Slovénie : presse
| Pajol
Slovénie : histoire et lutte des « effacés » de la citoyenneté Mise en ligne : samedi 25 novembre 2006 En 1992, la République de Slovénie a procédé à « l’effacement » légal, c’est-à-dire à la mort civile de milliers d’individus. Il s’agit de personnes originaires d’autres républiques ex-yougoslaves, résidant de longue date en Slovénie, mais qui n’ont pas obtenu la citoyenneté slovène après l’indépendance. On compte aussi parmi eux de nombreux Rroms. Ce long déni de justice a été condamné par la Cour constitutionnelle de Slovénie, mais sans que cela n’améliore la situation des personnes concernées. Par Les Effacés Le 26 Février 1992, le ministère de l’Intérieur a effacé des milliers de personnes des Registres des Permanents Résidents en République de Slovénie (des sources officielles de ce ministère ont avancé le nombre de 18 305 personnes, bien que d’autres sources affirment qu’il est bien supérieur). Avant l’instauration du nouvel État, tous les résidents de la république slovène étaient égaux devant la loi - notre citoyenneté yougoslave nous conférait à tous les droits civils et politiques. L’effacement des registres, qui a joué un rôle dans la formation du nouvel Etat et du corps citoyen en 1991/92, peut être interprété comme une violation sévère des droits sociaux, économiques, politiques et humains, fondée sur des motifs ethniques. Cet effacement touche tout autant la citoyenneté que le permis de résidence. Dans le processus de formation du nouveau corps citoyen, les résidents de Slovénie originaires des autres républiques de l’ex-Yougoslavie ont été appelés à remplir un formulaire afin d’obtenir la citoyenneté slovène. Bien que nous ayons été résidents permanents depuis de nombreuses années en Slovénie, voire même notre vie durant, il nous fallait donc réclamer la citoyenneté slovène d’une manière différente que les Slovènes d’origine. Environ 1 % de la population slovène n’a pas réussi à obtenir cette citoyenneté en 1991/92, soit parce qu’aucun formulaire n’a été rempli, soit parce que la demande a été rejetée. Nos droits furent violés puisque nous fumes privés, sans aucune raison objective ou légitime, du statut dont nous avions pu jouir jusqu’alors ; nous fumeseffacés du Registre des Résidents Permanents par le Ministère des Affaires Intérieures le 26 février 1992. L’application de la Loi relative aux Etrangers a alors annulé tous les droits que nous possédions. Du point de vue de la loi, nous étions mis sur le même plan que les étrangers illégaux. Nous, les Effacés, avons subitement été dépouillés de notre droit de résidence en Slovénie (dans nos maisons, avec nos familles), du droit de franchir les frontières étatiques, et de tous les autres droits économiques, sociaux et politiques. Certains d’entre nous ont été détenus, et déportés. Cet effacement a considérablement affecté nos vies en tant qu’individus, et membres de nos familles. Cet effacement des Registres des résidents permanents a été mené dans le secret. Nous n’avons pas été informés du changement de notre statut de résidents, et la plupart du temps, c’est seulement par hasard que nous l’avons découvert. Par exemple, lors de visites de routine aux administrations locales, il nous était demandé de présenter nos papiers, qui étaient confisqués, et promptement détruits. Certains d’entre nous sont devenus de facto des apatrides, car nous ne disposions pas (et ne disposons toujours pas) de passeport étatique. Qui sommes nous, nous les Effacés ? Pour la plupart, nous venons des autres républiques d’ex-Yougoslavie, et nous sommes déplacés en Slovénie dans les années 1960, 70 ou 80 pour des raisons diverses - la plus commune étant le travail. C’était l’époque où la Slovénie avait besoin de nous, pour le développement rapide de son industrie lourde et de son économie. Les Effacés représentent une parcelle d’un groupe plus large de migrants internes. Suite à l’indépendance, de nombreux migrants ont obtenu la citoyenneté (171 000). Mais ceux d’entre nous qui ne l’ont pas obtenue ont été « punis » par une « exécution civile » : Privation de nos permis de résidence, et de ce fait suppression de nos droits. Parmi nous, il y a aussi des enfants nés en Slovénie, qui y ont grandit et y ont suivi leur scolarité. De plus, certains d’entre nous ont des parents slovènes, mais sont nés dans d’autres républiques d’ex-Yougoslavie. Les Rroms, l’une des minorités les plus oppressées de Slovénie, font aussi partie des Effacés. Les estimations montrent que 2 000 Rroms ont été effacés, bien que le nombre réel soit inconnu. Quelles sont les conséquences de l’effacement ? Certains d’entre nous ont été forcés à émigrer - nous sommes alors partis vers l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, et les nouveaux Etats de la région anciennement yougoslave. D’autres ont eu à prétendre qu’ils étaient des demandeurs d’asile ou des réfugiés en République de Slovénie - pays dans lequel nous vivions, peu de temps avant, comme de légitimes citoyens. Nombreux furent ceux qui restèrent en Slovénie, condamnés à une existence illégale. Parfois, nous étions détenus dans des postes de police, ou dans des centres de détention. Nous savons qu’il existe des cas de suicides et de morts, dus à des soins insuffisants et à la pauvreté. Nombreux perdirent leur emploi, sans pouvoir en retrouver un autre. Beaucoup perdirent leur droit à pension. Contrairement aux autres résidents slovènes, nous n’avions pas le droit d’acheter les appartements dans lesquels nous vivions. Nous n’obtinrent pas de certificats de propriété comme les autres citoyens slovènes, alors même que notre contribution au développement du « common wealth » slovène équivalait à la leur. De plus, nous ne pouvions conduire nos voitures, puisque nos permis de conduire - émis en République de Slovénie - avaient été confisqués et détruits par l’administration. Nous n’osions pas quitter le pays, car nous n’aurions pas été autorisés à y entrer à nouveau. Certains d’entre nous ont été expulsés de leurs maisons. L’effacement a séparé de nombreuses familles, car certains d’entre nous ont été déportés de force hors du territoire slovène. Nous nous cachions de la police, furent victimes de raids policiers, de menaces, de pressions psychologiques quotidiennes, et parfois même de torture. Du fait de l’effacement, beaucoup d’enfants ont grandi sans leurs parents. Certains parents ont été dépouillés de leur droit à la parentalité. La Cour Constitutionnelle de la République de Slovénie et d’importants comités internationaux ont condamné l’effacement, et ont demandé qu’il soit remédié aux injustices. Pendant plus de dix ans, les expériences et la souffrance des Effacés ont été enveloppées de silence. C’est seulement en 2003 que l’effacement est devenu une problématique publique importante. D’abord en 1999, puis de nouveau en 2003, la Cour Constitutionnelle a demandé qu’il soit remédié à ces injustices, par le biais d’une réinscription au Registre de tous les effacés du 26 février 1992. Cependant, au lieu d’être immédiatement et inconditionnellement réenregistrés, nous - et notre effacement - sommes devenus un sujet de débat électoraliste. Les parties de droite du Parlement ont dépeint les « citoyens slovènes » comme des victimes qui, en tant que débiteurs d’impôts, auraient à payer une indemnité aux Effacés. Dans le même temps, nous fumes présentés comme des imposteurs qui cherchaient à exploiter à la fois l’Etat slovène, et ses citoyens. Condamnations internationales À la suite de la décision de la Cour Constitutionnelle, plusieurs comités de l’ONU (le Comité des droits de l’homme, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, le Comité des droits de l’enfant, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels) ont demandé que l’Etat slovène règle notre situation. Les comités firent part de leur appréhension quant aux effets de l’effacement sur le respect des droits de l’homme, et appelèrent à l’exécution immédiate de la décision de la Cour constitutionnelle slovène. Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels fit en 2006 la déclaration suivante. « Le Comité observe que cette situation comporte des violations des droits économiques et sociaux de ces personnes, à savoir le droit au travail, à la sécurité sociale, aux soins médicaux et à l’éducation. (...) Le Comité recommande avec insistance à l’Etat de prendre les mesures législatives et autres, nécessaires pour remédier à la situation des nationaux des états de l’ex-Yougoslavie qui ont été « effacés », lorsque leurs noms furent supprimés des Registres de la population en 1992. » (Conclusions finales du Comité, adoptées le 25 janvier 2006, E/C.112/SNV/CO/1) Une appréhension identique a été exprimée par le Comité consultatif du Conseil de l’Europe : « Le Comité consultatif note avec inquiétude que, malgré les pertinentes décisions rendues par la Cour Constitutionnelle, plusieurs milliers de personnes dont les noms ont été rayés des Registres des Permanents Résidents le 26 février 1992, et transférés automatiquement sur les Registres des étrangers, sont toujours en train d’attendre la clarification de leur statut légal, plus de dix ans plus tard. (...) Dans de nombreux cas, le défaut de citoyenneté ou l’absence de permis de résidence a eu un impact particulièrement négatif sur la situation de ces personnes. En particulier, cela a donné lieu à la violation de leurs droits économiques et sociaux, puisque certains d’entre eux ont perdu leurs maisons, leur emploi ou leur droit à une pension de retraite, et a sérieusement entravé leur droit à mener une vie familiale et leur liberté de mouvement. » (Conseil de l’Europe, 1er décembre 2005) Le Haut-commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Alvaro Gil-Robles, a lui aussi saisi plusieurs occasions pour pointer du doigt le problème des Effacés (en 2003 et 2006). Entre autres choses, il a écrit : « Le problème des personnes effacées continue d’être une question politiquement lourde en Slovénie, qui divise l’opinion, et elle fait l’objet de débats passionnés. Malheureusement, la question a souvent été instrumentalisée par certains partis politiques, qui en ont fait un outil de campagne. Tout spécialement pendant la période qui a mené aux élections générales d’Octobre 2004, de nombreux politiciens ont émis des déclarations xénophobes en se référant aux problèmes des Effacés, et à d’autres personnes considérées comme non-Slovènes ou, d’une manière ou d’une autre, différentes. (...) Concernant la promulgation de la loi régissant et réinstaurant le statut des personnes toujours effacées à ce jour, le Commissaire recommande avec insistance au gouvernement slovène de résoudre définitivement la question en toute bonne foi, et conformément aux décisions de la Cour Constitutionnelle. Quelque soit la solution législative choisie, l’impasse actuelle témoigne d’un respect médiocre de la règle de droit et des décisions de la Cour Constitutionnelle en Slovénie. » (Rapport en date du 29 Mars 2006) Ces rapports ont aidé à l’internationalisation du problème. Néanmoins, la question de l’effacement reste irrésolue aujourd’hui. Un grand nombre des Effacés n’a toujours pas réussi à obtenir des documents, ni les droits attachés à la citoyenneté. Nous devons toujours nous cacher de la police, et l’Europe sans frontières ne représente pour nous rien d’autre qu’une vide promesse. La lutte des Effacés Nous, les Effacés, ne nous considérons pas comme des victimes ; bien au contraire, nous sommes en train de devenir un sujet politique incontournable ! Pendant longtemps, nous, les Effacés, n’avons pas su que la violence et l’exclusion dont nous faisions l’expérience n’était pas le lot de quelque rares individus, mais de milliers de personnes (autrement dit 1% de la population de la République de Slovénie). La vérité a mis des années à voir le jour, et nous-mêmes avons mis du temps à appréhender l’acte d’effacement dans toutes ses dimensions tragiques. Peu à peu, nous avons commencé à nous rencontrer, à comparer nos expériences et à nous adresser au public. Nous avons débuté alors notre lutte politique et juridique pour la ré-attribution du droit dont nous avons été dépouillé, de manière inconstitutionnelle, en 1992. Nous avons organisé des protestations publiques en Slovénie, et avons suivi de nombreuses manifestations se battant pour la reconnaissance des droits de l’homme pour les immigrés, en Italie. De plus, nous avons organisé des séminaires, des tables rondes, des expositions et des tribunes publiques concernant le problème des individus effacés, en Slovénie et à l’étranger (en Italie, Grande-Bretagne, France, Danemark, Autriche, et ailleurs). Nous avons aussi tenu des discussions avec les ambassadeurs des autres républiques ex-yougoslaves, et avons rencontré des membres du Parlement européen. Nous avons conduit plusieurs actions puissantes, comme des grèves de la faim, une marche de Koper à Ljubljana, ainsi que des événements d’expression artistique activiste. À l’été 2006, nous avons symboliquement ouvert la première « Ambassade des Effacés » en Italie, à Venise. En Juillet 2006, Anton Giuglio Lana, une organisation d’avocats italienne spécialiste des droits de l’homme, a déposé une plainte groupée devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Cette plainte est fondée sur le cas de 11 personnes qui n’ont toujours pas de statut légal en Slovénie, et qui se trouvent donc peu à même de s’en sortir. Notre initiative de construction de réseau et d’engagement politique s’est appuyée sur l’instauration de deux organisations non gouvernementales, qui disposent de relations avec des individus locaux, ainsi qu’à l’étranger. Nous avons développé des alliances et une coopération avec plusieurs associations de défense des droits de l’homme, avec des activistes et des chercheurs critiques. Une campagne médiatique est en cours, en Slovénie (MagazineMladina ; Quotidiens Ve ?er, Dnevnik, Delo ; Radio Student et Radio Marš) et à l’étranger (Quotidien italien Il Manifesto). Des articles scientifiques et des ouvrages ont été publiés, et des films ont été présentés (en Grande-Bretagne, Slovénie, Italie, et Hollande). Cependant, le public slovène continue d’être rigoureusement divisé, entre les sympathisants de notre lutte d’un côté, et ses adversaires de l’autre. Ces derniers nous perçoivent comme des ennemis de la nation et de l’Etat slovène, et comme des opportunistes politiques. Certains d’entre eux - parmi lesquels se trouvent même des membres du Parlement - nous voient comme des suceurs de sang, des lâches, la lie de l’humanité. L’effacement n’est pas un problème slovène, mais européen En 2004, la République de Slovénie est devenue membre de l’Union Européenne : la liste infinie de conditions à remplir pour accéder à l’Union ne prévoyait pas la restitution des droits subtilisés aux Effacés. La Slovénie présidera l’Union Européenne en 2008, et une fois encore, l’effacement n’a pas été un obstacle pour parvenir à cette fonction hautement honorable. Ainsi, il est évident que la question des Effacés n’est pas une entrave à la participation de la Slovénie à un processus que le public perçoit, pourtant, comme une garantie pour la démocratie. De notre point de vue, une grande partie du problème réside dans le fait que les autorités slovènes ne montrent aucune intention de nous réattribuer nos droits ; de plus, des institutions-clés de l’Union Européenne n’ont pas eu la volonté de résoudre activement cette question. Les résidents effacés de la République de Slovénie - qui sont désormais résidents de l’Union Européenne - se demandent : Pourquoi l’Europe demeure silencieuse ? Quelles sont ses réelles normes, valeurs et visons ? L’effacement est devenu un problème européen. Nous ne sommes pas les seuls effacés. Il y a différentes sortes d’individus effacés en Europe, et leur nombre augmente - par exemple, les Rroms nés et vivant en Italie (qui restent privés de citoyenneté), les descendants des immigrés algériens en France, les demandeurs d’asile, etc... Il semble que la culture européenne traditionnelle, celle des droits sociaux, de la solidarité et du respect des diversités culturelles, a été remplacée par une politique de détention et de déportation des « immigrés », peu important leurs connections avec l’endroit dans lequel ils résident (il y a 178 Centres de Détention pour migrants et demandeurs d’asile en Europe). Nous, les Effacés, nous nous interrogeons : Les droits de la personne existent-ils en Europe seulement sous la forme d’une déclaration ? Quelles sont les fondements de la citoyenneté européenne émergente ? Il existe un besoin urgent de redéfinition du concept de citoyenneté et de résidence permanente. Nous requérons une compréhension européenne nouvelle des droits civiques, qui respecte entièrement les liens véritables et effectifs avec le lieu de résidence, et fasse ainsi table rase avec le concept périmé de jus sanguinis (la citoyenneté fondée sur le sang, ou les liens familiaux). Nous souhaiterions que l’Europe se souvienne de son propre passé d’émigration, et qu’elle applique cette expérience à la situation actuelle, pour promouvoir l’inclusion, le soutien et la solidarité avec toutes les personnes déjà présentes sur le territoire, et avec toutes celles qui arriveront. Nous demandons des droits de résidence pour tous les exclus, les invisibles, et pour tous les effacés d’Europe ! Le permis de résidence et le droit à la citoyenneté devraient devenir des normes démocratiques de base !
|
European Rights Roma Center
Rroms expulsés en Slovénie : que fait le gouvernement ? Traduit par Jacqueline Dérens Mise en ligne : mercredi 8 novembre 2006 La communauté rom chassée de son village est toujours installée provisoirement dans le centre de réfugiés de Postojna. Amnesty International et le Centre européen pour les droits des Rroms ont saisi les autorités slovènes, car cette solution ne peut pas devenir durable. L’attitude de la police et de la justice est également critiquable. Si une foule en colère peut expulser des citoyens, c’est l’État de droit qui est en danger. Le Centre européen pour les droits des Roms (ERRC) de Budapest et la section slovène d’Amnesty International ont envoyé une lettre au Premier ministre slovène Janez Jansa pour exprimer leur inquiétude devant l’attitude des autorités slovènes, qui facilitent le déplacement forcé d’un camp rom, près du village d’Ambrus, à la suite des agissements d’une foule hostile aux Roms. La police, il est vrai, a plusieurs fois protégé les résidents du camp rom des menaces violentes de la foule, elle n’est cependant pas intervenue à temps, et les autorités n’ont toujours pas, à ce jour, condamné comme il se doit les actions violentes de la communauté majoritaire et les menaces racistes proférées par la foule. Les faits se sont déroulés de la manière suivante. Le 29 octobre, un groupe d’environ 30 Roms, parmi lesquels des enfants, du lotissement de Decja vas, près du village d’Ambrus, dans la commune de Vancna Gorica, ont été évacués vers le centre de réfugiés de Postojna, une ancienne caserne, pour les protéger de la colère des autres villageois. Cette décision a été prise apparemment à la suite d’un incident survenu une semaine p)lus tôt, au cours duquel un homme a été attaqué par les habitants du camp. Il a dû être hospitalisé et recevoir des soins d’urgence. À la suite de cette attaque, le 23 octobre, les villageois se sont réunis et ont appelé à des actes violents contre les Roms. La police présente à la réunion, qui fut retransmise à la TV, n’est pas intervenue à ce moment. À la suite de cette réunion, toute la communauté rom a quitté ses maisons et a fui dans les bois environnants. Elle a passé plusieurs nuits dans les bois, de crainte de représailles de la part des villageois qui les ont menacés d’actes violents, jusqu’à des menaces de mort. Le 28 octobre, les Roms ont essayé de retourner chez eux sous la protection de la police. Mais environ 200 personnes se sont opposées au retour des Roms et, sous la menace de violence, ont exigé des autorités que la communauté rom sont relogée dans un endroit plus convenable « pour des raisons de sécurité et de défense de l’environnement ». Plusieurs de ces villageois ont déclaré : « les Roms ne reviendront jamais ici ». À cause des menaces et des dangers évidents de cette foule en colère, la police slovène a bloqué les accès au camp des Roms et des renforts de police ont été envoyés. Le soir du 28 octobre, on arriva à un accord entre toutes les parties, selon lequel les Roms seraient temporairement installés dans le centre de réfugiés de Postojna. Dans ce centre, il y a l’eau courante et des sanitaires, mais pas d’eau chaude ni de chauffage. Mr Jurij Zaletel, responsable du secteur pour l’intégration des réfugiés et étrangers, a alors décidé que les Roms pourraient aller dans un centre de détention pour les étrangers, tout proche et actuellement fermé, deux à trois fois par semaine pour prendre une douche. Le médiateur slovène pour les droits de la personne, Matjaz Hansek, a déclaré que le respect de la loi était dangereusement mis à mal « si une foule en colère qui profèrent des menaces de mort peut décider de l’endroit où chacun doit vivre ». Il a aussi mis en garde sur le fait que cela puisse servir de signal pour la répétition de tels actes à l’avenir. ERRC et Amnesty International reconnaissent dans leur lettre que la police a protégé la communauté rom de ceux qui les menaçaient, que le relogement temporaire dans le centre de Postojna pouvait être une mesure légitime pour assurer leur sécurité, mais ces organisations sont préoccupées par le fait que la présence permanente de la communauté à Posjtona n’est plus souhaitable et n’est pas une réponse appropriée à la menace initiale. Les organisations observent aussi que ces limites imposées au droit à la vie privée et à un logement décent ne peuvent être que temporaires. Les actes de violence doivent faire l’objet d’une enquête approfondie. De plus, il apparaît que la police n’a commencé à prendre vraiment au sérieux la gravité des menaces que le 28 octobre, soit plusieurs jours après le début des événements. Dans la lettre envoyée au Premier ministre, les signataires expriment leur inquiétude devant la lenteur des autorités à prendre des mesures pour condamner et mener une enquête sur ces attaques à caractère raciste et faire comparaître les coupables devant la justice Les signataires se disent préoccupés de projets pour reloger d’une manière permanente ces Roms dans d’autres lieux. Le Comité des Nations unies pour les droits sociaux, économiques et culturels stipule à l’article 11 de sa convention que les déplacements forcés sont incompatibles avec le respect de ces droits et que chacun doit avoir un minimum de sécurité quel que soit le mode de propriété de son lieu de résidence. Toute proposition de relogement doit se faire en consultation avec ceux qui vont être déplacés, ils doivent être avertis à l’avance, la procédure doit être en stricte conformité avec les lois internationales des droits de la personne. Aucune forme de discrimination, en particulier la discrimination raciale ne peut être tolérée quand il s’agit de déplacer des personnes de chez elles par la force. Dans le cas présent, il apparaît qu’un grand nombre de ces droits fondamentaux de la protection de la personne ont été bafoués. La communauté est en grand danger d’être déplacée de force, ce qui est une violation flagrante des droits de la personne. Les solutions proposées n’ont pas été élaborées selon une véritable consultation avec la communauté et celle-ci n’a pas eut de possibilité de s’opposer à ces solutions devant un tribunal adéquat. De plus, en cédant devant l’attitude intolérante de la majorité, les autorités courent le risque de renforcer la discrimination raciale. En conclusion, les signataires demandent instamment au Premier ministre Janez Jansa de prendre des mesures pour que les droits de cette communauté touchée par ces attaques soient respectés, qu’elle soit protégée comme l’exige le droit international.
|
Slovénie-Croatie : un nouveau litige frontalier qui pourrait dégénérer Traduit par Jean-Arnault Dérens Mise en ligne : lundi 18 septembre 2006 Accusations et menace, conseils de guerre et réunion extraordinaires, coups de téléphone au vitriol entre chefs de la diplomatie, la tension a dangereusement monté la semaine dernière entre la Slovénie et la Croatie, à propos d’un micro-territoire contesté sur le versant nord de la frontière. Les forces spéciales slovènes et croates se sont néanmoins retirées vendredi matin des zones litigieuses Par Franco Juri Les armes pourraient-elles parler ? Oui, c’est possible, au coeur même de l’Europe, entre un pays membre de l’UE et un autre qui aspire à y entrer. Sur les bords de la rivière Mura, à l’extrême nord-est de la frontière slovéno-croate, près de la Hongrie, un drame typiquement balkanique pourrait se jouer. Les deux voisins anciennement yougoslaves s’affrontent dangereusement, au terme de quinze ans d’indépendance et de contentieux territoriaux que l’on avait toujours trop pris à la légère jusqu’à maintenant. C’est une véritable guerre des nerfs qui se joue, où la moindre étincelle pourrait faire éclater la haine et la violence. Cette fois, les deux gouvernements prennent les choses au sérieux, et ont déployé des forces spéciales de police en tenue de combat le long de la zone frontalière qui coupe de manière incohérente la rivière Mura. Les menaces et les accusations ont volé entre Zagreb et Ljubljana toute la journée du mercredi 13 septembre. Accusations et menace, conseils de guerre et réunion extraordinaires, coups de téléphone au vitriol entre les deux chefs de la diplomatie, le Slovène Dimitrij Rupel, et la Croate Kolinda Grabar-Kitarovic. L’incident qui a fait débordé le vase a été l’interpellation d’équipes de télévision et de journalistes slovènes, qui voulaient aller regarder ce qui se passait en réalité le long d’une frontière qui, en réalité, n’a toujours pas été définie, et que les deux pays conçoivent de manière différente. Les journalistes, munis d’un laissez-passer délivré par les autorités des deux pays, qui s’est révélé inutile, se sont engagés sur un sentier de terre battue dans le territoire que les Croates estiment placés sous leur propre juridication, car il se trouve sur leur versant de la ligne cadastrale. La police croate a arrêté, interrogé puis relâché les journalistes, en leur expliquant qu’ils avaient violé la souveraineté croate. Histoire de porter l’incident à son paroxysme, la patrouille de police qui a arrêté les journalistes était mixte, comme le veut un accord provisoire intervenu entre les deux gouvernements pour alléger les tensions. Elle était composée d’agents croates et d’un Slovène, qui n’a pas réagi. La ligne de frontière, que les Slovènes considèrent comme non définie, et pour laquelle ils réclament une solution plus conforme aux intérêts de la population locale, en la fixant sur la rivière, suit en fait l’ancienne ligne cadastrale, en vigueur au moment de la proclamation des indépendances. La situation est donc diamétralement inverse de celle qui prévaut en Istrie, puisque là-bas, c’est au contraire la Slovénie qui réclame le respect d’une ligne cadastrale que la Croatie refuse de reconnaître. À la différence du contentieux d’Istrie, celui qui se joue aux confins du Prekmurje slovène et du Medjimurje croate a des antécédents qui risquent de compliquer le dossier. Un pont qui menace la souveraineté slovène En 1999, la diplomatie slovène, alors dirigée par Boris Frlec, avait reconnu la juridiction croate dans les limites cadastrales qui, à plusieurs reprises, franchissent la Mura et atteignent les intérêts des habitants slovènes des villages de Hotiza et de Mirisce. Dans le même temps, la police slovène accorda à la police croate un libre passage en terre slovène pour rejoindre les bouts de terre croate situés sur la rive de la rivière que Ljubljana considère comme sienne, et qui sont en grande partie propriété de citiyens slovènes. Récemment, pour éviter cette situation de dépendance, la Croatie entreprit de construire un pont sur la Mura. Les neuf habitants du village de Mrisce, qui se trouvent sans l’ombre d’un doute sur le versant slovène du cadastre et ne devraient donc avoir aucune raison de craindre la souveraineté croate, en furent épouvantés. Ils sont quotidiennement interviewés par les télévisions slovènes qui les présentent comme les victimes d’une tentative d’annexion croate, et donc comme l’avant-garde des défenseurs de la souveraineté slovène. Les craintes des neuf habitants de Mirisce sont-elles justifiées ou ne s’agit-il que d’une nouvelle manipulation des médias, qui jouent sur l’irrationalité et les passions nationalistes ? Par ses derniers gestes, la Croatie ne fait aucun effort pour arranger les choses. En août, des pelleteuses de Zagreb ont tracé une nouvelle route entre Sveti Martin na Muri et Mirisce. L’entreprises concessionaire croate justifie les travaux, effectués du côté croate de la ligne cadastrale, par la nécessité de construire au plus vite des retenues contre les inondations. Les eaux de la Mura menacent effectivement les deux rives, mais la population locale craint moins la rivière et les inondations que le risque d’être « annexée » grâce un stratagème ourdi par le voisin méridional. Pour éviter des incidents dangereux, les deux Premiers ministres, Janez Jansa et Ivo Sanader, se sont rencontrés sur les lieux. Cette rencontre a débouché sur un accord sur la gestion commune des digues. Mais l’accord est resté lettre morte, et les deux gouvernements s’accusent réciproquement de ne pas le respecter à cause d’initiatives unilatérales. Avant l’incident avec les journalistes, la polémique sur les retards d’application de l’accord avait même atteint le gouvernement, où Janez Jansa avait critiqué Janez Podobnik, le ministre de l’Environnement, particulièrement hostile à Zagreb. À peu de temps des élections locales, le Premier ministre a repproché à Janez Podobnik d’empêcher dans les faits que ce qui a été convenu avec Ivo Sanader puisse être appliqué. Depuis, les choses ont pris une évolution aberrante : les forces spéciales des deux pays, armées jusqu’aux dents, se font face à quelques mètres les unes des autres, bien décidées à ce que les pelleteuses des voisins ne rallument pas leur moteur. La diplomatie ne calme pas le jeu. Au contraire elle souffle sur le feu, avec la volonté d’unir toutes les forces politiques dans un front contre « l’ennemi extérieur ». Kolinda Grabar Kitarovic a accusé son collègue slovène de rendre publiques et même de déformer leurs échanges téléphoniques. De son côté, Dimitrij Rupel évoque la possibilité de mettre une condition à l’entrée de la Croatie dans l’UE, et il stigmatise comme « pro-croate » quiconque soutient l’idée de recourir à un arbitrage international sur ces conflits qui enveniment depuis quinze ans les relations entre les deux pays, répandant la haine dans les populations frontalières, là où la haine n’avait jamais eu de raison d’exister. Parmi les partisans décidés d’un appel à un arbitrage international figurent les deux présidents, Janez Drnovsek et Stipe Mesic. Mais ils sont toujours moins écoutés. Pourtant, la récente montée des tensions et le risque réel d’un incident qui provoquerait violence et instabilité le long de la frontière sont des faits qui semblent justement donner raison aux partisans d’un arbitrage international.
|
Slovénie
: « Metelkova » en danger
Traduit par Thomas Claus Publié dans la presse : 16 juin 20066 juin 2006 La Zone culturelle autonome de Metelkova, à Ljubljana, est menacée de destruction par les autorités. Metelkova est une institution majeure du paysage alternatif slovène. Ses membres lancent un appel afin de la protéger. Par Metelkova Le 14 juin dernier, à six heures du matin, l’Inspection gouvernementale de l’environnement et de la planification territoriale a tenté de lancer des travaux de démolitions de la Zone culturelle autonome de Metelkova à Ljubljana. Metelkova, dont les bâtiments sont considérés comme indésirables par le gouvernement, est un centre culturel créé sur les lieux d’une ancienne caserne militaire. Les acteurs culturels de Metelkova, et tous ceux qui contribuent aux activités qui s’y déroulent, ont bloqué le déroulement de l’opération de démolition. Il s’agit de la troisième tentative en quelques mois de détruire l’un des lieux culturels les plus vivants et actifs de Ljubljana. La présence des inspecteurs de l’Etat a augmenté de manière sensible lors des derniers événements culturels organisés à Metelkova. Le gouvernement slovène s’appuie sur une loi récemment approuvée, concernant les activités de services. Derrière la façade des règlements rigides regardant les activités commerciales, difficilement applicables par la ONG et les associations sans but lucratif, cette loi pourrait permettre au gouvernement de dissoudre l’institution la plus fédératrice de la culture alternative en Slovénie. A Ljubljana, Metelkova fournit 40% des événements musicaux non commerciaux. [...] Elle constitue le principal fournisseur d’événements culturels à Ljubljana. Metelkova est le seul lieu en ville, et l’un des rares dans tout le pays, où la culture jeune et la culture alternative sont représentées devant un public large. Il s’agit par ailleurs d’un lieu de débat intellectuel intense. Chaque année académique, le centre organise la Workers’ Punkers’ University, où des questions critiques du monde contemporain sont débattues par des intervenants importants, locaux ou étrangers. Metelkova a récemment accueilli les rencontres annuelles de TransEuropeHalles. En 13 ans d’existence, les projets de la Zone culturelle autonome de Metelkova ont été soutenus par le Ministère de la Culture et par la ville de Ljubljana, ainsi que par de nombreux sponsors internationaux. Des producteurs issus de Metelkova ont participé à la Biennale de Venise, à la Biennale de San Paolo, à Documenta, à Manifesta, au Wiener Festwochen. De nombreux festivals internationaux se tenant à Ljubljana ont présenté certaines de leurs activités à Metelkova : The City of Women, The Other Music, le Jazz Festival Ljubljana, la Trnfest, etc. Metelkova est reconnue et évoquée par les médias internationaux : Arte, la BBC, ARD, Die Zeit, Falter, le Los Angeles Times, l’ORF, la Télévision nationale russe, le Seattle Times, la ZDF, le Feral Tribune et d’autres. Metelkova est un squat créé en 1993, lorsqu’un groupe de producteurs alternatifs et d’activistes ont décidé d’occuper l’ancienne caserne du quartier général de l’armée, près du centre de Ljubljana. Leur intention était d’empêcher sa destruction illégale par des agences inconnues, probablement guidées par des intérêts de spéculation immobilière. Bien que le Centre ne soit jamais parvenu à obtenir un véritable statut légal, le lieu a été classé « patrimoine culturel national » en 2005. La Zone culturelle autonome de Metelkova est attaquée. Ses membres sont prêts à la défendre. Il leur faut de l’aide. Mail : info@metelkova.org Site : www.metelkova.org
|
Slovénie : mémoire et réconciliation en vue pour l’Istrie ?
Traduit par Mandi Gueguen
Publié dans la presse : 23 février 2006
Gorizia-Nova Gorizia reste une ville divisée, avec une partie en Italie, l’autre en Slovénie, bien que ces deux pays fassent désormais partie de l’Union Européenne. Le président slovène Drnovsek lance une invitation à un moment de réconciliation avec ses homologues italien et croate. Mais son initiative risque de rester lettre morte. Par Franco Juri Gorizia et Nova Gorica pourraient dans peu de temps reconfirmer leur vocation unitaire européenne en accueillant favorablement le geste de réconciliation tant attendu entre les présidents de la Slovénie, de la Croatie et de l’Italie. Un hommage aux raisons de l’autre et un mea culpa pour les méfaits historiques des nations respectives : voilà la recette que le président slovène Janez Drnovsek lance, en s’adressant justement depuis Gorizia-Nova Gorica et de la symbolique place Transalpine, accompagnée et conseillé par deux maire locaux (Vittorio Brancati et Mirko Brulc), une invitation aux deux présidents voisins. Le croate Mesi ?, comme l’italien Ciampi, avaient déjà pressenti une rencontre présidentielle de réconciliation. La proposition de Drnovsek - cette fois encore détachée du gouvernement Janša - arrive à l’improviste, sans note officielle, au cours d’interviews radiophoniques et du colloque avec les maires et la presse. Le style est naturellement celui de Drnovsek, au format transcendantal, imprégné du récent voyage et méditation collective interreligieuse à Bangladore en Inde auprès du guru Ravi Shankar. Mais, il arrive surtout peu de jours après la Journée de la mémoire le 11 février, soufflée par l’Italie, qui a surtout été une énième célébration à sens unique, une nouvelle occasion d’ignorer les raisons et les souvenirs de l’autre et d’une partie même des concitoyens. Ainsi, cette année aussi, malgré l’Europe, la volonté de mémoire harcèle les deux parties. Une mémoire toute différente qui partage et qui se laisse ponctuellement instrumentaliser pour approfondir le fossé entre les deux nations. « Arrêtons le génocide du peuple istrien ! » avait écrit sur une banderole l’Union des Istriens - provoquant l’indignation de certains et l’hilarité des autres - la veille de la journée commémorative et de la manifestation des exilés istriens à Strasbourg. Excès de rhétorique ? Exagération ? Simple mauvais goût ? Syndrome de victimisation étranger à la réalité ? Ou simplement instrumentalisation provocatrice des sentiments à des fins plus concrets : le meilleur pour la fin, voilà en effet la revendication des indemnisations les plus généreuses pour les biens abandonnés. Comme d’habitude Trieste, tricolore, a pleuré l’exode istro-dalmatien et les morts des fosses communes. Une nouvelle commémoration historique, est arrivée de la Slovénie, signée par les grands pontes de l’historiographie slovène, sans intrusion italienne peu appréciée. Le document, publié ces jours-ci en plusieurs volets dans Primorske novice et partiellement dans Delo, se fonde sur des faits documentés, comme les crimes fascistes et ceux de l’occupation italienne dans la province de Ljubljana, mais l’ouverture reste une fois de plus à sens unique, sans accès particulier vers l’histoire de l’autre et de la communauté italienne en Istrie, contraite à la fin de la guerre à l’exode ou à la soumission idéologique. Double citoyenneté pour les Italiens de Slovénie et de Croatie Certains attisent le feu en criant au scandale depuis Bruxelles ou Strasbourg. Mojca Drcar Murko, une importante journaliste de Delo, aujourd’hui eurodéputée libérale-démocratique, accuse l’Italie d’une sournoise tentative d’invasion, pour avoir approuvé aux confins de la législature, la loi « bipartisane » qui permet l’obtention de la citoyenneté italienne à tous les Italiens de la Slovénie et de la Croatie qui sont des descendants directs des citoyens du Royaume, qui avant la guerre s’étendait sur le territoire délimité par la frontière de Rapallo. La minorité italienne naturellement exulte et salue avec enthousiasme la loi, mais certains - comme la députée Murko - y voient une opération dangereuse irrédentiste et annonce une action au Parlement européen contre cette mesure. Il reste un petit hic cependant, celui qui fait justement taire d’embarras le gouvernement de Ljubljana. La Slovénie aussi, en effet approuva, immédiatement après l’indépendance, une loi similaire à l’italienne. Elle accordait le droit de citoyenneté à tous ceux qui - d’appartenance ethnique slovène - avaient une ascendance slovène ou bien yougoslave. Beaucoup de membres de la minorité slovène en Italie bénéficient de la double citoyenneté. Personne n’en a jamais fait grand cas. Le bruit, pour l’instant étouffé, de la parlementaire européenne pourrait mélanger toutes les cartes. Donc, il est peu probable que son initiative se fasse vraiment entendre. Toutefois nombreuses sont les questions que doit dépasser un geste historique de réconciliation. L’initiative louable de Drnovsek, soutenue par les deux maires de la ville divisée par une frontière de moins en moins visible, risque une fois de plus de rester un énième signe de bonne volonté. Rien de plus. Drnovsek refuse de signer une loi restrictive sur ledroit d’asile Beaucoup d’analystes regrettent que l’hyperactivité globale du président Drnovsek s’inscrive moins dans la durée. La conférence manquée sur le Darfour, par exemple, tenacement voulue par le président en Slovénie, mais qui n’a pas dépassé le stade de projet. Ensuite, le président a regretté que l’hebdomadaire Mladina ait publié quelques informations dans un long article critique sur les fameuses vignettes danoises, puis il a dénoncé les bureaucrates de l’ONU et la Grande Bretagne, tuteur principal des négociations sur le Darfour en cours au Nigéria. Le président a ensuite affronté l’accusation de ne pas avoir voulu, contre toute attente et après plusieurs jours de silence, signer la nouvelle loi restrictive sur les droits d’asile. La Constitution ne lui concède pas pourtant une telle autorité. Aussi, avant son départ pour le subcontinent indien, il ne lui restait plus qu’à poser sa signature sur ce qu’il a défini come un pas en arrière dans le respect des droits de l’homme et les normes de la civilisation. En outre, le président Drnovsek se prépare désormais à lancer son mouvement (pour la justice et le développement) sur la scène politique, en participant avec ses propres listes civiques, clairement opposé aux partis traditionnels, aux prochaines élections administratives. La classe politique que le président continue à critiquer, ne le suivra probablement pas avec enthousiasme dans les initiatives qu’il propose. Pour réussir, sa proposition d’une rencontre réconciliatrice à Gorizia-Nova Gorica aura besoin du consensus ou du moins d’un soutien convaincant des partis parlementaires et du gouvernement. Et surtout de l’adhésion convainque des deux autres présidents |
Slovénie
- Croatie : les frontières de l’UE dérapent dans l’Adriatique
Traduit par Thomas Claus
Publié dans la presse : 9 janvier 2006
La tension monte entre la Slovénie et la Croatie sur la question des frontières maritimes. Forte de son statut européen, la Slovénie augmente la pression sur Zagreb en revendiquant l’ensemble du Golfe de Piran et une bande longeant l’Istrie croate. Le gouvernement croate en appelle à un arbitrage international. Mais à Bruxelles, le silence devient assourdissant. Par Franco Juri Depuis une semaine, les risques d’un incident frontalier sérieux entre la Slovénie et la Croatie ont significativement augmenté. Le gouvernement de Ljubljana a émis un décret affirmant la souveraineté de la Slovénie sur tout le Golfe de Piran, jusqu’à la côte croate, puis sur une bande maritime qui s’étend le long de l’Istrie croate et s’arrête à la latitude de la localité de Vrsar. Cette bande coïncide avec la zone écologique instituée unilatéralement par la Slovénie il y a quelques mois. Ce décret a été proposé en tandem par les ministères de l’Agriculture et des Affaires étrangères. Il est présenté par le gouvernement slovène comme une réponse à la définition récente par la Croatie de sa zone de pêche. Cette zone croate, elle aussi instituée de manière unilatérale, englobe la moitié du si convoité Golfe de Piran. Ljubljana répartit à présent l’étendue maritime qu’elle revendique en trois zones de pêche, dont les délimitations n’ont pas encore été tracées. La zone A comprend les « eaux internes », c’est-à-dire l’entièreté du Golfe de Piran, qui baigne de manière symétrique les côtes slovène et croate de l’Istrie du nord-ouest. La zone B qui, en plus de la bande maritime indubitablement slovène qui confine aux eaux italiennes, s’étend sur les eaux litigieuses jusqu’à la limite des eaux internationales. Finalement, la zone C, qui longe la côte d’Istrie jusqu’à la localité croate de Vrsar. La Slovénie n’est pas unanimeCe décret inattendu émis par Ljubljana a suscité un certain embarras. Y compris chez ceux qui, des bancs de l’opposition slovène, avaient défendu le droit de la Slovénie à se garantir un corridor souverain jusqu’aux eaux internationales. Pour Marko Pavliha, influent représentant libéral démocrate et professeur de droit maritime, ce décret gouvernemental constitue une dangereuse prise de risque, difficilement défendable en termes de droit international. Une prise de risque susceptible de provoquer une série d’incidents sérieux et peut-être tragiques à la frontière. L’évaluation raisonnable mais dissidente du député Pavliha lui a valu les reproches du Premier ministre Janez Jansa. Ce dernier a regretté qu’il y ait de la part de l’opposition « un sens aussi pauvre des intérêts nationaux ». Le gouvernement Jansa affronte pour l’instant une vive baisse de popularité. En décembre, 39% des citoyens slovènes soutenaient le gouvernement, contre 44% de mécontents. Le nationalisme suscité par le contentieux frontalier avec la Croatie devrait - selon les calculs du Premier ministre - redistribuer les cartes et rassembler la plus grande partie de la nation autour de son autorité. Un calcul risqué. Dans le Golfe de Piran, la tension monte. Il y a quelques jours à peine, des inconnus ont tranché les filins des bouées d’un élevage croate de mollusques dans la partie méridionale du golfe, celle-là même que les Slovènes revendiquent depuis plusieurs années. Les Croates ont immédiatement dirigé leurs soupçons vers les pêcheurs slovènes. Pour éviter des actions de représailles violentes et dangereuses de la part des pêcheurs d’Umag et de Savudrija, le Premier ministre croate Ivo Sanader a promis d’indemniser la coopérative touchée par ces agissements. De plus, il a demandé au gouvernement slovène de collaborer avec la police croate afin de faire la lumière sur ce geste embarrassant, réalisé avec préméditation et minutie par des plongeurs expérimentés. A cette affaire et aux demandes du gouvernement croate, Ljubljana a répondu par l’annexion formelle et controversée du Golfe de Piran dans son ensemble. L’annexion reste virtuelle, tout comme la déclaration d’une bande épicontinentale propre et la déclaration de la zone écologique, puisque la Slovénie ne contrôle pas la zone en question, et n’a pas la capacité de le faire. En répliquant de cette manière, le pays prend la voie dangereuse et irresponsable de la provocation diplomatique censée améliorer sa position dans les négociations. Mais cela fait déjà un certain temps que les provocations enveniment la situation autour de la frontière en Istrie. Depuis plusieurs années les pêcheurs slovènes ne s’aventurent plus dans l’autre moitié du Golfe de Piran. Ceux qui ont essayé ont été bloqués et repoussés par les vedettes des autorités, ou par les pêcheurs croates lorsque la police se révélait impuissante. Les pêcheurs de Piran, désormais peu nombreux, ne sont pas moins sceptiques après l’émission du nouveau décret gouvernemental. Ils applaudissent mais ils ne se fient pas aux cartes ni aux paroles des ministres compétents en la matière, qui les incitent à s’aventurer dans l’autre moitié du golfe, tout en refusant eux-mêmes de s’engager trop avant. « Nous avons fait notre devoir, explique le Ministre des Affaires étrangères Dimitrij Rupel. A présent, c’est au tour des ministères compétents en ce qui concerne la sécurité de notre territoire. » Sont visés le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Défense, qui devrait se doter prochainement d’une deuxième vedette. Le chantage européen de RupelLa réaction diplomatique de Zagreb a été immédiate et résolue. L’initiative slovène s’est vue qualifiée par le Premier ministre croate Ivo Sanader d’annexion inadmissible, dépourvue de toute valeur juridique. Il a protesté par une note à laquelle il a joint une liste des conventions internationales violées par le décret de Ljubljana. Il a également informé la Commission européenne de ce qui se produisait et a renouvelé son appel formel à un arbitrage international sur le contentieux maritime. Mais la diplomatie slovène répond à nouveau par la provocation à l’hypothèse d’une solution arbitrée par un tribunal international compétent. S’il est question d’arbitrage international, Ljubljana insiste pour que la question porte sur une redéfinition de la frontière dans son ensemble. Y compris la frontière terrestre, déjà établie par la Commission Badinter au moment de la dissolution de l’ex-Yougoslavie, du Prekmurje jusqu’à l’Istrie. Et lors de sa rencontre avec les ambassadeurs slovènes à Brdo, le Ministre slovène des Affaires étrangères Dimitrij Rupel a abattu son jeu de manière plus complète. En 2008, la Slovénie présidera pendant six mois la présidence tournante du Conseil de l’Union Européenne. Six mois à dédier en particulier à l’aide à porter aux Balkans occidentaux dans leur cheminement vers l’intégration. Par « Balkans occidentaux », Ljubljana désigne la Croatie plus que le Monténégro, l’Albanie ou la Macédoine. Par « aide », Rupel désigne le conditionnement bilatéral, et il n’en fait plus mystère. « Zagreb doit savoir que l’une des 25 clés nécessaires pour entrer dans l’UE, c’est nous qui la détenons », a-t-il lancé à plusieurs reprises, avec une arrogance désinvolte. Pour Dimitrij Rupel, la frontière maritime avec la Croatie n’est plus une affaire slovène, mais une affaire européenne. L’arbitrage est selon lui inutile : il est beaucoup plus efficace d’agir au nom de l’UE et d’évoquer les obstacles que rencontrera la Croatie si elle ne cède pas sur la question frontalière. Au fond, Javier Solana a dit la même chose : c’est la Croatie qui doit résoudre ses problèmes de frontières avant d’entrer dans l’UE. La Slovénie n’est pas obligée de négocier, puisqu’elle est déjà état-membre. Avec Solana derrière elle, Ljubljana se sent forte. Embarrassée, Bruxelles se tait. C’est le principe de la solidarité entre les états-membres, même lorsqu’ils se trompent. Quant à l’annonce d’une médiation timidement évoquée par Javier Solana, on n’en entend plus parler. Jusqu’à 2008, le Golfe de Piran restera exposé aux incidents de toute sorte. |
Réformes sociales et manifestations
monstres en Slovénie Publié dans la presse : 1er décembre 2005 Les protestations contre les réformes du gouvernement de Janez Jansa ont battu tous les records à l’occasion des manifestations les plus importantes depuis l’indépendance. Contre la hausse de la TVA et les coupes dans les dépenses sociales de l’Etat slovène, tous les syndicats se sont unis pour manifester. Le gouvernement de Janez Jansa semble de plus en plus fragilisé. Par Svetlana Vasovic-Mekina Samedi dernier le centre de Ljubljana, malgré une tempête de neige inhabituelle, fut le théâtre de la plus grande manifestation de syndicats de l’histoire de la Slovénie. Plus de 40 000 manifestants vêtus de capes aux couleurs des différents syndicats, nantis de banderoles, de drapeaux rouges, et des incontournables sifflets et tambours, ont conquis la capitale en bloquant entièrement la circulation. La Place des Congrès ne se souvient pas d’avoir accueilli une telle masse de gens depuis 1989, lors des manifestations contre le « procès des quatre ». Janez Jansa était alors l’un des « quatre », c’est-à-dire « la victime de la procédure judiciaire de JNA (l’Armée nationale de Yougoslavie). Seize ans plus tard, au même endroit, Janez Jansa actuellement premier ministre, devient la cible d’injures, de huées et de slogans. Des manifestations semblables avaient été cauchemardesques pour les autorités yougoslaves à la fin des années 1980. Quinze ans plus tard, la Slovénie, à force de privatisations, en dépit de gros problèmes causés par la disparition du marché yougoslave, a réussi à se restructurer et à surmonter aisément toutes les secousses. Cependant la paix sociale a un prix : les économistes locaux ont calculés que les salaires étaient trop élevés pour pouvoir attirer des investisseurs plus importants, que la législation réglementant la fondation de nouvelles sociétés était toujours très compliquée et que, de plus, de nombreuses entreprises ne sont pas compétitives sur le marché européen. Elles vivotent d’aides de l’Etat. Promesses en l’air Les nouvelles autorités, menées par Janez Jansa, ont décidé de mettre un terme à cette situation. Après la prise de contrôle de la radio-télévision nationale, après avoir attaqué le plus grand groupe médiatique ‘Delo’ à l’aide de transactions financières par l’intermédiaire de capitalistes alliés (KD Group et Istrabenz), le gouvernement s’est senti suffisamment puissant, avec le soutien d’un groupe d’économistes néolibéraux, pour proposer nombres de réformes, dont une augmentation de la TVA à 20% . Les conseillers de Jansa ont estimé que la Slovénie devait prendre modèle sur la Slovaquie qui, il y a quelques années, a introduit un taux fiscal unique. Les organisations syndicales, les étudiants et les retraités (organisés en Slovénie en parti puissant qui participe quasiment à tous les gouvernements), ont vite compris d’où venait le danger car le taux fiscal unique signifiait l’augmentation des denrées alimentaires, des médicaments et des produits de base. Actuellement la TVA est de 8%, et tout le monde sait qui pâtira de l’augmentation de 12%. Personne n’a cru aux garanties du cabinet de Jansa qui précisait que la différence serait couverte à l’aide de divers « transferts sociaux ». Les économistes de la vieille garde ont relayé les craintes des masses ouvrières en confirmant qu’un tel système apporterait des privilèges supplémentaires et enrichiraient encore plus les capitalistes tandis que le fardeau des réformes et les plus grandes pertes seraient subies par une classe ouvrière déjà appauvrie. Si l’on en croit les éditorialistes locaux, la première visite de Janez Jansa dans les pays baltes aurait été pour lui une véritable révélation. A la différence de la Slovénie, l’Estonie enregistre un taux de croissance élevé et sa réussite est due au fait que la procédure d’enregistrement des nouvelles entreprises est extrêmement simple, ce qui a attiré de nombreux investissements étrangers. L’une des sociétés récemment fondée en Estonie, Skajp, fait un véritable boom en offrant les services téléphoniques par Internet à des prix très faibles. Lorsqu’il a appris l’exemple de Skajp, le premier ministre du gouvernement slovène a conclu que ce « sont uniquement les experts » et personne d’autre qui pouvaient comprendre les lois fiscales slovènes. Mais il n’a en revanche pas mentionné la lenteur des services publics ni le poids de l’énorme bureaucratie qui est « devenue célèbre » parmi les investisseurs étrangers. En Slovénie le remboursement de la TVA dure de mars à novembre, soit 6 mois, alors qu’en Estonie elle ne dure que cinq jours. L’Estonie a introduit un taux fiscal unique de 26% depuis 1994. Cependant, selon les syndicats slovènes, l’Estonie enregistre un taux de croissance négatif du produit national brut. Les experts conviennent que les réformes sont nécessaires à la Slovénie mais ne sont pas d’accord avec les conclusions du Conseil gouvernemental sur l’orientation et sur la manière de les exécuter. Les premières analyses montrent que le prix des réformes, si elles « passent » et deviennent une partie de la législation, sera payé par les couches les plus pauvres de la société. C’est pourquoi les syndicats se sont unis ; en premier lieu le syndicat de la police, dont les représentants ont manifesté aux premiers rangs, vêtus de capes jaunes, au nom du « maintien d’un état social ». De l’autre côté se trouvaient leurs collègues en service. On a pu remarquer quelques scènes de violence entre les policiers en uniforme et de jeunes manifestants. Certains ont été interpellés par la police. Les syndicalistes, en concurrence et souvent divisés, ont été contraints à s’unir. Le résultat fut imposant : les manifestations ont été très bien organisées et bien couvertes par les médias. Pendant des jours avant les manifestations, toutes les villes étaient recouvertes d’affiches avec la question « Où les réformes gouvernementales nous mènent-elles ? » Avec comme illustration le symbole homo erectus qui, d’une position verticale, se penche de plus en plus jusqu’à avoir l’échine complètement courbée. Les poches vides ne permettaient d’avoir aucun doute du message. C’est pourquoi les slogans les plus fréquents étaient « Nous ne permettrons pas qu’ils nous vident les poches ! », ou « nous ne permettrons pas qu’ils nous cassent le cou ! ». Les sondages ont montré que 83% des citoyens interrogés ont donné leur soutien aux syndicats qui se sont opposés à la réduction des droits sociaux, tandis que 17% à peine ont soutenu les réformes, ce qui est la plus grande chute de popularité du nouveau gouvernement depuis sa formation il y a un an. Les sombres calculs des syndicalistes ne peuvent rien contre les réformateurs de Jansa. Si les réformes passent, l’ouvrier qui gagne actuellement 400 euros par mois en recevra 6 de moins, ce qui n’est pas en soi n’est pas une tragédie... jusqu’au moment ou il devra effectuer ses achats courants. Les dépenses d’alimentation devraient par exemple être augmentées de plus de dix pour cent. Par ailleurs, les directeurs qui gagnent 8 à 10 000 euros mettront dans leurs poches plus de 500 euros par mois. Les retraités ont calculé qu’en cas d’augmentation de la TVA, il faudrait augmenter les pensions d’au moins 40 %. Mais il y a aussi des critiques sur le compte du « modèle estonien » qu’il faudrait appliquer à l’économie slovène. Des économistes renommés, tels que le récent doyen de l’Université de Ljubljana, Joze Mencinger, estiment que la crainte et les exigences des syndicalistes sont justifiées. Que ce soit par hasard ou non, le gouvernement de Janez Jansa, en plein conflit et au centre d’une intense campagne de protestation médiatique -et immédiatement après le limogeage du populaire président du Conseil d’administration de Merkator, Zoran Jankovic- a essuyé la plus grande baisse de sa cote de popularité. Selon les sondages de l’agence Ninamedija, en décembre dernier le gouvernement de Jansa avait le soutien de 69,2% des sondés, alors que le mois dernier il était en dessous de 50%. |
Nouvel avis de tempête entre la
Croatie et la Slovénie Publié dans la presse : 30 août 2005 Par Drago Hedl « La Slovénie a des prétentions territoriales », « les relations entre la Slovénie et la Croatie n’ont jamais été aussi mauvaises », « La Croatie doit rappeler d’urgence son ambassadeur à Ljubljana », « Il faut envoyer un navire de guerre dans le Golfe de Piran ! » - tels sont quelques uns des titres qui font la une de la presse croate ces derniers jours et l’ouverture des journaux télévisés. La nouvelle guerre des mots entre Zagreb et Ljubljana, provoquée par la décision du gouvernement slovène de soumettre au Parlement une proposition de loi sur la déclaration d’une zone de protection écologique sur le plateau continental de la Mer Adriatique, a réveillé toutes les passions politiques dans les deux pays. La Croatie a réagi très sévèrement. Lors de la première session du gouvernement après la pause estivale, le Premier ministre Ivo Sanader a suggéré à son homologue slovène Janez Jansa qu’il jouait « avec une décision politiquement dangereuse, qui n’est pas en accord avec l’engagement confirmé par les deux parties en faveur de la création de relations poussées de bon voisinage ». « La Croatie souhaite avoir de bonnes relations avec la Slovénie, mais ne consentira pas à des amputations du territoire croate. La Croatie ne demande rien à personne, mais ne veut rien céder de ce qui lui appartient », a déclaré Ivo Sanader lors de cette séance du gouvernement. Les analystes ont immédiatement noté que la dernière phrase du Premier ministre croate sonnait en écho à celle de l’ancien Président yougoslave Josip Broz Tito, qui déclara, au plus fort de la crise de Trieste, en 1953 : « ce qui est aux autres, nous n’en voulons pas, ce qui est à nous, nous ne le donnons pas ! » La réponse de Ljubljana est arrivée dès le lendemain. « La proposition de loi sur la déclaration d’une zone écologique en Adriatique n’implique pas l’acquisition du territoire de quiconque, et cette loi ne cherche pas à provoquer un conflit », a déclaré le Premier ministre slovène Janez Jansa, ajoutant que « la Slovénie a simplement fait en Mer Adriatique la même chose que les autres pays ». Pour la Croatie, au contraire, la déclaration sur le plateau continental est inacceptable, parce que la Slovénie entendrait, selon Zagreb, intervenir sur un espace qui appartient à la Croatie. Plus exactement, la bande côtière slovène se situerait entièrement sur le versant croate de la délimitation des plate-formes continentales, effectuée entre l’Italie et la Croatie. Quand on regarde la carte de cette partie de l’Adriatique, où les frontières ont été fixées entre l’Italie et l’ancienne Yougoslavie, il est évident que la ligne dite d’Osimo (les deux États, la Yougoslavie et l’Italie avaient défini leurs frontières maritimes par le Traité d’Osimo en 1975) va de Trieste jusqu’au point T5 dans la Mer Adriatique. C’est à partir de ce point que sont fixées les eaux territoriales respectives de l’Italie et de l’ancienne Yougoslavie. Ce point T5 définit également la ligne qui partage en deux le reste de l’Adriatique, au large des eaux territoriales des deux États et sur la plate-forme continentale. Avec la proposition de loi envoyée au Parlement, la Slovénie a désormais défini les limites de sa bande côtière le long de l’ancien ligne de délimitation entre les eaux yougoslaves et italiennes, empiétant donc - selon Zagreb - sur le versant croate. Cette zone, ainsi que la Slovénie entend la définir, a la forme d’un quart [1], à partir du point T5 jusqu’à une latitude de 45°10, qui correspond approximativement à la ville de Porec. Zagreb, à l’inverse, considère tout le problème de la manière suivante : comme les eaux territoriales de la Slovénie ne touchent pas les eaux internationales, ce pays n’a pas la possibilité de définir une plate-forme continentale. La Slovénie considère pourtant qu’elle possède ce droit, justement sur la base du Traité d’Osimo, puisque depuis la dissolution de la Yougoslavie, en 1991, les frontières n’ont pas changé et, jusqu’en 1991, la Slovénie, tout comme la Croatie, faisait partie de la Yougoslavie, et qu’elle avait donc accès aux eaux internationales. Ljubljana désire régler formellement ce point. Tout serait bien sûr plus clair si les deux pays, la Croatie et la Slovénie, parvenaient à accorder leurs frontières maritimes dans le golfe que les Slovènes appellent de Piran et les Croates de Savudrija. L’inexistence de ces frontières définies est une source de conflits et le théâtre de petits incidents entre Ljubljana et Zagreb. Il ne se passe pas de mois sans que des bateaux de pêcheurs d’une partie ou de l’autre, chacun considérant à sa façon la frontière maritime, ne pénètrent dans « les eaux étrangères ». Afin d’éviter de tels incidents, les deux États ont récemment tenu une réunion de leurs deux gouvernements à Brioni, l’île connue pour avoir été longtemps la résidence d’été de l’ancien Président Josip Broz Tito. À cette occasion, les deux pays se sont entendus pour éviter les incidents dans le golfe qui sépare la Croatie et la Slovénie, et il semblait que les tensions causées par cette question des frontières non définies se soient allégées, mais la Slovénie a ensuite fait connaître sa proposition de loi sur la déclaration de la zone écologique et de la bande côtière. La Croatie, à la veille des élections parlementaires de 2003, avait elle aussi soulevé une grande tempête quand elle avait déclaré son intention de définir la limite de son aire de souveraineté dans l’Adriatique. Elle renonça au dernier moment à ce projet, à la suite de fortes pressions de la Slovénie et d’une intervention de l’Union européenne, en proclamant seulement une « zone écologique », avec des explications assez confuses sur ce que cela signifiait. Il s’est pourtant agi de l’unique tentative de compromis entre ce que voulait vraiment la Croatie et les pressions internationales. Zagreb essaya de s’en sortir sans que le renoncement à la zone de souveraineté n’apparaisse comme une défaite nationale aux yeux de l’opinion publique locale. Comme il est toujours plus improbable que Zagreb et Ljubljana réussissent à résoudre seules le problèmes du désaccord sur les frontières maritimes, l’unique possibilité restante est celle d’un arbitrage international. La Croatie pense que cet arbitrage lui sera favorable, tandis que les Slovènes y sont moins favorables, soutenant que, si les Croates ne sont pas satisfaits de l’arbitrage, ils ne le reconnaîtront pas. Les autorités de Zagreb sont particulièrement mécontentes du fait que la proposition de loi sur la déclaration de la zone écologique et de la bande côtière ait été déposée par le gouvernement de Janez Jansa devant le Parlement selon une procédure d’urgence. Cela signifie que cette proposition pourrait se retrouver à l’ordre du jour parlementaire précisément au moment où Bruxelles devrait décider de l’ouverture éventuelle des négociations d’adhésion avec la Croatie. C’est interprété comme une nouvelle pression de la Slovénie, qui menace la Croatie, en lui demandant des concessions territoriales et en lui promettant, en échange, un soutien à ses efforts pour entrer dans l’Union européenne |
![]() Slovénie : crise européenne et danger de dérive autoritaire Traduit par Mandi Gueguen Publié dans la presse : 23 juin 2005 Une Europe qui n’est plus en état de répondre et de proposer des perspectives sur l’avenir. Et des pays de l’Europe de l’Est qui risquent de déchanter et partir vers des dérives dangereuses. En Slovénie, l’autonomie de la magistrature est mise en doute, les minorités sont sous pression, les capacités de critique du monde de l’information sont limitées. Par Franco Juri Parmi les « effets collatéraux » de la crise profonde de l’Union Européenne figure aussi le danger réel d’une dérive antidémocratique, antieuropéenne et nationaliste dans les pays récemment admis et dans ceux qui sont encore candidats à l’intégration. Jusqu’à hier dans les pays ex-communistes en transition, l’intégration dans l’UE était considérée comme un des buts les plus ambitieux, un point d’arrivée au nom duquel, - depuis les temps du « Pacte de stabilité « proposé et promu à la suite de la violente crise des Balkans par les diplomaties des quinze en faveur des pays de l’Est, - ces pays s’engageaient à consolider les processus démocratiques, le respect des droits de l’homme et des minorités en plus des bons rapports de voisinage. Pendant quelques années, cette formule a réussi à maintenir une tension positive dans les pays concernés, toujours attentifs à favoriser des attitudes exemplaires en harmonie avec les attentes des « démocraties avancées », qui leur servaient de modèle. En vérité, une telle tension démocratique commença à perdre de l’altitude - non seulement en Europe de l’Est - dans le sillage de l’après le 11 septembre, des tentations suscitées par le « choc des civilisations » et des divisions européennes provoquées, entre autres, par l’offensive néoconservatrice américaine à la recherche d’alliés à la doctrine belliqueuse de guerre préventive, dans celle que Donald Rumsfeld baptisa la « Nouvelle Europe ». À l’intérêt stratégique de Washington pour l’Europe ex-communiste et dans l’espoir de l’arracher aux flatteries américaines, Bruxelles répondit par une accélération politique du processus d’élargissement, qui amena inévitablement à assouplir l’évaluation de quelques critères fondamentaux de l’adhésion, en premier lieu celui de la maturité démocratique effective et du respect des droits civils. Comportements anti-démocratiques En ce qui concerne la Slovénie, le cas des éliminés ainsi que l’incroyable dérobade de la Commission européenne à leur égard restent emblématique. Mais c’est surtout avec la nouvelle équipe gouvernementale dirigée par Janez Janša, dans une Slovénie déjà membre de plein droit et de l’Union Européenne et de l’OTAN, et qui par conséquent ne doit plus rendre de compte à personne, qu’émergent avec force des comportements antidémocratiques et autoritaires, augures d’un avenir incertain pour les droits humains et civils entre autres. Nous avons déjà largement commenté le contrôle politique que la nouvelle loi assure à la majorité du gouvernement sur la Radiotélévision publique, contestée par les journalistes slovènes et européens, mais déjà passée en seconde lecture au parlement. Il reste juste à ajouter que la majorité parlementaire a à peine travaillé sur une proposition de référendum, bien qu’elle fût présentée selon les règles et avec un nombre de signatures exigées par la loi pour la procédure pré-référendaire. Le président de la Chambre d’Etat, Franc Cukjati, représentant du parti de majorité relative (SDS), a expliqué que « la demande n’était pas bien formulée » et que par conséquent le référendum ne se fera pas. L’arrogance est devenue de mise et l’équipe de Janez Janša se dépêche pour tout, profitant de la crise et des divisions où s’abîme le premier parti de l’opposition, le parti Liberal Démocrate. Le cas le plus scandaleux est tout de même le contrôle politique presque absolu du Parquet de l’Etat et le poids toujours plus entravant du pouvoir politique sur une magistrature manifestement intimidée. Depuis quelques mois le nouveau procureur général de la République est Barbara Brezigar, magistrate de profession, mais connue surtout pour avoir été ministre de la justice du gouvernement conservateur de courte durée Bajuk-Janša, candidate « indépendante » dans la liste du SDS aux élections locales et ensuite candidate du cartel des partis de la droite aux présidentielles. Elle a bénéficié des faveurs de Janša surtout après avoir réussi à ensabler l’enquête sur les collaborateurs les plus étroits du Premier ministre actuel, interrogés en 1994 au sujet de l’arrestation violente d’un civil roué de coups, considéré comme « espion » du président de l’époque Milan Ku ?an. Derrière le scandale de Depala Vas il y avait naturellement l’ombre du même Janša, ministre de la défense à l’époque. Maintenant Barbara Brezigar, fidèle dévouée de Janša, dirige le Parquet, alors qu’au Parlement la toute récente commission de contrôle du Parquet, désertée en guise de protestation par l’opposition, est présidée par Dimitrij Kova ?i ? (SDS), autre bras droit du Premier ministre. Vice-président de la commission, Zmago Jelin ?i ?, ultra nationaliste et allié externe du gouvernement, a fait la une ces derniers jours avec ses amis du parti pour avoir introduit des pistolets au parlement. Néoconservatisme radical Même sur d’autres thèmes législatifs la majorité actuelle, suivant la tendance de fond néoconservatrice de cette partie de l’Europe, montre son vrai visage. Ainsi, la proposition de loi, originale et libérale, sur les couples homosexuels préparée par le gouvernement précédent, a été remaniée, la droite en a limité drastiquement les droits par une nouvelle proposition restrictive, ouvrant un débat enflammé au parlement, où la majorité n’a pas épargné les insultes pesantes envers ceux étiquetés comme "pédés". Le député du SDS Pavle Rupar arrive à proposer avec sarcasme un contrôle médical obligatoire de « l’entrejambe » pour les deux députés du centre gauche les plus impliqués dans le débat afin d’établir « à quel sexe ils appartiennent ». Le gouvernement Janša continue sa marche en Slovénie sans se préoccuper d’apparaître « antidémocrate » aux yeux d’une Europe désormais à la dérive. Parmi les nombreuses « nouveautés » en chantier, il y a aussi la décision du ministre pour l’administration publique, Gregor Virant, de laisser tomber par décret les critères de connaissance de la langue italienne dans l’administration publique dans l’Istrie slovène, où le bilinguisme est établi par la Constitution et la loi. C’est une attaque directe du gouvernement aux normes actuelles qui sanctionnent l’égalité linguistique dans les endroits habités par la communauté italienne. Les organisations minoritaires représentantes, comme le député spécifique qui a choisi de soutenir le gouvernement, réagissent avec tiédeur, toujours plus intimidés ils cherchent à maintenir, avec prudence et pragmatisme et par des accords séparés avec le gouvernement, au moins la part d’autonomie dont ils jouissent actuellement. Ainsi le député au siège spécifique de la minorité italienne Roberto Battelli annonce, soutenu par l’Union Italienne, son vote favorable à la loi du gouvernement qui centralise et fait dépendre entièrement de l’État le réseau de la radiotélévision slovène. Entre-temps, le président du tour de l’OSCE, le ministre des Affaires Etrangères slovène Dimitrij Rupel, se fait accompagner et conseiller, dans les nombreuses étapes dans les pays ex-soviétiques de l’Est et de l’Asie centrale, par Borut Geri ?, expert analyste et collaborateur de divers instituts stratégiques américains sponsorisés par le Pentagone, critique du multilatéralisme, partisan décidé de la guerre préventive, de l’inutilité d’une UE forte, de l’encerclement de la Russie et de l’Iran et de l’exportation de la doctrine démocrate-néoconservatrice de Bush dans les pays ex-communistes, stratégiquement plus intéressants. La politique étrangère de Ljubljana ne fait que refléter, chaque jour plus, l’orientation imprégnée au pays par Janez Janša. |
Les 100 jours du gouvernement slovène :
entre populisme et incompétence Publié dans la presse : 29 mars 2005 Quelles sont les vraies priorités du nouveau gouvernement de Janez Jansa (droite) ? Introduire l’euro ou relancer la démographie ? En attendant, les premières mesures ont un goût de déjà vu : le ministre de la Culture va couper les subventions au groupe de rock Laibach, qui avait été interdit par le pouvoir communiste à la fin des années 1980... Par Ali H. Zerdin Chantons un éloge au gouvernement. Durant ses premiers cent jours aux affaies, la nouvelle équipe a entamé de nombreuses démarches profitables. Elle a prévu d’éliminer la convoitise des directeurs des institutions, financés par les fonds publics, et de limiter leurs salaires excessifs. Le fait que les directeurs des institutions gagnent plus que le Président de la République, celui du Parlement, de la Cour constitutionnelle ou que le Premier ministre représente une anomalie et un héritage bizarre du LDS. Encore une preuve de magnanimité : le gouvernement s’est décidé pour une abolition générale, une mesure de clémence pour dispenser les coupables des contraventions minimes. Quelques 100 000 personnes se verront graciés pour avoir mal parqué leur voiture - une mesure peut-être utile pour ne pas asphyxier les cours pour les contraventions par les cas non résolus. La nouvelle coalition au gouvernement a prévu de changer les dispositions de la Constitution concernant l’immunité des députés. En fait cette immunité est un instrument pour empêcher le pouvoir exécutif d’envoyer les députés en prison. En Slovénie, l’immunité a relevé d’une autre fonction. Elle servait à des députés balbutiants de moyen pour éviter la comparition devant la cour. Maintenant, on voudrait limiter l’immunité. Peut-être complètement, peut-être partiellement. En tout cas, les privilèges des députés pour échapper à la justice malgré des allégations fondées s’atténueront. Il est vrai aussi que la nouvelle coalition a ouvert les armoires d’où apparaissent « les cadavres » susceptible de pourrir encore durant des années. Certes, c’est moins spectaculaire qu’en 2000, quand les trésors oubliés ont fait apparaître les réserves d’or du ministère des Affaires intérieures. Le gouvernement s’est fixé comme priorité l’introduction de l’euro. Un tel objectif doit être poursuivi par tous les dirigeants politiques. Priorité numéro 1 : l’euro ou la démographie ?Le Premier ministre a surpris la population par une autre priorité : changer les tendances démographiques négatives. Un devoir très exigeant, car les indicateurs démographiques sont fortement influencés par le problème du chômage des jeunes, problème du logement etc. Il semble que le gouvernement de Janez Jansa dispose de quelques conseillers habiles, capables de mesures bien la pulsion de l’opinion publique. La promesse que l’administration publique sera plus aimable sonne de manière prometteuse. La prévision que les notaires ne vont plus « écorcher » leurs clients est sympathique. L’annonce que le temps est compté pour les privilèges des députés provoque l’enthousiasme du public. L’évaluation de la cote de popularité de Janez Jansa durant ces premiers trois mois est sensiblement meilleure que celle dont était si fier l’ancien Premier ministre Drnovsek. D’un trait, au gré de nos désirs, le nouveau gouvernement s’est montré plusieurs fois désespérément maladroit. Le ministre des Finances Andrej Bajuk a informé le public que l’Assurance Triglav aurait plus de valeur. Les estimations faites il y a trois ans avaient montré que cette valeur était trop basse. Le public aime bien entendre que les biens publics valent plus qu’on en pensait. Mais avec le message enthousiaste que le trésor du gouvernement cache plus d’argent que prévue, l’équipe au gouvernement a lourdement glissé. La décision sur le gel de la propriété est venue trop tard, ainsi les intitulés envoient en masse à la Société slovène d’indemnisation les plaintes. Même la publication d’une information spectaculaire - le manque de 70 milliards des tollars dans le budget par rapport aux estimations du gouvernement précédent - une approche amatoriste et malhonnête dénoncée par Jansa - le nouveau gouvernement a eu des difficultés pour clarifier ses sources. Les explications du ministre des Finance précédent démontrent que les finances publiques sont peut-être en meilleure état que prévu. Peu importe, nous nous attendons à une information plus claire en ce qui concerne les chiffres. La prise du pouvoirLe nouveau gouvernement a engagé sa prise du pouvoir en plusieurs paquets. Tout d’abord, le gouvernement a nommé le nouveau secrétaire général d’État ainsi que les nouveaux secrétaires d’État. Le gouvernement s’est assuré des leviers du pouvoir dans les ministères. La direction des services de sécurité du ministère de la Défense est assumée par Zoran Justin. Justin s’est lancé en politique en 2000 comme candidat au poste du député sur la liste du SDS. Le gouvernement a affronté la législation qui rend difficile la prise du pouvoir dans l’administration publique, au sens plus large. En fait, la législation de 2002 ne rend pas possible un remaniement net des directeurs, le règlement assure un degré élevé d’autonomie par apport au pouvoir politique : les directeurs sont amovibles seulement en cas d’incapacité prouvée ou s’ils ont commis une contravention. Il s’agit de la police, de la douane, du bureau des contributions, de l’administration vétérinaire, des inspections etc. Le nouveau gouvernement a estimé important d’y mettre ses fidèles pour faire exécuter son programme politique. Jusqu’à 2002, chaque coalition au pouvoir avait relevé de leurs fonctions les directeurs sans difficultés majeures. La réforme de 2002 était basée sur l’idée de dépolitiser l’administration exécutive des lois. Le fait que le nouveau règlement positionne l’administration dans l’État avant 2002 n’est pas le plus discutable. Cependant un problème d’ordre politique et constitutionnel se présente : les candidats qui se sont inscrits aux concours avaient des attentes légitimes quant à leur statut juridique. Autrement dit : les candidats ne s’attendaient pas à ce que, du seul fait du changement du pouvoir politique, leurs positions seraient remises en question. La nouvelle législation envahit ce statut relativement autonome et empiète dans les attentes légitimes fondées. Une nouvelle élite économiqueLes directeurs des deux fonds paraétatiques ont déjà démissionné. Les personnes qui vont les remplacer formeront le noyau dur de la nouvelle élite économique. En fait, ces personnes seront placées au début de la chaîne d’influence qui à travers les fonds, l’Assurance Triglav, Nova Kreditna banka Maribor et Nova Ljubljanska banka s’étend profondément dans le tissu du réseau dirigeant de notre économie. La nouvelle équipe a pris les leviers de décision dans la Poste de Slovénie, Dars, les Chemins de fer slovènes et Eles - elle a constitué les nouveaux conseils de contrôle. Néanmoins, elle n’est pas intervenue au sujet de l’administration des entreprises d’intrastructure. À première vue, la politique ne quitte pas l’économie. Fin de l’idéologie ?La nouvelle coalition a surpris par son attitude visant éviter les thèmes aux connotations idéologiques. Si l’équipe a abordé le corps électoral avec des idées de lustration et une rhétorique anticommuniste, aujourd’hui il n’y a pas de telles idées à l’ordre du jour. L’idée de la lustration présentait un lien important de cohésion entre les partis alliés par le programme. Maintenant, cette idéologie commune paraît oubliée. Ainsi, il semble de temps en temps que la coalition a des difficultés pour connaître sa propre idéologie. À entendre le Président du Conseil stratégique pour l’économie Mic Mrkaic et le ministre de la Famille Janez Drobnic, nous n’avons pas l’impression qu’ils habitent la même planète. Se pose la question de savoir comment la nouvelle coalition va-t-elle lier l’idéologie nationale du Parti populaire slovène (SLS) aux impératifs de l’économie ouverte, fondé sur les mécanismes du marché. La coordination sera difficile entre l’idéologie de la Stratégie de Lisbonne, avec l’accent mis sur les connaissances et la recherche, et le projet du ministre de l’Éducation de diminuer le nombre des places dans les lycées au profit des écoles professionnelles. La Slovénie n’est pas assez riche pour qu’elle forme les profils sans trouver de travail. Pourquoi est-ce que cette rhétorique paraît-elle extraordinaire ? Non seulement du fait que les élèves des écoles de profession ne constituent pas les cadres à l’aide de réaliser la Stratégie de Lisbonne mythique. Elle rappelle France Popit (il y a 25 ans) qui a mis en œuvre une formation orientée et a fait s’écrouler les lycées. Si le souvenir historique fonctionne bien chez la coalition au gouvernement, elle doit se rappeler que l’idéologie de la formation orientée ressemble à la rhétorique visant à augmenter les inscriptions dans les écoles professionnelles et à l’écoute des intérêts économiques. Plongeons-nous dans l’histoire. L’idée d’imposer les couples sans enfants, lancée par un membre du Conseil stratégique pour l’économie, était apparue déjà au déclin du régime communiste. Et finalement, la dernière nouvelle. Le ministre de la Culture a supprimé la subvention au groupe Laibach. Cela n’équivaut pas tout à fait à l’interdiction de ce même groupe dans les années 1980. Cependant, il ne faut pas oublier ses rappels historiques. |
Traduit par Elena Malinovska-Visnar Publié dans la presse : 14 janvier 2005 Philosophe et disciple du psychanalyste français Lacan, le dernier marxiste slovène fait le pop de la philosophie et la philosophie du pop. Tout en restant un supporter fidèle du Parti social-démocrate. Par Ursa Matos Les parents de Slavoj sont des athées assermentés. Quand il avait douze ans, son père lui a sévèrement ordonné de lire le Vieux testament pour éviter toute confusion sur son contenu. Slavoj aime beaucoup l’autoritarisme de l’Église comme institution, mais il ne supporte pas le développement des expériences intérieures profondes. Il se déclare ainsi très surpris par la parution de son article sur le contact direct avec l’absolu dans le bulletin allemand catholique, qui a servi de support aux curés pour écrire leurs sermons. « C’est comme d’inviter un pervers à l’éducation des vierges », affirme-t-il en commentaire à cette publication. Malgré ses positions radicalement athées, il va plusieurs fois encore écrire sur le christianisme. Entre autre, il proclame que saint Paul a été le premier léniniste, il reproche aux catholiques leur perversité, à savoir qu’ils considèrent le sacrifice du Christ sur la croix comme une indulgence leur permettant de se vouer aux plaisirs secrets, sans plus encourir aucune peine. Slavoj a été mordu par le virus du cinéma depuis le jour où il a vu pour la première fois Psychose de Hitchcock. Sa collection personnelle comprend des films romantiques soviétiques sur les kolkhoziens à côté du film de propagande nazie « Le juif éternel », interdit en Allemagne. Il rêvait d’une carrière d’un metteur en scène, mais il a changé d’avis après avoir été contaminé par la philosophie. Il est très influencé par Marx, Hegel et Schelling. Avant son inscription à la faculté de philosophie à Ljubljana, il se convertit aux structuralistes français. En 1967, il publie dans la revue Probleme (Les problèmes) une traduction de Jacques Derrida en slovène, et devient par la suite un partisan dévoué du psychanalyste français Jacques Lacan. Disciple de LacanEn août 1968, il observe d’un café sur la place principale à Prague les chars russes entrant dans la manifestation, tout en continuant à manger son gâteau aux fraises. Plus tard, il renonce aux gâteaux à cause du diabète, mais l’enthousiasme de l’autoritarisme le marque. Slavoj s’autodéfinit selon sa structure psychologique comme un fasciste qui aime l’ordre. Ainsi vit-il une déception amère pendant son service militaire à Karlovac, quand il découvre que l’Armée populaire yougoslave (JNA) est en proie au chaos. Il doit gérer les cours politiques pour les soldats. Il profite du cours magistral sur l’idéologie du capitalisme pour projeter des films hollywoodiens. Il vend avec succès aux officiers la théorie selon laquelle l’ennemi idéologique sera mieux reconnu si l’on regarde ce qui ne va pas bien en Amérique dans les films. Pendant que ses contemporains écoutent du punk, Slavoj n’adhère que théoriquement à ce courant, car en pratique, il ne supporte pas trop de bruit. Il est partisan de la théorie selon laquelle on peut tout dire en musique classique à l’aide de cinq instruments, l’orchestre n’étant nécessaire qu’à cause des Américains. Slavoj est une espèce rare dans sa génération car il n’a jamais essayé la marihuana. « Je crois en un vieux commandement de l’UDBA [1], qui rappelait que l’ennemi ne dort jamais, et ainsi je ne peux pas me permettre de perdre le contrôle sur moi-même ». Au début des années 1980, il déménage pour quatre ans en France, où il étudie sous la conduite de son mentor Jacques-Alain Miller, le beau-fils de Lacan et son héritier intellectuel. Bien que membre du Parti communiste, il appartient aussi aux mouvements d’opposition. Il prouve ainsi qu’il est un stratège exceptionnel. Lors d’une réunion du comité du Pen club, il appelle à plus d’action en rappelant : " Faites attention à ce que Lénine a dit :Chaque jour où rien ne se passe, est perdu ". Quand on propose, lors d’une autre réunion du comité, une grève de la faim, il persuade ses collègues que c’est une mauvaise idée, en expliquant que la TV serbe aller constater que tous les Slovènes obèses se mettaient au régime. Pendant l’époque du démembrement de l’ancienne Yougoslavie, il publie des tribunes dans Mladina, où il critique vigoureusement DEMOS et supporte l’Alliance de la jeunesse socialiste de la Slovénie (SZMS, précurseur du parti social-démocrate LDS). Il entre en politique directement en 1990, quand il dépose sa candidature à la Présidence de la République. En vérité, il n souhaite pas entreprendre de carrière politique, et il mine consciencieusement sa candidature en chantant les éloges au dictateur Pol Pot dans des entretiens avec la presse. Les années 1990 marquent son expansion à l’étranger. Il écrit des livres directement en anglais et les publie chez des éditeurs étrangers prestigieux. Ses champs d’intérêt, très larges, vont de Lacan à Hitchcock et Lénine, de l’opéra aux attaques terroristes du 11 septembre, et tous ses livres sont les best-sellers académiques. Commentateur de LénineIl est particulièrement fier de la traduction de son livre Revolution at the Gate, où il recueille et commente l’œuvre de Lénine, qui sera publié à l’aide du fond du parti communiste russe. En 1991, il se voit octroyer le titre d’honneur d’« ambassadeur de la science » et un passeport diplomatique. Mais Slavoj restitue le passeport après quelques mois car, à cause de sa garde-robe qui inclut seulement les tee-shirts de la marque Proleter et des blue-jeans, il affronte beaucoup de problèmes pour persuader le personnel de l’aéroport qu’il n’est pas un terroriste et que le passeport n’est pas falsifié. Tous les deux semestres, il accepte un lectorat dans les Universités américaines. Pour avoir plus de temps pour la lecture, les films et les écrits, il développe tout un système pour éviter les étudiants gênants. Il supprime les heures de consultation obligatoire, et il inscrit des noms fictifs dans l’horaire pour donner l’impression d’être occupé. Dans les Universités, on accepte son comportement comme l’expression de l’excentricité balkanique. Petit à petit, il en a assez du contact avec les étudiants, et il accepte seulement les invitations aux conférences individuelles. 2500 de personnes viennent à sa conférence à Buenos Aires, qui doit se tenir sur la place devant l’Université. À New York, des centaines de personnes restent dehors et menacent de casser les fenêtres. La police doit intervenir. Il a coopéré à plus de 350 symposiums philosophiques, psychanalytiques et culturels en Europe, aux États-Unis, au Brésil, au Mexique, en Israël et au Japon. Même s’il affirme qu’il a pris la distance par apport à LDS et qu’il ne se rend plus aux urnes, qu’il ne suit pas les médias slovènes et que trois minutes d’un bon film lui importent plus que le destin de la Slovénie, il s’engage dans les moments clés et soutient en public LDS comme la seule option politique acceptable. Après la défaite du LDS aux élections de 2004, il défend l’ancien Premier ministre Rop, en soulignant que le problème du LDS, ce n’est pas Rop mais ces « insectes de deuxième classe qui veulent s’assurer, par le sacrifice de Rop, que rien ne change ». Les livres de Slavoj Zizek sont traduits en français aux éditions Climats. |
Nouveau départ pour la politique étrangère
slovène ? Publié dans la presse : 4 décembre 2004 La diplomatie slovène va-t-elle connaître de sérieuses inflexions avec l’arrivée de la droite au pouvoir ? Un engagement en Irak ne semble pas à l’ordre du jour, mais le pays va hériter de la difficile présidence de l’OSCE. La Slovénie se dresserait elle-même un piège en devenant un instrument aux services des Américains au lieu de mener une politique européenne. Par Sasa Vidmajer Les contours de la nouvelle politique étrangère sont devenus plus perceptibles la semaine dernière, lors de la présentation de son programme par le candidat au poste de ministre des Affaires étrangères. Le « nouveau départ avec la Croatie » a attiré le plus l’intérêt public. Le gouvernement propose quelques points de départ pour négocier avec notre voisin, mais rien de bouleversant. Les propos non appropriés, les démarches irréfléchies et la relativisation de l’Accord Drnovsek-Racan ont déjà marqué le mandat du Premier ministre sortant Anton Rop. Ainsi, une dose de maximalisme, propre par principe à la droite et flatteuse pour l’opinion publique, n’a surpris personne. Une certaine discontinuité s’annonce dans les relations avec les États Unis, le positionnement dans l’Union européenne et la Présidence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Le ministre sortant des Affaires étrangères Dimitrij Rupel a lu devant le Parlement un exposé de treize pages résumant son aperçu de la politique étrangère slovène. Il a présenté la nécessité d’améliorer les relations avec les États Unis. Nous pouvons difficilement le comprendre autrement qu’un projet de révision des relations slovéno-américaines. Révision des relations slovéno-américaines ?Le rejet slovène de la guerre américaine a été le mérite de Anton Rop, un mérite reconnu même par le Président Janez Drnovsek. Sur l’aspect tranchant élémentaire des relations avec l’État le plus puissant dans le monde, des corrections doivent êtres faites. Et le raffinement auquel on peut s’attendre avec ce gouvernement basculant dans l’autre direction est incertain. « Pendant le prochain mandat, il y aura beaucoup d’opportunités pour améliorer les relations avec les USA », a prévu Dimitrij Rupel. Cependant, face aux questions persistantes de l’opposition, il a mordu la poussière. Il n’est allé plus loin que la mention des visites officielles et des « réunions liées à la Présidence de l’OSCE ». Il fallait lire entre les lignes sur la manière dont la Slovénie se plierait devant les exigences des États Unis. « Dans les relations slovéno-américaines, il n’y a pas de grande marge de manœuvre quand l’on est en Europe », a dit l’ancien ministre des Affaires étrangères. « Il faut développer les relations avec les États Unis à travers l’intérêt européen. Une autre politique ne serait pas convenable ». Le corps diplomatique en Slovénie et à l’étranger rejette l’approche conflictuelle, cultivée par Anton Rop aussi bien que la servilité démontrée par Rupel. Dans l’affrontement entre l’Europe et les États Unis, les professionnels estiment nécessaire que la Slovénie se situe du côté des principes et des institutions du droit international et non pas dans la « nouvelle Europe » créée par les États Unis. « L’intérêt américain pour la Slovénie est négligeable, disons 0,002 %, ainsi il est préférable de rester en liaison avec l’Union européenne que de s’isoler ». Pas d’engagement slovène en IrakCombien la politique étrangère du gouvernement Jansa va-t-elle améliorer les relations avec la politique américaine sans aggraver les relation avec l’opinion publique slovène ? Il apparaît bien que les milieux politiques comprennent qu’ils n’ont pas de mandat public pour participer à la guerre en Irak. « Je ne vois pas de raison pour un autre engagement en Irak », affirme l’ancien ministre qui, au printemps encore, avait conseillé à Anton Rop de se plier aux pressions des Américains pour coopérer en Irak. « La participation slovène sera augmentée à travers les institutions multilatérales, notamment l’OTAN. Cela va troubler la vision », estime un commentateur. Cette direction a déjà été annoncée dans les propos du ministre de la Défense. « Si l’OTAN arrive en Irak, la Slovénie sera obligée de remplir ses obligations ». L’omniprésence des Etats-Unis et l’agenouillement devant la superpuissance est plus dissimulé là où on l’attendrait, à savoir dans les relations slovéno-américaines, et moins cachées là où l’expression des alliances et des affinités politiques est plus floue, au sein de l’OSCE. L’opposition parlementaire est préoccupée par le projet visant à « présenter les dilemmes fondamentaux américaines en relation avec les concepts modernes du public à l’aide de la meilleure diffusion de l’information et la diplomatie publique ». L’accent mis sur le changement de la Présidence de l’OSCE a posé le plus de problèmes. Difficile présidence de l’OSCE en vue« Le rôle de la Slovénie est de remédier à l’image des Présidences antérieures ». Cette remarque manquerait seulement de la modestie si le futur ministre n’attaquait pas aussi la manière de présider l’OSCE des Autrichiens, des Néerlandais et des Portugais. Les spécialistes savent bien que le problème de l’Autriche en 2000 résidait dans les sanctions internationales. Pourtant, la diplomatie autrichienne expérimentée a su achever la Présidence de manière convenable. Et les Pays-Bas se sont profilés avec « une introduction discrète et équilibrée des préoccupations de l’OSCE dans la politique européenne ». « Il s’agit d’une attaque contre trois États membres de l’Union européenne », affirme une source diplomatique. Il est significatif que la même critique a épargné la Bulgarie qui, à l’heure actuelle, préside bien mal l’OSCE. Surtout, si la Slovénie hérite de toutes les difficultés avec le secrétaire général non élu, les représentants spéciaux et le financement, questions non traitées par Sofia. « L’absence d’accusations contre la Bulgarie est compréhensible parce que la politique bulgare est soutenue par les Américains », estiment les diplomates. Grâce à l’abandon discret de l’intérêt américain pour l’OSCE, cette dernière commence à se transformer afin d’occuper un rôle plus important. Tandis que le ministre Ivo Vajgl a souligné que la Slovénie présiderait l’OSCE en accord avec les priorités de l’UE, Dimitrij Rupel prévoit qu’elle le fera en harmonie avec les intérêts américains. « Le rôle de la Slovénie doit être acceptable pour tous, notamment pour les États Unis et la Russie », affirme-t-il. Est-ce que la Slovénie, qui blâme les Pays-Bas, la dirigeante exemplaire et sensible de la politique européenne dans l’OSCE, sera un intermédiaire impartial ? La Présidence de l’OSCE peut devenir un piège. Les limites objectives peuvent la condamner à un mandat technique, la prisonnière des problèmes hérités, des finances jusqu’à la réforme. Mais la Slovénie se dresserait elle-même un piège en devenant un instrument aux services des Américains au lieu de mener une politique européenne. |
|
Le mardi 07 décembre 2004 La Slovénie prendra la prochaine présidence de l'organisation OSCE À l'issue d'un conseil ministériel de deux jours, le président de l'OSCE pour 2004, le ministre des Affaires étrangères bulgare Solomon Passi, a lu une simple «déclaration», loin du consensus de règle à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Des divergences éclatantes entre États-Unis et Russie sur la crise en Ukraine et les conflits dans l'ex-Union soviétique mardi à Sofia ont empêché l'adoption d'un texte final des 55 États de l'OSCE. La déclaration réclame une action commune des États membres d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Asie centrale, en particulier contre le terrorisme et l'intolérance. Concernant la lutte contre le terrorisme, un accord s'est
cependant dégagé pour un meilleur contrôle d'Internet, des conteneurs
maritimes, du flux des missiles portables à dos d'homme et des ventes
d'armes légères. |
Privatisations en Slovénie :
l’opération a réussi, le patient est vivant Publié dans la presse : 13 novembre 2004 Le processus de privatisation, amorcé avant même l’indépendance de la Slovénie, a introduit de nouvelles différenciations sociales, et un fort contraste entre les générations, les jeunes ne jouissant pas des protections sociales de leurs aînés. La concentration des richesses est telle que 100 à 300 personnes contrôleraient l’essentiel de l’économie slovène. Par Mija Repovz La disparition de la propriété de l’État et de la propriété sociale est le projet essentiel menant à l’introduction du système capitaliste. Et comme les années qui passent le prouvent, c’est en même temps un projet contradictoire, exigeant et très douloureux du point de vue social. Le processus de privatisation, dont l’opinion pensait naïvement qu’il serait achevé du jour au lendemain après l’effondrement du socialisme, se poursuit encore. La Slovénie a amorcé en partie le processus de la privatisation du temps même de l’ancienne Yugoslavie, cependant ce processus est alors resté entravé. Dans le nouvel État indépendant , on a commencé à le mettre en oeuvre selon la nouvelle législation. Au début des années 1990, seules les entreprises non financières ont conservé la forme de la propriété sociale. Le premier modèle de privatisation des entreprises a été proposé par l’économiste Ivan Ribnikar. Il insistait sur un point de base, à savoir que l’État ne se charge pas du partage des biens - car seulement l’épargne et la production de nouvelles valeurs sont susceptible d’augmenter le volume de l’activité économique et des investissements. Le premier gouvernement slovène, dirigé par la coalition Demos, a confié la préparation de la privatisation des entreprises à l’ancien ministre de l’Économie Joze Mencinger. L’essentiel de la loi Mencinger consista en l’obligation d’acquitter une somme - les acheteurs devaient donc payer pour obtenir les titres des entreprises. Ce modèle devrait assurer surtout le fonctionnement continu. En fait, les entreprises slovènes ont joui d’une grande liberté pendant le socialisme et, grâce à la graduation et aux remises, même les actionnaires locaux pouvaient acquérir des parts dans les entreprises. Quel modèle de privatisation ?Cependant le Premier ministre Lojze Peterle a, malgré tout, invité pendant la procédure législative l’économiste américain Jeffrey Sachs qui a présenté aux députés le modèle de la privatisation en partage multiple, chaleureusement recommandé à cette époque par l’Occident à tous les pays socialistes. La rapidité, la justice et l’établissement des fonds comme des institutions modernes financiers devraient avantager ce mode de la privatisation. Mais le gouvernement a enfin adopté une proposition de compromis sur la privatisation, par une combinaison des modèles proposés - la distribution des certificats d’actions à tous les citoyens de Sachs, la vente interne de Mencinger et la proposition de Ribnikar de transfert des actions au Fonds de capital, destiné aux retraites. La Slovénie est devenue un État avec 1,9 million d’actionnaires dans la période 1994-1999. Le processus avisé de concentration de la propriété fut immédiatement amorcé. Le nombre total des actionnaires a vite chuté, accompagné par une augmentation des parts des propriétaires individuels. La privatisation a ainsi offert une occasion de profit, voire d’enrichissement. La toile d’araignée slovèneLes actions bon marché furent prises par ceux qui avaient de l’argent, les directeurs y voyant un investissement lucratif pour les entreprises qu’ils dirigeaient. C’est pourquoi la structure de propriété en Slovénie, vue de l’extérieur, se présente comme une toile d’araignée, tissée par quelques araignées de manière réfléchie, surtout par les directeurs, qui sont en même temps les copropriétaires des entreprises connues. Cela alimente la théorie selon laquelle la Slovénie serait économiquement dominée par 100, ou au maximum 300 personnes, financièrement puissantes. La conviction qu’une privatisation accélérée aurait des effets rapides et positifs fut une erreur. Ces attentes furent en grandes parties stimulées par les suggestions et les pressions de l’Occident. Les institutions internationales financières ayant un influence réelle sur la politique économique des États (le FMI ou la Banque mondiale), mais aussi l’Union européenne, ont recommandé la plus rapide privatisation depuis la chute du Mur de Berlin. Ils ont consciemment négligé le fait qu’aucun des pays communistes n’avait pas de bourse des valeurs ni d’institutions de contrôle appropriées. Les enjeux de ce processus de privatisation complexe et non maîtrisé dans les pays en transition est bien illustré par la comparaison entre le nombre des quelques 100 entreprises slovènes cotées en bourse, et toutes celles qui ont refusé d’entrer à la bourse, inquiètes par la spéculation et les dépenses liées à la cotation, et désireuses d’acheter à moindre coût des actions. L’appréciation portée sur la privatisation est en principe personnelle. « La Slovénie a opté pour un chemin caractéristique dans toutes les sphères de sa vie politique et économique : reporter les décisions importantes à plus tard. Le mode de privatisation choisi fut un compromis, il n’avait pas d’objectif stratégique clair. Il a crée des zones grises, à cause desquelles la privatisation est très discutable », affirme rigoureusement Andrej Rus, sociologue de l’économie. Selon son opinion, les directeurs ont abusé dans la première période de la privatisation des actionnaires internes. Il trouve aussi douteux le fait que les entreprises ne soient pas entrées en bourse, les directeurs pouvant ainsi racheter les actions de leurs employés à un prix très bas. Différenciation socialeLa privatisation a engendré, comme prévu, une différentiation entre les couches sociales. La population de la plupart des pays en voie de transition, après l’enthousiasme initial, s’est retrouvée démoralisée et apathique, ce qui se reflète par les faibles taux de participation aux élections, les fréquents remaniements gouvernementaux, etc. En Slovénie, les différences sociales réveillent les frustrations, même si la richesse se concentre dans les mains de quelques personnes avec une relative lenteur. Ces frustrations s’approfondissent par la position non équitable des actionnaires, par les affaires et les doutes constants en ce qui concerne la transparence et la légalité de la privatisation. Tout ceci crée un espace pour la démagogie politique, qui a encore intensifié les sentiments de privation. Les jeunes générations se retrouvent dans la pire position, avertit le sociologue Kramberger. « La vielle génération a été plus favorisé quant à la privatisation et, en ce qui concerne l’emploi, elle est protégée par la législation, ce qui n’est pas le cas des jeunes. Ils arrivent sur le marché du travail sous les nouvelles conditions, souvent peu scrupuleuses et bien dures du capitalisme global ». Ce contr |