hebdomadaire de Skopje Fokus qu’il se
prononçait pour la division de la Macédoine entre la Bulgarie et
l’Albanie. « Je n’ai jamais contesté que le pays macédonien était
bulgare et le peuple macédonien bulgare... Toute action violente à
l’encontre de la population albanaise serait anormale et infondée sur
le plan du Droit. On n’arrive à rien avec la violence. C’est pourquoi
il faut s’asseoir et discuter ouvertement de quelle Macédoine nous
voulons, jusqu’au jour de son unification avec la Bulgarie. »
avait déclaré Mladenov. Cette reconnaissance publique avait
seulement confirmé ce que l’on savait déjà avant en Macédoine :
les émigrations macédonienne et albanaise échafaudent des plans,
dessinent des cartes, refont les frontières, partagent les Etats, les régions,
les villes et les villages, déplacent les lignes ethniques. L’engagement de Georgievski pour le
changement des frontières et la création d’Etats ethniquement purs, à
savoir pour l’échange de territoires dans le but prétendument de régler
les conflits ethniques entre les Macédoniens et les Albanais, a suscité
de nombreuses critiques dans l’opinion publique. Hier, comme
aujourd’hui. Car cela conduit inévitablement à une nouvelle guerre et
à un bain de sang. Ali Ahmeti a refusé l’offre de l’Académie
macédonienne des sciences et des arts. L’homme que les Macédoniens regardaient
en 2001 à travers le viseur, et aujourd’hui le chef du parti
appartenant au gouvernement de coalition, l’Union démocratique pour
l’intégration, Ali Ahmeti, a dévoilé que du siège de l’Académie
macédonienne des sciences et des arts (MANU) on lui avait proposé le
partage de la Macédoine au moment de la crise militaire de 2001. « Je suis le seul qui en 2001 a démasqué
le document secret sur le partage que m’a proposé sous forme écrite le
président de l’Académie d’alors, Djordji Efremov, qui se trouvait à
cette position du temps où Ljubco Georgievski était chef du
gouvernement. Selon cette proposition, Lipkovo devait être rattaché au
Kosovo, Debar à l’Albanie et ma localité natale Zajas serait restée
en Macédoine de telle sorte que je sois satisfait en tant que chef de
l’Armée de libération nationale. J’ai refusé cet accord. Je ne
pouvais dire au gens qui auraient été déplacés d’un territoire à
l’autre de transporter avec eux les tombes de leurs ancêtres » a
déclaré Ahmeti. Echange territorial Georgievski et Xhafëri, anciens
partenaires au pouvoir, l’un du bloc politique macédonien , l’autre
du bloc albanais ont bien avant cet affaire avancé l’idée du partage
de la Macédoine. Georgievski s’est prononcé pour des échanges de territoires et la création d’Etats ethniquement purs, tandis que Xhafëri luttait également pour l’indépendance du Kosovo qui était, selon lui, l’une des préconditions à l’unification de tous les Albanais des Balkans. |
Rroms
de Macédoine : des progrès en vue ?Traduit par Thomas Claus Publié dans la presse : 16 mai 2005 La Macédoine veut s’affirmer comme modèle en ce qui concerne l’intégration des Rroms. Le gouvernement se dit déterminé à prendre des mesures pour améliorer leur situation. Sur le terrain, des progrès s’accomplissent, mais il reste du chemin à parcourir. Par Risto Karajkov 73% des enfants rroms de Macédoine qui s’inscrivent à l’école primaire ne finiront pas ce cycle, selon les statistiques. En 1993, seulement trois Rroms étaient inscrits à l’université en Macédoine. A présent, grâce à l’instauration d’un quota destiné à soutenir l’accès de cette communauté à l’enseignement supérieur, mais aussi grâce à l’apparition de nombreuses universités privées, les étudiants universitaires rroms sont environ 150. Mais beaucoup d’entre eux n’auront jamais leur diplôme. Ces chiffres crus ne donnent pourtant pas une bonne description de la réalité. Les statistiques sont souvent aveugles, et celles qui concernent les étudiants universitaires rroms sont particulièrement trompeuses. En effet, beaucoup d’étudiants se déclarent rroms uniquement pour jouir des avantages garantis à cette communauté. « Nous nous sentons victimes des abus opérés dans le système des quotas et de ces étudiants qui se déclarent rroms sans l’être », explique Redzep Ali Cupi, étudiant rrom. Redzep suggère que, lors de l’inscription à l’université, l’appartenance à la communauté rrom ne se fonde pas seulement sur une déclaration personnelle, mais soit également prouvée par des données demandées aux écoles supérieures. Le parcours de Rafiz est différent. « J’ai fait quatre ans d’école, puis je n’ai plus eu les moyens de me procurer les livres », explique-t-il. Rafiz est un enfant. Il vit dans les rues du centre de Skopje. Son frère, Sali, n’a même pas commencé l’école. Leur travail quotidien est de mendier. A deux, ils gagnent cinq euros par jour. « Le problème majeur est que, souvent, les enfants rroms sont inscrits à l’école avec beaucoup de retard. Certains parents ne les inscrivent même jamais. A cela s’ajoute un taux très élevé d’abandon », affirme Dragan Nedeljkovic, membre d’une institution d’état qui s’occupe de l’instruction des minorités. « Il peut arriver qu’il y ait dans une famille trois ou quatre enfants en âge d’aller à l’école. Les livres et le matériel scolaire sont très coûteux. Il est impossible pour les parents de soutenir ces dépenses », expose Saip Iseni, directeur d’une école élémentaire située à Suto Orizari, une municipalité du district de Skopje où réside la plus grande communauté rrom de Macédoine. Rompre le cercle vicieuxBeaucoup de projets et d’organisations travaillent sur le thème de l’éducation des enfants rroms. Mais rompre le cercle vicieux est difficile. Pour combattre le phénomène d’abandon des études, chaque étudiant universitaire dispose de 60 dollars par mois et d’un tuteur, mis à sa disposition par l’USAID, une structure américaine d’aide au développement. Il y a 54.000 Rroms en Macédoine, mais ce nombre est discutable vu l’ambiguïté de la déclaration ethnique qui le fonde. Parmi eux, 17.000 sont sans emploi et 14.000 ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins fondamentaux. Selon d’autres données, 85% des Rroms bénéficient d’aides sociales. La famille de Raim Haim est constituée de dix personnes qui vivent dans une pièce de dix mètres carrés à Topana, le faubourg le plus pauvre de Skopje. Raim subvient à leurs besoins en jouant de l’harmonica dans la rue. Il est le seul de la famille à gagner de l’argent : cinq euros les bons jours. Aucun membre de sa famille ne bénéficie de l’assistance sociale. « Nous ne savons pas où demander pour obtenir l’aide sociale. Il faut beaucoup de documents. Nous ne les avons pas et nous ne savons pas où les obtenir. C’est une vraie misère de n’avoir aucune éducation », souffle Raim. Les emplois les plus fréquents chez les Rroms sont le petit commerce, le recyclage des déchets, la mendicité. Généralement, les femmes sont employées de maison. L’intégration des Rroms devient un thème politiqueRécemment, le gouvernement a publié une Stratégie nationale pour les Rroms, à l’occasion de la Journée internationale pour les Rroms, le 8 avril dernier. Cette journée internationale s’est développée suite aux engagements pris par la Macédoine et neuf autres pays d’Europe centrale et orientale, dans le cadre du programme de la « Décennie pour l’intégration des Rroms », promue par le Banque Mondiale, la Fondation Soros et les gouvernements hongrois et bulgare. La stratégie macédonienne se concentre sur quatre priorités : le logement, l’éducation, l’emploi et la santé. « Les Rroms de Macédoine doivent affronter de nombreux problèmes, tous liés à la pauvreté, au manque d’instruction et aux mauvaises conditions de vie », a affirmé le Premier ministre, Vlado Buckovski, en lançant le programme national. « Nous devrons tous collaborer pour soutenir leur intégration dans la société. » Buckovski a ajouté que « la Macédoine sera sans doute un exemple dans la région, pour ses succès dans l’intégration des Rroms. » Il a ensuite rappelé l’évolution positive qui se vérifie selon lui depuis quelques années. Il ne se lasse pas d’en répéter les manifestations : la Constitution macédonienne reconnaît les Rroms en tant que peuple ; c’est en Macédoine que l’on trouve le seul maire rrom d’Europe ; un député rrom siège au Parlement. Par ailleurs, on trouve dans le pays plusieurs chaînes de télévision privées gérées par des Rroms, ainsi que de nombreuses ONG rroms qui collaborent régulièrement avec le Gouvernement. Mais pour Ramandan Pilji, membre de l’ONG rrom Mesecina, « le gouvernement n’a pas fait grand-chose pour les Rroms jusqu’à présent ». Il affirme ne pas être satisfait, « mais nous sommes optimistes et voulons rester confiants. Nous devrons travailler dur au cours des prochaines années. » Les ONG rroms sont souvent accusées de ne pas se comporter de manière responsable vis-à-vis de leur propre communauté, d’être corrompues et gérées par des individus qui placent leur intérêt personnel avant celui de la population qu’ils affirment aider, de détourner l’aide fournie - même tardivement - à la minorité rrom par la communauté internationale. Récemment, la représentante de la Banque Mondiale en Macédoine, Sandra Blumencamp, a remis au pays le titre de leader régional de l’intégration des Rroms. Un rapport rédigé récemment par des députés européens et portant sur la situation des Rroms a lui aussi émis des commentaires positifs. Mais, au-delà des apparences, il y a de quoi s’interroger. Une question rhétorique revient souvent : les Rroms sont-ils victimes de la discrimination parce qu’ils sont pauvres, ou sont-ils pauvres à cause de la discrimination qu’ils subissent ? Les Macédoniens répondront que les Rroms ne subissent pas de discrimination dans le pays. Comment le pourraient-ils, s’ils jouissent des mêmes droits que les autres citoyens ? Pourtant, on ne voit pas les Rroms fréquenter les mêmes bars que les Macédoniens... L’égalité est-elle une question de théorie ou de pratique ? Les Rroms ont encore une longue route à parcourir avant d’être de facto égaux aux autres citoyens. Là-dessus, tout le monde est d’accord. |
| Utrinski
Vesnik La Macédoine ignore (dangereusement) les réalités du Kosovo Traduit par Viktor Zakar Publié dans la presse : 20 mai 2005 Si le Kosovo regarde vers son statut à venir, la Macédoine ne s’en préoccupe guère. La classe dirigeante macédonienne se maintient dans un état de sous-information quant aux réalités d’un voisin direct et partenaire commercial privilégié. Les évolutions au Kosovo ont pourtant toujours des retombées directes sur la stabilité de la Macédoine ! Par Sasko Dimevski Les Etats-Unis ont récemment présenté leur plan pour l’avenir du Kosovo. La Macédoine n’a, elle, pas encore d’attitude claire à l’égard du statut final de la province. [...] La Macédoine n’a pas encore pensé au statut final du Kosovo. Il ne faut pas qu’elle s’y implique. Mais il faut qu’elle y soit prête, parce que le statut du Kosovo aura une influence sur la situation macédonienne. Le gouvernement participe actuellement aux négociations de libre échange avec le Kosovo. Mais cela ne constitue pas grand-chose, et on peut considérer que l’essentiel des rapports entre Kosovo et Macédoine n’a toujours pas été traité sérieusement. La question du Kosovo a jusqu’ici été traitée par les fonctionnaires macédoniens de réunion en réunion avec des représentants de la MINUK et les autorités intérimaires kosovares. Toutes les tentatives d’approches plus flexibles ont été vivement critiquées. Pourtant, les dernières semaines ont laissé apparaître deux problèmes importants entre la Macédoine et le Kosovo : le tracé de la frontière et le régime douanier. Cela montre que nous avons une approche peu sérieuse du problème, voire que nous n’avons pas les informations adéquates sur la politique, l’économie et la sécurité du Kosovo. Résultat : nous nous surprenons quand sont annoncées des mesures telles que le renforcement du régime douanier et les nouveaux droits de douane pour les produits macédoniens. Le président Branko Crvenkovski a interprété ce mouvement comme l’introduction de visas, à la différence du premier ministre qui y a vu une mesure de lutte contre la criminalité. Une ignorance totale de la réalitéLe fait le plus frappant est que, six ans après l’adoption de la Résolution 1244 des Nations Unies, nul en Macédoine ne connaissait les détails techniques de ce document, ni ne savait qu’en vertu de cette résolution, la MINUK n’est pas compétente pour fixer la démarcation de la frontière. Les dirigeants macédoniens ne savent donc pas encore quelle attitude adopter à l’égard du Kosovo. Il se pourrait pourtant que, avant que la Macédoine ne prenne position, le Kosovo atteigne les standards imposés par l’ONU et constitue ses ministères de Justice et de l’Intérieur grâce à la MINUK. Non seulement la Macédoine ne possède pas d’informations de qualité, ni les analyses et les estimations requises pour sa politique régionale, mais en plus elle reste indifférente à ce problème. La plupart du temps, les dirigeants politiques macédoniens ne fondent leurs opinions que sur des informations provenant des services secrets. Ces informations étant centrées sur les questions de sécurité, les dirigeants n’ont presque pas d’informations concernant les courants économiques et la situation politique de la province. Réorganiser la représentation macédonienne à PristinaUn haut fonctionnaire gouvernemental considère qu’il vaudrait mieux que la Macédoine envoie un diplomate de grande expérience au Kosovo, ainsi qu’une équipe, au lieu d’avoir un représentant économique à Pristina. Les membres de cette équipe n’auraient pas le statut de représentants diplomatiques à cause de la situation indéfinie de la province. Mais, ce qui compte, c’est que ces experts pourraient informer la Macédoine de ce qui se passe au Kosovo. Ils aideraient également la Macédoine à se préparer le mieux possible à l’évolution du statut de la province et à toutes les mesures qui en suivront. De telles expériences existent déjà. Le meilleur exemple est celui de la Slovénie, qui construit d’excellentes relations aussi bien avec le Kosovo et qu’avec la Serbie. Il est nécessaire que la Macédoine surmonte son complexe de supériorité et son ignorance vis-à-vis de toute les propositions venant du Kosovo. Mais aussi qu’elle adopte une approche plus sérieuse et plus pragmatique pour protéger les intérêts de ses citoyens, déclare le même haut fonctionnaire gouvernemental. Un point important est de comprendre que, lors des négociations qui seront entamées par le vice-Premier Ministre Minco Jordanov, la Macédoine aura en face d’elle un négociateur sérieux, qui ne lui concèdera pas l’accord qu’elle désire actuellement (sur le modèle de l’accord de libre échange avec la Serbie et Monténégro). On devrait plutôt aboutir à un accord établissant des droits de douane minimaux. Le gouvernement devra aussi travailler sur la démarcation de la frontière. Enfin, si le régime douanier devait se transformer en un nouveau système de visas, une mesure réciproque pourrait être prise à l’égard des citoyens du Kosovo. |
| Vecer Un mémorial dédié à Tito à Skopje ! Traduit par Belgzim Kamberi Publié dans la presse : 9 mai 2005 Le président de la République mécédonienne, Branko Crvenkovski, envisage la constrution d’un mémorial dédié à Tito à Skopje. Celui-ci, selon le président, permettrait enfin d’accepter le passé proche de la Macédoine et d’envisager l’avenir du pays sans polémique partisane. Que l’on construise un mémorial en l’honneur de Josip Broz Tito : c’est là ce que demande le Président de la République Branko Crvenkovski au Premier ministre Vlado Buckovski et au maire de Skopje Trifun Kostovski. Il y a quelques jours, il leur a envoyé une lettre dans laquelle il explique les raisons qui le poussent à croire qu’il est nécessaire de faire édifier un tel monument dédié à la mémoire de Tito. « Il en va du courage civique de chaque peuple d’avoir une attitude respectueuse envers sa propre histoire, quelles que soient les réalités de celle-ci. Josip Broz Tito a sans nul doute toute sa place dans l’histoire du peuple et de l’Etat macédoniens. Broz Tito est l’un des leaders incontestés de la lutte contre le fascisme au cours de la Deuxième guerre mondiale. De plus, Josip Broz Tito est une personnalité historique qui a joué un rôle des plus positifs dans le règlement de la question nationale macédonienne et l’édification de l’Etat macédonien », explique Crvenkovski dans son initiative écrite. Le Président de la République a fait cette proposition précisément au moment où l’on célèbre le 60ème anniversaire de la victoire contre le fascisme. « La République de Macédoine et le peuple macédonien, de même que l’ensemble de ses citoyens se joignent de plein droit et selon leur mérite à cette célébration. Notre peuple a été un membre actif de cette lutte et sa contribution à la victoire finale et à la libération de notre patrie avec ses propre forces a été immense. Dans le même temps, c’est précisément grâce au mouvement de libération nationale qu’ont été créées les conditions de l’émergence de l’Etat macédonien d’aujourd’hui. Sur ces bases, et à l’occasion du soixantième jubilée de la victoire contre le fascisme, je prends l’initiative de la création d’un monument dédié à Josip Broz Tito à Skopje, la capitale de la République de Macédoine. Qui plus est, je rappelle que cette initiative ne doit en aucun cas être ramenée au contexte de l’idéologie défendue par Josip Broz, et il ne faut y voir aucun rapport avec notre ancienne fédération étatique. D’ailleurs, il ne faut jamais étudier le rôle historique joué par une personnalité de façon manichéenne » - c’est ainsi que Crvenkovski a clos son texte. Vlado Buckovski, le Premier ministre, pense qu’il ne faut pas chercher à fuir le passé proche. « Je pense qu’il est grand temps que nous établissions le bilan de tout ce que le Maréchal a fait pour la Macédoine. Je crois personnellement qu’il a joué un rôle positif dans notre histoire récente, et qu’il fait partie des gens qui ont contribué à nous faire accomplir ce que nous avons accompli », a déclaré Buckovski. |
Des missiles destinés à une
nouvelle guérilla albanaise en Macédoine interceptés en Albanie Publié dans la presse : 17 décembre 2004 La police albanaise a arrêté quatre personnes qui faisaient passer illégalement dans le pays des missiles sol-air, qui auraient été destinés aux séparatistes albanais de Macédoine. Par Neil Barnett La saisie en Albanie de trois missiles sol-air portables à l’épaule, destinés en principe aux séparatistes albanais de Macédoine, suscite la crainte de nouvelles menaces pour la sécurité de la région. Les missiles SA-7B Strela ont été interceptés le 13 décembre. On pense qu’ils proviennent de Bosnie ou de Serbie et qu’ils étaient destinés à la Macédoine, où les rebelles albanais ont mené un bref conflit contre les autorités en 2001. La police albanaise a arrêté quatre personnes - Sokol Mujaj, Ilim Isufi, Armir Troshani et Mentor Cani -- avec les missiles, peu de temps après leur entrée dans le pays en provenance du Monténégro. Bajram Ibraj, directeur général de la police albanaise explique : « Quatre hommes ont été pris avec les missiles, sur la route de Vlora à Rinas. Ils se trouvaient dans une camionnette d’une compagnie faisant le commerce de saucisses. L’opération de la police avait été bien préparée. Nous continuons à rechercher l’origine et la destination des missiles, et nos correspondants au Monténégro mènent aussi l’enquête ». On a dit qu’un groupe séparatiste albanais, actif en Macédoine et au Kosovo, aurait passé commande des missiles. Un Bosniaque aurait accepté le marché, fournissant les armes à partir d’un groupe ayant des liens islamistes et de cercles mafieux. Les missiles Strela, fabriqués en Russie, et d’autres missiles sol-air (SAM) sont une réelle menace pour l’aéronautique civile et militaire. Des missiles identiques ajustés à l’épaule ont été lancés, sans succès, contre un avion d’Israël à Mombasa en 2002 et une version plus sophistiquée, Strela 3, a frappé un avion-cargo DHL qui allait atterrir sur l’aéroport de Bagdad en 2003. Nouvelle guérilla en MacédoineLes extrémistes albanais de Macédoine ont beaucoup augmenté leurs activités militaires ces trois derniers mois. Ils ont essayé de se procurer des SAM de diverses provenances, pour s’en servir contre les drones de surveillance et les hélicoptères macédoniens d’attaque. Il y a aussi eu une hausse du recrutement, des fonds locaux et internationaux et de l’achat de matériel médical. Depuis 2001, les réseaux de communication de la radio des insurgés se sont faits de nouveau entendre. Depuis la mi-novembre, les tensions sont montées d’un cran en Macédoine, lorsque 300 Albanais armés sont apparus dans le village de Kondovo, près de Skopje. Depuis, ils ont pris le contrôle du village, creusant des tranchées, sans qu’interviennent les forces de sécurité. On ne sait pas ce que veulent ces combattants, ni ce qu’ils représentent. Le ministre de l’Intérieur de Macédoine les présente comme un groupe de criminels, et la presse locale se demande s’il ne s’agit pas d’Islamistes venus de l’étranger et liés à la medresa (école religieuse) Isa Beg de Skopje, qui est située dans le village de Kondovo. Pour certains il s’agit simplement de chômeurs manifestant leur mécontentement, ainsi que le soutient le dirigeant de l’Union démocratique pour l’intégration (BDI-DUI), membre de la coalition au pouvoir, Ali Ahmeti, qui souligne la déplorable situation économique du pays. Quelles que soient les personnes qui se cache derrière l’incident de Kondovo et l’interception des armes, les analystes expliquent que l’engagement politique non achevé, les frontières poreuses, une législation faiblement mise en œuvre et un abondant marché des armes, sont autant de facteurs qui menacent la stabilité des Balkans. L’annonce de la saisie des missiles a été faite au cours d’une conférence régionale à Tirana sur le trafic des petites armes de poing dans l’Europe du sud-est, à l’invitation du ministre albanais de La loi et de l’ordre. Difficile coopération des polices et des services de renseignements de la régionLa conférence était organisée par Initiative et coopération en Europe du sud est (SECI), un réseau basé à Bucarest pour la coopération contre le crime organisé. Des responsables de police de toute la région étaient présents. En plus du SECI, il y a de nombreux séminaires de formation de police, des projets de liaison et d’aide dans la région, avec Interpol, les Nations Unies, l’OSCE en Europe et l’UE. Il n’en demeure pas moins que la lutte contre le trafic des armes doit s’attaquer à un marché colossal. Un délégué à la conférence, qui a préféré garder l’anonymat, a souligné qu’aucun pays balkanique ne met ses services de renseignement en accord avec la fiabilité des sources. Il est donc difficile au SECI d’évaluer le danger. Il ajoute que « l’idée d’analyser sérieusement les organisations criminelles - de façon à permettre de prendre tout un réseau plutôt que simplement des individus - est elle aussi nouvelle ». Non seulement il existe une grande méfiance entre les différentes forces de police nationales, mais il y a aussi bien peu de coopération entre les différentes institutions de sécurité publique d’un même pays. Cependant, beaucoup de pays de l’Europe du sud-est se battent pour limiter le trafic des armes dans leur pays, en partie pour faire face à des critères d’adhésion très stricts de l’UE, et pour manifester à l’Occident le sérieux de leur engagement contre les gangs du crime organisé. Il est indéniable que l’Albanie et d’autres pays de la région font des progrès, mais cette amélioration est parallèle à la hausse de l’activité criminelle, qui est même supposée toucher les plus hauts niveaux du gouvernement. Pour Erion Veliaj, à la tête du mouvement civique albanais Mjaft (Assez) : « Tout le trafic que le gouvernement ne fait pas lui-même, il l’intercepte pour impressionner la communauté internationale ». Dans le passé, le Premier ministre Fatos Nano avait déjà été accusé de faciliter le trafic des armes pour l’UCK du Kosovo, sur la base de conversations le mettant en cause, en 1997. À la suite de quoi, il aurait dit qu’il était moralement justifiable d’aider l’UCK. Erion Velaj ajoute : « Les déclarations de Fatos Nano prouvent que des gens au sommet du pouvoir savent comment faire ce trafic, et cela a pu être le cas dans d’autres circonstance. J’ai vu au Rwanda des kalachnikovs fabriquées en Albanie ». Faire le trafic des armes, de la drogue, des êtres humains par les frontières balkaniques devient de plus en plus risqué. Mais il faudra attendre des années avant que les criminels transnationaux n’estiment que la probabilité d’être pris et jugés est plus forte que l’appât des profits illicites. |
Amer anniversaire de l’indépendance
de la Macédoine Publié dans la presse : 7 septembre 2004 La Macédoine a fêté le 8 septembre le treizième anniversaire de son indépendance, mais l’avenir du pays est incertain. Un référendum devra être organisé sur la réforme municipale et l’adoption du bilinguisme dans les communes où les minorités représentent au 20%. Cette mesure voulue par les accords d’Orhid risque de transformer la Macédoine plurinationale en État binational. Par Diana Mladenovska La Macédoine a fêté le 8 septembre l’anniversaire de son indépendance dans un climat tendu. Les Macédoniens sont préoccupés par le referendum d’initiative citoyenne sur le remodelage des municipalités dans le pays. En effet, en application des accords d’Ohrid et de la politique de discrimination positive imposée par l’UE, toute municipalité où vivent au moins 20% d’albanophones se voit reconnaître l’usage de la langue albanaise comme seconde langue officielle. De ce fait, et après la diminution du nombre des municipalités, certaines villes comme Struga devront devenir binationales. En cas d’issue négative du référendum, l’UE ne prévoit pas de « plan B ». Ces treize années d’indépendance ont été marquées par l’arrachement indolore du giron de l’ancienne République Fédérative de Yougoslavie, mais aussi par l’incertitude et la peur de l’avenir. Tout cela a été suivi de l’inflation à trois chiffres que l’on connaît, de l’embargo grec au début des années 1990, de la tombée sous l’anonymat, tandis que l’odeur de poudre empestait le voisinage, et que le tourbillon de la transition démocratique emportait à peu près tout, sauf la criminalité et la corruption. Les barrières des visas pour pouvoir voyager, la crise des réfugiés, le conflit interethnique interne, l’attentat manqué contre le premier Président du pays, le décès tragique du deuxième. Tel ne devait pas être le dessein des fondateurs de notre État qui, il y a 13 ans de cela, dans la force de l’âge, ont entrepris de sceller les aspirations et espoirs séculaires de maintes générations de Macédoniens dans le nouvel État. Lequel devait cette fois-là être libéré des chaînes idéologiques du socialisme et de la dépendance des centres de l’entité étatique yougoslave qui a représenté les poumons avec lesquels la Macédoine a respiré pendant près de 50 ans. Aujourd’hui, à l’occasion du treizième anniversaire du référendum pour une Macédoine souveraine et indépendante, les mêmes personnes, mais avec des cheveux clairsemés et grisonnants, sont encore en politique. Les citoyens sont déçus, affaiblis et désorientés à force d’attendre dans une voie secondaire tandis qu’ils se laissent distancer par certains autres trains que ces mêmes fondateurs de notre État, dans un passé pas si éloigné, assuraient voir se faire traîner vers les fastes de l’Europe par une Macédoine campée dans son rôle de leader de la région. Mais la plus grande source de tourments vient toutefois du dilemme auquel les Macédoniens doivent faire face avec un nouveau référendum, peut-être encore plus décisif que celui qui a été tenu le 8 septembre 1991. Le référendum était précédé par l’adoption de la Déclaration d’indépendance du premier Parlement macédonien à plusieurs partis politiques, le 25 janvier 1991, tandis la volonté de la nation d’avoir un État indépendant était formellement confirmée par la Déclaration d’acceptation des résultats du référendum, le 17 septembre. L’étape suivante en vue de la consolidation de l’Etat a été l’adoption de la Constitution, le 17 novembre 1991, laquelle a été amendée dix ans plus tard, après le conflit de 2001 et la signature des accords de principe. Le statut de sujet de droit international de l’Etat a été définitivement confirmé le 8 avril 1993, lorsque la Macédoine a été accueillie avec des acclamations à l’Assemblée générale des Nations Unies en tant que 181-ème membre de plein droit de l’organisation internationale. Cependant, à cause de la résistance opposée et des pressions exercées par la Grèce, laquelle n’accepte pas notre nom officiel, nous sommes devenus membres de l’ONU sous l’appellation temporaire de FYROM. Le nouvel État et les AlbanaisQuoique plus de 95% des 71,65% des citoyens qui sont allés voter aient alors répondu par l’affirmative à la question énoncée en ces termes : « Êtes-vous pour un État macédonien souverain et indépendant, étant en droit de conclure à l’avenir une alliance avec des États souverains issus de la Yougoslavie ? », cela n’a tout de même pas été la volonté de tous les citoyens, puisque les Albanais qui vivent en Macédoine n’ont pas pris part à la consultation électorale. Les Albanais ne sont pas venus non plus à la célébration qui a eu lieu sur la place de Macédoine, dans le centre de Skopje, après le décompte des bulletins du référendum. Au lieu de cela, ils ont organisé leur propre référendum à la va-vite, lequel, bien que raté, a laissé dans l’ombre pendant les années qui ont suivi toutes les tentatives de développement du jeune État et toutes les aspirations des gens qui s’identifiaient à cet État. Selon beaucoup de gens, les conséquences, pour les Albanais, du fait d’avoir ignoré l’État, de même que l’indifférence de l’État vis-à-vis du silence de la plus grande communauté ethnique, pendant les années qui ont suivi, auraient été d’invalider les pronostics d’un avenir radieux. Kiro Gligorov, le Président de l’époque, déclarait : « Le 8 septembre 1991 est un événement historique en raison du fait que tout ce qui a été gagné pendant la Seconde Guerre mondiale est désormais couronné par le fait que la Macédoine s’en est allée prendre place au sein de la communauté internationale, afin de devenir un membre à part entière de toutes les organisations à orientation pro-européenne ». La Macédoine a peut-être effectué un départ, mais elle en est encore au même point 13 ans plus tard, qui plus est miséreuse, anonyme, enfermée dans ses frontières et en conflit. À nouveau, les Albanais s’abstiendront de prendre part au référendum même si, cette fois, la question soumise au vote populaire est tout à fait différente. Les Macédoniens, tout comme les représentants des communautés nationales moins nombreuses, sont divisés au sujet du référendum. L’État, et ce en dépit du sacrifice qu’il a fait à l’autel de la cohabitation pacifique avec les derniers amendements constitutionnels, est de nouveau menacé par la perte de ses principaux acquis depuis le référendum d’indépendance en 1991. Le seuil des 20% prévus dans les accords brident de plus en plus l’épanouissement de la conception citoyenne de l’État, et celui-ci devient chaque jour davantage binational plutôt que plurinational. Le projet de décentralisation mine dangereusement le caractère unitaire de l’Etat, tandis que les groupes de pression du Kosovo violent tous les jours la souveraineté sur son territoire. |
OSSERVATORIO
SUI BALCANIMacédoine : la société civile se mobilise contre la décentralisation TRADUIT PAR J.A.D. Publié dans la presse : 1er septembre 2004 Un vaste mouvement de contestation du processus de décentralisation prévu par les accords de paix d’Ohrid se développe dans le pays. Même les ONG favorables au principe de la décentralisation et du bilinguisme critiquent la méthode retenue par le gouvernement. Il s’agit de la crise politique la plus grave depuis la fin du conflit armé de 2001. Par Risto Karajkov La Macédoine entre dans une nouvelle phase de possible insécurité, à partir du moment où l’opposition déclare avoir recueilli les 150 000 signatures requises pour exiger un référendum contre la nouvelle loi de décentralisation. Cette loi, récemment adoptée par le Parlement, redéfinit les limites des communes avec l’objectif d’assurer le bilinguisme, par le biais de la création de communes comptant au moins 20% d’Albanais (seuil nécessaire pour l’usage officiel d’une seconde langue dans les communes abritant une communauté minoritaire). Il s’agit d’un des points principaux des Accords de paix d’Ohrid de 2001, qui ont mis fin au conflit armé. La coalition gouvernementale pousse en ce sens et a le soutien résolu de la communauté internationale. L’opposition conteste violemment ce projet, en essayant, non sans succès, d’exploiter les frustrations de la communauté macédonienne majoritaire. Si le référendum devait avoir lieu, il risquerait de représenter un nouveau blocage dans la communication encore fragile entre les deux principaux groupes du pays, les Macédoniens et les Albanais. En réalité, c’est une association de citoyens qui a pris l’initiative de réclamer un référendum. Le Congrès pan-macédonien a commencé à recueillir des signatures en février dernier, mais le processus a pris de l’ampleur quand l’opposition s’y est ralliée. Le dirigeant de ce Congrès, Todor Petrov, qui effectue une sorte de retour sur la scène politique, possède une longue expérience dans l’animation de protestations citoyennes. Il a commencé sa carrière publique au début des années 1990, avec l’organisation de rassemblements et de barrages sur les routes près de la frontière macédo-grecque, en signe de protestation contre l’opposition d’Athènes à l’utilisation du nom de Macédoine. Cela lui permit d’obtenir un siège de député. Durant son mandat parlementaire, il se déclara de centre gauche, en conservant sa position de député indépendant, et ses innombrables activités le mirent souvent au premier plan de l’intérêt public. Il ne parvint pas à être réélu, et revint au militantisme citoyen, en fondant ce Congrès pan-macédonien, une organisation qui se situe du côté de la droite nationaliste. Durant le conflit de 2001, Todor Petrov reprit l’habitude des manifestations de citoyens et des barrages routiers, cette fois sur les frontières entre la Macédoine et le Kosovo. Un autre courant de l’opinion publique est en train de hausser la voix en cette période critique, sous la forme de nouvelles associations de citoyens. Un large groupe de personnalités publiques, intellectuels, businessmen, académiciens, réunis dans un Mouvement des citoyens pour la Macédoine, critiquent la stratégie du gouvernement et soutiennent l’idée du référendum. Ce Mouvement est mené par Gordana Siljanovska-Davkova, professeur à la Faculté de droit, et experte sur les questions d’administration locale. Le Mouvement s’appuie sur un puissant think tank, Evrobalkan, qui travaille principalement sur les réformes de l’administration publique et l’intégration européenne, ainsi que sur l’un des hommes d’affaires les plus connus de Macédoine, Trifun Kostovski, également député. Le Mouvement réunit des personnes qui sont plus ou moins engagées en politique, ou qui l’ont été, si bien que les représentants du gouvernement les accusent de profiter de la situation à des fins politiciennes. Le Mouvement, qui est en train de se structurer, agit essentiellement par le biais de déclarations et de lettres ouvertes aux membres du gouvernement et du Parlement, soutenant l’idée du référendum. Une autre ONG a pris une position marquée dans ce bourbier politique. Le Comité Helsinki macédonien pour les droits de la personne a publié un prudent communiqué de presse marquant son désaccord avec les actions du gouvernement tout en veillant avec attention à ne pas apparaître liée à un parti politique quelconque. « La décentralisation devrait commencer et s’achever par la participation active des citoyens... Les autorités compétentes devraient prendre en considération des intérêts opposés des citoyens et réexaminer une nouvelle fois les critères retenus pour les découpages territoriaux », souligne ce texte. Enfin, certaines ONG très actives en Macédoine dans les domaines sociaux et culturels se sont positionnées à travers un communiqué de presse commun, qui appelle à la fin de la polarisation ethnique et politique à propos de l’organisation territoriale du pays. Le Macedonian Center for International Cooperation, la First Children’s Embassy - Medjashi, l’Open Society Institute, l’ADI, et de nombreuses autres organisations ont signé cette déclaration favorable à l’usage des langues des minorités dans le processus de décentralisation, mais qui critique dans le même temps la stratégie du gouvernement, accusé de manquer de transparence et d’être insensible à l’opinion publique. Si la plus grave crise politique depuis la fin du conflit armé devait se poursuivre, il est nécessaire de conserver une certaine prudence pour dépasser une situation qui risque d’aggraver les divisions ethniques. Certaines des ONG macédoniennes ont montré qu’elles avaient cette prudence. Elles sont souvent très motivées et de mieux en mieux organisées, et elles peuvent exprimer leurs arguments de manière calme et posée, en contribuant à éviter une nouvelle vague d’hystérie collective qui pourrait jeter une nouvelle fois le pays dans la spirale de la folie nationaliste. |
La Macédoine, au risque de la décentralisation Publié dans la presse : 5 août 2004 Les Macédoniens restent perplexes devant le plan de décentralisation qu’on leur propose et qui a suscité de violentes manifestations de protestation cet été, trois ans après les accords de paix d’Ohrid. Le plaidoyer du responsable de projet de l’International Crisis Group en faveur du plan proposé par le gouvernement de Skopje : pour lui, ce projet ne crée pas de nouvelles zones mono-ethniques. Par Nicholas Whyte Ceux qui affirment que le nouveau découpage des administrations locales fixe les divisions ethniques du pays n’ont pas examiné la situation actuelle avec assez d’attention. La Macédoine a hérité au moment de son indépendance, en 1992, de 34 administrations locales qui, en 1996, ont été scindés en 123 unités plus petites. Les propositions aujourd’hui sont de réunir ces unités en 80 municipalités. Le processus de redécoupage administratif et des circonscriptions électorales est toujours une question politique sensible, et peut provoquer de sérieuses controverses. Un coup d’œil à la carte des municipalités en Belgique ou à celle des districts aux États-Unis montre que même des démocraties établies de longue date ont de sérieuses difficultés à maîtriser ces questions surtout quand la question des droits des minorités est en jeu. Il n‘est donc pas surprenant que les mesures proposées en ce moment en Macédoine soient sujettes à la critique. Il est plus étonnant de voir que ces propositions résistent bien à un minutieux examen, en particulier quand on les accuse de renforcer la ségrégation ethnique . De fait, sur les 128 municipalités actuelles, 48 ont une population à 90% macédonienne, 16 une population à 90% albanaise et une, Plasnica, une population à 97% turque. Cette liste inclut Kisela Voda, le plus grand faubourg de Skopje, mais la plupart de ces municipalités sont de petites unité rurales dont la population avoisine au total 37% de la population totale. Les changements proposés réduisent fortement le nombre de ces municipalités presque mono-ethniques. Sur les 80 propositions, 26 de ces municipalités seraient à 90% macédonienne, 3 à 90% albanaise et Plasnica garderait sa majorité turque. Cette population vivant dans des communes mono-ethniques formerait 32% de la population totale. Selon les propositions, il y aurait davantage de municipalités ethniquement diversifiées. Si l’on va un peu plus loin dans l’analyse des propositions, 92% des Macédoniens et 77% des Albanais vivraient dans des municipalités où ils auraient la majorité, ce qui n’apporte pas un grand changement. Le grand changement a eu lieu en 1996 : les 34 anciennes municipalités étaient plus mélangées ethniquement que les nouvelles communes. Selon les chiffres de 1994, 14 de ces municipalités avaient une population à 90% macédonienne, ce qui représentait 36% de la population macédonienne totale. 88 % des Macédoniens et 45% des Albanais vivaient dans des municipalités où ils avaient la majorité locale. Les opposants albanais disent que la décentralisation proposée est un retour à la situation d’avant 1996, ce qui est également inexact. Le seuil magique des 20%Tout cela n’a pas vraiment d’importance. Ce qui va compter, ce sera l’identité du maire. Si vous étiez maire de Struga, la plus grande ville dont la majorité locale va changer, de macédonienne pour devenir albanaise, il s’agit d’un enjeu véritable. L’autre point de friction est la capitale Skopje, dont les limites administratives vont être étendues pour inclure deux districts voisins afin d’amener la proportion d’Albanais au-dessus du seuil magique des 20%. Il s’agit clairement d’une décision politique pour donner à la minorité la plus importante du pays, les Albanais, un statut plus important en zone urbaine. Comme dans n’importe quel pays, délimiter les frontières entre la capitale et la zone périphérique est une question politique délicate. N’importe où en Macédoine, si vous apparteniez à un groupe ethnique qui dépasse les 20% de la population locale, vous aurez le droit de vous adresser au conseil local dans votre propre langue, et le conseil local aura les mêmes droits selon la loi de décentralisation que les autres conseils locaux, avec plus de responsabilité pour les services publics, la planification urbaine et rurale, la protection de l’environnement, la culture, les finances locales, l’éducation, l’aide sociale et les services de santé. Votre passeport et votre citoyenneté ne seront pas affectés et personne ne vous forcera à quitter votre maison. Aussi décrire les changements proposés comme une « purification ethnique » est une grossière exagération et une insulte envers ceux qui ont été chassés de leurs maisons dans les conflits balkaniques depuis 1991. Tout se serait mieux passé si le gouvernement avait été plus ouvert à la consultation avec les partis d’opposition et avec les directions des municipalités existantes. Cela aurait été mieux si l’on avait confié le tracé des nouvelles limites municipales à une commission indépendante d’experts, en incluant des experts internationaux. Mais je ne veux pas jouer l’Irlandais à qui on demande la direction à prendre et qui répond : « Pour aller là, je ne partirai pas d’ici ». Nous sommes où nous en sommes et les propositions de décentralisation sont la meilleure façon d’avancer. |
La Macédoine n’est pas gagnée
par le syndrome du Kosovo Publié dans la presse : 23 mars 2004 En moins d’un mois, deux événements ont soulevé de sérieuses questions sur la stabilité en Macédoine. La mort accidentelle du président Trajkovski et, surtout, la flambée de violence qu’a connu le Kosovo voisin auraient pu enflammer le pays, mais l’opinion publique a démontré plus de maturité et de raison qu’auparavant. |