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Le Courrier de la Serbie 

Victoire sans appel de la Serbie démocratique et pro-européenne 

Par Jean-Arnault Dérens Mise en ligne : dimanche 11 mai 2008 

La Coalition pour une Serbie européenne du Président Boris Tadic a remporté une victoire sans appel aux élections parlementaires de dimanche, avec 38,75% des suffrages, très loin devant le Parti radical serbe (SRS), qui n’obtient que 29,22%, et la coalition DSS-NS de Vojislav Koštunica (11,34%). Le Parti socialiste de Serbie (SPS) se retrouve en position d’arbitre avec 7,57% des suffrages, le Parti libéral démocratique obtenant 5,3%. Les minorités obtiennent 7 sièges au sein du nouveau Parlement.

Les électeurs ont fait mentir les sondages, qui prévoyaient un match très serré entre le Parti radical serbe (SRS, extrême droite nationaliste) et la Coalition pour une Serbie européenne, qui regroupe, autour du Parti démocratique (DS), de petites formations comme le Mouvement serbe du renouveau de l’inusable Vuk Draškovic, grande figure de l’opposition serbe depuis le début des années 1990, ou les libéraux du G17 Plus.

Le Parti radical n’a obtenu que 29,2% des voix, une évidente contre-performance alors que son candidat, Tomislav Nikolic, n’avait été battu que d’une courte tête par Boris Tadic au second tour des élections présidentielles, le 3 février dernier. L’autre grand perdant de la journée de dimanche est le Premier ministre démissionnaire, le conservateur Vojislav Koštunica, dont les partisans n’ont recueilli que 11,3% des suffrages.

S’adressant à plusieurs centaines de sympathisants rassemblés dimanche soir dans le centre de Belgrade, Boris Tadic a souligné le sens de cette victoire : les Serbes aspirent à une vie « normale », ce qui suppose la poursuite du processus d’intégration européenne du pays.

Dans les jours qui ont précédé l’élection, l’Europe a pris plusieurs gestes qui ont sûrement pesé sur l’issue du scrutin : le 29 avril, l’Accord d’association et de stabilisation (ASA), première étape vers l’intégration, a finalement été signé avec la Serbie et, il y a une semaine, 17 pays européens ont décidé d’octroyer des visas gratuits à certaines catégories de citoyens serbes. Pour une population privée de liberté de circulation depuis 1992, cette mesure donne une signification concrête à la perspective européenne.

Malgré sa large victoire, le Parti démocratique se retrouve néanmoins devant la tâche difficile de former un nouveau gouvernement, et de trouver des partenaires de coalition.

En théorie, une alliance serait possible avec le Parti libéral démocratique (LDP), qui disposera de 14 députés. Le DS peut aussi compter sur les 7 élus des minorités nationales (2 pour la Liste bosniaque de Sulejman Ugljanin, 4 pour la Coalition hongroise de Voïvodine et 1 pour les Albanais de la Vallée de Preševo), mais cela ne suffira pas.

De toute façon, la formation la plus courtisée sera certainement le Parti socialiste de Serbie (SPS), fort de ses 20 députés. L’ancien parti de feu Slobodan Miloševic se retrouve en effet en position d’arbitre. La logique voudrait qu’il penche du côté des nationalistes, mais il a amorcé depuis plusieurs mois des tractations en coulisse pour se rapprocher du Parti démocratique. L’objectif des derniers fidèles de Miloševic est simple : devenir un parti de gauche respectable et adhérer à l’Internationale socialiste. Dans cette perspective, le Parti socialiste de Serbie pourrait devenir un partenaire de coalition fort acceptable pour le Parti démocratique. Pour l’instant, le SPS a déclaré qu’il allait prendre langue avec la coalition DSS-NS, mais sans annoncer ses intentions.

 

 

Serbie : 14 inculpations pour crime de guerre

Traduit par Jacqueline Dérens Publié dans la presse : 29 novembre 2007

Quatorze anciens soldats de l’Armée fédérale yougoslave, la JNA et anciens paramilitaires ont été inculpés pour avoir tué 70 civils croates pendant la guerre de 1991 en Croatie.

Le groupe est présumé « avoir torturé, tué et infligé des traitements inhumains » à des Croates dans un village à la frontière de la Serbie, selon la déclaration du bureau du Procureur du tribunal pour crime de guerre de Serbie.

Ces inculpations viennent après la découverte de fosses communes dans le village de Lovas par les autorités croates qui ont établi que les victimes avaient été tuées en octobre et novembre 1991quand la JNA contrôlait la région.

Les procureurs ont déclaré que les suspects avaient tué 22 Croates en s’en servant comme boucliers humains en les forçant à marcher dans un champ de mines. 48 autres habitants de Lovas ont été abattus dans leurs maisons, dans la rue ou en détention.

Sept de ces inculpés sont détenus par la police serbe, il n’y a pas d’information sur les sept autres inculpés.

La guerre en Croatie a éclaté en 1991 quand la république croate a déclaré son indépendance de la république fédérale de Yougoslavie. Les Serbes de Croatie avaient alors formé leur propre Etat, soutenu par la JNA.

Le conflit a pris fin en 1995 quand les troupes croates ont envahi la zone serbe, provoquant la fuite de plus de 200 000 personnes en Serbie.

La Serbie a commencé à juger les suspects de crimes de guerre après la chute de Sobodan Miloševi ? en 2000.

 

 

Serbie : amer retour au pays pour les réfugiés expulsés d’Europe occidentale 

Traduit par Jacqueline Dérens Publié dans la presse : 11 juillet 2007

Des milliers de réfugiés, expulsés des pays d’Europe occidentale, sont abandonnés à eux-mêmes dans le Sandjak, une province serbe à majorité musulmane. Sans possibilité d’emploi ni de réinsertion sociale, ils sont parqués dans des centres collectifs. Souvent, les enfants, nés à l’étranger, ne parlent pas un mot de serbe. Dans la commune de Sjenica, un habitant sur quatre serait un rapatrié ! Le gouvernement de Belgrade a signé des conventions de réadmission avec les pays occidentaux, mais n’a mis en place aucune politique d’accueil.

Par Zoran Maksimovic

Djijan Osmanovic, un garçonnet de neuf ans, ne connaît pas un mot de sa langue maternelle, le rromani, et à peine plus en serbe, la langue du pays dont ses parents sont originaires et où il vit maintenant. Avec ses copains, parmi les maisons en ruine du camp de Savci, à Novi Pazar, il préfère utiliser l’allemand, la langue qu’il parle depuis toujours.

Il est né en Allemagne, où ses parents étaient réfugiés avant d’aller plus tard au Danemark. En 2004, quand il avait 7 ans, sa famille a été expulsée et installée d’office dans le Sandjak de Novi Pazar. Dans le camp de Savci, où sa famille vit maintenant avec 37 autres familles rapatriées, beaucoup préfèrent parler allemand, plutôt que serbe ou rromani, tout comme les 80 enfants qui fréquentent l’école primaire. « J’ai appris à parler allemand avec mes copains. Maintenant j’essaie d’apprendre le serbe à l’école, mais c’est difficile et tout est différent ici », dit le petit Djijan dans un allemand courant. Son père, Saban, nous apprend que son fils et d’autres enfants n’ont pas pu reprendre l’école tout de suite à leur arrivée parce qu’ils ne connaissaient pas la langue

Le Sandjak, situé au carrefour de trois pays, la Serbie, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine, a accueilli près de 50 000 personnes de retour depuis 2000. La plupart avaient quitté la Serbie dans les années 1990 à cause des guerres dans la région, à cause de la politique discriminatoire de Belgrade à l’encontre des minorités non-serbes et du sentiment général d’insécurité qui prévalait alors.

Nombreux sont ceux qui sont revenus à Novi Pazar et dans la ville voisine de Sjenica où, selon les statistiques, un citoyen sur quatre est un rapatrié. Les plus nombreux sont ceux qui reviennent d’Allemagne, près de 70%, arrivent ensuite les rapatriés de Hollande, de Suède, du Danemark et du Luxembourg. La plus forte vague de retour a lieu en 2003 et 2004 : chaque mois, on enregistrait de 900 à 1000 personnes rapatriées.

Une organisation locale du Sandjak, Réintégration, qui s’occupe de ces personnes, affirme qu’un tiers de ces rapatriés ont été expulsés, c’est-à-dire que ces retours ne sont pas volontaires.

Kadrija Mehmedovic, le président de l’association, explique que le problème le plus sérieux pour les enfants est leur ignorance de la langue, mais ce n’est pas le seul problème à affronter. « En moyenne, ces familles ont vécu une douzaine d’années à l’étranger. 80% des enfants rapatriés ont plus de 12 ans et ils sont nés à l’étranger, la moitié ne parlent pas un mot de serbe et plus de 30 % n’ont pas repris le chemin de l’école ». À leur retour en Serbie, les rapatriés doivent affronter la pauvreté et le chômage, et ils regrettent que le gouvernement n’ait pas réussi en mettre en place de programmes spéciaux pour aider les enfants de rapatriés à reprendre leur éducation.

Ces critiques semblent fondées, car la Serbie n’a pas de stratégie pour accueillir les rapatriés et n’a pas ouvert de centres d’accueil pour les aider. Certains ont abandonné leurs papiers et documents dans leur pays d’origine. Beaucoup de choses ont changé en Serbie depuis leur départ.

Safet Osmanovic reconte que lorsqu’il est revenu à Savci, il a trouvé sa maison en ruine et envahie par la végétation. Il n’a pas de travail, sa femme non plus, tout comme beaucoup de rapatriés. « Seulement 2% d’entre nous ont un emploi stable, personne n’a retrouvé l’emploi qu’il avait avant de partir ».

Hajrija Rezovic est partie pour l’Allemagne en 1999 et s’est installée dans la ville de Wilhemhaven dans un centre pour demandeurs d’asile. Elle a tout de suite eu droit à l’aide sociale aux réfugiés et elle a donné naissance à une fille. Mais, sur la base de l’accord signé par la Serbie avec 17 pays d’accueil en Europe occidentale en juillet dernier, elle a été expulsée et rapatriée vers la Serbie avec sa fille Emma et son mari. « Quatre policiers sont venus chez moi à 6 heures du matin et nous ont dit que nous avions une heure pour faire nos bagages. Nous devions emporter seulement 36 kilos de bagages et c’est que ce nous avons emporté avec nous dans l’avion. Je suis revenue avec presque rien ».

À son retour au pays natal, Hajrija Rezovic a dû affronter de multiples problèmes. Elle n’avait pas de papiers d’identité, sa fille n’avait pas d’acte de naissance et elle n’avait pas le droit d’être inscrite sur les registres de naissance serbes.

Beaucoup de rapatriés rroms et bosniaques ont dû s’installer au Sandjak, même s’ils ne sont pas de la région, mais du Kosovo, tout proche du Sandjak : retourner au Kosovo est inimaginable à cause de la forte hostilité des Albanais.

Hamid Pepic est l’un de ces rapatriés. Sa maison au Kosovo a été détruite en 1999 et il a cherché refuge aux Pays-Bas. Aujourd’hui, on le renvoie vivre avec sa famille de six personnes au Sandjak où il n’a aucune attache et aucun moyen de gagner sa vie.

Selon la Convention de Genève, les personnes qui ont quitté l’ex-Yougoslavie et qui sont parties dans les pays occidentaux avaient le droit de demander le statut de réfugiés si leurs droits fondamentaux avaient été violés et s’il était clairement établi qu’elles étaient en danger. Mais quand les conditions ont permis la restauration de leurs droits, la Serbie a été obligée d’accepter le retour de ces citoyens sur la base des accords de réadmission signés par la Serbie avec 17 pays occidentaux.

Georg Einwaller de l’ambassade d’Allemagne en Serbie reconnaît qu’il faudrait plus de travail bilatéral pour aider les familles rapatriées au Sandjak qui ont passé plusieurs années à l’étranger et qui ont oublié la langue et la culture. « Nous devons travailler avec nos collègues de Serbie pour la réinstallation de ces familles en les aidant à résoudre le problème de papiers, en faisant en sorte qu’ils bénéficient de leurs droits sociaux, de leurs droits à la santé et à l’éducation ».

Marija Vojinovic, assistante du directeur du service serbe pour les droits de la personne et les droits des minorités est du même avis que Kadrija Mehmedovic, qui insiste sur le fait qu’en dehors des institutions internationales, les autorités locales et les organisations non gouvernementales, le gouvernement de Serbie doit aussi aider au processus des retours. Elle estime que 150 000 personnes pourraient revenir en Serbie cette année et l’an prochain, dont la moitié seraient des Bosniaques du Sandjak. Elle affirme que son service, le seul qui s’occupe indirectement des rapatriés a une stratégie et un plan d’action. Le problème est que ce plan n’est pas appliqué.

Hannelore Valier, le chef de la mission du département de la démocratisation pour la Serbie de l’OSCE estime que si la question des rapatriés n’est pas traitée avec plus d’humanité et de sensibilité, il y aura des problèmes. Cette question pourrait même selon elle « être un danger pour la stabilité de la région ».

 

 

Kostunica s’allie avec l’extrême-droite au Parlement de Serbie 

Traduit par Jean-Arnault Dérens Publié dans la presse : 8 mai 2007

Tomislav Nikolic, le chef de l’extrême droite serbe, a été élu cette nuit président du Parlement de Serbie, après une longue séance où ont fusé les insultes et les noms d’oiseaux. Nikolic a été soutenu par les députés du DSS de Kostunica et ceux du Parti socialiste (SPS) La séance parlementaire reprend aujourd’hui à 14 heures. Tomislav Nikolic a écarté l’hypothèse d’une participation ou d’un soutien du SRS au nouveau gouvernement.

142 députés du Parti radical serbe (SRS), du Parti socialiste de Serbie (SPS), et de la coalition Parti démocratique de Serbie-Nouvelle Serbie (DSS-NS), tandis que la candidate du Parti démocratique (DS), Milena Milosevic, a reçu le soutien de 99 députés, y compris ceux du G17 Plus, du Parti libéral-démocratique (LDP), la Ligue des sociaux-démocrates de Voïvodine (LSV) et des représentants des minorités. Les députés ont voté ouvertement et nominalement, après 15 heures de déchirements.

La prochaine séance, au cours de laquelle doivent être désignés les vice-présidents du Parlement et les membres des commissions, doit avoir lieu aujourd’hui. Le nouveau président Tomislav Nikolic a convoqué la séance à 14 heures, et les consultations avec les chefs de groupes parlementaires à 12 heures. Dans sa première déclaration après son élection, Tomislav Nikolic a appelé à la poursuite des travaux du Parlement.

Selon lui, le soutien que lui a apporté le DSS concernait « exclusivement » son élection, ajoutant que le choix des vice-présidents aurait « vraisemblablement » lieu dès aujourd’hui. « Nous ne nous sommes entendus sur rien d’autre. Nous ne pensons absolument pas au gouvernement, et nous ne souhaitons aucunement participer au gouvernement, ni même apporter notre soutien à un quelconque gouvernement », a déclaré le dirigeant du SRS.

Tomislav Nikolic a tenu à déclarer « qu’il n’était pas un danger pour le Serbie », et que la vie démocratique allait régner à l’assemblée. Selon lui, le SRS envisage une collaboration avec tous les partis, mais seulement dans le cadre du Parlement. Tomislav Nikolic a appelé « ceux qui ont refusé de reconnaître le résultat de l’élection » à être présents lors de la reprise de la session parlementaire. Lors du décompte des voix de l’élection et de la prise de fonction du nouveau Président, les députés du DS, du LDP et du G17 Plus avaient quitté la salle.

Tomislav Nikolic a déclaré aux journalistes présents dans le hall qu’il attendait un rapport sur le travail du Comité pour le Kosovo et Metohija, et que les lois prévues par la nouvelle Constitution - sur l’administration locale, la Présidence de la République et l’armée - soient adoptées. Il a déclaré qu’il allait essayer que ces lois soient adoptées, « même si commence une nouvelle campagne électorale ».

Le chef du groupe parlementaire du DS, Dusan Petrovic, a déclaré que la décision du DSS de soutenir Tomislav Nikolic montrait que ce parti avait fait « le choix de s’orienter vers le Parti radical serbe ».

« Les prochains jours montreront s’il est possible d’inverser ce processus », a-t-il déclaré aux journalistes, ajoutant que le choix du DSS de soutenir Tomislav Nikolic représentait un immense pas en arrière après les changements du 5 octobre 2000.

Dusan Petrovic a déclaré que les chances de former un gouvernement entre le DS, le DSS et le G17 Plus étaient très théoriques, tant qu’une autre majorité n’était pas formée, « avec le SRS ou le Parti socialiste de Serbie ».

« Tout demeure possible : de nouvelles élections, la formation d’un gouvernement minoritaire, ou celle d’un gouvernement majoritaire avec le DSS et le SRS. Nous le saurons très vite, car la date du 14 mai, terme fixé pour la formation du gouvernement, s’approche ».

Le chef du groupe parlementaire du DS a ajouté que son parti ferait tout pour contribuer à la formation d’un gouvernement qui puisse rapprocher la Serbie de l’Europe.

Nikolic : le fidèle bras droit de Vojislav Seselj

Tomislav Nikolic est né à Kragujevac en 1952. Il est technicien du bâtiment. Il a travaillé sur de nombreux chantiers à travers toute la Yougoslavie, même si la remeur veut qu’il ait aussi été directeur du cimetière municipal de Kragujevac, dont son sobriquet de « Toma le fossoyeur ».

Il s’est engagé en politique dans les rangs du Parti national-radical (NRS) en 1991. À son initiative, ce parti a fusionné avec les groupes locaux du Mouvement tchétnik de Vojislav Seselj pour former le Parti radical serbe (SRS), le 23 février 1991.

Vojislav Seselj a été élu président du nouveau parti, et Tomislav Nikolic vice-président. Nikolic est député au Parlement de Serbie depuis 1992, et il est le seul député à siéger sans interruption depuis cette date. En mars 1998, il est devenu vice-Premier ministre de Serbie, et à la fin de l’année 1999 vice-Premier ministre du gouvernement fédéral yougoslave.

Après le départ de Vojislav Seselj pour le TPI de La Haye, en février 2002, il a été choisi à trois reprises comme dirigeant intérimaire du SRS, dont Seselj demeure toujours le président.

Tomislav Nikolic a été candidat à trois reprises à la présidence de la République, en 2000, 2003 et 2004. Lors de ces deux derniers scrutins, il était arrivé en tête au premier tour.

 

 

Serbie : solidarité interethnique pour sauver les bureks 

Traduit par Persa Aligrudic Publié dans la presse : 11 janvier 2007

Dans la ville serbe de Kragujevac, un voisin grincheux veut faire expulser des boulangers gorani, et les traite bien sûr de shiptars. Les habitants du quartier se mobilisent pour sauver le petit commerce. Histoire de quartier, de tolérance, d’intolérance et de solidarité.

Une centaine d’habitants de Kragujevac a empêché la démolition d’une petite « buregdzinica » [1] appartenant à la famille des Murati, des Gorani originaires du Kosovo.

Bien que le tribunal municipal de Kragujevac ait pris la décision de démolir la boutique, après la plainte déposée par leur voisin Velimir Petrovic, les Murati refusent de quitter les lieux et affirment que la sentence a été prononcée sur la base de documents frauduleux. Les Murati dirige leur petit commerce avec succès depuis plus de 40 ans, mais leur proche voisin Velimir Petrovic, après voir acheté la maison adjacente, a aussi enregistré à son nom le terrain sur lequel se trouve leur boutique.

Merdzan Murati affirme que cela a été fait de façon illégale : « nous ne partirons pas vivants d’ici. Nous savons que ce terrain n’est pas à lui. Le 30 janvier, un nouveau procès va avoir lieu pour clôturer cette affaire. Il va certainement le perdre ». Un ami de la famille des Murati, l’avocat Zvonko Markovic, confirme que la décision du tribunal de démolition a été prise sur la base de documents falsifiés : « Il s’agit d’une tromperie de Velimir Petrovic et de son épouse Marica Petrovic, qui travaille au tribunal municipal et qui a authentifié plusieurs contrats à textes différents sous le même numéro, ce qui est absolument illégal ».

Quant à Velimir Petrovic, il affirme que tout a été fait conformément à la loi : « L’affaire est actuellement devant le tribunal. La sentence est en procédure d’exécution ».

Murati raconte aussi que son voisin Petrovic humilie sa famille sur la question nationale : « Ils nous appellent « Shiptari », alors que nous sommes des Gorani. Je n’ai pas d’autre pays que la Serbie ». Les Gorani sont des Slaves de confession musulmane, originaires des montagnes du Sar, au sud du Kosovo. Beaucoup d’entre eux avaient émigré à travers toute l’ancienne Yougoslavie. Ils sont réputés pour leurs talents de boulangers et de pâtissiers.

Les habitants du quartier se sont mobilisés pour défendre leur « buregdzinica ». Leurs protestations et leur soutien ont empêché la démolition du commerce des Murati, mais un nouvel ultimatum a été fixé au 25 janvier. Une vingtaine de policiers ont maintenu l’ordre et aucun incident ne s’est produit.

[1] établissement où l’on fabrique et vend des bureks, sorte de feuilletés

 

 

Serbie : quinze années de combat syndical indépendant

Traduit par Persa Aligrudic

L’Union des syndicats UGS Nezavisnost va fêter ses quinze années d’existence à l’occasion de son Sixième congrès qui se tiendra en novembre 2006. Ces années ont été marquées par la lutte difficile pour les droits des travailleurs sous le régime de Milosevic. Nezavisnost a joué un rôle majeur en contribuant à l’émergence des revendications des mouvements sociaux en Serbie.

Par Jasmina Colak

Il est évident que l’organisation syndicale UGS Nezavisnost, quinze ans après son premier congrès et tous les défis qui lui ont été imposés par le régime de Slobodan Milosevic aux cours des années 1990, est devenue aussi bien le pilier incontournable pour des centaines de milliers de travailleurs en Serbie, que le maillon clé des négociations avec les autorités sur les droits touchant à la protection des travailleurs.

Les membres de cette organisation estiment qu’ils ont vécu deux périodes déterminantes. La première va jusqu’en 2000, au cours de laquelle se sont déroulés quatre congrès.

Une prise de position contre la guerre

Cette prestigieuse organisation syndicale est née de la nécessité de répondre au régime autiste, nationaliste, qui voulait discipliner les travailleurs et les transformer en « grands Serbes ». Ce qui caractérise Nezavisnost, c’est que sa position a toujours été contre la guerre.

« Le besoin s’est fait sentir de former un syndicat démocratique autonome. Après le Premier Congrès tenu en 1991, Nezavisnost semblait être plutôt un mouvement social pour les changements, à l’instar de Solidarnost en Pologne, qu’un syndicat au moindre sens du terme », constate Zoran Stojiljkovic, vice-président de UGS Nezavisnost.

Cette organisation syndicale était un « parapluie » pour toutes les organisations non gouvernementales ; là, au sens figuré, s’y « cachaient » et littéralement y séjournaient provisoirement les rédactions et les journalistes de Nasa Borba et de Danas.

Les mouvements estudiantins et Otpor sont pratiquement inimaginables sans l’aide de Nezavisnost. Il était habituel de licencier les membres du syndicat pour incompétence. C’était l’image reflétée par cette organisation car il fallait alors prendre beaucoup de risques et être fidèle à ses idées.

La deuxième période n’a pas été très facile non plus, d’après les « combattants des premiers rangs ». En effet, la campagne Partenariat pour les changements démocratiques a été formée à partir 2000. Après le Quatrième Congrès, une collaboration avec les partis politiques démocratiques et les organisations non gouvernementales s’est établie. Au cours de cette même année, les membres de UGS Nezavisnost sont parvenus à défendre la mise en place de l’économie de marché, des rapports industriels pluralistes et du dialogue social, et cela a été le message principal du Ve Congrès et de tout ce qui a été fait pour le développement du dialogue social, l’institutionnalisation du tripartisme et des négociations collectives.

« Nezavisnost s’est penché sur les problèmes de la transition, de la récession transitoire, du grand nombre de chômeurs, de la privatisation, des licenciements et ce sont ces questions qui seront traitées à l’avenir dans leur plateforme. Il est difficile de ici de maintenir les emplois, de garder les travailleurs, ce qui bien exprimé dans le slogan “Nous ne sommes pas des dépenses, nous sommes des investissements”, qui est prévu pour le Sixième Congrès », estime Stojiljkovic. Il explique que les employeurs regardent toujours le salarié comme une dépense. Partout, le produit et la ressource principale sont représentés par l’homme et ses connaissances, sa volonté de changer de travail, d’accepter une partie des risques et d’être pour ainsi dire la main-d’œuvre.

« Les employeurs ont pris ce risque, donc cela signifie investissement. Nos buts sont le dialogue, le pacte social, le partenariat social, tandis que les grèves et les conflits sont permis seulement dans la mesure où ils ne peuvent être évités ; or, les autorités font preuve la sourde oreille et sont tellement tournées vers les structures oligarchiques et les hommes riches, qu’il est actuellement plus compliqué pour les syndicats d’agir que cela était le cas en 2003 », souligne Stojiljkovic.

Des hommes courageux et libres

Nebojsa Savic, également vice président de cette organisation syndicale, rappelle que le Premier Congrès de l’union des syndicats Nezavisnot, c’est-à-dire l’assemblée fondatrice, a été tenue le 23 novembre 1991 dans la salle de Dom Omladine (Maison de la Jeunesse), où elle a acquis sa pleine légitimité.

« Dom Omladine était le seul endroit où nous pouvions nous réunir car ailleurs on nous refusait tout accès. Nous étions constamment suivis et menacés par le régime de Slobodan Milosevic et du SPS. Au tout début il y avait un grand nombre de syndicats indépendants agissant sur le territoire de la Serbie et après nous être associés, nous représentions une force de 10 à 15.000 syndiqués, ce qui à cette époque était un chiffre imposant. C’étaient des hommes courageux, libres, qui ont eu l’audace de s’organiser pour la première fois librement en syndicat. C’est ce qui a fait la valeur du Premier Congrès car notre message aux salariés de Serbie était clair : il y avait une alternative et la Fédération des syndicats de Serbie avait perdu le monopole et le droit d’exister en tant que seul grand syndicat en Serbie. C’est ainsi que nous avons donné leur chance à ceux qui ont réfléchi sur le fait d’être organisés librement, et vous pouvez imaginer ce que signifiait la liberté en ce temps-là », raconte Savic.

La première assemblée a élu ses dirigeants, son conseil exécutif et elle a assuré un nouvel espace pour l’organisation syndicale libre.

Le Deuxième Congrès tenu en 1993 devait être un congrès extraordinaire car il concernait les protestations générales qui devaient avoir lieu en Serbie. Ainsi Nezavisnost a commencé à montrer une certaine puissance et à annoncer que des changements étaient indispensables en Serbie et que les syndicats libres ne pouvaient survivre dans l’atmosphère dans laquelle vivait la Serbie, à l’époque de l’hyperinflation, de la ruine de l’économie , lorsque les ouvriers étaient plus à l’extérieur qu’à l’intérieur de la société, des décisions prises qui ne jouaient pas en faveur des employés, et pour lesquelles Nezavisnost a réagi en laissant son empreinte.

Nezavisnot s’était renforcé comme en témoigne le Troisième Congrès de 1996 qui s’est tenu à l’hôtel Jugoslavija et le syndicat comptait alors environ 100.000 membres. On a Il y avait une une meilleure organisation avec plusieurs branchesplusieurs branches, et l’on a commencé à éduquer les syndicalistes à différentes formes d’activités syndicales.

« Nous étions alors plus un mouvement luttant pour une législation appropriée du travail et des affaires sociales ainsi qu’un environnement démocratique efficace. Nous avons orienté toute notre force et notre énergie vers le changement de la situation sociale, car nous n’avions pas la possibilité à travers le dialogue social d’assurer un niveau adéquat et la qualité des droits pour les salariés. Toute notre activité résidait dans nos discours pour dire aux gens que tant qu’il n’y aurait pas de changements démocratiques, les conditions de fonctionnement et de travail des syndicats ne seraient pas créées, conformément aux Conventions 87 et 98 qui traitent de la liberté d’organisation syndicale mais aussi des négociations collectives », explique Savic.

Au Quatrième congrès tenu en 1998, Nezavisnost a présenté sa Plateforme pour la mise en œuvre des actions syndicales et politiques des affiliations syndicales. La voie à prendre est clairement définie pour les quatre années suivantes -pour atteindre les objectifs prévus. Plus d’une cinquantaine d’organisations syndicales internationales assistaient à ce congrès, de même que les membres de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL), et la Confédération Européenne des Syndicats (CES).

Une chance pour les salariés

La nouvelle manière de travailler de Nezavisnost a été marquée par le signe du Cinquième congrès tenu en janvier 2001. En fait, les changements du 5 octobre 2000 ont eu lieu grâce aux activités menées par les membres de cette organisation en utilisant toutes leurs capacités.

« C’est alors qu’a commencé en Serbie la privatisation, qui entraîne à la fois des avantages et des inconvénients. Elle devait aapporter certains éléments de justice sociale afin que tout travailleur sans emploi soit socialement soutenu jusqu’à une nouvelle embauche. Un programme social a été proposé après une grande pression des syndicats, tandis que le premier Conseil socio-économique du gouvernement de Zoran Djindjic a été formé à l’initiative de notre syndicat. Nous sommes en fait les promoteurs de la création d’un nouveau mode de communication entre les partenaires sociaux », souligne Savic.

Le Sixième Congrès de USG Nezavisnost se tiendra le 23 novembre de cette année, et aux dires de Savic, le syndicat se rassemblera là où il est né : au Dom Omladine, mais le Congrès lui-même aura lieu au Centre Sava en présence de 300 délégués et d’une centaine d’invités. Cette année encore la stratégie et la politique des syndicats seront fixées pour la prochaine période. « Je pense que notre plus grand succès est d’avoir donné la la chance aux salariés de Serbie de pouvoir s’organiser librement en syndicats. Il n’est pas nécessaire que ce soit notre syndicat, mais celui qui a besoin de s’organiser en a le droit. Personne ne peut lui prendre cette liberté. De même, nous nous engageons toujours à juste répartition des propriétés syndicales, ce qui, malheureusement, est toujours d’actualité, car le SSSS (Fédération des syndicats autonomes de Serbie) a gardé le monopole de biens qui ne lui appartient pas, il en profite seul et ne les utilise pas pour des activités syndicales mais les entretient dans le seul but de les vendre », conclut Savic.

 

 

Islam : la percée des wahhabites en Serbie et au Monténégro 

Traduit par Jasna Andjelic Publié dans la presse : 6 novembre 2006

Il y a une semaine, des wahhabites provoquaient des affrontements dans une mosquée de Novi Pazar. Cette forme radical et sectaire de l’islam se développe de manière certaine en Serbie et au Monténégro, malgré l’oppositions des structures traditionnelles de l’islam. Les États prennent-ils, par contre, toutes leurs responsabilités ? Enquête à Novi Pazar et au Monténégro, où des incidents se sont multipliés, de Bijelo Polje à Ulcinj.

Trois personnes ont été blessées dans un rixe entre des croyants « ordinaires » et des wahhabites vendredi dernier, dans la mosquée Arap de Novi Pazar. La communauté islamique a décidé de fermer provisoirement la mosquée à cause de cet incident, « couronné » par des tirs d’armes à feu.

La police a arêté Izet Fijuljanin pour tentative d’hommicide, et 16 autres personnes font objet d’une procedure d’infraction judiciaire. C’est ainsi que Novi Pazar, calme ville du Sanjak, importante pour l’histoire de l’islam et de l’orthodoxie dans la région, est devenue encore une fois l’objet de l’attention des journalistes. Ces dernières années, les incidents se sont succédés, qu’il s’agisse d’affrontements entre supporteurs de football serbes et bosniaques, des tirs des armes à feu contre le siège du Parti démocratique du Sandjak (SDP) de Rasim Ljajic avant les dernières élections législatives - deux personnes ont été blessées -, de l’interruption du concert du groupe Balkanika par des wahhabites, du meurtre d’un candidat de la Liste pour le Sandzak durant les dernières élections locales, de l’irruption des partisans de Sulejman Ugljanin et des actes de vandalismes commis dans le bâtiment de la Faculté islamique après un meeting électoral...

Tout cela repose sur les querelles et les accusations mutuelles entre le maire de Novi Pazar et patron du SDA, Sulejman Ugljanin, son opposant Rasim Ljajic et le mufti du Sandjak, Muamer Zukorlic. Ces violences se produisent dans le contexte d’une crise qui a détruit l’économie locale, d’une explosion de la toxicomanie et de la criminalité. L’État ne controle rien, et les citoyens ne cessent de s’étonner. Le gouvernement se souvient de Novi Pazar et du Sandzak uniquement quand il a besoin de voix supplémentaires au Parlement de Serbie.

À dire la vérité, les organismes étatiques ne disposent pas de mécanismes de manoeuvre efficaces dans le cas des wahhabites. Selon le directeur du BIA, les services de renseignement, Rade Bulatovic, l’apparition de cette conception extrémiste de l’islam est le résultat des circonstances sociales dans un sens large, avec une influence internationale non négligeable.

Ceux qui ne savant pas que la solidarité est une des bases des l’islam et que le nombre de wahhabites et de femmes « couvertes » dans notre région est directement lié au nombre des musulmans tués en Iraq ou en Liban, ainsi qu’avec l’islamophobie qui se développe en Occident, ne peuvent pas comprendre ces phénomènes. Il ne faut pas négliger non plus les nombreuses fondations islamiques, financièrement puissantes et fort douteuses. À Novi Pazar, des bruits courent depuis longtemps sur les subsides abondants qu’accorderaient ces wahhabites à l’allure pourtant modeste. Cependant, personne n’a trouvé de preuves sur l’origine et l’importance des moyens financiers dont ils disposent.

La communauté islamique et les croyants doivent être les premiers à se saisir du problème des wahhabites, parce que ce sont qui en subissent les plus grands dommages. Puisque la bêtise ainsi que le port de la barbe et de pantalons courts ne représentent pas des délits, l’État n’est en mesure de réagir que s’ils commettent des infractions à la loi. Pour que les musulmans et leur organisations puissent règler les comptes avec ces « voyous infiltrés dans leur rangs », il est nécessaire qu’ils mettent de côté les conflits qui existent entre les différents partis politiques bosniaques, et que l’État ne protège pas ses favoris politiques. De son côté, l’État devrait réagir dans tous les cas qui relèvent de ses compétences. Rappelons-nous que personne n’a été poursuivi pour l’incendie de la mosquée de Belgrade, en mars 2004, et que le jugement contre les néonazis de Nacionalni Stroj est très lent.

Les wahhabites arrivent aussi au Monténégro

Par Veseljko Koprivica

Deux imams de la commune de Bijelo Polje ont eu, l’année dernière, une confrontation directe avec les wahhabites. Ces derniers ont attaqué, au mois de mai, l’imam de la mosquée de Lozna. Il a été hospitalisé, la police a identifié les attaquants, mais elle n’a jamais informé le public sur d’éventuelles sanctions. Un jeune homme portant la barbe a également attaqué l’imam de la mosquée de Rasovo. Celui-ci avait appelé un groupe de jeunes gens portant la barbes et des pantalon courts à ne pas gêner un enterrement en cours.

C’est ainsi que sont arrivées les premières informations sur les wahhabites au Monténégro, suivies d’une brève polémique entre des personnalités bosniaques et musulmanes sur l’existence de ces wahhabites au Monténégro. La conclusion en a été qu’un groupe de jeunes du Nord du Monténégro avait tenté d’imiter les wahhabites et que cet événément avait attiré une attention exagérée des medias. Le quotidien Vijesti de Podgorica a consacré plusieurs articles au mouvement wahhabite, laissant penser que certains de ces adeptes avaient trouvé refuge dans notre pays.

« Les événements dans la région, les longues incertitudes sur le statut étatique et d’autre problèmes ont fait du Monténégro un sol fertile pour l’installation des wahhabites », reconnaît le reisu-l-ulema de la Communauté islamique du Monténégro, Rifat efendija Fejzic. Il n’a pas voulu préciser s’il y avait des imams wahhabites dans les villes de Plav, Ulcinj, Podgorica et dans la région de Malesija près de Podgorica. « Je pense que nous n’avons pas de problèmes avec les imams pour le moment. Certains sont surveillés et, en cas de constat qu’ils agissent à l’encontre de leurs obligations, la Communauté islamique est prête à les destituer. Si cette activité provoquait des problèmes, nous nous adresserions à l’État », déclare le reis.

Ancien président de l’Union démocratique internationale et bon connaisseur de l’islam, Harun Hadzic affirme qu’il ne connaît pas le nombre des wahhabites au Monténégro. « Je pense qu’on exagère et que quelqu’un souhaite toujours faire peur à l’Europe et au monde chrétien avec le soi-disant islam radical et militant. La question des wahhabites sert de prétexte », affirme-t-il.

Redzep efendija Ljuljanovic, l’imam principal de Gusinje, affirme qu’il n’y a pas de wahhabites dans la région. Le maire de Plav, Skender Sarkinovic, a reconnu qu’il y avait dans sa commune plusieurs jeunes gens qui se distanciaient des autres par leur physique, mais qu’il ne savait pas s’il s’agissait o unon d’une secte. Il est évident qu’on rencontre de plus en plus de femmes au visage complètement voilé à Bijelo Polje, Plav et Rozaje, ainsi que des hommes en pantalons courts et avec des barbes caractéristique, ce qui provoque les rumeurs sur l’expansion rapide du mouvement wahhabite au Monténégro.

L’été dernier, sur la Grande plage d’Ulcinj, il y avait un groupe de jeunes hommes en shorts, qui commençaient la prière tous les jours à cinq heures de l’après-midi, sur leurs serviettes de plage.« Ce sont des wahhabites. Il leur est interdit de prier dans la mosquée et ils le font ici », expliquaient les résidents aux touristes curieux. Asim Lukovic, originaire d’Ulcinj, a expliqué à Vijesti que les wahhabites n’existaient pas et qu’il s’agissait d’un malentendu terminologique. « Ce nom nous est attribué seulement par des gens méchants ou ignorants. Nous sommes des musulmans, pas des wahhabites ». Il ne cache pourtant pas ses désaccords et ceux des ses amis avec les représentants de la communauté islamique.

L’imam principal de Podgorica, Dzemo Redzematovic, explique que tous les employés de la Communauté islamique du Monténégro doivent d’abord signer un contrat confirmant leur engagement conforme à l’islam traditionnel. L’infraction à cette disposition du contrat entraîne sa dissolution. « Le phénomène du wahhabisme sur le territoire monténégrin est devenu visible après la défaite que celui-ci a enregistré en Bosnie-Herzégovine, grâce à l’activité des cadres religieux et à l’incompatibilité de nouvelles tendances musulmanes avec l’islam traditionnel bosniaque », ajoute Dzemo Redzematovic. Il considère que le wahhabisme est un phénomène inutile dans le monde islamique.

L’imam principal de Rozaje Ernad efendija Ramovic est du même avis. « Comme toutes les autres formes de radicalisme, celui des wahhabites n’est pas bon. Nous devons lutter contre les extremistes de toutes les religions et nations, qui ne peuvent que nuire à l’humanité ». Il assure que la communauté islamique prend ses distances par rapport aux wahhabites, et pense que l’État monténégrin devrait faire quelque chose à ce sujet.

 

 

samedi 30 septembre 2006, 23h06 

Serbie: le Parlement approuve une nouvelle constitution affirmant la souveraineté de Belgrade sur le Kosovo

BELGRADE (AP) - Le Parlement serbe a approuvé samedi une nouvelle constitution affirmant que le Kosovo, administré par les Nations unies, fait partie intégrante de l'Etat des Balkans, en dépit des négociations en cours sur l'avenir de la province.

Les parlementaires -dont 242 étaient présents- ont voté à l'unanimité en faveur du texte qui va remplacer l'actuelle constitution élaborée en 1990 par l'ancien maître de Belgrade, Slobodan Milosevic.

La nouvelle constitution doit encore recevoir l'aval des électeurs à l'occasion d'un référendum national, avant d'entrer en vigueur. Lors d'un vote, le Parlement a fixé la tenue de cette consultation aux 28 et 29 octobre.

"C'est un jour historique", a estimé le Premier ministre Vojislav Kostunica, ajoutant que le texte "cimenterait la vérité que le Kosovo a toujours fait partie intégrante et fera toujours partie intégrante de la Serbie".

Le président pro-occidental Boris Tadic a pour sa jugé que la constitution définirait la Serbie comme un "Etat européen, moderne".

La constitution -fruit de quelques semaines de consultations entre les principaux dirigeants- vise à souligner l'opposition de la Serbie à la possible indépendance du Kosovo, au terme des discussions sur l'avenir de la province se déroulant sous l'égide des Nations unies.

Le texte définira également la Serbie comme un Etat indépendant pour la première fois depuis l'éclatement de la Yougoslavie au début des années 1990.

Plusieurs centaines de personnes, opposées au gouvernement, se sont rassemblées devant le Parlement au cours de la séance pour protester contre la nouvelle constitution, estimant qu'elle mettait en danger l'avenir de la Serbie en affirmant la souveraineté de Belgrade sur le Kosovo. Les protestataires ont annoncé une campagne pour boycotter le référendum.

Le Kosovo est formellement une province de la Serbie mais Belgrade n'a plus d'autorité sur la région séparatiste depuis que les bombardements de l'OTAN en 1999 ont contraint les autorités à mettre fin à leur campagne de répression contre les albanophones et à retirer leurs forces.

Les négociateurs internationaux ont exprimé leur souhait de conclure les discussions sur le statut de la province à la fin de l'année. AP

 

 

Pourquoi la Serbie fait-elle (toujours) fuir les investisseurs ?

Traduit par Persa Aligrudic Publié dans la presse : 29 août 2006

Les investissements étrangers manquent en Serbie, ce qui est le principal handicap de la croissance. Selon les estimations des experts, il faudrait, dans les dix prochaines années, au moins quatre milliards d’euros d’investissements par an pour remettre en route une économie en stagnation. Mais les investisseurs étrangers préfèrent investir en Roumanie et en Bulgarie plutôt qu’en Serbie.

Par M.N. Stevanovic

Les investisseurs étrangers apprécient tous les pays de la région, et la plupart d’entre eux affirment même que la Serbie a dix à quinze ans d’avance sur ses voisins en ce qui concerne la formation technologique de la main d’œuvre. Les données indiquent pourtant qu’avec 180 euros d’investissements étrangers par an et par tête d’habitant, la Serbie est loin derrière la Croatie, la Roumanie et la Bulgarie tandis que dans la région de l’Europe du sud est, seules la Bosnie-Herzégovine et l’Albanie sont moins intéressantes pour les investisseurs potentiels.

Les grands investisseurs sont d’accord pour dire que le marché serbe présente des perspectives, et à l’appui de cette affirmation, ils ne laissent jamais passer l’occasion d’investir leur argent dans l’achat de banques ayant un réseau organisé, ou de cimenteries et autres grandes usines ayant une production continue. Il faut s’attendre à ce que les compagnies étrangères montrent leur intérêt aussi pour la privatisation de NIS, EPS et RTB Bor, mais les véritables investissements qui relancent la croissance économique, emploient de la main d’œuvre et contribuent à un développement continu doivent se faire dans les petites et moyennes entreprises.

Pour quelle raison les investissements manquent-ils dans ce secteur ? L’impression générale est que l’une des raisons réside dans des règlements législatifs inadéquats, alors que le ministre des Relations économiques avec l’étranger, Milan Parivodic, a récemment précisé que notre administration était corrompue et que la juridiction appliquait les lois de façon sélective. S’ils arrivent d’une certaine façon à surmonter tous ces obstacles, les investisseurs étrangers sont ensuite confrontés à un marché chaotique, alourdi par les hypothèques des temps passés.

Faillite du textile serbe

L’un des meilleurs exemples en est l’industrie textile où, autrefois, même les grands producteurs perdaient leur souffle. Néanmoins, plus de 300 nouvelles maisons de confection sont apparues dans le secteur des petites entreprises privées qui tentent de restituer l’ancienne renommée. Ces petites entreprises sont pourtant conscientes du fait que sans investissements importants, c’est un travail de Sisyphe.

L’État, pour sa part, a essayé d’apporter son aide, de sorte que des contrats intéressants ont été conclus avec l’Union Européenne et la Russie, qui permettent l’exportation des marchandises sans dédouanement. Mais comme cela sous-entend que les matières premières doivent avoir une origine locale, alors que toutes les usines de textile sont depuis des années en liquidation ou en faillite, cet avantage n’est pas suffisamment utilisé.

La loi sur la procédure de faillite, qui est appliquée depuis plus d’un an et demi et qui devrait réduire l’agonie de la faillite, n’a pas fait avancer les choses. Lorsqu’on ajoute à cela le grand poids de l’économie parallèle, que l’administration publique ne semble pas avoir de véritable volonté de supprimer, il n’est pas étonnant de constater que déjà plusieurs producteurs mondiaux d’Italie et de Grande Bretagne, après avoir visité des usines serbes prêtes à la privatisation, ont déclaré qu’ils étaient satisfaits par les bâtiments et la main d’œuvre disponible, pour ouvrir finalement leurs ateliers de production en Bulgarie et en Roumanie.

Le bon exemple d’Indjija

Les modèles réussis pour attirer les capitaux étrangers, tel celui de la commune d’Indjija, en Voïvodine, qui a quasiment obtenu le quart des investissements de l’an dernier, sont des exceptions qui confirment la règle. Goran Jesic, maire de la commune d’Indjija, déclare que dans ses efforts pour assurer des programmes d’investissement intéressants dans sa région, il dépense la grande part de son énergie dans les négociations avec les administrations de la République de Serbie.

Il est réaliste d’espérer que les problèmes seront en partie surmontés avec la réalisation du Plan national d’investissements (NIP), qui prévoit d’investir environ 46 millions d’euros dans la construction et l’équipement de zones industrielles dans une cinquantaine de communes. Bien que ce soit moins de 5% du total des fonds qui seront placés par le NIP, une bonne chose est, comme cela a été annoncé, que l’argent sera investi dans les milieux moins développés ce qui, de l’avis du ministre de l’Économie, Predrag Bubal, devrait contribuer à un développement économique plus égalitaire. Si ces plans sont réalisés, il ne restera plus qu’à se mettre au travail pour former administration efficace.

« Les investisseurs étrangers savent que nous n’avons pas le soutien de l’État, et ils exercent une pression maximum sur nous lors des négociations », déplore Goran Jesic, le maire de la commune d’Indjija. « Par exemple, quand nous concluons un bon contrat avec une société qui désire fonder une usine, elle demande à ce que nous assurions une infrastructure appropriée, c’est-à-dire que nous lui fournissions l’électricité, l’eau, le téléphone, internet. L’administration locale doit payer tout cela à l’avance, bien que l’argent du futur utilisateur ne soit pas encore à notre disposition. Le problème c’est qu’il n’y a pas un fonds pour mettre en application le contrat, ce qui nous permettrait au moins de nous associer aux entreprises publiques pour construire en commun des zones industrielles, de sorte que la collaboration proclamée entre les secteurs public et privé est laissée à l’initiative des administrations locales ». Il confirme que les lois adoptées sont bonnes, mais que l’administration publique est incapable de les appliquer.

 

Serbie : le tabou de la régionalisation et de la décentralisation 

Traduit par Persa Aligrudic Publié dans la presse : 21 juin 2006

Alors que la Serbie doit adopter au plus vite une nouvelle Constitution, le débat politique demeure marqué par un tabou majeur : celui de la décentralisation, qui est perçue comme une tentative de nouveau dépeçage du pays. Pourtant, la décentralisation et la régionalisation sont nécessaires pour engager une véritable démocratisation de l’État et de la société.

Par Jovan Zivkovic

Je ne sais pas si le gouvernement de la République de Serbie contrôle l’Assemblée nationale, alors que ce devrait être l’inverse, mais il est évident que les autorités actuelles n’ont pas eu jusqu’à présent la possibilité de mettre à l’ordre du jour la question de la nouvelle Constitution.

En dépit du fait que plusieurs versions ont été élaborées, qui ne s’écartent jamais du concept de l’Etat unitariste et centraliste, à mon avis, en tant que citoyen de Serbie, il est clair que les politiciens liés à la tradition de notre pays, ses particularités et aux hiérarchies, orientent la conscience des citoyens vers les valeurs du XIXe et de la première moitié du XXe siècle. Ils ne sont absolument pas en mesure d’ouvrir avec sérieux et responsabilité l’une des questions vitales : la décentralisation de la Serbie.

Le premier pas vers la déconcentration des autorités est la régionalisation de la Serbie. Or, c’est un sujet dorénavant proscrit, surtout après le référendum du Monténégro (comme s’il avait fait partie de la Serbie !). Au lieu de démontrer aux citoyens qu’il ne s’agit pas d’une division de la Serbie et du traçage de nouvelles frontières, mais que la régionalisation est un processus social permettant le rapprochement dans la vie des citoyens à travers des formes institutionnelles permettant que les questions soient résolues d’une manière plus efficace et plus proche.

La régionalisation sous-entend la création d’un État plus fonctionnel. Depuis des décennies, les droits collectifs des citoyens habitant dans la région du pays qu’on appelle, de manière euphémique et archaïque, la « Serbie intérieure », sont violemment enfreints. N’y a t-il donc personne pour dire que les Serbes ne sont pas solidaires et que ceux qui produisent actuellement les revenus, il devrait rester une part pour l’amélioration de leur vie, étant donné que la province ne pouvait servir qu’à cela tant que le centre se souciait d’elle.

La question de l’égalité, qui est l’une des questions centrales d’un État social et de droit, a été tellement détournée par les autorités socialistes - jusqu’à devenir une substitution au patriotisme serbe (« Vous êtes arrivés comme des ouvriers et vous repartez comme des Serbes »). Tout cela n’était rien d’autre qu’un paravent cachant une exploitation des plus rigides. Car celui qui ose mentionner le régionalisme à une oligarchie bien installée dans les directions des partis et au sommet de l’Etat est considéré comme un traître et un incitateur de complots. Il ne reste plus qu’à évoquer la question de la monarchie et de l’Église comme les promoteurs des autorités de ce monde et nous revoilà, définitivement, au XVe siècle - l’époque du complet assujettissement de la société à la religion, puisque nos dirigeants actuels font fi des décisions du traité de Paix de Westphalie de 1648, quand ont été séparés les pouvoir spirituel et séculaire.

Si l’on pense que la notion d’assujettissement est inadéquate pour notre temps, alors nous rappelons que c’est il y a seulement une décennie que Milosevic a accompli la nationalisation de la Serbie (Loi sur les fonds en propriété de la République de Serbie, 1995) et que personne n’y a vu un anachronisme, tout comme actuellement on nous répète que la Serbie est déjà décentralisée, c’est-à-dire qu’elle sera démocratisée si de moindres pouvoirs sont conférés à l’administration locale.

Que personne ne conteste le nouvel ajournement d’une véritable démocratisation, est évident, étant donné qu’il n’y a eu aucune réaction sur les projets constitutionnels proposés qui définissent en ce qui concerne la propriété, étant donné que les bases n’y sont pas suffisamment et précisément exprimées.

En même temps on évoque la propriété, d’autant plus que dans la partie de l’organisation territoriale on garantit le droit à la propriété. A travers l’entremêlement des expressions, deux sont cruciales : les biens et la propriété ; ces deux notions centralisent les droits et obligations des personnes morales, là où la catégorie des biens est une expression plus large et la propriété une expression plus limitée. Dans les deux cas, qu’il s’agisse des biens de l’Etat ou ou des biens publics, cela concerne les modes qui ont un avantage hiérarchique par rapport aux formes inférieures : « Le genre et le montant des sources de revenus de la province autonome sont établis par la loi de l’organisme » (art.151, al.2), tout comme « est garanti le droit de la commune, de la ville et de la province autonome à la propriété et aux propres sources de revenus ainsi que le droit à la libre disposition des revenus, dans le cadre de leurs compétences constitutionnelles » (art.162, al. 1 - chapitre Propriété et sources de revenus, experts du président de Serbie).

Il faut encore ajouter la confusion suivante pour les citoyens : on restituera d’abord la propriété aux villes et aux communes, après quoi la proposition sera retirée, ainsi que la plus récente annonce du nouveau Projet de loi sur le financement des administrations locales selon lequel environ 2,1 milliards de dinars seront répartis aux communes de Serbie, il devient absolument clair que le gouvernement continue à avoir une approche unitariste, qu’il ne pense pas à la Serbie en tant que pays régionalisé (avec « un niveau central des pouvoirs » - donc une décentralisation verticale), et qu’il n’a pas l’intention d’élargir les compétences élémentaires des communes, sur la base desquelles l’argent n’irait pas d’abord à Belgrade, et ensuite de la part qui est récoltée (seulement pour quelques prérogatives de l’Etat) - on alloue la part fixée pour l’Etat au niveau des régions ou des administrations locales.

Somme toute, non seulement la future Serbie ne se projette pas comme un Etat avec des droits égaux des citoyens, pas non plus comme une communauté où la solidarité serait une catégorie institutionnalisée, et encore moins comme un pays dans lequel le citoyen serait un sujet - car le degré de sa liberté sera toujours strictement et inévitablement déterminée par la volonté du pouvoir central. Et comment pourrait-on s’attendre à autre chose, lorsque ce ne sont que les partis qui débattent sur la nouvelle constitution, et non pas un large public professionnel ? D’après les plus récents sondages, ce sont les partis qui sont perçus comme les principaux freins à la démocratie. D’ailleurs, cette question sera aussi, tout porte à le croire, un point sur lequel l’Union Européenne aura, tôt ou tard, le mot de la fin, tandis que notre entrée dans l’Europe - où la régionalisation de l’Etat est aussi une condition - n’est pas aussi importante pour les pays de l’UE que ne le sont les valeurs sur lesquelles repose toute forme de vie individuelle et sociale, avec une dimension d’humanité, de responsabilité, d’initiative et, naturellement, de solidarité institutionnelle.

 

Serbie : mort d’un témoin compromettant 

Traduit par Thomas Claus Mise en ligne : lundi 19 juin 2006

En Serbie, l’assassinat d’un repenti vient d’ébranler le monde politique et judiciaire. Zoran Vukojevic témoignait dans le procès relatif à l’assassinat de l’ex-Premier ministre Djindjic. Une fois encore, on soupçonne les auteurs d’être issus de l’appareil d’Etat.

Par Danijela Nenadic

Deux homicides récents laissent à penser une fois de plus que la lutte contre la criminalité organisée en Serbie ne donne pas les résultats attendus, et que l’emprise mafieuse est encore vivace. Le premier est celui de Zoran Vukojevic Vuk, un repenti comparaissant comme témoin au procès relatif à l’assassinat de l’ex-Premier ministre Zoran Djindjic. Le second est celui de Zoran Povic Pova, membre du « Clan de Zemun ».

Ces homicides, commis à quelques heures d’intervalle le 3 juin dernier, possèdent des similitudes fortes avec le scénario utilisé lors de l’attentat contre l’ex-Premier ministre Zoran Djindjic et dans d’autres affaires similaires.

Selon la presse de Belgrade, Zoran Povic Pova figurait parmi ceux qui ont organisé l’enlèvement de Zoran Vukojevic Vuk. Après l’enlèvement, Vuk a été tué. La police a retrouvé son corps nu, à moitié calciné et avec des menottes aux poignets, non loin de l’aéroport de Belgrade. Pendant l’enlèvement, Zoran Povic a été blessé : ses comparses l’ont laissé à proximité d’un service d’urgence de la capitale. Dans sa poche, la police a trouvé les documents du repenti assassiné.

La blessure de Zoran Povic - mort d’une hémorragie interne - ne serait par contre pas la conséquence d’une tentative s’assassinat, puisqu’on a découvert sur son corps deux blessures par balle sur la partie inférieure du thorax. Or, la majeure partie des exécutions se fait en tirant une balle dans la tête.

La nouvelle de la mort de ces deux criminels célèbres a résonné dans tout Belgrade, suscitant de nombreuses réactions. Comme à l’habitude, différentes versions possibles et informelles circulent sur l’assassinat de Zoran Vukojevic

Selon la première théorie, il aurait été assassiné par des anciens membres de la Sûreté de l’Etat, qui désiraient s’assurer de cette manière que leur noms ne soient pas cités dans ses déclarations devant la justice. Une seconde version affirme que le repenti aurait été tué par les anciens membres des unités spéciales de la police (JSO), afin de se venger de l’arrestation de plusieurs de leurs anciens membres, dont leur chef, Milorad Ulemek Legija. Jusqu’ici, on ignore qui a pu découvrir les itinéraires de Vukojevic. On ignore également s’il a été trahi par l’un des anciens amis avec qui il était en contact pendant les derniers jours de sa vie. Ces faits, et d’autres, devraient être éclaircis par les enquêtes que la police est en train d’effectuer.

Efficace, la lutte contre le crime organisé ? Mais Zoran Vukojevic n’est pas le premier témoin à être assassiné. Début 2004, Kujo Krijestorac a été assassiné d’une balle en plein front. Propriétaire d’une boulangerie à Belgrade, il avait témoigné au cours du procès conte les membres du Clan de Zemun pour l’assassinat de Zoran Djindjic le 12 mars 2003.

Milos Vasic, analyste pour l’hebdomadaire Vreme et spécialiste de la question de la criminalité organisée, a déclaré au quotidien Dnevnik de Novi Sad que l’assassinat de Vukojevic a lancé l’alarme et déclenché la panique. Selon lui, l’affaire s’est produite alors que la police était chargée de suivre, au moins discrètement, le repenti.

Le Parti Démocratique (DS) a immédiatement demandé la démission du ministre de l’Intérieur, Dragan Jocic. Le parti le considère responsable du peu d’efficacité des actions de lutte menées contre le crime organisé, mais aussi du manque de coopération avec le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).

Le Ministre de l’Intérieur affirme que l’assassinat du repenti représente une preuve évidente qu’on a affaire à une lutte interne au sein du même groupe criminel. Il dit également s’inquiéter de la longueur du procès et des lenteurs quant à l’émission d’un jugement sur l’assassinat de l’ex-Premier ministre Djindjic. Dragan Jocic semble donc vouloir renvoyer le poids des responsabilités sur la justice. Une position similaire à celle adoptée par le ministre de la Justice, Zoran Stojkovic, qui a déclaré à l’agence Beta que les citoyens [serbes] doivent s’inquiéter de ces deux homicides. « Lorsque les tribunaux travaillent lentement et que la majeure partie des suspects reste en liberté, on obtient une situation comme celle-ci », a-t-il ajouté.

De son côté, la porte parole de la Cour spéciale du tribunal de Belgrade, Maja Kovacevic, a déclaré qu’il est impossible de travailler plus vite, étant donné qu’il s’agit de procès délicats et complexes.

Le leader du Parti libéral démocrate, Cedomir Jovanovic, a accusé le gouvernement serbe et le directeur de la BIA (l’Agence pour la Sécurité et le Renseignement), Rade Bulatovic, d’être les commanditaires de l’assassinat de Zoran Vukojevic. Il affirme que ce dernier a émis dans son témoignage des accusations directes contre les plus proches collaborateurs du Premier ministre Kostunica : il aurait accusé Rade Bulatovic et le Général Aco Tomic d’être impliqués dans l’assassinat de l’ex-Premier ministre Djindjic.

Les représentants du mouvement citoyen « 5 octobre » ont quant à eux déclaré à l’agence Beta que la mort de Vukojevic est un signe du retour du Clan de Zemun. Selon eux, les « escadrons de la mort de Milosevic ont envoyé un message : nous sommes revenus. La lutte contre la mafia n’a pas de sens, puisque ce régime transforme les repentis témoins en témoins défunts. »

Les affaires se suivent et se ressemblent La Cour spéciale est en train de juger des affaires dont la plus importante est celle de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Zoran Djindjic. Des membres du Clan de Zemun et du Clan de Maki ont été accusés dans cette affaire, ainsi que dans l’assassinat de l’ancien Président serbe Ivan Stambolic et dans la tentative d’assassinat de l’actuel Ministre des Affaires étrangères Vuk Draskovic a Budva.

Il est intéressant de noter que les principaux accusés dans l’affaire Stambolic sont Rade Markovic, Nebojsa Pavkovic, Milorad Bracanovic, Milorad Ulemek Legija et Dragan Maricic Gumar, tous issus de structures d’Etat.

En ce qui concerne l’affaire Stambolic, un jugement a été émis en 2005. Une seconde procédure est en cours, la défense ayant fait appel. Lors du premier jugement, Rade Markovic, ancien chef de la DB (Sécurité de l’Etat), a été condamné à quinze ans de prison. L’ancien commandant des JSO, Milorad Ulemek Legija, a été condamné à la peine maximale : quarante ans de réclusion. Selon des sources officieuses, la Cour Suprême aurait confirmé cette peine pour l’assassinat de Stambolic et la tentative d’assassinat de Vuk Draskovic.

Un autre procès suscitant une grande attention de la part de l’opinion est celui de l’affaire dite de « l’autoroute de l’Ibar », en octobre 1999, au cours de laquelle quatre membres du SPO (le Mouvement pour le Renouveau Serbe) perdirent la vie. Ce procès se déroule auprès du Tribunal du district de Belgrade, et non auprès de la Cour spéciale, car l’acte d’accusation a été émis en 2001, alors que la loi sur la lutte contre le crime organisé n’avait pas encore été adoptée.

Le premier jugement a été émis en 2003. La défense, le procureur et les avocats de la partie civile ont fait appel. Après l’assassinat de l’ex-Premier ministre Djindjic, les accusations se sont élargies. En plus de Rade Markovic, Branko Djuric Buca (l’ancien chef de la police à Belgrade) et Mihajlo Kertes (l’ancien directeur de l’administration des douanes), ont été accusés Milorad Ulemek Legija et d’autres membres de la JSO.

Le nouveau procès a commencé fin 2003. Il s’est terminé en juin 2005 et a confirmé les sentences déjà émises. L’ensemble des parties ayant fait appel, la Cour suprême de Serbie a fixé le nouveau procès pour juin 2006.

Certains jugent avec sévérité la manière dont ce procès est mené. C’est le cas au SPO. Vuk Draskovic, le leader du parti, a exprimé sa profonde insatisfaction quant au fait que la Cour suprême n’ait pas transformé les sentences en peines maximales, et qu’elle ait préféré suspendre l’exécution des peines et recommencer le procès au point de départ. Dans une déclaration au quotidien Glas Javnosti, Vuk Draskovic avait alors qualifié de « politique et criminelle », la décision du la Cour de suspendre le processus, évoquant même la possibilité que le SPO quitte la coalition gouvernementale.

Selon Milan Simic, spécialiste de la criminalité organisée, « le plus grand manquement du pouvoir démocratique depuis le 5 octobre [2000, date de la chute de Milosevic] se reflète dans l’absence de rupture dans les services de sécurité, ainsi que dans l’absence de réformes consistantes, de réformes qui ne soient pas des modifications cosmétiques et personnelles. La conséquence de cette inaction fut l’assassinat du Premier ministre et l’instabilité politique qui perdure encore aujourd’hui. »

 

« Bože pravde » : la Serbie retrouve le vieil hymne du royaume 

Traduit par Persa Aligrudic Publié dans la presse : 8 juin 2006

L’hymne créé en 1872 est redevenu l’hymne officiel de la Serbie indépendante, qui doit être encore trouver son blason. Cette chanson, dont il existe plusieurs versions, est aussi l’hymne officiel de la Republika Srpska de Bosnie. La défunte union de Serbie-Monténégo avait conservé l’hymne yougoslave, qui sera encore une fois entonné lors de la Coupe du monde de football.

Par S. Bisevac

En assumant la continuité de l’ancienne union, la Serbie, est (re)devenue, de manière certes un peu inhabituelle, un État indépendant, de sorte qu’elle a du adopter ses symboles nationaux : l’hymne, le drapeau et le blason. Le drapeau de la Serbie a été hissé devant le ministère de la Défense de l’hymne « Boze pravde ». Deux jours plus tôt, on avait pu l’entendre avant le match de basket-ball disputé entre le FMP et Crvena Zvezda. Cependant, l’hymne n’a pas été entonné quand le drapeau de la défunte Union de Serbie-et-Monténégro a été descendu du bâtiment du parlement de Serbie.

Comme dans de nombreux autres domaines, les symboles nationaux et leur utilisation ne sont que partiellement définis par la loi. La Serbie n’a pas de loi sur les symboles nationaux, de sorte que ce domaine était réglementé, au temps de Milosevic comme de nos jours, par des recommandations législatives.

L’article 5 de l’actuelle Constitution stipule seulement que la République de Serbie possède son blason, son drapeau et son hymne. « Le blason, le drapeau et l’hymne de la République de Serbie sont établis selon la procédure prévue pour le changement de Constitution », est-il indiqué au paragraphe 2 de cet article. Du temps du Parti socialiste de Serbie (SPS), en juillet 1992, une recommandation parlementaire avait supprimé l’étoile rouge du drapeau tricolore, mais la Serbie n’a obtenu ni nouvel hymne ni nouveau blason. Lors de débats menés pour choisir le chant solennel le plus approprié comme nouvel hymne, les propositions étaient : « Boze pravde », « Mars na Drinu » et « Vostani Serbje ».

La Serbie-et-Monténégro n’avait pas d’hymne

Pendant sa courte existence de trois ans, l’USM na pas eu d’hymne, bien que la Charte constitutionnelle prévoyait que l’État commun obtienne tous les symboles nationaux. Le conseil des ministres avait adopté en août 2004 une proposition d’un hymne consistant en une compilation du chant serbe « Boze pravde » et de l’hymne monténégrin « Oj, svijetla majska zoro ». Musique et texte ont été envoyés à l’assemblée de l’USM, mais après l’opposition du patriarche Pavle, ce sujet n’a plus été mis à l’ordre du jour.

En effet, le patriarche Pavle n’avait pas aimé le fait que l’hymne monténégrin « Oj, svijetla majska zora » reprenne un texte de Sekula Drljevic. L’hymne proposé était, selon le patriarche, un « centaure ridicule pour le Monténégro aussi bien que pour la Serbie « , avait estimé le patriarche. Cette proposition d’hymne avait été faite à l’occasion des jeux olympiques d’Athènes en 2004. Nos politiciens avaient voulu empêcher que ne soit chanté l’hymne, fréquemment sifflé, de l’ancienne Yougoslavie « Hej, Sloveni », mais comme nos sportifs à Athènes n’ont pas obtenu le moindre succès, il n’a pas été nécessaire de chanter l’hymne.

Les députés de l’assemblée de Serbie ont adopté en août 2004 le projet d’une Recommandation relative à l’utilisation du blason, du drapeau et de l’hymne, votée par les députés de la coalition gouvernementale, le Parti démocratique (DS) et le Parti radical serbe (SRS). L’emblème adopté représentait un aigle blanc à deux têtes, avec un écu, une croix, quatre « S » et la couronne des Nemanjic. Nous avons obtenu un drapeau « populaire » et « national ». Le premier est le tricolore rouge-bleu-blanc, et le deuxième est identique, mais avec une couronne. L’hymne choisi est le chant « Boze pravde » de Jovan Djordjevic, sur la musique de Davorin Jenko.

Le même hymne que la Republika Srpska

« Boze pravde » est aussi l’hymne de la Republika Srpska (RS), une des deux entités de la Bosnie-Herzégovine. À la différence de la Serbie, la RS a adopté les vers originaux qui glorifient le roi serbe. La Cour suprême de Bosnie a récemment émis un arrêt, estimant que cet hymne n’était pas acceptable car, contrairement aux lois, il mentionne et glorifie un seul peuple.

Bien qu’il existe plusieurs versions du texte de l’hymne, le texte qui correspond le mieux à la forme républicaine de l’État de la Serbie actuelle est celui où l’accent est mis sur le peuple. Dans un autre version, c’est surtout le roi qui est au premier plan, de sorte que si la Serbie devenait une monarchie, ce serait cette version qui serait adoptée.

Le président du Parlement, Predrag Markovic, a assisté au lever du drapeau de Serbie devant le parlement et, lorsque l’hymne a été entonné, il avait les trois doigts posés sur sa poitrine et le visage souriant. À cette occasion, Predrag Markovic avait annoncé que les symboles nationaux seraient fixés par la nouvelle Constitution, et que le blason serait complété par d’autres détails symboliques renforçant l’identité des autres nationalités vivant en Serbie.

Les députés des deux partis bosniaques, Bajram Omeragic et Esad Dzudzevic, n’ont pas participé au vote de la Recommandation sur l’utilisation des symboles nationaux de Serbie. Bajram Omeragic a déclaré aux journalistes qu’il était surpris de la rapidité avec laquelle cette Recommandation avait été adoptée, tout en estimant que cette manière n’était pas conforme à la Constitution. « Les symboles nationaux sont modifiés par vote à la majorité des deux tiers au parlement et confirmés par référendum, et non pas par une simple décision de la majorité au parlement », a déclaré Omeragic, dont la Liste pour le Sandjak siège dans l’opposition.

L’histoire d’une chanson, qui suvrivra à l’Union de Serbie-et-Monténégro

Le chant « Boze pravde » a été créé en 1872 à l’époque du prince Milan Obrenovic, dont la majorité a été solennellement célébrée le 10 août 1872 au Théâtre national de Belgrade. Après la cérémonie, a été jouée la pièce Le sabre de Marko, écrite sur commande par le directeur du théâtre Jovan Djordjevic, inspiré par l’allégorie de Jovan Sterija Popovic Le rêve du prince Marko, datant de 1848. À la fin de la pièce, sur une musique du Slovène Davorin Jenko, chapelain et compositeur du Théâtre national, les deux premières strophes de l’hymne actuel ont été chantées. Le texte évoquait le prince serbe puisque Milan Obrenovic l’était à ce moment là.

Jovan Djordjevic et Davorin Jenko ont connu un destin artistique fort différent. Tandis que Djordjevic était accusé par beaucoup d’être un plagiaire et l’artiste de tous les régimes, Jenko était indubitablement estimé. D’origine slovène, il a longtemps vécu à Pancevo et à Belgrade, et Stevan Mokranjac louait et soutenait les efforts de Jenko pour développer la culture musicale chez le peuple serbe : « Nous l’aimons et nous l’aimerons toujours comme le meilleur de tous les Slovènes musiciens qui ont travaillé chez nous ». Jenko a composé une série de chants patriotiques serbes, et il a montré son attachement à la Serbie dans son testament par lequel il a légué une partie de son argent aux pauvres. L’hymne est resté inchangé sous le règne de Pierre Karadjordjevic.

Les changements ont lieu avec la formation du Royaume de Yougoslavie, dont l’hymne était une compilation des chansons serbe, croate et slovène - « Boze pravde », « Ljepa nasa » et « Naprej, zastava Slave », cette dernière ayant été également composée par Jenko.

À la fin de la Deuxième guerre mondiale, un nouvel hymne apparaît : « Hej, Sloveni ». Ce chant panslovène solennel survivra à la disparition du dernier État « yougoslave » des territoires balkaniques, non seulement parce que c’est aussi l’hymne officiel de la Pologne, mais aussi parce que les sportifs de l’USM qui vient de s’éteindre l’entonneront encore à l’occasion de plusieurs championnats mondiaux, dont la coupe du monde football.

 

Serbie : les Radicaux manient toujours le langage de la haine 

Traduit par Persa Aligrudic Publié dans la presse : 7 juin 2006

La séance de mercredi du Parlement de Serbie a été marquée par de nouvelles insultes lancées par un député du Parti radical serbe (SRS) contre Ivana Dulic-Markovic, du G17+. Un signe de ce que deviendrait la Serbie si les Radicaux gagnaient les prochaines élections. Le G17+ dénonce le « langage de la haine » et demande l’interdiction du SRS.

Ratko Bozovic, professeur de théorie de la culture à la faculté des Sciences politiques, a déclaré sur les ondes de B92 qu’il ressort que Dulic Markovic est « coupable » en raison de son appartenance nationale - elle est issue de la communauté croate -, mais aussi parce qu’elle a dit la vérité, notamment en ce qui concerne l’affaire des fourgons frigorifiques [1].

« Tout cela est typique des Radicaux. De telles scènes remettent en question le comportement moral, le bon sens et la culture politique. Mais il est peut-être bon que cela se soit produit. Pour voir où nous sommes parvenus sur la voie d’une société civilisée, mais encore plus pour attirer l’attention des citoyens sur ce qui leur arriverait sous un éventuel règne des radicaux », explique Ratko Bozovic.

Rappelons que le député radical Zoran Krasic, ministre du Commerce dans le deuxième gouvernement de Mirko Marjanovic, sous la présidence de Milosevic, a émis toute une série d’insultes sur le compte de l’actuelle ministre de l’Agriculture Ivana Dulic Markovic, au cours du débat sur la proposition de loi relative au règlement des salaires des fonctionnaires d’État. « Prenez par exemple votre vice-présidente Ivana Dulic-Markovic, elle réunit tous ses oustachis et les embauche pour qu’ils deviennent ses conseillers. Où était donc sa famille, et son frère où était-il, dans l’armée de la Republika Srpska ou dans les milices croates ? C’est cette même dame qui a dit que c’étaient les autorités de l’époque qui égorgeaient et transféraient les cadavres dans des containers sanglants ».

Comme pratiquement toujours dans ce genre de débat, le langage de la haine depuis la tribune parlementaire est resté impuni. Le président de séance, Vojislav Mihailovic, n’a pas réagi à ces propos, tandis que les députés du Groupe G17+, en signe de protestation, ont quitté la séance.

Ivana Dulic-Markovic, visiblement très troublée, a répondu que sa famille et elle-même étaient fières d’être des citoyens de Serbie : « J’aimerais seulement dire que ceci est un vocabulaire entièrement empreint de haine et de mensonge sur les faits, qui en dit plus long sur ceux qui le profèrent que sur ma famille, qui est une famille respectable. Nous sommes très fiers d’être des citoyens de Serbie et des citoyens de Voïvodine. Ceci est pour moi un encouragement à continuer, avec une force centuplée, de me battre pour une Serbie européenne et pour les réformes que j’ai commencées. En aucun cas, il ne peut être question que j’en sois empêchée par des fascistes qui jettent ma famille en pâture à divers malades ».

Les députés radicaux offensent fréquemment les ministres dans leurs discours, leurs cibles les plus fréquentes sont le ministre des Affaires étrangères Vuk Draskovic, le Président de la République Boris Tadic, le défunt Premier ministre assassiné Zoran Djindjic, mais aussi les journalistes.

[1] Ayant servi à transférer en Serbie des corps d’Albanais tués au Kosovo

 

Les États-Unis premiers investisseurs étrangers en Serbie 

Traduit par Stéphane Surprenant 

Publié dans la presse : 12 avril 2006

14 ans après avoir pressé les Nations Unies d’imposer des sanctions contre Belgrade, les États-Unis sont devenus les principaux investisseurs étrangers en Serbie et au Monténégro. Ce sont les grandes sociétés, qui sont les plus présentes, dans le marché du tabac, de l’acier ou du pétrole. L’instabilité politique demeure cependant un frein aux investissements.

Par Senita Slipac

La Banque Mondiale confirme que les sociétés des USA ont compté pour approximativement un tiers des 3,5 milliards de dollars américains de capitaux investis depuis l’étranger en Serbie entre 2002 - année de la levée des sanctions - et la fin de 2004.

Bien qu’entre un et deux millions de descendants serbes vivent aux États-Unis, les liens de l’immigration avec la « mère patrie » ont joué un rôle négligeable dans le flux de ces investissements.

Certes, le Congrès de l’Unité serbe, basé aux États-Unis, et la Chambre serbo-américaine de Commerce organisent périodiquement des conférences et informent les investisseurs des opportunités d’affaire en Serbie. Mais peu d’Américains d’origine serbe ont effectivement investi de l’argent là-bas.

Ce sont plutôt les grandes sociétés capitalisées en bourse qui ont montré la voie, comme Phillip Morris, US Steel, Galaxy Tire, la firme de contrôle de trafic aérien AAR et Ball Corporation.

Bien que l’embargo contre Belgrade ait été levé peu après la chute du régime de Slobodan Milosevic en 2000, les investissements majeurs ont attendu 2003 pour vraiment décoller. Cette année-là, Phillip Morris a acquis une usine de tabac de Nis pour 605 millions d’euros, tandis que US Steel achetait l’unique usine d’acier de Serbie pour une somme de 205 millions d’euros.

Ces deux seules acquisitions ont représenté plus de la moitié du total des 1,3 milliards d’euros en investissements étrangers directs en Serbie cette année-là, selon la Economist Intelligence Unit. Cela a également propulsé les États-Unis en première place des investisseurs en Serbie et Monténégro, contre une cinquième place l’année précédente.

Ralentissement en 2004

Les investissements étrangers ont cependant dégringolé en 2004 en raison du ralentissement des privatisations. La Hypo Alpe-Adria Bank, qui gère beaucoup d’investissements dans la région, a constaté que seulement 250 entreprises avaient été privatisées en Serbie en 2004, comparativement à 800 en 2003.

Cette stagnation était liée à une certaine instabilité politique. Sans président depuis 2002 en raison des taux de participation insuffisants aux élections présidentielles, la Serbie semblait alors à la dérive.

C’est seulement en juin 2004 que Boris Tadic, du Parti Démocrate (DS), a été élu Président, défaisant l’ultranationaliste Tomislav Nikolic du Parti Radical serbe. Le nouveau chef d’État avait mené sa campagne sur la promesse de stimuler l’économie en améliorant les relations avec les États-Unis et l’Union Européenne. Ainsi, en 2005, les investissements étrangers ont connu un bond pour atteindre environ 2 milliards de dollars US. Les prévisions misent sur une poursuite de la croissance en 2006.

À la fin de l’an dernier, Thomas Kelly, directeur des opérations de US Steel en Serbie, a déclaré à l’Agence serbe pour la Promotion des Investissements et des Exportations (SIEPA) que les choses se passaient bien là-bas pour son entreprise. Ce succès, a-t-il expliqué, allait également renforcer le Centre de Développement économique de US Steel à Belgrade. Ce projet prévoit l’investissement de 1,5 M $ US sur une période de trois ans afin de promouvoir les investissements étrangers directs, dans le but de stimuler la croissance économique.

Bon nombre d’experts sont surpris qu’un pays tel que la Serbie, dont la corruption est un secret de polichinelle, qui était un paria politique il y a quelques années seulement et qui a subi 78 jours de bombardements de l’OTAN en 1999 - dévastant ses infrastructures -, attire maintenant des investisseurs américains.

En guise de réponse, John Sailor, directeur du Conseil commercial États-Unis - Serbie et Monténégro basé à Washington, souligne que la Serbie « est au cœur des Balkans et dispose d’une main-d’œuvre éduquée et d’un taux d’imposition avantageux ». La position géographique de la Serbie est certainement un facteur déterminant. Par exemple, deux importantes autoroutes européennes traversent le pays.

Néanmoins, les caractéristiques de la main-d’œuvre sont peut-être encore plus décisives. Environ 40 % des travailleurs serbes parlent au moins un peu l’anglais, à peu près le double qu’en Bulgarie ou en Hongrie. Cette main-d’œuvre sait également utiliser les nouvelles technologies malgré que les salaires soient significativement plus bas que la moyenne européenne.

Selon la SIEPA, les coûts de main-d’œuvre sont même moins élevés que ceux qui prévalent dans les anciennes républiques de Yougoslavie - environ 50 % de moins qu’en Croatie voisine, par exemple.

En outre, le marché intérieur est relativement important - avec une population serbe de huit millions d’habitants - et la Serbie est le seul pays hors de la Communauté des États Indépendants à jouir d’un accord de libre-échange avec la Fédération de Russie. Cela veut dire que la Serbie peut servir de plaque tournante pour accéder à un marché dédouanné de 150 millions de personnes, toujours selon la SIEPA.

Toutefois, l’État de Serbie et Monténégro continue de souffrir des effets secondaires des guerres des années 90. Plusieurs personnes suspectées de crimes de guerres réclamées par le Tribunal Criminel international de l’ONU pour l’ancienne Yougoslavie (TPIY) à La Haye - dont l’ancien dirigeant de l’armée serbe de Bosnie Ratko Mladic - sont soupçonnés de trouver refuge en Serbie.

L’UE a clairement indiqué que l’arrestation de Mladic et son transfert à la Cour de La Haye constituaient une condition non négociable à tout progrès futur de l’intégration à l’Union. « Mladic est un nuage noir au-dessus de la tête des Serbes », a affirmé Sailor, ajoutant que son arrestation stimulerait puissamment les investissements américains.

Certains investisseurs s’inquiètent aussi de violences potentielles au Kosovo ou à proximité du protectorat international alors que les pourparlers sur son statut politique futur se poursuivent.

Sailor maintient malgré tout que la sécession de facto du Kosovo de la Serbie depuis 1999 a beaucoup réduit les risques. « Si la région était complètement contrôlée par Belgrade, la question se poserait », a-t-il admis. « Mais puisque ce n’est pas le cas, cela n’affecte en rien les relations avec les gens d’affaire des États-Unis. » Une autre question problématique en Serbie est la privatisation. Bien que le pays ait été l’un des pionniers dans la région pour la rapidité de son processus de privatisation, la route n’a pas toujours été facile.

Bataille russo-américaine autour du pétrole

Un des principaux litiges entre les divers partis serbes au sein du gouvernement demeure l’avenir des raffineries de pétrole. La société russe Lukoil et British Petroleum ont toutes deux exprimé l’intention d’acquérir l’entreprise serbe NIS Oil. Mais tandis que le Ministre de l’Énergie Radomir Naumov et le parti réformiste Groupe 17 ne demandent qu’à vendre la société d’État, le Premier Ministre Vojislav Kustunica a refusé de procéder à la privatisation des actifs publics dans l’industrie pétrolière, actifs qu’il juge trop précieux.

L’impasse pourrait se révéler coûteuse, le Fond Monétaire International (FMI) ayant décidé de rendre son aide économique à la Serbie conditionnelle à la privatisation du secteur pétrolier. Et sans l’appui du FMI, les investissements étrangers pourraient baisser considérablement.

Belgrade travaille donc à contourner ces problèmes en créant un environnement favorable aux investisseurs et en mettant en place un régime de taxation très alléchant. Avec un taux d’imposition sur les profits des sociétés établi à 14 %, la Serbie propose dorénavant le plus faible taux de taxation corporatif en Europe. En effet, la Roumanie impose les profits des entreprises à 25 % et la Bulgarie à presque 20 %.

De plus, la Serbie exempte les sociétés qui investissent plus de 7,5 M ¤ de toute taxation corporative pendant dix ans. Les entreprises peuvent même postuler pour des subventions gouvernementales pour la création d’emploi.

Belgrade a également simplifié la procédure d’enregistrement pour les investisseurs étrangers en assouplissant en 2005 les règles de l’Agence serbe d’Enregistrement des Sociétés et en abaissant les délais d’attente de deux mois à environ dix jours. « Il a été très facile de travailler avec le gouvernement serbe [et] en cas de problème, il est aisé de prendre contact avec les fonctionnaires du gouvernement », a soutenu Sailor.

Pour sa part, le gouvernement américain a encouragé ses sociétés à investir en Serbie. La Export Import Bank, une agence officielle de crédit aux exportations, propose des assurances, des prêts à taux intéressants et d’autres services. Sailor dit que Belgrade doit maintenant commencer à comprendre l’importance de consolider ces nouveaux liens avec les États-Unis.

« Le gouvernement serbe a besoin d’avoir des lobbyistes à temps plein pour défendre ses intérêts aux USA [et] y améliorer l’image des Serbes », a-t-il poursuivi, « parce que les investisseurs ont encore une image négative de la Serbie ».

 

Nezavisne Novine 

La mort de Milosevic vue de Bosnie : justice ne sera pas rendue 

Traduit par Ursula Burger Oesch Mise en ligne : dimanche 12 mars 2006

En Bosnie, les réactions à la mort de Milosevic sont unanimes sur un seul point : le regret que le procès n’ait pas pu aller à son terme, pour établir la culpabilité et les responsabilités de tous les acteurs de la guerre qui a ensanglanté le pays. La porte-parole de l’Union des Mères de Srebrenica doute de la réalité du décès...

Par V.P, R.C. et A.S.

Les personnalités publiques en Bosnie et Herzégovine considèrent qu’avec la mort de Slobodan Milosevic, une personnalité historique controversée, condamnée et célébrée a quitté la scène, et qu’il s’agit d’un événement qui marquera définitivement la fin d’une époque.

Sulejman Tihic, Président de la Présidence de Bosnie et Herzégovine, prétend que Milosevic restera dans les mémoires comme un individu négatif au regard de l’Histoire, un dictateur, ainsi que le premier homme d’État inculpé pour crimes et génocide. C’est la raison pour laquelle il regrette qu’il n’ait pas survécu jusqu’à la fin de son procès à La Haye. Borislav Paravac, membre (serbe) de la présidence de Bosnie et Herzégovine affirme dans sa déclaration qu’il est dommage que Slobodan Milosevic soit mort avant que le procès au Tribunal de la Haye ne démontre qu’il n’y a pas eu d’agression en Bosnie et Herzégovine. Ivo Miro Jovic, membre croate de la présidence estime qu’avec Milosevic, « beaucoup de vérités vont être enterrées ».

Nikola Spiric, président de la chambre des représentants de l’Assemblée parlementaire de Bosnie et Herzégovine affirme qu’« il aurait aimé que Milosevic, comme beaucoup d’autres, ait eu suffisamment de force pour tenir jusqu’à la fin du procès pour que le verdict final démontre s’il est coupable ou pas ».

Martin Raguz, vice-président de la chambre des représentants du parlement de Bosnie et Herégovine, considère que le Tribunal de la Haye devrait prononcer un verdict malgré la mort de Milosevic.

Dragan Cavic, Président de la Republika Srpska prétend que la mort de Slobodan Milosevic à la Haye exige une enquête détaillée sur les circonstances dans lesquelles Milosevic est décédé. « Il est révélateur qu’il s’agisse du quatrième mort serbe en détention au Tribunal de la Haye. Chacune de ces morts est suspecte par rapport aux circonstances dans lesquelles les inculpés ont perdu leur vie et ceci dans un endroit où ce genre de chose ne devraient pas arriver », a-t-il affirmé.

Krstan Simic, avocat et vice-président du parti des Sociaux-démocrates serbes indépendants (SNSD) considère qu’avec la mort de Milosevic, les représentants de Bosnie et Herzégovine perdent un argument sur lequel ils avaient beaucoup misé dans la plainte de la Bosnie et Herzégovine contre la Serbie-Monténégro devant la Cour pénale internationale, à savoir que Milosevic serait condamné devant le Tribunal de la Haye pour génocide.

Mladen Ivanic, président du PDP a déclaré que la mort de Milosevic signifiait la fin d’une époque dans l’histoire des anciennes républiques de l’ex-Yougoslavie, car aucun des acteurs des événements qui ont eu lieu au début des années quatre-vingt-dix n’est plus vivant. Miso Relota, porte-parole de la Communauté démocratique croate (HDZ) considère que Milosevic a été le principal maître des guerre sur le territoire des Balkans, alors que Safet Halilovic, président du Parti pour la Bosnie et Herzégovine affirme regretter beaucoup la mort de Milosevic, en disant que pour les victimes, il aurait mieux valu, au regard de la vérité et de la justice, qu’il survive jusqu’à la fin de son procès. Pour le Parti social-démocrate (SDP), le porte-parole Damir Masic a simplement dit que Milosevic avait causé tellement de mal aux citoyens de Bosnie et Herzégovine et de toute l’ex-Yougoslavie que tout commentaire était inutile.

Munira Subasic, présidente de l’assemblée générale de l’Association des mères des enclaves Srebrenica et Zepa ne croit pas à la mort de Milosevic, et confirme « avoir peur que la communauté internationale ne joue avec nous, les victimes, un nouveau jeu... Leur idée, c’est de transférer Milosevic en Russie et de refermer par ce biais le cercle de crimes qu’il a commis ».

Bakira Hasenic, présidente de l’Association des femmes victimes de guerre en Bosnie et Herzégovine, qui rassemble des femmes du pays entier violées durant la guerre, dit qu’au sein de cette association « la nouvelle de la mort de Milosevic a été reçu avec regret ».

Slavko Jovicic Slavuj, vice-président de l’Union des anciens détenus des camps de Republika Srpska, qui était censé figurer parmi les témoins de la défense dans le procès contre Milosevic, considère que sa mort est « tragique pour le peuple serbe entier, puisque durant sa bataille devant le Tribunal de la Haye, Milosevic a défendu le peuple serbe dans son intégralité ».

Le président de l’Union des anciens détenus des camps de concentration de Bosnie et Herzégovine, Murat Tahirovic, affirme qu’il « regrette que Milosevic n’ait pas survécu jusqu’à la fin de son procès, qui aurait prouvé tout ce qui a été fait sous son égide ainsi que sa responsabilité dans les événements qui ont eu lieu ».

Mirhunisa Zukic, présidente de la Ligue des associations de réfugiés en Bosnie et Herzégovine considère que la mort de Milosevice ne va pas déranger l’initiative de cette association pour la mise en œuvre intégrale des Accords de paix de Dayton.

 

Vu de Croatie : la mort de Milosevic et le suicide de Babic sont-ils des coïncidences ? 

Traduit par Ursula Burger Oesch Publié dans la presse : 12 mars 2006

Beaucoup de Croates regrettent que Milosevic n’ait pas pu être jugé, et regrettent que beaucoup de Serbes considèrent toujours l’ancien maître de Belgrade comme un héros. Certains s’étonnent aussi de la « coïncidence » entre le « suicide » de l’ancien dirigeant serbe de Krajina, Milan Babic, et la mort de Milosevic.

Par B. Bradaric et G. Simunov

Beaucoup de citoyens de Vukovar ont appris la nouvelle de la mort de Milosevic dans la rue. « Nous regrettons le fait qu’il soit mort avant le verdict de la justice qui - tout le monde en est certain - aurait été très lourd ». Terreurs, crimes, exils et destruction de la ville ont laissé tellement de traces que même la mort du bourreau qui en est le principal responsable ne peut les effacer. Aujourd’hui encore, Vukovar reste une ville partagée entre les Croates et les Serbes qui, malheureusement, ne partagent pas le même avis sur le plus grand criminel des Balkans.

Soutien parmi les Serbes

Encore aujourd’hui, parmi les Serbes de la région de Podunavlje, Milosevic jouit d’un grand soutien. Avant tout, il s’agit de villages voisins, au sein desquels il représente toujours, pour une raison inconnue, « un grand héros et une idole serbe » - confirment dans un café de Vukovar des clients pour la plupart serbes. Les citoyens rencontrés dans la rue considèrent que les Serbes ne devraient plus le considérer en tant que héros, car il leur a causé beaucoup de mal à eux mêmes, dont toute la population continue encore de payer les conséquences.

« Je ne trouve rien d’étrange à ces morts de Serbes à La Haye... Le procès Milosevic dure depuis des années, mais cela aurait été bien qu’il finisse par être condamné pour toute l’avalanche qu’il a suscité et enclenché depuis 1989 », affirme Danijel Rehak, président de l’Association croate des anciens détenus des camps.

« Milosevic n’a pas reçu sa punition légale, la justice de Dieu l’a cependant retrouvé », considère Ivo Kovacic, qui a combattu dans les mêmes rangs que Blago Zadro. « Babic est parti sous la pression psychique, et c’est ce qu’a fait, de moins je l’espère, Milosevic aussi, lui qui est également décédé sous une forte pression mentale », souligne Kovacic. Cependant, quel qu’eût été le verdict de la Haye, il n’aurait jamais été suffisamment élevé pour rendre justice des crimes commis. Le combattant et défenseur de Vukovar Petar Mlinaric, actuel député à l’Assemblée nationale, croit en une sorte de complot.

Une punition trop légère

« Le suicide de Babic et à présent la mort de Milosevic ne peuvent être une coïncidence ; un ami y a peut-être mêlé ses doigts, quelqu’un qui veut cacher les crimes serbes dans la région », prétend Mlinaric.

Le président de l’Association des personnes revenues, Dragutin Glasnovic, considère qu’en Serbie, au minimum 50% de la population souhaite toujours ce que Milosevic a effectivement commencé. « Avec sa mort, l’idée de la grande Serbie n’est pas morte. De plus, en Serbie, on lui reproche le fait qu’il n’ait pas réalisé leurs espérances, voilà une raison de plus pour laquelle ils regrettent sa mort », a conclu Glasnovic.

« Qui a fait du mal ne peut s’attendre au bien », commente Eva Segaric, une habitante de Skabrnje qui, en novembre 1991, a perdu son mari et ses trois fils. Branko, son seul fils survivant, considère que cette punition est trop légère pour un tel criminel. Fureur et colère ont envahi Milan Rogic, qui ce même jour a perdu son épouse et son frère. « Je suis content que Milosevic soit mort et, j’en suis certain, à cause de sa propre misère », dit Rogic, alors que ses concitoyens déplorent que Slobodan Milosevic soit mort avant d’être jugé.

 

Serbie : l’époque Milosevic est-elle vraiment révolue ? 

Traduit par Persa Aligrudic 

Publié dans la presse : 13 mars 2006 

Comment le « phénomène Milosevic » a-t-il pu apparaître en Serbie à la fin du XXe siècle ? Telle est la question de l’historienne Latinka Perovic, qui craint que son pays n’ait pas encore véritablement tourné la page. Quant au ministre des Affaires étrangères Vuk Draskovic, il s’indigne que Milosevic soit désormais présenté comme un héros...

Je dirais qu’il est plus facile de décrire les conséquences du règne de Slobodan Milosevic que d’expliquer le phénomène Milosevic, ce qui revient à expliquer les causes du projet politique qui a amené la Serbie à subir de telles conséquences.

Nous avons une question nationale extrêmement compliquée, une société encore plus affaiblie et une perte d’aptitude à communiquer avec les régions avoisinantes et le monde. Pour moi, cette dernière conséquence est véritablement la plus pénible. Car, comme le dirait notre fameux archéologue Dragoslav Srejovic, la perte d’aptitude à communiquer représente une importante indication du commencement d’une chute historique.

La guerre fait partie des conséquences directes, et le plus grand problème pour la Serbie est de s’expliquer comment elle est arrivée à être en conflit avec ses voisins et avec le monde entier. Les guerres viennent et passent, on siège aux tables de négociations, on négocie, on verse lds réparations, on renoue les relations et la vie continue. Pourtant, j’ai l’impression que, dans nos régions, la méfiance est devenue permanente, qu’elle tient nos voisins « en alerte » et qu’elle nous maintient en isolement, bien qu’il y ait une volonté déclarée d’améliorer ces rapports. Comment expliquer qu’un Slobodan Milosevic ait pu apparaitre en Serbie lors du passage du 20e au 21e siècle ? Comment est-il possible qu’il ait obtenu un très grand soutien en Serbie, alors qu’il défendait un objectif du 19e siècle ?

Découvrir la cause de ce phénomène sera un test non seulement pour la science historique et l’élite sociale, mais aussi un test de maturité pour nous tous, en tant que peuple. La réponse ne peut se trouver uniquement dans le demi-siècle précédent sous le régime socialiste, car les autres pays d’Europe de l’est ont eu la même expérience, mais aucun d’entre eux n’a eu un tel chef pour dictateur.

Comprendre ce qui s’est passé ici exige des réflexions sérieuses et des remises en question, et si vous me demandez si le temps de Slobodan Milosevic est révolu, je crains de ne pas pouvoir vous répondre par l’affirmative. Je ne le peux pas à cause du 12 mars 2003 [1]. En Serbie - et ce n’est pas une affaire de déduction mais de déclarations explicites de l’élite politique, ecclésiastique, militaire et scientifique - il existe toujours un programme archaïque d’unification de tous les Serbes qui nous a entraînés jusqu’à ce conflit avec le monde entier. J’ai peur que l’ère de la maturité intérieure n’ait pas encore commencée, et qu’il ne s’agisse, avec la mort de Milosevic, que de la fin biologique d’un homme.

Vuk Draskovic : Milosevic est un tueur en série

Je suis honteux des réactions en Serbie à la suite de la mort de Milosevic. Les regrets de ses sympathisants pour un homme qui est responsable d’innombrables crimes et qui a personnellement commandité de nombreux meurtres, se sont transformés en louanges au défunt et à sa politique qui n’a engendré que mort, malheur et haine.

Quand on promeut un tueur en série en héros national, ses victimes sont tuées une nouvelle fois et la Serbie est couverte de honte devant elle-même, devant le monde et devant Dieu, en apparaissant comme un pays où le crime est une vertu suprême. Cette situation en Serbie explique également le fait qu’il n’y a toujours pas de sentences valides pour les tueurs du crime de la route de l’Ibar [2], pour les assassins de Slavko Curuvija [3], d’Ivan Stambolic [4] et de Zoran Djindjic. Ce sont les mêmes criminels appartenant à l’escadron national de la mort sous le commandement de Milosevic qui ont tué.

[1] Jour de l’assassinat de Zoran Djindjic.

[2] Attentat auquel échappa de justesse Vuk Draskovic, mais qui causa la mort de ses gardes du corps

[3] Journaliste indépendant de Belgrade, tué durant les bombardements de 1999.

[4] Ancien Président de la République, kidnappé et assassiné en août 2000.

 

Hapi / Korak

 Presevo - Kosovo : les échanges de territoires sont-ils à l’ordre du jour ? 

Traduit par Jasna Andjelic 

Publié dans la presse : 1er mars 2006

Malgré les affirmations répétées des diplomates étrangers que le statut final du Kosovo sera déterminé indépendamment de la résolution de la crise dans le Sud de la Serbie, des rumeurs évoquent toujours la possibilité d’un échange du Nord du Kosovo contre le Sud de la Serbie...

Par Nikola Lazic

Selon cette théorie, qu’aucune des parties intéressées n’évoque en public, le Nord du Kosovo, avec sa population majoritaire serbe, resterait à la Serbie après les négociations, tandis qu Presevo et Bujanovac, avec une population majoritairement albanaise, appartiendraient au Kosovo. Les partisans du partage du Kosovo pensent que cette solution est la meilleure pour les Serbes, parce qu’ils trouvent que l’avenir du Sud de la Serbie est incertain. Cependant, les analystes avertissent au danger de ces théories pour l’État serbe.

Le pouvoir de fait

Le directeur du Forum pour les relations interethniques, Dusan Janjic, considère que ces rumeurs sont lancées par les personnes qui n’ont pas compris qu’il s’agisssait d’une politique de perdants. « Pendant toute une période, même Nebojsa Covic a parlé de deux entités au Kosovo. Les gens pensent que ces spéculations sont réelles et ne se rendent pas compte de leur caractère utopique ni du danger qu’elles comportent. Si l’on suivait cette logique, la Serbie perdrait beaucoup de son territoire. Toutes ces histoires montrent un manque de disponibilité à affronter sérieusement les problèmes », estime-t-il.

Les institutions étatiques de Belgrade détiennent le pouvoir de fait sur le Nord du Kosovo, en dépit du protectorat international établi depuis les bombardements de l’OTAN en 1999. Les Albanais n’acceptent pas cette situation et interpellent fréquemment la communauté internationale, pour que les autorités provisoires du Kosovo exercent leur pouvoir sur ce territoire. Le Nord du Kosovo est constitué des communes de Leposavic, Zvecan, Zubin Potok et Mitrovica Nord, que les autorités de Pristina et le MINUK ne reconnaissent pas comme une commune autonome.

Cette région est habité par environ 70 000 des 120 000 Serbes qui resteraient au Kosovo. La moitié habite Mitrovica, la plus grande ville de la région, ethniquement partagée en deux par la rivière Ibar. Les leaders politiques de la région, à quelques rares exceptions près, se disent opposés à tout partage du Kosovo, qu’ils considèrent partie intégrante de la Serbie. Cependant, le statut actuel semble convenir à une partie de la population, en dépit de nombreux problèmes comme les coupes de l’électricité et le chômage. Tout en étant officiellement au Kosovo, les quatre communes serbes profitent de toutes les institutions de la Serbie, excepté l’armée, la police et la justice.

Cela permet aux fonctionnaires de l’enseignement public, de la santé et des autres services étatiques de toucher la fameuse « allocation kosovare » qui comprend le total de leur salaire mensuel versé par Belgrade, plus l’argent donné par le MINUK, entre 100 et 150 euros par personne. D’autre part, le Sud de la Serbie est une des plus pauvres régions de la république. Les dirigeants politiques albanais locaux insistent sans cesse sur l’annexion de la région au Kosovo, ce qui provoque le mécontentement de la population serbe.

La plate-forme politique de tous les partis albanais sur l’autonomie territoriale et la perspective de l’annexion au Kosovo y a beaucoup contribué. Tout cela a alimenté les rumeurs sur un échange de territoires, soutenues par les arguments selon lesquels les Albanais ont déjà perdu le Nord du Kosovo et les Serbes le Sud de la Serbie. Cependant, les responsables politiques serbes du Nord du Kosovo, hormis quelques exceptions, excluent toute possibilité d’échange, ainsi que leurs collègues serbes et albanais de Bujanovac et de Presevo.

Le G17+ pour l’échange de territoires

Stojanka Petkovic, présidente du comité du G 17+ pour le Kosovo pense pourtant que les Serbes devraient accepter cette offre. « Les gens y pensent pas. D’autre part, j’ai posé la question aux représentants de l’UE et la réponse était plutôt intéressante. Ils disent que ce plan n’a pas de chances de marcher, parce que 90% des jeunes Albanais du Sud de la Serbie souhaitent avant tout obtenir des visas pour l’étranger et estiment que cet objectif est plus facile à réaliser en Serbie. Seuls les Albanais d’un certain âge souhaitent l’annexion au Kosovo. Cependant, en cas d’offre d’échange, les Serbes devraient tout de suite l’accepter. En réalité, il serait idéal d’obtenir le Nord du Kosovo sans condition mais, dans le cas contraire, il faudrait accepter l’offre. Le Sud de la Serbie est habité à 90% par des Albanais. Ils vont annexer cette région au Kosovo que ce soit maintenant ou plus tard, et il vaut mieux obtenir quelque chose en échange. D’autre part, l’intégrité et la souveraineté du Kosovo est perdu au nord de la région. En bref, le Nord du Kosovo est un territoire purement serbe, et 90% des habitants du Sud de Serbie sont des Albanais. Il vaut mieux échanger ces territoires si l’occasion s’en présente », affirme-t-elle.

Il semble que la présidente du G 17+ pour le Kosovo soit la seule à penser ainsi. Marko Jaksic, président de la Communauté des communes et des villes serbes et vice-président du Conseil national serbe (SNV), la première force politique du Nord du Kosovo, pense que cette question n’est pas sérieuse. Marko Jaksic pense que le problème du Sud de la Serbie est artificiel, qu’il n’existe pas et n’a aucun lien avec le Kosovo.

Oppositions serbes...

« Une partie de la communauté internationale est prête à donner le Nord du Kosovo sans condition. Cela ne répond pas aux ambitions serbes, parce que nous ne voulons pas partager le Kosovo, mais résoudre ensemble le problème de toutes les zones de la région habités par les Serbes. De quel échange peut-on parler, puisqu’il s’agit de deux territoires serbes ? », demande Marko Jaksic.

Oliver Ivanovic est un opposant politique de Jaksic, mais il est d’accord avec lui sur ce sujet. Oliver Ivanovic était premier candidat sur la Liste serbe pour le Kosovo, et il s’était présenté aux élection en dépit du boycott. Il affirme que l’échange des territoires « n’a absolument aucune chance de se réaliser ».

« Cette possibilité est exclue. Les leaders albanais l’ont déjà compris, mais ils n’osent pas le reconnaître parce qu’ils seraient accusés de trahison. L’objectif des Albanais est d’obtenir plus de compétences au Sud de la Serbie, c’est pourquoi ils feignent de vouloir l’annexion au Kosovo. Je pense qu’ils surestiment leurs capacités. Les représentants internationaux disent ouvertement que les négociations sur le Kosovo et le Sud de la Serbie représentent des sujets séparés », explique-t-il.

L’attitude des responsables politiques serbes du Sud de la Serbie est similaire. Goran Taskovic, président du Comité municipal du Parti démocrate à Bujanovac, dit que cette histoire est insensée parce qu’il trouve absurde d’échanger des territoire qui appartiennent tous les deux à la Serbie. « Je pense que les Albanais tentent simplement d’améliorer leur position avant le début des négociations », estime-t-il.

... et albanaises

Cependant, les leaders locaux albanais ne prennent pas cette possibilité en compte. Saip Kamberi, chef des représentant du Parti de l’action démocratique (PDD) dans l’assemblée communale de Bujanovac, dit que l’échange est impossible pour plusieurs raisons. « À mon avis, et selon la position officielle du PDD, les négociations sur le Kosovo seront basés sur les principes du groupe de contact selon lesquels il n’y a pas de partage du Kosovo, pas de changement de frontières ni d’annexion du Kosovo à un État voisin. Ni les Serbes ni les Albanais ne peuvent changer cette donne. Personnellement, je n’envisage aucun échange de territoires. Il est important que les Albanais définissent le modèle des droits pour les minorités de la région ».

Skender Destani, président de l’Union démocratique de la vallée (DUD) qui fait partie de la coalition au pouvoir à Presevo, est également hostile au changement de frontières. « Je n’ai pas entendu parler de cette possibilité, mais je pense que ce n’est pas une bonne idée. Nous sommes opposés aux changements de frontières. Tout échange de territoires peut entraîner des conséquences dangereuses, surtout les déplacements de la population civile qui souffre le plus dans ces situations ».

La question du statut du Nord du Kosovo représentera sûrement un des sujets essentiels dans les négociations sur le Kosovo. Les Serbes qui sont majoritaires dans la région disent qu’ils utiliseront tous les moyens pour empêcher que ce territoire ne soit contrôlé par les Albanais. D’autre part, les Albanais du Sud de la Serbie parlent de plus en plus ouvertement de l’annexion au Kosovo et souhaitent participer aux négociations. Le véritable dialogue n’a pas encore commencé, et il est difficile de prévoir si la médiation de la communauté internationale amènera à un éventuel compromis.

 

Hapi / Korak

 Sud de la Serbie : la privatisation prend du retard 

Traduit par Persa Aligrudic 

Mise en ligne : mercredi 8 mars 2006

Les privatisations accumulent les retards dans la vallée de Presevo, alors que cette région connaît une crise économique particulièrement grave. Quelles sont les causes des blocages ? Des facteurs économiques, politiques ou interethniques ?

Par Slavomir Kostic

D’ici le 31 décembre 2007, date à laquelle expire le délai pour la transition de l’économie sociale, toutes les sociétés nationales restantes dans les communes de Bujanovac et de Presevo seront privatisées. Le processus de privatisation dans ces communes se déroule conformément aux cadres fixés et la politique n’est pas la cause du déroulement relativement lent de ce processus qui est avant tout une question économique et non pas politique. C’est en tout cas ce que pensent les dirigeants du gouvernement de Serbie et du Corps de coordination pour le sud de la Serbie.

Cependant, les industriels et les politiciens de ces communes soulignent qu’un déroulement plus rapide et plus efficace des processus de privatisation des sociétés nationales est très important pour le règlement des problèmes économiques et sociaux de cette région mais, tout compte fait, ils n’excluent pas l’influence du facteur politique sur ce processus qui doit contribuer au développement économique global et, de ce fait, à la stabilisation des rapports interethniques dans ces communes.

Blocages

Les dirigeants du gouvernement de Serbie et du Corps de coordination pour le sud de la Serbie sont catégoriques pour affirmer leur position : le facteur politique ne bloque pas le processus de privatisation des entreprises nationales dans les communes de Bujanovac et de Presevo, et que ce processus se déroule selon les délais fixés, c’est-à-dire que tout doit être terminé d’ici le 31 décembre 2007.

Le chef du groupe de travail pour la privatisation des sociétés du sud de la Serbie près le ministère de l’Economie et de la Privatisation, Milan Josipovic, affirme en revanche que c’est justement ce processus qui représente « une phase importante de tout le développement économique des communes du sud de la Serbie : Bujanovac, Presevo et Medvedja ».

« La première phase du développement de ces communes est de fonder des petites et moyennes entreprises, bien entendu avec l’aide de l’État, ce qui a fait l’objet de discussions plus détaillées à l’occasion de la rencontre du premier ministre de Serbie Vojislav Kostunica avec les maires de ces communes », déclare Milan Josipovic, alors que la seconde phase concerne la privatisation des entreprises nationales, ce qui doit contribuer au règlement des problèmes socio-économiques qui se sont accumulés. « Et il n’est pas question de dire que ce processus se déroule lentement, ou bien qu’il est ralenti pour des raisons et des facteurs politiques. Je suis persuadé que ce processus sera achevé dans les délais dans toutes les communes et qu’il contribuera ainsi au développement et à l’emploi à Bujanovac et Presevo. Quant au fait qu’il n’y a pas de partenaires stratégiques pour certaines sociétés, même pour celles en faillite, c’est un question économique et non pas politique. La privatisation de Heba [1], dont on parle beaucoup et qui fait l’objet de manipulations, est un problème purement économique. Si l’on hésite à privatiser Heba pour que l’acheteur ne soit pas un Albanais, cela n’a aucun rapport avec l’économie. Le plus important est que le futur propriétaire investisse dans l’expansion des capacités, l’introduction de nouvelles technologies, de nouveaux postes de travail »...

Sima Gazikalovic, représentant du Corps de coordination pour le sud de la Serbie, rejette aussi toute influence politique : « Je suis convaincu qu’il ne s’agit pas d’un facteur politique mais je reconnais que le processus de privatisation est ralenti », explique-t-il, mais dans le sens où les sociétés n’ont pas trouvé de partenaires stratégiques et non pas par crainte des Albanais. « Je suis certain que le gouvernement respectera les délais fixés par la loi pour la privatisation des sociétés nationales à Bujanovac et à Presevo. Cela est également valable pour la société Heba de Bujanovac avec laquelle il n’y a aucune manipulation car elle entre dans une privatisation normale ».

Calculs